François Cusset

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cusset.
François Cusset
François Cusset at MACBA.jpg
François Cusset au MACBA.
Fonction
Professeur des universités
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
Activité

François Cusset, né le à Boulogne-Billancourt, est un historien des idées, professeur de civilisation américaine à l'université de Nanterre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, François Cusset a été responsable du Bureau du livre français à New York.

Il a été chercheur associé au CNRS (Laboratoire « Communication et politique ») et professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.

Famille[modifier | modifier le code]

Il est le frère de l'écrivaine Catherine Cusset et du philosophe et comédien Yves Cusset.

Travaux[modifier | modifier le code]

Réception de la French theory aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, François Cusset analyse comment des penseurs français, tels que Foucault, Barthes, Derrida, Baudrillard ou Deleuze ont marqué aux États-Unis la vie intellectuelle des campus et certaines formes de militantisme à partir des années 1980 à une période où, paradoxalement, ils tombaient en France dans un relatif oubli.

Analyse des années 1980 en France[modifier | modifier le code]

Dans La Décennie : le grand cauchemar des années 1980, François Cusset propose une analyse des mutations intellectuelles et sociales survenues en France durant une période allant du reflux des idées portées par Mai 68 (milieu des années 1970) aux grèves de 1995 contre les projets de réforme des retraites et de la Sécurité sociale. Il met en particulier en avant le rôle de personnes issues de la contestation soixante-huitarde et de leurs médias (Libération, Le Nouvel Observateur, etc.)[1]

Sur le plan politique, il constate la disparition de la question sociale dans un climat de modernisation technocratique où le marché apparaît incontournable[2]. L’esprit d’entreprise et la valeur centrale de l’argent s’imposent, phénomène symbolisé par la figure médiatisée de Bernard Tapie.

Sur le plan intellectuel, il constate l’abandon de perspectives intellectuelles critiques parallèlement au décollage de l’essai comme genre best-seller, sous l’influence des nouveaux philosophes médiatiques et de prétendus experts. Sur le plan culturel, il constate le développement d’un discours de la jouissance, de l’expérience corporelle, du fun, nourri par le discours publicitaire et correspondant à l’extension du capitalisme sur de nouveaux domaines (corps, intimité…).[réf. nécessaire]

Analyse des années 1990 dans le monde et droitisation[modifier | modifier le code]

François Cusset a dirigé l’ouvrage collectif Une histoire (critique) des années 1990 visant à restituer l’atmosphère politique, culturelle et intellectuelle de la dernière décennie du XXe siècle. Il y a rédigé un chapitre sur l’histoire des idées où, sous le signe d’un double effondrement (celui du mur de Berlin et celui des tours jumelles du World Trade Center), deux axes majeurs guident la production intellectuelle : la fin du communisme et la montée du danger islamiste[3].

En 2016, il publie un essai intitulé La droitisation du monde. Selon Cusset, le dernier demi-siècle serait caractérisé « par un cycle contre-révolutionnaire qui constitue un retournement ». Ce nouveau cycle s'opposerait au « cycle émancipateur, progressiste du milieu du XXe siècle ». Il estime qu'au sein de la droite, « deux lignes historiquement en contradiction ont formé une alliance stratégique : la droite des marchés, du libre-échange radicalisé, de la haine de l’État et de la suppression de toutes les barrières à la mondialisation économique, et la droite des valeurs patrimoniales, chrétiennes et identitaires. »[4],[5] Pour le philosophe Jean-Claude Michéa, la notion de « droitisation » est un concept médiatique qui présente le défaut de considérer la « société » comme un bloc homogène. Il homogénéise notamment la notion de "droite" qui reste plurielle. Par sa condamnation des valeurs dites "traditionnelles" telles que le sentiment d’appartenance, ou l’exigence de civilité qui avaient contribué à freiner dans les classes populaires, le processus d'atomisation du monde porté par le capitalisme, le concept de droitisation ne représenterait qu'« une des multiples façons dont les élites libérales ont coutume de stigmatiser le "repli sur soi" et le "passéisme" de ces classes "subalternes" »[6].

