François Ravaillac

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Jean-François Ravaillac
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de Jean-François Ravaillac dans son pourpoint coupé « à la flamande » et armé d'un couteau.
Gravure au burin anonyme, Paris, BnF, département Estampes et photographie, vers 1610.
Naissance
Angoulême (Drapeau du Royaume de France Royaume de France)
Décès (à 33 ans)
Paris (Drapeau du Royaume de France Royaume de France)
Nationalité Française
Pays de résidence Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Profession
Valet de chambre, clerc de Maître Du Rozier à Angoulême puis maître d'école
Famille
Jean Ravaillac (père), Françoise Dubreuil (mère), Geoffroy Ravaillac (frère)

Jean-François Ravaillac est un régicide français né en 1577 à Angoulême et exécuté le en place de Grève à Paris, pour l'assassinat d'Henri IV, roi de France, le .

Esprit tourmenté, élevé dans la haine des Huguenots, il est sujet à de fréquentes visions mystiques dans les années précédant son crime. Lors de son procès il affirme avoir agi seul, accomplissant une mission divine. Les membres de sa famille subissent les conséquences de son acte.

Un parcours difficile[modifier | modifier le code]

Une enfance tourmentée[modifier | modifier le code]

Fils cadet de Jean Ravaillac, secrétaire greffier du maire d'Angoulême, et de Françoise Dubreuil, mère pieuse et illettrée, François Ravaillac nait[1] dans une région catholique traumatisée par les guerres de religion[2].

Ses oncles maternels, Julien et Nicolas Dubreuil, chanoines à la cathédrale d'Angoulême, lui enseignent la lecture, l'écriture et lui inculquent très tôt la haine des Huguenots[3].

Sa famille est confrontée à d'importants problèmes, liés à la conduite de son père. En 1588, Jean Ravaillac perd en effet son poste de greffier en raison de sa participation à une tentative d'assassinat du duc d'Épernon, gouverneur de la ville. Il sombre alors dans l'alcool et enchaîne les déboires financiers, dilapidant progressivement le patrimoine familial. Le frère de François, Geoffroy, se fera connaître à l'âge adulte par sa brutalité et ses démêlés judiciaires, tandis que ses deux jeunes sœurs quittent rapidement le foyer familial[4].

C'est dans ce contexte que François Ravaillac commence à travailler.

Ravaillac auxiliaire de justice[modifier | modifier le code]

Il débute en effet sa vie professionnelle à onze ans en tant que valet de chambre et clerc de Maître du Port des Rosiers, conseiller au siège présidial d'Angoulême. Cet emploi, que lui ont fourni ses oncles, lui permet d'apprendre les rudiments des fonctions d'auxiliaire de justice[5].

En 1595, la famille Ravaillac, qui occupait une maison modeste de la paroisse Saint Paul est contrainte d'en louer le rez-de-chaussée et de s'installer dans l'unique pièce du 1er étage[6]. François devient coursier judiciaire pour un procureur angoumoisin. Angoulême relevant du ressort du Parlement de Paris, le futur régicide est amené à se rendre fréquemment dans la capitale. Vers 1602, âgé de 25 ans, il s'installe à Paris où il sert de correspondant à son employeur pendant 4 ans.

Une vocation religieuse contrariée[modifier | modifier le code]

Très croyant, Ravaillac abandonne son emploi qui lui assurait une vie confortable[7] en 1606 pour entrer dans l'Ordre strict des Feuillants en tant que frère convers. Il en est expulsé au bout de quelques semaines du fait de ses écrits étranges faisant référence à l'éternelle Providence, dont il fait part aux responsables de l'Ordre. Le jour de son exclusion, il tente en vain de rejoindre la Compagnie de Jésus rue Saint Antoine. En l'absence du père supérieur, il ne peut être reçu[8].

Désargenté, il quitte Paris et retourne à Angoulême. il y aide sa mère à obtenir la séparation de ses biens d'avec son père[9]. Ce dernier ayant dilapidé la plus grande partie du patrimoine familial, la famille Ravaillac, sans ressources, s'était réfugiée dans un logis lui appartenant à Magnac-sur-Touvre. Rapidement, son père y avait installé une femme de petite vertu et en avait chassé son épouse, laquelle se trouvait dans la plus grande misère[10].

