Frances Ivens

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Frances Ivens
Portrait of Frances Ivens. Wellcome L0004410 (cropped).jpg
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President of the Medical Women's Federation (d)
-
Christine Murrell (en)
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Mary Hannah Frances Ivens (1870 – 6 février 1944) (Commander of the British Empire, du Royal College of Obstetricians and Gynaecologists) était une obstétricienne et gynécologue britannique, la première femme à être nommée à un poste de consultante dans un hôpital de Liverpool. Pendant la Première guerre mondiale, elle fut officier médecin en chef, au Scottish Women’s Hospital de Royaumont, au Nord-Est de Paris. Elle fut récompensée de la Légion d'Honneur et de la Croix de guerre pour ses services rendus aux forces françaises.

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Frances Ivens est née à Little Harborough, près de Rugby dans le Warwickshire en 1870. Elle est la cinquième enfant d'Elizabeth (née Ashmole, 1840-1880) et William Ivens (1830-1905), fermier et commerçant en bois[1]. Elle intègre l'École de Médecine pour Femmes de Londres en 1894, à l'âge de 24 ans. Elle fait ses études cliniques au Royal Free Hospital et reçoit en 1900 la médaille d'or en obstrétique, et les honneurs en médecine et en médecine légale[2]. En 1902, elle obtient sa licence en médecine et chirurgie avec la mention « first class honours ». En 1903, elle obtient son Master en chirurgie. Frances Ivens est la troisième femme britannique à obtenir un Master en chirurgie. Elle acquiert davantage d'expérience, après ses études, en obstétrique et en gynécologie à Dublin et à Vienne. S'ensuivent sept années de pratique en chirurgie à Londres au Royal Free Hospital, au Elizabeth Garrett Anderson Hospital (nouvel hôpital pour femmes) de Londres, et au sein du Canning Town Mission Hospital pour femmes, dans l'est de Londres.

Après sa formation en médecine, Frances Ivens développe un intérêt particulier pour la santé et le bien-être des femmes et des enfants. elle assiste à des conférences et prend la parole afin d’améliorer les conditions des femmes ; en octobre 1913, elle prend part à un panel de discussions sur « l’éducation morale des jeunes » à la Conférence Annuelle du « National Union of Women Workers » de Grande-Bretagne et d’Irlande[3].

Liverpool 1907-1914[modifier | modifier le code]

En 1907 elle est nommée en tant que chirurgienne gynécologue dans une nouvelle unité du Liverpool Stanley Hospital ; elle est ainsi la première femme à tenir un poste honorifique dans un hôpital de Liverpool[4]. Un don de lits y avait été fait à la condition spéciale que les patients correspondants soient aux soins d'une femme médecin.

Elle y bâtit un grand département de consultation externe en gynécologie. Par la suite, elle est nommée chirurgien honorifique au Liverpool Samaritan Hospital[1]. À Liverpool, elle se bat afin que davantage de femmes soient nommées à des postes au sein de l'hôpital ; elle devient un membre éminent de la Société Anglaise Médicale du Nord de l'Angleterre. Frances Ivens était aussi active dans le mouvement des suffragettes, et était présidente de la branche de Liverpool de la Société Conservatrice et Unioniste du Suffrage Féminin.

Chirurgienne à Royaumont[modifier | modifier le code]

« The Scottish Women's Hospital : In The Cloister of the Abbaye at Royaumont. Dr Frances Ivens inspecting a French patient », peint par Norah Neilson Gray (en).

En décembre 1914, elle se porte volontaire pour servir en France en tant que chef d’unité de « Scottish Women’s Hospital », qui était établi à l’Abbaye de Royaumont sous l’égide de la Croix Rouge française. Il s’agit de l’hôpital auxiliaire 301, situé à environ 30 kilomètres du nord de Paris. Le Scottish Women’s hospital a été fondé par Elsie Inglis (en), une femme médecin écossaise.

Le groupe des Scottish Women fonda aussi des hôpitaux en Serbie.

Quelques-unes des « femmes de Royaumont », comme on les appelait, étaient des pacifistes ayant rejoint la Women’s International League for Peace and Freedom, qui était née à Genève, en Suisse. Cependant, celles qui sont ensuite allées travailler à Royaumont mirent de côté leurs sentiments anti-guerre afin de se concentrer sur leur nouvelle responsabilité, celle d’aider les hommes blessés de la Grande Guerre, dans laquelle la Grande-Bretagne, la France et la Russie se battaient contre l’Allemagne.

