Franz Joseph de Lusignan

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Franz Joseph de Lusignan
Franz Joseph de Lusignan
Le Feldmarschall-Leutnant Franz Joseph de Lusignan en 1801. Lithographie de Sohir, Prague.

Naissance
Jaca, Espagne
Décès (à 79 ans)
Ivanovice na Hané, Margraviat de Moravie
Origine Espagnole
Allégeance Drapeau des Habsbourg Monarchie des Habsbourg
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Arme Infanterie
Grade Feldzeugmeister
Années de service 1771 – 1809
Conflits Guerre de Succession de Bavière
Révolution brabançonne
Guerres de la Révolution française
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Jemappes
Mayence
Rivoli
Magnano
Novi
Teugen-Hausen
Distinctions Ordre militaire de Marie-Thérèse
Autres fonctions Propriétaire de l'IR no 16

Franz Joseph, marquis de Lusignan est un officier général espagnol au service de l'Autriche, né le à Jaca en Espagne et mort le à Ivanovice na Hané en Moravie. Encore jeune, il s'engage dans l'armée autrichienne et fait ses premières armes contre les Prussiens et les rebelles belges du Brabant. Pendant les guerres révolutionnaires françaises, il joue un rôle prépondérant lors de la bataille de Rivoli en 1797 et devient général. Il commande une division à deux reprises au cours des guerres napoléoniennes et est sérieusement blessé en 1809 à la bataille de Teugen-Hausen, si bien qu'il doit quitter l'armée. Il est propriétaire du régiment d'infanterie Lusignan de 1806 jusqu'à sa mort.

Biographie[modifier | modifier le code]

Début de carrière : de la Bavière à l'Italie, 1771-1796[modifier | modifier le code]

Franz Joseph de Lusignan naît le 23 juin 1753 à Jaca, en Espagne, au sein d'une famille de vieille lignée. En 1771, alors qu'il n'a que 18 ans, il entre au service des Habsbourg en s'engageant comme aspirant (Fähnrich) dans le régiment d'infanterie no 14 Ferraris. Il fait ses premières armes lors de la guerre de Succession de Bavière à laquelle il participe au sein d'un corps franc. Il est promu au grade de major en 1789. Son régiment cantonne alors dans les Pays-Bas autrichiens, secoués par une insurrection générale contre le pouvoir impérial. Le 24 mars 1790, il se distingue près de Liège où, à la tête d'un contingent réduit, il parvient à mettre en déroute un corps d'insurgés dix fois supérieur en nombre. Pour cette victoire, il est fait chevalier de l'ordre militaire de Marie-Thérèse[1].

Élevé au rang d'Oberstleutnant le 6 novembre 1792[1], Lusignan prend le commandement d'une force totalisant 800 fantassins et 100 cavaliers, composée de quatre compagnies de l'IR no 41 Bender, de quatre compagnies des chasseurs Le Loup et d'un escadron du régiment de hussards no 32 Esterhazy. Le 22 octobre, sa troupe est attaquée dans le village de Latour, non loin de Virton, par l'avant-garde de l'armée française des Ardennes sous les ordres du général Valence, forte de 3 500 fantassins, 1 500 cavaliers et six canons. Défait, Lusignan doit se replier sur Virton où il est battu à nouveau le 23 octobre après avoir perdu 43 hommes et 11 chevaux[2]. Il se distingue à la bataille de Jemappes le mois suivant. Il est capturé par les Français en décembre 1792 avant d'être libéré à la suite d'un échange de prisonniers. En 1794, Lusignan est nommé Oberst (colonel) de l'IR no 14 Klebek. Il combat l'année d'après dans le Haut-Rhin sous le commandement du général Dagobert Sigmund von Wurmser, et s'empare d'une redoute au cours du blocus de Mayence le 29 octobre 1795. Envoyé sur le théâtre d'Italie, il se voit confier la direction d'un des deux corps d'avant-garde de la colonne de Quasdanovich lors des actions préliminaires à la bataille de Lonato, en août 1796[3].

Rivoli[modifier | modifier le code]

En janvier 1797, le feld-maréchal Josef Alvinczy, commandant en chef l'armée autrichienne d'Italie, confie à Lusignan le soin de mener la 1re colonne dans la quatrième tentative de lever le siège de Mantoue. Ses ordres lui prescrivent de prendre avec lui quatre bataillons de ligne et douze compagnies d'infanterie légère — au total 4 556 hommes — et de flanquer l'extrême-droite de l'armée[4]. Martin Boycott-Brown écrit : « Lusignan se trouvait confronté à la tâche herculéenne de mener ses hommes le long d'une chaîne de montagne connue sous le nom de Monte Baldo, séparant l'Adige de la partie nord du lac de Garde et orientée de façon parallèle aux deux secteurs. Ce n'était en hiver qu'un vaste désert de neige et de glace qui, de ses 2 200 mètres, dominait le village de Rivoli, plus au nord, à 16 km de là. »[5].

Le Monte Baldo en été.

