François Joseph Pamphile de Lacroix

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François Joseph Pamphile, vicomte de Lacroix
Image illustrative de l'article François Joseph Pamphile de Lacroix

Naissance
Aimargues (Gard)
Décès (à 67 ans)
Versailles (Yvelines)
Origine Drapeau de la France France
Arme infanterie
Grade général de division
Années de service 1792-1831
Distinctions Commandeur de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis
Commandeur de la Légion d'honneur
Hommages nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile, 40e colonne.

François Joseph Pamphile, vicomte de Lacroix, né à Aimargues le et mort à Versailles le , est un général français de la Révolution et de l’Empire.

Fils de Jean Pierre Lacroix et de Catherine de Seurat, il était parent de Jean-Louis Lacroix, dit Lacroix de Niré, (1766-1813). Son père fut avocat, contrôleur des tailles et taillons du diocèse de Nîmes, puis juge au Tribunal criminel du département de l'Hérault puis juge de de paix à Castries sous la Révolution et l’Empire ; sa famille, originaire de Saint-Hippolyte[Lequel ?], et appartenant à l'ancienne noblesse de Montpellier, avait fourni plusieurs chefs protestants à la révolte des Cévennes, sous le règne de Louis XIV.

Pamphile de Lacroix, se sentant porté par vocation vers la carrière militaire, y entra jeune, après avoir fait des études chez les Oratoriens. Ses trois frères, qui avaient reçu la même éducation, se trouvèrent sous les drapeaux en même temps que lui. L'aîné périt le premier, au début des guerres de la République ; le second, qui eut le mollet emporté par un boulet à la bataille de Jemmapes, se vit forcé de quitter le service, dut subir l'amputation après trente-six ans de souffrances, et mourut à Montpellier en 1842 ; le troisième, qui était le plus jeune, fut “assassiné par les nègres” pendant l'expédition de Saint-Domingue. Il avait été placé d'abord dans l'état-major du général d’Harville, qui monta plus tard sur l'échafaud révolutionnaire.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Le , le jeune Pamphile entra dans le 14e régiment d'infanterie, ci-devant Forez, comme sous-lieutenant, et fit en cette qualité les campagnes de la Champagne et de la Belgique. Son courage, ses heureuses dispositions le firent appeler, en avril , à l'état-major de l'Armée du Nord, commandée par le général Dampierre. Il se rendit ensuite auprès du général de brigade Macdonald, commandant le régiment de Picardie, et remplissant alors les fonctions d'officier général sur les bords de la Lys. À partir de cette époque, et pendant dix années, ses services se lient intimement à ceux du chef illustre dont il fut avec justice l'officier de prédilection.

Il se rendit digne de la confiance de Macdonald, par la valeur qu'il déploya sur les champs de bataille du département du Nord, de la Belgique, de la Hollande, de l'Italie, ainsi qu'à la prise de Terracine, où il eut la cuisse gauche traversée d'une balle. En récompense de sa brillante conduite dans cette journée, ce militaire fut élevé au grade de chef de bataillon. Il combattit avec non moins de distinction à l'attaque de Capoue et à la prise de Naples, où ses services lui valurent le rang d'adjudant-général à l'âge de vingt-deux ans. À la Bataille de la Trébia, il prit le commandement de la division de réserve, qui présentait moitié de l'effectif de l'armée, et eut deux chevaux tués sous lui.

Il servait dans l'Armée de Sambre-et-Meuse, sous les ordres du général Jourdan, et il se distingua par diverses actions d'éclat. Le 22 messidor an 4 (), après avoir fait preuve d'une fougueuse intrépidité dans le combat de Francfort, il accompagna le général Jacopin, qui se portait sur Friedberg, à la tête de la demi-brigade d'infanterie, et du 11e régiment de dragons. L'ennemi était bien retranché dans celle ville, et pourvu d'une bonne artillerie, mais les portes sont enfoncées à coups de canon, et l'adjudant général Pamphile, malgré un feu terrible, se précipite dans la place, entraînant derrière lui la colonne qu'il anime par ses paroles et son exemple. L'ennemi est chassé, et la ville est prise (Moniteur universel, an 4, no 302).

Il continua de prendre part aux grands faits d'armes qui illustrèrent cette campagne. Il fut attaché un moment à l'état-major, du général Bonaparte, et il faillit suivre la fortune de ce général, qui lui témoignait de l'estime, sinon de la sympathie ; mais une réponse imprudente, trop franche ou trop hardie, le mit en défaveur auprès du jeune vainqueur de l'Italie. Pamphile de Lacroix, qui avait déjà montré les plus belles qualités de l'homme de guerre, se fit remarquer par de nouveaux faits d'armes ; il n'en resta pas moins sans avancement, sans récompense, avec son grade d'adjudant-général, obtenu le .

Il s'était attaché au général Macdonald avec cette ardeur exaltée, avec ce dévouement chevaleresque, avec cette abnégation généreuse, qui faisaient le fond de son caractère ; il demeura fidèle, contre son intérêt, à l'amitié que son chef avait pour Moreau, dont l'antagonisme avec le Premier Consul compromit l'avenir et paralysa l'essor de tant de braves officiers ; l'adjudant général supporta patiemment l'espèce de disgrâce dans laquelle furent enveloppés tous les partisans de Moreau. Il servait sous ce général, en Italie, dans la campagne malheureuse de 1799.