Pour subvenir à leurs besoins, François Ravaillac se fait maître d'école, enseignant le catéchisme à 80 enfants. Ce travail étant très mal payé, le plus souvent en nature (dons de nourriture), il vit alors dans un état proche de la mendicité, et incapable d'honorer des dettes qui s'accumulent, est envoyé en prison à la fin de l'année 1608[10].

L'assassinat d'Henri IV[modifier | modifier le code]

Un esprit troublé[modifier | modifier le code]

Hanté depuis 1606 par des visions mystiques, François Ravaillac semble psychologiquement instable. Dans les dernières années de sa vie, il s'accuse ainsi à plusieurs reprises, en confession, d'« homicide par intention ».

Dans les premiers jours de l'année 1609, selon ses dires lors de son procès, il a une vision lui demandant de purger le royaume de l'Antéchrist Henri IV. Dès lors il s'estime convié à une guerre sainte afin de propager la vraie parole de Dieu[11]. Sorti de prison, il monte à Paris à la Pentecôte pour convaincre le roi de convertir les huguenots. Celui-ci étant absent de la capitale, il erre quelques jours puis revient à Angoulême. Il tente de nouveau sa chance à la Noël 1609, sans plus de succès [12]. Le 10 avril 1610, veille de Pâques, il découvre les projets guerriers d'Henri IV à l'occasion d'un repas chez un parent, Hélie Arnauld, ancien conseiller du roi. Il interprète la décision royale d'intervenir militairement dans la succession des principautés de Clèves et Juliers comme le début d'une guerre contre le pape, c'est-à-dire selon lui contre Dieu. Il décide alors de tuer le roi de France[13].

L'assassinat d'Henri IV, rue de la Ferronnerie à Paris.

L'assassinat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Assassinat d'Henri IV.

Se rendant à Paris, Ravaillac vole un couteau dans une auberge , mais hésitant encore sur la conduite à tenir, épointe l'arme peu après. Rendu dans la capitale, il tente une dernière fois, en vain, de rencontrer Henri IV. Il cherche ensuite à confesser son intention régicide. Il est reçu par le Père d'Aubigny, un Jésuite de la rue Saint-Antoine, lequel essaie de le tempérer et lui conseille de retourner dans son pays[14]. Après quelques jours passés à solliciter diverses personnes pouvant l'héberger, Ravaillac reprend le chemin d'Angoulême. En chemin, il est de nouveau convaincu de la nécessité de son acte lors d'un arrêt à Étampes devant un Christ crucifié, et répare son couteau. Revenu à Paris, il passe à l'acte le 14 mai 1610, frappant par trois fois Henri IV, alors que le carrosse royal est bloqué par un encombrement rue de la Ferronnerie[15].

La rue de la Ferronnerie en 2012, à l'endroit où a été commis le régicide (marque sur le sol).

Le régicide ne cherche pas à s'enfuir. Il est ramené à l'Hôtel de Retz afin de lui éviter un lynchage. Il reste 48 heures dans cet hôtel particulier rue Charlot, puis est conduit une journée à l'hôtel du duc d'Épernon avant d'être enfin transféré légalement à la Conciergerie[16],[17].

Arrêt du parlement de Paris condamnant à mort François Ravaillac. Archives nationales AD/148

Supplice en place de Grève[modifier | modifier le code]

Il est condamné à mort par le Parlement de Paris[18] à l'issue d'un procès de dix jours qui conclut à l'acte isolé d'un fanatique catholique[17]. Lors de son procès, il présente son acte comme une mission divine[19] et affirme avoir agi seul. Soumis à la question à quatre reprises[20], il est conduit le 27 mai en place de Grève où il est écartelé après de longues heures de supplice. Ses membres réduits en cendres sont jetés au vent tandis que la foule hystérique disperse le reste de son corps[21].

Une famille durablement marquée[modifier | modifier le code]

La ruine d'une famille bourgeoise[modifier | modifier le code]

La présence des Ravaillac, également mentionnée dans l'Albigeois, est établie en Angoumois au commencement du XVIe siècle[22]. Bien que le père de François Ravaillac possède un logis à Magnac-sur-Touvre, un village situé à l'est d'Angoulême, les plus anciens registres faisant mention de la famille Ravaillac dans cette région sont les archives paroissiales d’Angoulême[23].