Interventions publiques[modifier | modifier le code]

François Cusset fait partie des signataires d'une tribune[7] dénonçant le texte d’orientation adopté pour trois ans par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) à son congrès des 30 mars et 1er avril 2012 à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Cette tribune critique un emploi « a-critique » du « terme "racisme anti-blanc" ». Selon eux, il faut : " rappeler avec Albert Memmi ce que celui-ci expliquait déjà il y a un demi-siècle ",

« qu'aucuns liens ne peux être fait entre le racisme du dominant, reflétant et s’appuyant sur la puissance des dispositifs de domination, et ce qu’il désignait par "racisme édenté", c’est-à-dire cette forme de "racisme" du dominé, sans force, sans pouvoir, incapable de n’être autre chose que des mots ,... »

En novembre 2015, avec plusieurs intellectuels français[8], il signe dans Libération une tribune appelant à manifester le 29 novembre à Paris contre l'instauration de l'état d'urgence, malgré l'interdiction. Ils notent que :

« C’est une victoire pour Daesh que d’avoir provoqué la mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière […] S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police […] nous n’acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester[9]. »

François Cusset publie le 15 décembre 2018 dans le journal Le Monde, une tribune qui assimile le respect de la loi de la République au fascisme ; tribune dans laquelle il reprend le terme "islamophobie" créé par les islamistes pour qualifier la loi de 2004 contre les signes religieux et utilise le terme "violence autoritaire" pour évoquer le maintien de l'ordre face aux casseurs.


Publications[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Queer critics : la littérature française déshabillée par ses homo-lecteurs, PUF, Paris, 2002,
  • French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, La Découverte, Paris, 2003, 378 p., (ISBN 9782707146731)
  • La Décennie : le grand cauchemar des années 1980, La Découverte, Paris, 2006, 378 p., (ISBN 9782707153760)
  • Contre-discours de Mai : ce qu'embaumeurs et fossoyeurs de 68 ne disent pas à ses héritiers, Actes Sud, Paris, 2008
  • À l'abri du déclin du monde, P.O.L., Paris, 2012, 352 p. (ISBN 978-2-8180-1670-1)
  • Une histoire (critique) des années 90, La Découverte, Paris, 2014, 378 p. (ISBN 9782707181930)
  • Les Jours et les jours, P.O.L., Paris, 2015, 348 p. (ISBN 978-2-8180-1488-2)
  • La Droitisation du monde, Textuel, Paris, 2016, 112 p. (ISBN 978-2845975668)
  • Le déchaînement du monde, La Découverte, Paris, 2018, 237 p. , (ISBN 978-2-7071-9815-0)

Articles[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Années 1980 : les fossoyeurs du nouveau monde / Entretien avec François Cusset ».
  2. Marc Chevallier, « La décennie. Le grand cauchemar des années 1980, . », Alternatives Economiques, no 254,‎ (lire en ligne).
  3. « “Une histoire (critique) des années 1990” : une décennie en trois dimensions », sur www.slate.fr.
  4. « LA DROITISATION DU MONDE TOUCHE L’ENSEMBLE DE NOS EXISTENCES », entretien, humanite.fr, 20 octobre, 2016
  5. La victoire de Trump ou le triomphe de la droitisation du monde, lesinrocks.com, 9 novembre 2016
  6. Entretien-fleuve avec Jean-Claude Michéa, le philosophe qui secoue la gauche, lesinrocks.com, 11 janvier 2017
  7. Tribune contre le texte du Mrap.
  8. Parmi les signataires : Éric Hazan, Frédéric Lordon, Hugues Jallon, Serge Quadruppani, Jacques Fradin, Ivan Segré, Nathalie Quintane, Pierre Alféri, François Cusset.
  9. Collectif, « Bravons l'état d'urgence, manifestons le 29 novembre », Libération,‎ (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]