À la tête de ce corps il culbuta, aux combats de la Nuza et de la Duchessa, les colonnes ennemies qui voulaient couper la retraite de l'armée, leur enleva de vive force la ville de Reggio, pendant la retraite de l'armée française et s'empara ensuite, dans une attaque de nuit, de la petite ville de Sassuolo par un fait d'armes des plus éclatants : les Autrichiens étaient entrés dans cette ville, qui garde les défilés des Apennins, et s'y fortifiaient ; Pamphile de Lacroix se met en marche avec la 78e demi-brigade, et se présente le soir même devant Sassuolo. Le général ennemi, sachant l'infériorité du nombre de ses adversaires, fait sommer l'officier français de se rendre, en le menaçant de ne lui accorder aucun quartier s'il refuse de mettre bas les armes : « Allez au diable ! répond le général au parlementaire, qui lui apporte cette insolente sommation Je vous conseille, moi, de ne pas attendre que je vous envoie des brevets de mort subite ! » Aussitôt il fait sonner la charge et s'élance sur les Autrichiens, qui n'ont pas le temps de se reconnaître, et qui lui abandonnent Sassuolo, en laissant trois cents morts sur le terrain et six cents prisonniers qui implorent la pitié du vainqueur (Moniteur universel, an 7, no 298). Cette victoire avait une grande importance, car elle inaugurait la rentrée des Français dans les Apennins et rouvrit ainsi à l'armée de Naples les débouchés par lesquels elle effectua sa retraite par les défilés longs et étroits des Apennins, où elle eût pu trouver ses fourches Caudines.

L'année suivante, l'adjudant général Pamphile commandait les garnisons de Mannheim et de Neckarau ; mais ces garnisons étaient trop faibles pour résister aux forces autrichiennes qui se déployèrent autour de ces deux villes pendant les pourparlers d'un armistice. Il sauva les troupes qui lui étaient confiées en repassant le Rhin avec elles, sans que l'ennemi osât les attaquer (Moniteur universel, an 7, no 348). Dans la bataille de Marengo, où il fut blessé, il exécuta heureusement plusieurs opérations militaires qui demandaient toute son énergie.

Le général Dupont assiégeait le château de Bard, dont la position inexpugnable fermait la vallée d'Aoste et empêchait les communications de l'année d'Italie avec la France. Cette forteresse aurait tenu longtemps, si l'adjudant général Pamphile de Lacroix n'eût pas été chargé de construire une batterie sur les rochers à pic déclarés impraticables de la hauteur d'Albaro, qui domine le Fort de Bard. Les pièces de canon furent transportées à bras d'hommes au milieu des précipices par le col de Fenestre (2 474 m), l'un des plus élevés de cette chaîne de montagnes, et où les mulets passent avec peine. Malgré les difficultés effrayantes de ce passage, la batterie fut établie en quelques jours, et le fort de Bard capitula (Moniteur universel, 12 prairial an 8, p. 1058) ce qui permit au premier Consul et au armées françaises redescendre en Italie et de briller à la bataille de Marengo.

Lorsqu'en l'an IX, le général Macdonald fut appelé au commandement en chef de l'armée des Grisons, il chargea l'adjudant-général Lacroix de commander son avant-garde et d'ouvrir, à travers les neiges et les glaces des Alpes, le col du Splügen (2 113 mètres d'altitude).

Expédition de Saint-Domingue[modifier | modifier le code]

Mais Pamphile de Lacroix, malgré ses actions d'éclat, ne pouvait triompher de l'antipathie du premier consul, qui lui reprochait seulement d'être « une mauvaise tête ». Une grande expédition, expédition de Saint-Domingue se préparait pour amener la soumission de la colonie de Saint-Domingue, où Toussaint Louverture avait “proclamé la liberté des nègres” en égorgeant les blancs. Le général Leclerc, beau-frère de Napoléon Bonaparte, devait être le chef de cette expédition. Pamphile de Lacroix, demanda lui-même à en faire partie. Il voulait, à tout prix, sortir de l'oubli dans lequel le premier consul le laissait impitoyablement. Il s'embarqua sur le vaisseau du général en chef, qui avait pour lui beaucoup de considération, et il fut un des premiers qui débarquèrent dans la rade de Port-au-Prince (1er germinal an 10 - ). Il était à la tête de l’avant-garde lorsque les noirs, qui faisaient mine de recevoir les Français comme des amis, en les invitant à s'approcher sans défiance, les accueillirent, à bout portant, par une décharge générale d'artillerie et de mousqueterie. Les victimes furent nombreuses ; Atteint d'une balle à la poitrine, Pamphile de Lacroix ne fut que blessé légèrement, mais il fit payer cher cette odieuse trahison à ceux qui l'avaient commise, et il poursuivit les fuyards jusque dans la ville en flammes, où il entra derrière eux. Il obtint enfin la récompense de ses brillants services ; le 26 mars 1802, il fut promu au grade de général de brigade, dont il avait depuis trois ans si heureusement rempli les fonctions et le premier consul confirma sa promotion, faite par le général en chef (11 frimaire an 11 - ).