Ils y possèdent alors des offices de judicature. Le grand-père et l'oncle de François Ravaillac étant procureurs au présidial d'Angoumois, sa famille appartient à la bourgeoisie de robe angoumoisine[4]. Elle est ruinée par les agissements de son père.

Les suites du régicide[modifier | modifier le code]

Les biens de la famille sont saisis, sa maison d'Angoulême est rasée, avec interdiction d'utiliser le terrain pour bâtir. Les frères et sœurs du régicide sont contraints de changer de nom sous peine de mort[18].

Ses parents sont forcés à l'exil. Ils s'établissent dans le petit hameau isolé de Rosnay, actuellement situé sur la commune de Lavigny en Franche-Comté. La Franche-Comté faisant alors partie du Saint-Empire romain germanique, ils échappent ainsi aux menaces. Le nom de Ravaillac s'y transforme progressivement en Ravaillard et Ravoyard[4].

Principaux membres[modifier | modifier le code]

  • Les principaux membres connus de cette famille sont les suivants :
    • François Ravaillac, procureur au présidial d'Angoulême, marié en premières noces avec Marguerite Lecomte (vers 1520-vers 1573), fille de Raymond Lecomte, procureur au présidial d'Angoulême,
      • Pierre Ravaillac, mort jeune,
      • Jean Ravaillac (1540-vers 1611), marchand ou greffier de la mairie d'Angoulême dans un acte de 1588, marié vers 1575 avec Catherine Françoise Dubreuil, sœur de Nicolas et Julien Dubreuil, prêtres, puis chanoines de la cathédrale d'Angoulême. Elle ne sait pas écrire.
        • Geoffroy Ravaillac (1576- ), praticien, il prend le nom de Montalque après la condamnation de son frère par le parlement de Paris. L'acte condamnant à mort son frère indiquait que nul à l'avenir, frère, sœur, oncle, neveu, ne pourrait porter le nom de Ravaillac. Arrêté en 1612, il est interrogé le 3 octobre 1612 au présidial de Périgueux. Il déclare avoir 35 ou 36 ans. Amédée Callandreau émet l'hypothèse qu'il s'est ensuite installé en Franche-Comté, à Baume-les-Messieurs, sous le nom de famille à peine modifié de Ravaillard[24].
        • François Ravaillac (Angoulême, septembre 1578-Paris, 27 mai 1610), valet de chambre et clerc dans l'étude du notaire Maître Du Rozier, à Angoulême, coursier judiciaire d'un procureur à Paris, maître d'école enseignant le catéchisme, meurtrier d'Henri IV, exécuté en place de Grève.
      • Michel Ravaillac, procureur au présidial d'Angoulême. Jean Ravaillac plaide contre lui, le 25 juillet 1579, à l'occasion de la succession de leur mère. Il ne s'est pas marié. Dans son testament du 10 mars 1586 il déshérite son frère en instituant légataires universels ses frère et sœur consanguins, Pierre et Catherine[25]. Son mécontentement vis-à-vis de son frère Jean l'a amené à faire un second testament le 15 juillet 1588.
      • Une fille mariée à Hélie Arnauld, procureur au présidial d'Angoulême,
        • Allain Arnauld
      • Catherine Ravaillac mariée à Nicolas Mesnard
        • Pierre Mesnard, praticien
        • Jehanne Mesnard mariée en 1604 avec Jehan Robin, marchand à Angoulême.
    • François Ravaillac, procureur au présidial d'Angoulême, marié en secondes noces avec Jeanne Cousseau originaire d'Argence, paroisse de Champniers
      • Pierre Ravaillac marié vers 1600 à Anne Chauvet, ses frères François et Jean Chauvet sont qualifiés d'écuyer, sieurs de Fontbelle. Lui-même est qualifié d'écuyer en 1600. Sa trace disparaît après 1610.
        • Isaac-Michel Ravaillac-Montjon
        • Jean Ravaillac-Montjon (1602- )
      • Jacquette Ravaillac, morte jeune sans alliance,
      • Catherine Ravaillac, dite la jeune pour la distinguer de Catherine Ravaillac épouse Mesnard, mariée à Pierre Graziller.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La fausse patrie de Ravaillac », Charente libre,‎ (lire en ligne)
