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François Héran

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François Héran, né le à Laon, est un sociologue, anthropologue et démographe français[1].

Ses principaux sujets de recherche sont les migrations internationales, les dynamiques démographiques et les discriminations.

Après des études secondaires au lycée Kléber à Strasbourg (1965-1970) et des classes préparatoires au lycée Fustel-de-Coulanges) (1970-1972) dans la même ville, François Héran intègre l'École normale supérieure de Paris, option philosophie (1972-1976).

En 1973-1974, il suit une formation à la recherche anthropologique (FRA) à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et y obtient en 1974 un DEA d'anthropologie sociale. Agrégé de philosophie en 1975, il est, en 1976-1977, résident de la Casa de Velázquez et séjourne à Madrid pendant un an[2].

En 1979, il soutient une thèse de doctorat de 3e cycle, « Terre et parenté en Andalousie occidentale. Recherches d’anthropologie sociale et historique sur la bourgeoisie agraire de Séville » à l'EHESS et, en 1996, un doctorat d'Université, « Figures et légendes de la parenté » à l'université Paris-Descartes.

Carrière académique

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Directeur de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined) à partir de 1990, chef de la division des enquêtes et études démographiques (« Conditions de vie des ménages ») à l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) de 1993 à 1998, puis directeur de l'Ined de 1999 à 2009, François Héran est membre des unités de recherche « Migrations internationales et minorités »[3] et « Histoire et populations »[4].

En 2010, il est lauréat du prix Descartes-Huygens.

En 2013, il postule à la succession à Richard Descoings à la tête de l'Institut d'études politiques de Paris. Il déplore que sa candidature n'a pas été retenue sans aucune justification et dénonce le manque de transparence du comité de recherche, qui selon lui ne l'a pas jugé sur les critères de recrutement publiés[5].

D' à , il dirige le département des Sciences humaines et sociales à l'Agence nationale de la recherche (ANR).

En , il est élu professeur au Collège de France pour la chaire « Migrations et sociétés »[6] créée en [7]. Il tient sa leçon inaugurale le [8],[9].

En , il est nommé président du conseil d’orientation de l’établissement public du palais de la Porte-Dorée[10].

En 2023, il devient président de l'Union rationaliste.

Décoration

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Participation au débat public

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Immigration

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François Héran participe régulièrement au débat public en considérant principalement que l'immigration est vitale et qu'elle constitue une main-d'œuvre indispensable pour la France[12]. Dans la mesure où les statistiques ethniques sont interdites en France, sa méthodologie de recherche se fonde sur les données d'état-civil, comme la nationalité, publiées principalement par l'Insee[13].

En 2017, il publie sur ce sujet, Avec l'immigration : mesurer, débattre, agir, où il « replace les arguments de ce débat dans une perspective démographique et politique[14]. »

En 2018, il soutient que l'envahissement migratoire du Nord par le Sud de populations africaines est un « fantasme » véhiculé par Stephen Smith et que cette thèse n'a aucune valeur scientifique[15],[16].

En 2019, dans une tribune publiée dans Le Monde, il réfute l'idée que la France soit le premier pays d’Europe pour les demandeurs d’asile, en considérant que la comparaison statistique avec les autres pays européens n'est pas adaptée, compte tenu des situations géographiques, sociales et juridiques différentes. Il déplore une « politique d’opinion » qui laisse le champ libre à l’extrême droite en écartant la question de l'intégration des populations immigrées[17]. De même, il considère que les quotas en fonction de l’emploi et la restriction de l’accès aux soins annoncés s’avèrent inutiles voire contre-productifs pour l'intégration des populations immigrées[18].