Avant la guerre, Frances Ivens n’avait pas soigné d’hommes, sa pratique étant réduite aux femmes et aux enfants[5]. Elle n’avait pas non plus d'expérience dans  le soin des blessures résultant de batailles. Elle lut beaucoup sur le sujet, comme nous le montre le don de livres qu’elle fit au Liverpool Medical Institution[6].

L’arrivé à Royaumont fut aventureuse. Frances Ivens, en tant que chirurgien chef, et ses collègues arrivèrent en France, dans l’abbaye de Royaumont (datant du XIIe siècle) au cours du très froid hiver de 1914. Dans cette vieille bâtisse il n’y avait ni électricité, ni chauffage, ni meubles; tandis que les bombardements étaient proches. Elles avaient peu d’équipements et de fonds financiers, et durent affronter la bureaucratie militaire française. Mais, en moins d’un mois, elles commencèrent à recevoir du soutien d’autres femmes britanniques ainsi que de femmes d’autres pays.

L’hôpital soignait les blessés français du front de l’Ouest[7]. Son sens remarquable du leadership ainsi que le travail dans son unité étaient reconnus par l’armée française. Une centaine de lits étaient initialement prévus; à la fin du conflit, le chiffre était monté à 600. Elle poursuivit son œuvre en tant que médecin chef jusqu’en février 1919, avec un seul retour en Angleterre, qu’elle passa essentiellement à donner des conférences dans le but de récolter de l’argent pour l’hôpital[6]. En 1917,  un autre hôpital à Villers-Cotterêts fut ouvert, plus proche du front de l’Ouest. Là, elle opéra sous le feu de l’ennemi pendant l’avancée allemande de 1918, jusqu’à être forcée de fuir, de nouveau à Royaumont[8].

Frances Ivens fut aidée par le Dr Depage, belge, ainsi que son épouse, qui avaient auparavant travaillé pour établir des hôpitaux belges dans les Balkans[4].

Basé sur son expérience des blessures de guerre en Serbie, Depage était convaincu que davantage pouvait et devait être fait afin de sauver les  soldats blessés de la perte d’un membre ou de la vie. Il conçut et organisa une stratégie pour un meilleur soin des blessures, à la fois sur le front et dans les hôpitaux du pays   Pour les patients arrivant à Royaumont de nuit, depuis le front,  par des trains ambulanciers, Ivens demanda que les patients blessés suspectés de pouvoir développer des gangrènes gazeuses soient traités par les méthodes du Dr Depage.

Ivens garda des écrits recensant ses trouvailles, qu’elle présenta en décembre 1916 à la section de chirurgie de la « Royal Society of Medicine » de Londres. Elle les publia plus tard dans les documents de la Royal Society of Medicine.

Pendant la guerre, Ivens et son équipe ont soigné plus de 10 861 patients, dont 8 752 soldats. L’essentiel des opérations chirurgicales a été réalisé par Ivens et par son second Ruth Nicholson (en). Le taux de mortalité remarquablement bas de 1,82% était inférieur à celui des hôpitaux militaires similaires[9]. Les médecins de Royaumont ont été les pionniers d'une nouvelle approche du traitement de la gangrène gazeuse, utilisant les rayons X et la bactériologie pour le diagnostic, suivi d'un débridement chirurgical complet des tissus affectés. Elle publia des comptes rendus de cette pratique dans des revues médicales[10]. Ils ont également pu utiliser l'antisérum fourni par l'Institut Pasteur de Paris[8]. L'hôpital a été contrôlé et approuvé par de nombreux généraux et fonctionnaires français, et sa réputation est due en grande partie à la direction de Frances Ivens[8].

Carrière d’après-guerre[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Ivens retourna à l’hôpital de Liverpool. Elle a été étroitement associée à la reconstruction de la maternité et à la création de la Liverpool Women's Radium League. Elle a également joué un rôle important  dans la création du Crofton Recovery Hospital for Women.

Pendant cette période, Ivens a participé activement à promouvoir la cause des femmes en médecine et a été élue présidente de la Fédération des femmes médecins de 1924 à 1926[8]. En 1928, elle publia un ouvrage intitulé The scope of caesarean section : an analysis of 295 cases of the classical operation. Quelques années plus tard, en 1929[8], elle fut la première femme à être élue vice-présidente de la Liverpool Medical Institution lorsqu'elle est devenue membre fondateur du Royal College of Obstetricians and Gynaecologists la même année.