Le sort semblait avoir destiné le général Lacroix à avoir des commandements supérieurs aux fonctions de son grade effectif : à peine était-il fait général de brigade à Saint-Domingue, que, le général Boulet ayant été blessé, il prit le commandement de la division et soutint avec elle plusieurs combats glorieux sur l'Artibonite, à la Crête-à-Pierrot, aux Matheux et à l'Arcahaie. Chargé d'organiser la défense du département de Cibao, au moment de la défection générale des noirs, le général Lacroix rouvrit les communications, marcha avec les milices espagnoles au secours de la partie française, escalada avec elles les forts d'Ouanaminthe et de Laxavon, et chassa les noirs insurgés des bords de la rivière du Massacre.

Le général Leclerc avait une confiance particulière dans l'habileté de Pamphile de Lacroix, qui remplissait auprès de lui les fonctions de chef d'état-major ; il le chargea des négociations et des démarches conciliatrices qui entraînèrent la défection des trois quarts de l'armée de Toussaint Louverture, et la soumission de plusieurs provinces de la colonie insurgée.

Pamphile de Lacroix par sa fermeté, son courage, son humanité, sa parole franche et loyale, s'était acquis les sympathies, enthousiastes des autochtones, qui plus d'une fois lui sauvèrent la vie ; car ils savaient combien le général était opposé aux mesures de cruauté mises à l'ordre du jour à l'égard des nègres marrons, qu'on traquait dans les bois avec des chiens dressés à cette chasse hideuse. Il faillit cependant un jour tomber dans un guet-apens, que lui avait préparé le général noir,Henri Ier, au moment où l'insurrection se ranimait de toutes parts. Il avait logé chez ce général, qui était d'intelligence avec les insurgés ; il voulut regagner le fort Dauphin, en entendant la fusillade rouler dans la montagne Christophe lui donna des guides : « Songez, dit-il à ces guides, que vous escortez un général que j'estime et que j'aime ! » Pamphile de Lacroix se mit en route par une nuit profonde, au milieu des plantations dévastées ; une trentaine de noirs, embusqués dans un fossé, l'attendaient 'au passage et lui envoyèrent une fusillade, à laquelle il eut le bonheur d'échapper. Il remit son salut à la vitesse de son cheval, qui le déroba aux coups des assassins. La fièvre jaune décimait le corps expéditionnaire ; le général Leclerc, malade lui-même, se voyait bloqué dans la ville du Cap, que l'épidémie changeait en tombeau ; il ordonna au général Pamphile d'évacuer le fort Dauphin, où il commandait, et de ramener au Cap le peu de troupes valides qui lui restaient. Une partie de la population indigène, demeurée fidèle, voulut le suivre :

– Qu'avez-vous fait ? lui dit le général Leclerc en le voyant arriver au Cap avec un pareil cortège ; cette population de couleur, que vous nous amenez, est quatre fois plus nombreuse que votre brigade ! Ne savez-vous pas que ce sont des tigres, des serpents, que vous apportez dans votre sein – Mon général, reprit Pamphile de Lacroix, ces serpents, ces tigres, je les ai apprivoisés et je vous réponds d'eux ! (Mémoires pour servir à l'Histoire de la révolution de St-Domingue, t. 2, p. 248.)

Peu de jours après, le général Leclerc succombait, après avoir vu périr presque toute son armée. La colonie de Saint-Domingue était désormais perdue pour la France.

Nouvelles campagnes[modifier | modifier le code]

De retour en France en l'an XI (1802), il reçut la décoration de chevalier de la Légion d'honneur, puis celle de commandeur de l'Ordre le .

L'un de ses anciens compagnons d'armes, Joachim Murat, qui l'avait connu dans les camps, et qui faisait le plus grand cas de sa bravoure, voulut l'avoir à ses côtés pendant plusieurs campagnes. Il se rendit ainsi en Hollande, s'embarqua sur le Texel avec sa brigade pour l'expédition d'Angleterre, et fit enfin, avec cette même brigade, les campagnes d'Ulm, d'Allemagne et du Frioul. Mais la fatale expédition de Saint-Domingue pesait en quelque sorte sur son avenir, et l'empereur, par un inconcevable préjugé, manifestait de la froideur, et même de la répugnance, à l'égard de tous les officiers supérieurs qui avaient survécu aux désastres de cette malheureuse expédition. Pamphile de Lacroix ne fut jamais dans les bonnes grâces de l'empereur, qui disait de lui : « On le briserait plutôt que de le faire ployer. »

Le Royaume de Naples - Le carbonarisme[modifier | modifier le code]