Discrimination religieuse

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Au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, il publie dans la revue en ligne La Vie des idées une « Lettre aux professeurs d’histoire-géographie », suivie d'un essai intitulé Lettre aux professeurs sur la liberté d'expression, où il plaide une conciliation de la liberté d’expression avec le respect des croyants[19],[20]. Il y préconise le lien social autour d'une règle fondamentale comprenant le respect des croyants et le fait de ne pas être offensant, notamment envers les musulmans. Il préconise également de ne pas nier l'existence de l'islamophobie, du racisme structurel et de la discrimination systémique — occultés selon lui par les défenseurs de l’universalisme républicain[21],[22]. Ce positionnement « suscite d'intenses débats[20]. »

Il provoque notamment la critique de Nathalie Heinich, sociologue et directrice de recherche au CNRS, qui voit dans sa thèse « une volonté de protéger les religions contre différentes formes de critiques, au mépris du droit, de la protection démocratique de la liberté d’expression et de la conception française et républicaine de la laïcité[23]. » Le sociologue Manuel Boucher exprime lui aussi son désaccord[24]. Charlie Hebdo dénonce une remise en cause du droit au blasphème[25]. En revanche, Thomas Piketty lui apporte son soutien[réf. nécessaire].

Dans ses conférences, François Héran explique que Samuel Paty lui-même « s’était trouvé bien embêté » après avoir montré à ses élèves l'une des caricatures réalisées par Coco. Cette affirmation provoque la réaction indignée du philosophe Henri Peña-Ruiz : « Je suis particulièrement choqué et même bouleversé que vous puissiez mettre en cause Samuel Paty de cette façon[23] ! »

Publications

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  • 1990 : Le Bourgeois de Séville : Terre et parenté en Andalousie, d'après sa thèse de 1979, refonte de la version espagnole de 1980[26], Presses universitaires de France, coll. « Ethnologies » (ISBN 978-2-1304-2260-0)
  • 1994 : Les Efforts éducatifs des familles, avec Claude Gissot et Nicole Manon, INSEE, coll. « Insee-Résultats », série « Consommation-Modes de vie » (ISBN 978-2-1106-6201-9)
  • 2006 : La Formation du couple. Textes essentiels pour la sociologie de la famille, avec Michel Bozon, La Découverte, coll. « Les grands repères », série « Textes essentiels pour la sociologie de la famille » (ISBN 978-2-707-14827-8)
  • 2007 : Le Temps des immigrés : essai sur le destin de la population française, Le Seuil, coll. « La République des idées » (ISBN 978-2-0209-2246-3)[27]
  • 2009 : Figures de la parenté. Une histoire critique de la raison structurale, Presses universitaires de France, coll. « Sociologies » (ISBN 978-2-1305-7036-3)
  • 2016 : Parlons de l'immigration en trente questions, 2e édition refondue (1re édition en 2012), La Documentation française (ISBN 978-2-11-009975-4)[28]
  • 2017 : Avec l'immigration : mesurer, débattre, agir, La Découverte, coll. « L’envers des faits » (ISBN 978-2-7071-9024-6)
  • 2018 : Migrations et sociétés, Fayard/Collège de France, coll. « Leçons inaugurales du Collège de France » (ISBN 978-2-2137-1173-7) ; nouvelle éd., 2024 (ISBN 978-2-7226-0669-2)
  • 2021 : Lettre aux professeurs sur la liberté d'expression, Paris, La Découverte[29] (ISBN 978-2-348-06927-7)
  • 2023 : Immigration, le grand déni, Le Seuil, coll. « La République des idées » (ISBN 978-2-02-153114-5)
  • 2016 : Trajectoires et origines : Enquête sur la diversité des populations en France, sous la dir. de Cris Beauchemin, Christelle Hamel et Patrick Simon de l'INED et de l'INSEE, INED (ISBN 978-2-7332-8004-1)

coll. « Cahier du Palais de la Porte-Dorée »

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Articles (sélection)

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  • « La découverte du conjoint », avec Michel Bozon dans Population
    • « I. Évolution et morphologie des scènes de rencontre », 1987, vol.42, n° 6, p. 943-985[33]
    • « II. Les scènes de rencontre dans l’espace social », 1988, vol. 43, n° 1, p. 121-150[34]