À l'âge de soixante ans, elle épousa Charles Knowles, aujourd'hui veuf, qu'elle a connu lors de ses études. Ils déménagent à Londres où elle reprit un cabinet de consultants jusqu’à ce que son mari et elle prirent leur retraite à Truro, en Cornouailles[6]. C’est Ruth Nicholson (en) qui lui succéda dans son poste à Liverpool; elle avait été son assistante à Royaumont.

Au début de la Seconde Guerre mondiale en 1939, elle fut inspectrice médicale auprès de la Croix-Rouge en Cornouailles. Elle a également joué un rôle de premier plan dans les activités de l'Association de Royaumont et Villers-Cotterêts et a été présidente du comité des Amis des combattants français en Cornouailles[6].

Dernières années et décès[modifier | modifier le code]

Parlant couramment le français, elle voyageait régulièrement en France où elle rendait visite à d'anciens patients. De nombreux blessés qu'elle avait soignés à Royaumont lui écrivaient régulièrement. Elle garda également contact avec les anciens membres du personnel qui se réunissaient chaque année lors du dîner annuel de l'Association de Royaumont[8].

Elle meurt le 6 février 1944 à l'âge de 74 ans, à Killagorden dans le village de St Clément en Cornouailles.

Distinctions et récompenses[modifier | modifier le code]

En reconnaissance de ses services à Royaumont, elle fut décorée par le président français de la Légion d'honneur[11]. En décembre 1918, elle reçut la Croix de Guerre avec une palme, gravée de la citation suivante : "...ayant assuré, jour et nuit, le traitement des blessés français et alliés lors des bombardements répétés de Villers-Cotterêts en mai 1918. À l'approche de l'ennemi, elle a retiré son unité au dernier moment vers l'Abbaye de Royaumont où elle a poursuivi sa mission humaine avec le plus grand dévouement"[12]. Toutefois, Frances Ivens ne reçut aucune médaille britannique pour sa participation à la Première guerre mondiale en tant que chirurgienne[13].

Elle reçut également la Médaille d’honneur des épidémies. En 1926, elle a été élue vice-présidente de l'institution médicale de Liverpool. L'Université de Liverpool lui a décerné le diplôme honorifique de Master en chirurgie en 1926 et, la même année, elle est devenue Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique (CBE) (3e grade de l’ordre de chevalerie britannique)[7].

En 2018, l’association Plume Poésie a créé un spectacle (chant, théâtre, lecture….) à propos de l’exploit accompli par ces femmes écossaises à l’Abbaye de Royaumont[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Medicine in the First World War »
  2. (en) Weiner, Frances Ivens (1870-1944): the first woman consultant in Liverpool
  3. (en) « Medicine in the First world war »
  4. a et b (en) Leah Leneman, In the service of life: The story of Elsie Inglis and the Scottish Women's Hospitals
  5. (en) Crofton, Angels of Mercy: A Women's Hospital on the Western Front, 1914–1918.
  6. a b c et d (en) Chris Holme, « The Women of Royaumont – a unique film », sur The History Company, (consulté le 16 octobre 2020)
  7. a et b (en) British Medical Journal Publishing Group, « Obituary », Br Med J, vol. 1, no 4338,‎ , p. 308–309 (ISSN 0007-1447 et 1468-5833, DOI 10.1136/bmj.1.4338.308, lire en ligne, consulté le 16 octobre 2020)
  8. a b c d e et f (en) McLaren, A history of the Scottish Women’s Hospital. London: Hodder and Stoughton, p.8
  9. Frances Ivens, « The preventive and curative treatment of gas gangrene by mixed serums », British Medical Journal, vol. 2, no 3016,‎ , p. 425–427 (ISSN 0007-1447, PMID 20769223, PMCID 2341884, lire en ligne, consulté le 16 octobre 2020)
  10. (en) Frances Ivens, « A Clinical Study of Anaerobic Wound Infection, with an Analysis of 107 Cases of Gas Gangrene: », Proceedings of the Royal Society of Medicine,‎ (DOI 10.1177/003591571701002002, lire en ligne, consulté le 16 octobre 2020)
  11. (en) Royal College of Obstetricians and Gynaecologists., RCOG Roll of Active Service, 1914-1918. London: Royal College of Obstetricians and Gynaecologists., p.9
  12. (en) « Liverpool Echo », Liverpool Echo,‎ saturday 18 december 1918
  13. (en) RCOG Heritage Collections Blog, « Pioneers: Frances Ivens (1870-1944) FRCOG 1929 », sur Royal College of Obstetricians and Gynaecologists Heritage Blog, (consulté le 16 octobre 2020)
  14. HelloAsso, « Au Royaume des Dames Ecossaises 1914-1918 », sur HelloAsso (consulté le 16 octobre 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]