François Garasse

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François Garasse, né à Angoulême en 1585 et mort à Poitiers , fut en son temps un jésuite redouté de toute la sphère littéraire.

Son père qui était ligueur, conspira contre le duc d'Épernon, gouverneur d'Angoulême pour Henri III, et fut tué à la porte du château, comme il essayait d'y pénétrer. En 1601, Garasse entra dans la compagnie de Jésus : il sollicita et obtint de ses supérieurs la permission de se livrer à la prédication. Il mit toute son énergie à lutter contre l'hérésie et le libertinage. Sa propension à la calomnie effraya, dit-on, l'ordre des Jésuites même, et il fut démenti par nombre de ses pairs. Son éloquence virulente servit toutefois l'ordre lors de sa querelle avec l'Université de Paris, opposant l'allégeance romaine des Jésuites au gallicanisme de la Sorbonne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Toute la vie de l'abbé Garasse a été tendue vers la dénonciation et la répression du libertinage, mot qui qualifie avant tout, au XVIIe siècle, le libertinage de pensée, celui-ci pouvant entraîner une certaine liberté de mœurs.

Il s'implique dans la mise en accusation de Théophile de Viau, qui manqua à mener ce dernier au bûcher. Pourtant, il a enseigné à Guez de Balzac au collège jésuite Sainte Marthe à Poitiers en 1607-8[1].

On le retrouve à l'origine du long conflit entre jésuites et jansénistes, Saint Cyran, en 1626, ayant attiré avec succès l'attention de la censure sur un de ses écrits. Il est mort à Poitiers, de la peste[2].

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Un jour de controverse publique, Garasse traita l'un des partisans de l'Université de « sot par nature, sot par bécarre, sot par bémol, sot à la plus haute gamme, sot à double semelle, sot à double teinture, sot en cramoisi, sot en toutes sortes de sottises ! » On dit que le jésuite sortit de cette tirade le visage écarlate de fureur.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « I'appelle Libertins nos yvrongnets, mouscherons de tavernes, esprits insensibles à la piété, qui n'ont autre Dieu que leur ventre, qui sont enroolez en cette maudite confrerie, qui s'appelle la Confrerie des Bouteilles, à laquelle nous gardons son Chapitre à part. Il est vray que ces gens croyent aucunement en Dieu, haïssant les Huguenots & toutes sortes d'heresies, ont quelquesfois des interualles luisants, et quelque petite clarté qui leur faict voir le misérable estat de leur ame : craignent et apprehendent la mort, ne sont pas du tout abbrutis dans le vice, s'imaginent qu’il y a un Enfer : mais au reste ils viuent licentieusement, iettant la gourme comme ieunes poulins, iouïssant du bénéfice de l'aage, s'imaginant que sur leurs vieux iours Dieu les receura à misericorde, & pour cela sont bien nommés quand on les appelle Libertins ; car c'est comme qui diroit apprentis de l'Athéisme » (Extrait de La doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou prétendus tels, Paris, 1624, p. 37)[4]
  • « Le jésuite Garasse, le jésuite Hardouin, et d’autres menteurs publics, trouvaient partout des athées ; mais le jésuite Garasse, le jésuite Hardouin, ne sont pas bons à imiter. » (Extrait d'une lettre de Voltaire au docteur Pansophe, avril 1766)

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Rabelais réformé par les ministres et nommément par Pierre du Moulin, ministre de Charenton, pour réponse aux bouffonneries insérées en son livre de la vocation des pasteurs (Bruxelles 1619, édition originale très rare, autre éditions : 1620 et 1621)
  • La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou prétendus tels (1623-1624)
  • Histoire des jésuites de Paris pendant trois années (1624-1626)
  • Lettre du Père François Garassus, de la Compagnie de Jésus, à M. Ogier, touchant leur réconciliation, et response du sieur Ogier sur le mesme sujet (1624)
  • La Somme théologique des vérités capitales de la religion chrétienne (1625)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rémy Foisseau, Jean-Paul Taillé, Le Chevalier de Méré : énigmatique honneste homme du XVIIe siècle, Mon Petit Éditeur, 408 p., (ISBN 978-2-74837-759-0), p. 41-2.
  2. Pierre Rambaud, L’Assistance publique à Poitiers jusqu’à l’an V, Paris, Honoré Champion, p. 431.
  3. François Garasse, Les Recherches des recherches et autres oeuvres de Me Estienne Pasquier, pour la défense de nos roys contre les outrages, calomnies et autres impertinences du dit autheur, Paris, Sébastien Chappelet, 1622, p. 681-682.
  4. Extrait copié d'après le livre original qui a été scanné par Google books, ainsi que par Gallica. Cet extrait est souvent transformé avec une orthographe modernisée et un morceau manquant.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Van Damme, « Garasse, François (1585-1631) », Dictionary of Seventeenth Century French Philosophers, Luc Foisneau (éd.), Londres - New York, Thoemmes - Continuum, 2008, vol. I, p. 524-526.
  • Mathilde Bombart, « Un antijésuitisme "littéraire" ? La polémique contre François Garasse », in Pierre-Antoine Fabre, Catherine Maire (dir.), Les Antijésuites. Discours, figures et lieux de l'antijésuitisme à l'époque moderne, Presses universitaires de Rennes (PUR), 2010, p. 179-196.

Articles connexes[modifier | modifier le code]