Notes et références

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  1. « CV », sur ined.fr, (consulté le ).
  2. « Casi un siglo de miembros científicos - Investigación », sur casadevelazquez.org (consulté le ).
  3. Voir sur ined.fr.
  4. Voir sur ined.fr.
  5. « Sciences po : un candidat réclame des explications » (consulté le ).
  6. Chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France.
  7. Biographie, sur le site du Collège de France.
  8. Leçon inaugurale au Collège de France, le 5 avril 2018.
  9. Il débute celle-ci par « l'évocation cursive de quatre professeurs du Collège de France qui ont frayé des voies en démographie sociale et pour certains dans l'approche des migrations. En remontant le temps, Alfred Sauvy, Louis Chevalier, Robert Montagne, Maurice Halbwachs. »
    Cf. enregistrement.
  10. Nomination de François Héran, site du Palais de la Porte dorée, janvier 2020.
  11. Voir sur legifrance.gouv.fr.
  12. « François Héran : “Sans les immigrés, notre pays ne tiendrait pas longtemps” », sur Télérama, (consulté le ).
  13. Laurent Guez, « François Héran : "La diversité progresse avec l’immigration" », sur leparisien.fr, (consulté le ).
  14. Quatrième de couverture.
  15. Stephen Smith, « Ce fourrier de l’extrême droite que je ne suis pas », sur Libération (consulté le ).
  16. François Héran, « La "ruée" d’Africains vers l’Europe, une thèse sans valeur scientifique », sur Libération (consulté le ).
  17. François Héran, « Il est temps que nos dirigeants tiennent sur l’immigration une parole de raison plutôt qu’un discours de peur », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  18. Thibaut Sardier, « François Héran : "Durcir les conditions d’entrée des migrants retarde leur intégration" », sur Libération (consulté le ).
  19. Marion Cocquet, « Peut-on demander un peu d’espace pour la liberté de croyance sans basculer dans la théocratie ? », sur Le Point, (consulté le ).
  20. a et b Ariane Chemin, « Dans sa "Lettre aux professeurs", François Héran plaide pour une approche sereine de la liberté d’expression », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  21. « La liberté d’expression tend aujourd’hui en France à étouffer la liberté de croyance », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  22. « Lettre aux professeurs sur la liberté d'expression », sur France Culture, (consulté le ).
  23. a et b Amandine Hirou, « François Héran, le mandarin qui n’aime pas "l’esprit Charlie" », L'Express,‎ (lire en ligne Accès payant).
  24. Manuel Boucher, « Islamisme et intellectuels repentants : du compromis à la compromission », sur marianne.net, 2021-03-22utc11:12:44+0100 (consulté le ).
  25. « A-t-on le droit de caricaturer le vide ? », sur Charlie Hebdo, (consulté le ).
  26. Tierra y parentesco en el campo sevillano. La revolución agrícola del siglo XIX, version modifiée de la thèse présentée en 1979, traduction par María Marchetti-Mauri, ministère espagnol de l'Agriculture, coll. « Estudios ».
  27. Traduction japonaise en 2009 avec préface inédite.
  28. Voir sur ladocumentationfrancaise.fr.
  29. Voir sur editionsladecouverte.fr.
  30. Voir sur ladocumentationfrancaise.fr.
  31. Voir sur ladocumentationfrancaise.fr.
  32. Voir sur ladocumentationfrancaise.fr.
  33. « La découverte du conjoint. I. Évolution et morphologie des scènes de rencontre », sur persee.fr, (DOI 10.2307/1532737, consulté le ).
  34. « La découverte du conjoint. II. Les scènes de rencontre dans l'espace social », sur persee.fr, (DOI 10.2307/1533112, consulté le ).

Sur les autres projets Wikimedia :

  • C. Clerc, « Le démographe galopant : Portrait de François Héran qui a présidé à la rédaction du questionnaire du recensement », Le Figaro,‎

Bibliographie

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  • Bibliographie complète, depuis 2008, sur le site de l'INED
  • Bibliographie complète dans le CV publié sur le site du Collège de France Catégories citées : Histoire des sciences sociales, Sciences des religions, Anthropologie, Enquêtes pour l'INED et l'INSEE, Sociologie électorale (INSEE), Questions démographiques, Migrations.

Liens externes

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