  2. Amédée Callandreau, Ravaillac : la maison où naquit le régicide, la tanière des Ravaillard dans la gorge de Baume-Les-Messieurs, le château du diable, A. Picard, , 187 p.
  3. Petitfils page 41
  4. a b et c « C’est dans le petit hameau de Rosnay que la famille Ravaillac s’établit : de Ravaillac l’Angoumoisin à Ravoyard le Jurassien », sur La Voix du Jura,
  5. Petitfils page 42
  6. Petitfils page 40
  7. James B. Collins, « Jacques Clément et Jean Chastel, assassins de la "Respubllicque françoise" », dans Isabelle Pebay-Clottes, Claudes Menges-Mironneau, Paul Mironneau, Philippe Chareyre, Régicides en France et en Europe (XVI°-XIX° siècles) - Actes du colloque international organisé à Pau les 17, 18 et 19 juin 2010 par la Société Henri IV, le Musée national du château de Pau et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour – ITEM, Genève, Librairie Droz, (ISBN 978-2-600-04728-9), page 103
  8. Petitfils page 50
  9. Archives de la Charente, minutes de Mousnier, notaire à Angoulème.
  10. a et b Ravaillac sur larousse.fr
  11. Janine Garrisson, « Ravaillac, le fou de Dieu », dans Isabelle Pebay-Clottes, Claudes Menges-Mironneau, Paul Mironneau, Philippe Chareyre, Régicides en France et en Europe (XVI°-XIX° siècles) - Actes du colloque international organisé à Pau les 17, 18 et 19 juin 2010 par la Société Henri IV, le Musée national du château de Pau et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour – ITEM, Genève, Librairie Droz, (ISBN 978-2-600-04728-9), page 145
  12. Jean-Pierre Babelon, Henri IV, Paris, Fayard, (ISBN 978-2-213-64402-8), P. 993
  13. Petitfils pages 106-107
  14. Janine Garrisson, « Ravaillac, fou de Dieu », dans Isabelle Pebay-Clottes, Claudes Menges-Mironneau, Paul Mironneau, Philippe Chareyre, Régicides en France et en Europe (XVI°-XIX° siècles) - Actes du colloque international organisé à Pau les 17, 18 et 19 juin 2010 par la Société Henri IV, le Musée national du château de Pau et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour – ITEM, Genève, Librairie Droz, (ISBN 978-2-600-04728-9), page 148
  15. Jean- Pierre Babelon, Henri IV, Paris, Fayard, (ISBN 978-2-213-64402-8), P. 981-984
  16. Christian Bombédiac, « Le dernier jour d'Henri IV : Ravaillac poignarde le roi en plein cœur », sur La République des Pyrénées,
  17. a et b Franck Ferrand, « Henri IV, victime d'un complot ? », émission L'ombre d'un doute sur France 3 10 octobre 2012
  18. a et b Ordonnance d'exécution du 27 mai 1610 Paris, SAM série AB, registre no 19, 24 octobre 1608-12 novembre 1610
  19. Jean-Pierre Babelon, Dans les secrets de la police, L'Iconoclaste, (ISBN 978-2-913366-20-6), « Ravaillac le régicide », p. 24-29
  20. Notamment supplice des brodequins.
  21. Petitfils page 160
  22. Note de G. Babinet de Rencogne sur le château de Touvre parfois appelé château de Ravaillac, dans Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1868-1869, p. XLVII-XLIX (lire en ligne)
  23. Petitfils page 37
  24. Amédée Callandreau, Ravaillac. La maison où naquit le régicide. La tanière des Ravaillard, dans la gorge de Baume-les-Messieurs. Le château du diable, p. 129-131 (lire en ligne)
  25. Testament de Michel Ravaillac, procureur au présidial d'Angoulême (1586 [10 mars]), dans Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1868-1869, p. 957-960 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études historiques[modifier | modifier le code]

Littérature et essais[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Bège, Ravaillac, l'assassin d'Henri IV, Éditions Sud-Ouest, 2010.
  • Philippe Erlanger, L'étrange mort de Henri IV ou les jeux de l'amour et de la guerre, Paris, Amiot-Dumont, , 279 p..
  • Janine Garrisson, Ravaillac, le fou de Dieu, Paris, Payot, coll. « Romans Payot », 1993.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]