Le général, prévoyant qu'il ne parviendrait pas à ramener sur son compte l'opinion du « maître » (c'était ainsi qu'il désignait toujours Napoléon), accepta les offres de Murat, qui venait d'être porté au trône de Naples, par la volonté de Napoléon. Le , cependant, l'Empereur nomma Pamphile de Lacroix baron de l'Empire avec une dotation de 4 000 francs. Il devint alors chef d'état-major du nouveau souverain Naples, qu'il suivit d'Espagne en Italie. En 1809, il se signala par ses services pour la défense du pays contre l'armée anglo-sicilienne. Murat avait besoin d'hommes dévoués, énergiques et intelligents. Il nomma le général Pamphile au commandement supérieur de la division territoriale de Salerne (Mémoires de la Restauration, par madame la duchesse d'Abrantès, Paris, 1837, 6 vol. in-8° ; t. 5, p. 109 et suiv. Les curieux documents dont l’auteur a fait usage lui avaient été fournis par le général Pamphile de Lacroix.) Cette division était alors en proie aux sanglantes et mystérieuses représailles du carbonarisme. La société secrète des carbonari se recrutait parmi les patriotes napolitains, qu'elle armait de poignards le mot d'ordre de cette société était l'extermination des Français, pour la délivrance de l'Italie. Des assassinats isolés se reproduisaient avec les mêmes circonstances dans toute l'étendue du royaume, mais surtout dans la Calabre, où le colonel Bruguière, un des aides de camp du roi, tomba frappé par une main fanatique. Le général Pamphile réussit à découvrir le principal chef de l'association ; un baron sicilien, résidant à Salerne, sollicitait des billets de logement pour recevoir chez lui les officiers français, qui passaient une nuit dans la ville, en se rendant à leurs garnisons ; il les accueillait avec empressement dans son palais ; il leur donnait en apparence une splendide hospitalité, et, pendant leur sommeil, il les assassinait de sa propre main. On trouva vingt cadavres au fond d'un puits. La punition éclatante de ce misérable ne suffisait pas pour arrêter les progrès du carbonarisme ; un bataillon aurait péri tout entier, après avoir perdu plusieurs de ses officiers dans le village de Parenti, si un simple sergent, par sa présence d'esprit et sa résolution, n'eût pas détourné les coups des assassins. Le général Pamphile, qui se trouvait au centre du foyer de la conspiration, chercha les moyens de la combattre et de la vaincre. Il proposa au roi Joachim d'établir lui- même une association secrète italienne, qui, en proclamant l'unité de l'Italie, contrebalancerait l'influence sanguinaire du carbonarisme napolitain. Tous les affiliés à cette nouvelle société devaient s'engager, par serment, à ne jamais rien entreprendre contre le roi Joachim ni contre les Français ; qu'ils regarderaient comme des frères aimés. Cette association s'organisa rapidement, en 1809, et se répandit dans l'armée napolitaine. Telle fut la singulière origine du carbonarisme républicain, qui, dix ans plus tard, allait envahir l'Europe et menacer tous les gouvernements. Le général Pamphile fut appelé, sur ces entrefaites, au commandement militaire de la province d'Erfurt il resta en possession de ce commandement et prit une part active à l'organisation de l'administration du royaume jusqu'à la fin de l'occupation française, en (Moniteur universel, année 1812, p. 1183).

Ayant obtenu un congé pour rentrer en France, il ne rejoignit point en temps opportun, eut quelques démêlés avec l'autorité impériale, et fut, pendant, quelques jours, enfermé dans la forteresse de Montpellier.

Il eut le chagrin de ne pas prendre une part active à la défense du territoire national, et il vit avec désespoir la chute de l'empire, causée par la trahison intérieure plutôt que par la coalition étrangère. Il n'eut garde d'aller au-devant du gouvernement des Bourbons ; il se tint à l'écart et il attendit, en silence, que son devoir lui fût dicté par un ordre venu de l'île de l'Elbe.

Toutefois, il n'avait pas entièrement démérité de la confiance de l'Empereur, puisqu'il en reçut le commandement d'une brigade, et qu'à la première Restauration on le porta au cadre de non activité.

Première Restauration[modifier | modifier le code]

Ce fut en vain que Louis XVIII essaya de l'attacher à sa royauté, en le nommant chevalier de Saint-Louis le , et en lui faisant, entrevoir la réparation prochaine des injustices qu'il avait subies dans tout le cours de sa carrière militaire. Pamphile de Lacroix, malgré l'exemple de ses anciens chefs et de ses amis, demeurait toujours dévoué à l'empire et à l'empereur. Aux premières nouvelles du débarquement de Napoléon Ier, le général Pamphile Lacroix fut nommé, par ordonnance royale contre-signée du maréchal Soult, lieutenant-général honoraire ; mais les événements et l'enthousiasme national ne permirent point aux Bourbons d'organiser leur défense, et vingt jours plus tard, les Cent-Jours le firent rentrer dans la grande Armée : l’Empereur qu'il avait eu la joie de saluer un des premiers aux Tuileries, daigna lui témoigner le regret de l'avoir mal jugé. C'était un baume bienfaisant sur une vieille blessure bien envenimée. Il appelai le général Lacroix aux fonctions de chef de l'état— major du 2e corps et lui conféra le grade de lieutenant-général titulaire le .