De fait, la colonne de Lusignan prend du retard dans les jours suivants. Le colonel persévère néanmoins sous des conditions climatiques exceptionnelles et occupe la position prévue. Lors de la bataille de Rivoli, Alvinczy lui ordonne d'effectuer une marche de flanc et de s'installer sur les arrières de l'armée française commandée par Bonaparte. Lusignan obéit, mais se retrouve du même coup isolé sur une colline à l'écart du champ de bataille. L'après-midi du 14 janvier, Bonaparte inflige une sévère défaite à l'armée autrichienne sur le plateau de Rivoli. Attaqué au nord par les troupes de Masséna et bloqué au sud par la division du général Rey, Lusignan tente de se diriger vers l'ouest afin d'échapper à l'encerclement, mais ses hommes, épuisés par les récentes marches, se rendent par centaines[6]. L'historien David Chandler estime que 3 000 soldats de la 1re colonne sont faits prisonniers[7]. Lusignan échappe cependant à la capture[1].

Il est fait général-major le 28 février 1797. Alors qu'il dirige l'arrière-garde autrichienne dans le nord-est de l'Italie, il est encerclé par Masséna le 14 mars et doit déposer les armes avec 500 hommes. Il reprend du service en Italie à l'occasion de la guerre de la deuxième coalition. À la tête d'une brigade de la division Frölich[8], il enlève les hauteurs du Monte Rotondo au cours de la bataille de Magnano, le 5 mai 1799. Blessé à trois reprises, son cheval abattu, le marquis est fait prisonnier mais est rapidement libéré par ses soldats[1]. Pendant l'année 1799, il remplit ponctuellement les fonctions de commandant en chef de la division[9]. Le 16 mai, près de Marengo, il subit l'assaut des forces françaises sous les ordres du général Moreau. À l'issue du combat, Lusignan rejette ses adversaires sur la Bormida avec l'aide d'un contingent russe mené par le prince Bagration[1]. Il dirige une brigade sous le maréchal Melas lors de la bataille de Novi, le 15 août[10]. L'empereur François II l'élève au grade de Feldmarschall-Leutnant le 30 janvier 1801[1].

Sous les guerres napoléoniennes[modifier | modifier le code]

Bataille de Teugen-Hausen, 19 avril 1809, position des deux armées.

En 1805, Lusignan prend le commandement d'une division dans le Tyrol. L'année suivante, il devient Inhaber (propriétaire) du régiment d'infanterie no 16 Lusignan, charge qu'il conserve jusqu'à sa mort. Le déclenchement de la guerre de la cinquième coalition en 1809 l'amène à intégrer le IIIe Armeekorps du prince Frédéric de Hohenzollern-Hechingen en tant que divisionnaire[11]. Lors de la bataille de Teugen-Hausen, le 19 avril, il a sous ses ordres les brigades Kayser et Thierry, chacune à 6 bataillons[12]. Après avoir détaché Thierry sur l'aile gauche, Lusignan vient renforcer les troupes de Vukassovich avec la brigade Kayser entre les villages de Teugn et Hausen, face à la division française du général Saint-Hilaire[13].

De violents affrontements ont lieu dans les bois et les collines environnantes. Encouragés par l'exemple de leurs généraux, qui s'exposent à cette occasion en première ligne, les Autrichiens parviennent à chasser les Français des hauteurs avant d'être stoppés net par leur ligne de défense. L'intervention tardive mais décisive de l'artillerie de Davout achève de précipiter la retraite autrichienne, jusqu'à ce qu'un orage vienne mettre fin aux affrontements[14]. Lusignan, qui de l'avis de Digby Smith a une nouvelle fois « fait montre de ses talents », est grièvement blessé à la tête pendant le combat. La dangerosité de sa blessure l'oblige à quitter l'armée et à prendre sa retraite. En reconnaissance de ses services, l'empereur le nomme Feldzeugmeister le 29 mai 1809. Franz Joseph de Lusignan meurt le 23 décembre 1832 à Ivanovice na Hané, dans l'actuelle République tchèque[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g (en) Digby Smith et Leopold Kudrna, « Biographical Dictionary of all Austrian Generals during the French Revolutionary and Napoleonic Wars, 1792-1815 », sur napoleon-series.org (consulté le 30 novembre 2015).
  2. Smith 1998, p. 29.
  3. Boycott-Brown 2001, p. 378.
  4. Boycott-Brown 2001, p. 492.
  5. Boycott-Brown 2001, p. 496.
  6. Boycott-Brown 2001, p. 515.
  7. Chandler 1966, p. 120.
  8. Smith 1998, p. 151.
  9. (en) Enrico Acerbi, « The 1799 Campaign in Italy: The Austrians Advance », sur napoleon-series.org, (consulté le 2 décembre 2015).
  10. Smith 1998, p. 163.
  11. Bowden et Tarbox 1980, p. 67.
  12. Bowden et Tarbox 1980, p. 67 et 68.
  13. Arnold 1990, p. 250.
  14. Arnold 1990, p. 85 à 92.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Digby Smith, The Napoleonic Wars Data Book, Londres, Greenhill, , 582 p. (ISBN 1-85367-276-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Martin Boycott-Brown, The Road to Rivoli : Napoleon's First Campaign, Londres, Cassell & Co, , 560 p. (ISBN 0-304-35305-1). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) David Chandler, The Campaigns of Napoleon, New York, Macmillan, . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Scotty Bowden et Charlie Tarbox, Armies on the Danube 1809, Arlington, Empire Games Press, . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) James Arnold, Crisis on the Danube : Napoleon's Austrian Campaign of 1809, New York, Paragon House, , 286 p. (ISBN 1-55778-137-0). Document utilisé pour la rédaction de l’article