Placé à la tête de l'état-major du 2e corps d'armée, commandé par le général Reille, il n'eut pas l'occasion de se distinguer d'une manière spéciale, dans les opérations stratégiques qui se terminèrent par la glorieuse défaite de Waterloo ! II eut deux chevaux tués sous lui, et il perdit tous ses équipages. À la suite de la bataille de Waterloo, Napoléon lui prescrivit de rester le plus longtemps possible à la sortie de Charleroi, pour donner des directions aux hommes des différents corps de l'armée qui se retiraient isolés. La seconde Restauration vint le rendre à la vie privée.

Le , Jules Frédéric Auguste Amédée Laguette-Mornay ayant, dans un rapport à la Chambre des représentants, porté atteinte à l'honneur de la 2e division, en disant qu'elle avait été la plus démoralisée dans la déroute du mont Saint-Jean et qu'on accusait de défection et, pour repousser, avec indignation, les soupçons injurieux qui avaient osé attaquer la conduite des chefs de ce corps d'armée pendant la campagne de 1815, le général Lacroix prit hautement la défense de ce corps et adressa au président de la Chambre une réclamation tout à la fois respectueuse et énergique, dont la lecture donna lieu à un vote de remerciements des représentants de la nation à la 2e division. On le porta de nouveau sur le cadre de non-activité.

L'empereur était prisonnier à Sainte-Hélène ; le roi de Rome était prisonnier à la cour de Vienne. Le général Pamphile n'espérait plus que l'un ou l'autre pût jamais ramasser la couronne impériale sous les pieds de la sainte alliance. Il regarda comme terminée sa vie de soldat, et il refusa de prendre du service sous le drapeau blanc, quoique ses amis lui représentassent qu'il était trop jeune pour interrompre ainsi sa carrière et pour briser son avenir. Il aimait l'étude, et il pensait que les travaux intellectuels sont les meilleures distractions de l'âge mûr. Il avait toujours eu le projet d'écrire l'histoire de la révolution de Saint-Domingue et de la, funeste expédition où il avait joué un rôle si honorable. « Le temps qui ne guérit point la douleur, mais qui apprend à la supporter, écrivait-il alors, m'a enfin permis de tourner mes regards vers le passé ; j'ai revu mes papiers de Saint-Domingue ; en parcourant les notes qui me restent, j'ai reconnu que ce que j'étais à même de publier, quoique n'ayant pas toujours l'intérêt de la nouveauté, aurait un grand fonds d'utilité publique, parce que, l'histoire étant le rudiment de la politique, la connaissance exacte des événements passés peut être utile au gouvernement pour méditer désormais ses actes de conduite avec Haïti. » II écrivit donc cette histoire au fond d'une campagne (au village de Rosières, près de Montlhéry), où il vivait retiré, dans le voisinage de ses amis, le maréchal Davoust et le baron Fain. La publication de ce bel ouvrage, qui parut durant les derniers mois de 1818, produisit une vive sensation, dans le monde politique : l'Administration elle-même apprécia la hauteur et la sagesse des vues, que l'auteur y avait exposées au sujet des événements de Saint-Domingue, et l'on peut dire que la conduite ultérieure du gouvernement français, vis-à-vis de la république haïtienne, fut inspirée, sinon dirigée, par les nobles sentiments d'humanité et de justice qu'il avait puisés dans ce livre d’histoire philosophique. On admira aussi la chaleur du récit et la vigueur du style, en même temps que la profondeur et l’éclat des pensées de l'écrivain. Le Moniteur accorda les plus grands éloges à ces mémoires, qui furent présentés officieusement à Louis XVIII par le prince d'Eckmull. Louis XVIII avait compris que, pour affermir son trône, il devait se hâter de réorganiser le pouvoir militaire et rappeler sous les drapeaux de la monarchie les officiers et les soldats que le licenciement de l'Armée de la Loire livrait à toutes les séductions du carbonarisme libéral. Ce carbonarisme, né du carbonarisme italien que le roi Murat avait créé dix ans auparavant, par les conseils du général Pamphile de Lacroix, enveloppait la France et l'Europe dans un réseau de, sociétés secrètes et de conspirations.

Éloge funèbre du maréchal Sérurier[modifier | modifier le code]

La Restauration préoccupée seulement de reconstituer l'ancien régime, avait froissé tous les intérêts de la révolution de 89. Une révolution nouvelle, aussi terrible que la première, était imminente. Ce fut dans ces circonstances que le général Pamphile attira sur lui l'attention, en prononçant un discours sur la tombe du maréchal Sérurier, le 24 décembre 1819 (v. à cette date le Moniteur universel) : ce discours éloquent se terminait ainsi :

« Maréchal Sérurier, dormez en paix, vôtre nom est immortel ; il se rattache à la gloire de la France ! Dans ce lieu de repos éternel, prenez place près de vos illustres compagnons d'armes. Ici repose le brave général Lamartillière ; là, le vertueux maréchal Pérignon ; de ce côté, l'immortel Masséna ; moins heureux que vous, ce héros est mort trop tard ou trop tôt, puisqu'il a emporté dans la tombe le regret d'avoir laissé notre infortunée patrie occupée par des étrangers. Vous avez assez vécu pour voir sa délivrance et pour avoir acquis l'espoir consolateur que la France constitutionnelle, sous le sceptre de son roi, forme désormais un faisceau inséparable. Puissent toutes les affections généreuses se confondre autour du trône pour rendre à la patrie la haute splendeur du rang que vos succès avaient concouru à lui assigner »

Ces nobles paroles furent approuvées par tous les bons citoyens ; mais les ministres de Louis XVIII trouvèrent que le général Pamphile Lacroix, tout en reconnaissant le gouvernement des Bourbons comme un fait accompli et sur lequel on ne pouvait revenir, arborait le drapeau tricolore et proclamait l'empire. Néanmoins, Louis XVIII cherchait à rallier autour de son trône tous les généraux de l'empereur, aussi, en 1820 sur proposition du ministre Latour-Maubourg qui le tenait en grande amitié, amitié personnelle le roi désigna lui-même le général Pamphile de Lacroix pour le commandement de la 7e division militaire à Grenoble. Le général n'accepta pas cette marque spontanée de l'estime que le roi accordait à son caractère, sans avoir consulté les amis qu'il comptait parmi les plus illustres représentants de l'empire : ce fut le maréchal Davoust qui le décida, après deux jours de lutte et d'hésitation. Le général fut reçu par le roi en audience particulière, et Louis XVIII lui adressa ces mots significatifs :

– Quoi qu'on dise et qu'on fasse, j'ai confiance en vous, général.

– Sire, répondit le général avec sa franchise ordinaire, confiance oblige ; Votre Majesté a raison de compter sur moi.

Insurrection de Grenoble[modifier | modifier le code]

Il partit presque aussitôt pour Grenoble, où sa présence était nécessaire. Placé sur le terrain brûlant des conspirations, il se voua franchement à la défense des Bourbons, mais sans abandonner celle de ses anciens frères d'armes : sentiment qui pouvait n'être pas sans danger pour son ambition personnelle. Bientôt il se trouva en présence de l'insurrection du . Le carbonarisme avait établi dans cette ville un de ses plus redoutables ateliers de conspiration révolutionnaire. Le général Pamphile, dès son arrivée, s'aperçut du travail souterrain des sociétés secrètes, qui avaient des ramifications jusque dans la garnison. Il avertit de la, situation le Gouvernement, et il prédit que d'un jour à l'autre le signal de l'insurrection partirait, de Grenoble ; on ne tint aucun compte de ses prédictions. Le 20 mars, à neuf heures du matin, des bandes de jeunes gens, appartenant la plupart aux écoles de droit et de médecine, se réunirent dans les rues de Grenoble, en criant : « À bas la charte ! Vive la république ! Vive le duc d'Orléans. » Ils avaient des rubans tricolores à la boutonnière et ils agitaient des drapeaux tricolores.

Le bruit courait qu'une révolution, avait éclaté à Paris, et que le duc d'Orléans avait été mis à la tête d'un gouvernement provisoire. Aussitôt toute la ville fut en rumeur et le drapeau tricolore brilla aux fenêtres des maisons. Le général Pamphile, convaincu de la fausseté des nouvelles qu'on faisait circuler, prit des mesures vigoureuses pour protéger la citadelle et l'arsenal ; puis, suivi seulement d'un bataillon du 10e régiment de ligne, il se précipita, le sabre à la main, au-devant d'une colonne d'insurgés qui venaient à lui en criant : Aux armes ! On lui présente le drapeau tricolore, au cri de : Vive la constitution ! II s'empare du drapeau et de l'homme qui le portait ; il ordonne aux soldats qui l'accompagnent de se former en bataille et il fait charger les armes. En ce moment, le préfet M. d'Haussez, parvient à le rejoindre à travers la foule et consent à lui laisser la responsabilité de ses actes. Aussitôt le général, d'une voix tonnante annoncé que la place est en état de siège et que le pouvoir militaire va seul agir : « J'étendrai un bras de fer sur les factieux, s'écrie-t-il, et je les réduirai en poudre ! » Il n'en fallût pas davantage pour intimider les conspirateurs, qui se retirent et qui se cachent : les chefs n'avaient pas encore paru et n'osent pas paraître ; les rassemblements se dispersent, et la garnison, dont une partie était d'intelligence avec les sociétés sedrètes de l'Isère, aide au maintien de l’ordre, en criant : Vive le roi ! On doit toutefois reconnaître qu'il accompagna la publication de cette mesure d'une proclamation bienveillante et paternelle, et que, pendant les sept jours qu'il conserva dans ses mains le, pouvoir dictatorial, il ne commit aucun acte arbitraire. La contenance énergique du général avait seule empêché des malheurs incalculables.

Louis XVIII approuva complètement la conduite du général et lui envoya le le grand cordon de l'ordre de Saint-Louis avec le titre de gentilhomme de la Chambre en récompense de son zèle et de son énergie. Le soir même du jour où l'on avait appris à Paris l’échauffourée de Grenoble, le roi jouait aux cartes avec le duc d’Aumont : « Je suis sûr de la partie, dit-il gaiement, tant que j'aurai Pamphile dans mon jeu. » Le général demanda lui-même un autre commandement : il n'était pas secondé à Grenoble par l'autorité administrative et se voyait souvent entravé par la faiblesse ou l'indécision du préfet, qui cherchait à se faire des appuis dans la bourgeoisie et qui accusait le général d'avoir des craintes exagérées à l'égard du parti libéral. En ce moment, la conspiration était menaçante sur tous les points de la France, et plus que partout ailleurs, dans les départements de l'Est. C'est là où le roi voulut envoyer Pamphile de Lacroix, auquel on donna la 5e division militaire, dont le siège était la ville de Strasbourg. Le général eut ordre de se rendre immédiatement à son poste. Dans son audience de congé, il dit au roi : « Sire, si les carbonari étaient des bonapartistes, je serais peut-être embarrassé, mais ce sont des révolutionnaires, et je sais comment on doit traiter ces gens-là. » Louis XVIII souriait sans répondre : « Les carbonari d'Italie assassinaient sans miséricorde, poursuivit le général, mais ils étaient moins redoutables que les nôtres, qui sont des avocats et qui jusqu'à présent ne tuent personne. » Le roi le congédia en lui souhaitant de se trouver encore une fois en présence des carbonari de France. Louis XVIII ne soupçonnait pas que son souhait serait bientôt accompli.

Conspiration de Belfort[modifier | modifier le code]

C'était à Belfort que les conspirateurs allaient frapper un coup décisif : la garnison, dont les officiers étaient charbonniers, devait s'emparer de la ville en proclamant la république, et le général Lafayette avait promis de venir se mettre à la tête du mouvement insurrectionnel. Le rendez-vous de tous les conjurés était fixé au 31 décembre, à minuit, mais, par un hasard providentiel, le général commandant la division militaire tenait déjà dans ses mains tous les fils du complot... Il avait sous les yeux les listes de tous les agents de la conspiration et pouvait se saisir des principaux chefs : il demanda des ordres par le télégraphe et n'obtint qu'une réponse vague qui ne lui permettait pas de procéder avec la rigueur qu'il aurait voulu déployer dans cette affaire ; il se borna donc à faire échouer la conspiration, sans chercher à s'emparer des conspirateurs que le Gouvernement était bien aise de ne pas atteindre, car on eut été forcé de les juger, et c'était une grave difficulté que de faire comparaître sur les bancs de la cour d'assises le vieux général Lafayette et les membres les plus populaires de l'opposition libérale. Le malheureux colonel Caron fut le seul qui paya de sa tête le fatal honneur d'avoir été l’éditeur responsable d'un complot qu'il n'avait ni conçu ni tramé. Le général Pamphile de Lacroix essaya inutilement de le sauver, en l'invitant à recourir à la clémence du roi : mais Caron refusa même de se pourvoir en cassation contre l'arrêt qui le condamnait à mort (Mémoire de la Restauration, par madame la duchesse d'Abrantès, t. 5, p,137 et suiv.). Cependant l'échec de la conspiration n'avait pas découragé le carbonarisme : le général fut averti qu'une partie de la garnison de Strasbourg devait se soulever, s’emparer de la citadelle et proclamer Napoléon II : il mit la ville en état de défense, consigna la garnison dans les casernes et fit braquer des canons à l'entrée des rues, pendant qu'on opérait l'arrestation des quelques sous-officiers qui avaient préparé ce coup de main républicain sous l'apparence d'une insurrection napoléonienne. Bien que sa conduite dans les affaires de Belfort, de Strasbourg et de Colmar, n'ait peut-être pas été exempte de blâme, le général Pamphile fut mandé à Paris pour faire son service de gentilhomme de la Chambre, et pour recevoir en même temps les félicitations du roi : « Général, lui dit Louis XVllI, qui lui fit l'accueil le plus flatteur, je suis content de votre conduite en Alsace ; vous avez entièrement répondu à la confiance que vous m'inspiriez, et c'est avec plaisir que je vous réitère les témoignages de ma satisfaction royale » (Moniteur universel). Le général était en pleine faveur auprès du roi, qui lui témoignait toujours une bienveillance presque familière, et qui le recevait souvent en audience secrète. Ce fut au cours d'une de ces audiences que Pamphile de Lacroix mit sous les yeux de Louis XVIII les preuves écrites de la conspiration de Belfort, la liste des affiliés aux ventes du carbonarisme et les plans de l’insurrection républicaine. « Il y a des gens qui doutent du service que vous nous avez rendu, lui dit le roi ; je n'en doutais pas, moi ; mais je suis bien aise de pouvoir maintenant me faire votre caution. »

Armée des Pyrénées[modifier | modifier le code]

Créé vicomte de la Restauration le , il obtint, au mois de , le commandement de la 10e division militaire à Toulouse ainsi que de la 2e division du corps d'observation sur les frontières d'Espagne. Un mois plus tard il fit partie de l'armée des Pyrénées, entra en Espagne à la tête de la 6e division et devint membre de la commission de défense du royaume. C’était le prélude de la guerre qui se préparait contre le gouvernement révolutionnaire des Cortès. Le général Pamphile avait été désigné par le roi pour être employé dans l'armée d'intervention ; il se promettait bien de se voir placé au premier rang parmi les généraux qui devaient servir sous les ordres des maréchaux de l'empire Moncey, duc de Conégliano, et Oudinot, duc de Reggio ; mais il avait été desservi, calomnié, auprès du duc d'Angoulême, qui voulut que le général Molitor eût le commandement en chef du corps d'armée dans lequel était comprise la division du général Pamphile de Lacroix. Celui-ci avait eu, de tous temps, une sorte de rivalité avec Molitor, et il fut profondément blessé de se voir sous les ordres de ce général. Il faillit, dans son irritation, déposer son commandement entre les mains du roi, qui l'encouragea affectueusement à prendre patience et à se résigner aux nécessités de la circonstance. Il partit, le cœur ulcéré, et il entra en Espagne déterminé à se soumettre le moins possible aux impérieuses tracasseries du général Molitor. La division qu'il commandait avait sa base d'opération en Aragon, passa la Cinca et enleva la ville de Monzon ; elle remporta l'avantage dans plusieurs affaires peu importantes et poursuivit l'ennemi qui se retirait devant elle.

Mais déjà la mésintelligence s'était déclarée entre les deux anciens antagonistes, et le général Molitor ayant déclaré au duc d'Angoulême que ses plans de campagne étaient sans cesse dérangés par le général Pamphile, celui-ci fut invité à donner sa démission. Il quitta le commandement de sa division et revint en France, avec l'intention de se plaindre au roi et d'obtenir une éclatante réparation. Louis XVIII l'accueillit avec bonté, écouta ses plaintes et lui promit de le dédommager de l'injustice qu'il avait subie ; mais la guerre d'Espagne terminée par la prise du Trocadero, le général Molitor fut créé maréchal de France, et le général Pamphile de Lacroix n'eut aucune part aux récompenses qui ne manquèrent pas à ses collègues. Cet oubli dont il était victime ne fit que l'aigrir davantage. Il est vrai que la maladie dont Louis XVIII allait bientôt mourir avait forcé ce prince à ne plus s'occuper du gouvernement : Charles X était déjà roi de fait, et il ne semblait pas disposé à reconnaître les services que le général Pamphile avait rendus à la monarchie.

Fin de carrière et mort[modifier | modifier le code]

Après la mort de Louis XVIII, le général vit bien qu'il avait perdu son appui à la cour et que les préjugés de Charles X à son égard ne feraient que se fortifier. Nous ne savons pour quel motif il tomba, au mois d', dans la disgrâce du prince généralissime, mais le brave général n'était pas courtisan ; il n'était pas même politique, et il donnait trop d'expansion à ses sentiments, trop d'écho à ses idées, trop d'éclat à ses paroles. II resta donc en disponibilité, sans autres fonctions que celles de gentilhomme de la Chambre, jusqu'à la révolution de [1830]. Au mois d'août 1831 le gouvernement de Juillet le mit à la retraite et le fit rentrer dans la vie privée. Cette révolution, il l'avait cent fois prédite, il avait tout fait pour l'empêcher, il en fut attristé, mais non surpris. Le Gouvernement de juillet n'avait pas, ne pouvait avoir ses affections. Il s'était retiré à Versailles, où il vivait dans la retraite, en se consacrant à des études historiques qui convenaient à son esprit sagace et observateur aidé en cela par sa noble et intelligente compagne, madame la vicomtesse Pamphile de Lacroix (née Puechner), qui était l'âme de ses inspirations, de ses projets et de ses travaux, et qu'on citait comme une des femmes les plus instruites et les plus spirituelles de la cour. Elle aurait eu, dit-on, une part non négligeable aux ouvrages de son mari. Il avait projeté d'écrire une nouvelle histoire de France depuis les origines gauloises, et il en rédigeait le sixième volume, lorsqu'il fut atteint de la douloureuse maladie à laquelle il succomba après quelques semaines de souffrances. Il meurt à Versailles, au 9 boulevard de la Reine (no 15 actuellement) le samedi 16 octobre en disant : « Je meurs du passé, et je sens que je pourrais vivre de l'avenir. » La grande histoire qu'il composait est restée inédite, ainsi que des mémoires particuliers sur sa vie et sur son temps. Il avait publié seulement ses Mémoires pour servir à l'histoire de la révolution de St-Domingue, Paris, Pillet aîné, 1819, 2 vol. in-8°, avec une carte ; seconde édition en 1820 ; et Raisons d'État pour fortifier le système militaire en France et rétablir le conseil de guerre, Paris, impr. de Trouvé, 1824, in-8° de 64 pages. On lui a encore attribué un Mémoire sur la succursale de l'Hôtel royal des Invalides à Avignon ; sur les avantages que présente à l'administration militaire le département de Vaucluse ; sur les opinions et les mœurs de ses habitants, (Montpellier, 1819, in-40) ; mais ce mémoire curieux est de son frère, ancien officier et commissaire des guerres.

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