François-Bernardin Noblat

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
François-Bernardin Noblat
Naissance
Belfort
Décès (à 78 ans)
Sevenans
Nationalité Français
Profession
Avocat, commissaire des guerres, subdélégué de l'intendance d'Alsace, bailli et prévôt royal de Belfort, conseiller du roi au Conseil souverain d'Alsace
Distinctions

François-Bernardin Noblat, né le à Belfort, mort le (à 78 ans) à Sevenans, seigneur de Sévenans, de Morvillars et d'autres lieux, est un avocat français, commissaire des guerres, subdélégué de l'intendance d'Alsace, bailli et prévôt royal de Belfort, conseiller du roi au Conseil souverain d'Alsace.

Il est chargé par le roi Louis XV d'établir les frontières françaises au niveau du Rhin avec les états allemands, et avec la Suisse ; il détermine ainsi la « limite Noblat », nouvelle frontière sur le Rhin.

Biographie[modifier | modifier le code]

François-Bernardin Noblat naît le à Belfort. Son père, Jean-Pierre Noblat (1682-1755), juriste issu d'une lignée noble de magistrats et officiers, est nommé responsable des négociations et des échanges à régler avec les autres états, pour établir les limites et frontières françaises au niveau des provinces d'Alsace et de Franche-Comté[1],[2]. Sa mère est Marie-Catherine Munch ou de Munck (1687-1767), fille de Bernardin Munch, receveur général de la principauté-évêché de Bâle, et de Françoise Bennot[3]. Les armoiries des Noblat sont « de gueules à trois grenades d'or feuillées et tigées de sinople »[4].

Sa demeure, la « maison Noblat », où il reçoit le dauphin, est devenue l'hôtel de ville de Belfort.
gravure en noir et blanc d'une assemblée de magistrats et nobles, assis en quadrilatère
Le Conseil souverain d'Alsace, dont il fait partie.

Reçu avocat, François-Bernardin Noblat devient commissaire des guerres ; il est rapidement associé aux affaires de son père Jean-Pierre Noblat[5].

Administre Belfort et la région[modifier | modifier le code]

François-Bernardin Noblat achète à son oncle François Noblat en 1737 l'office de prévôt royal de Belfort et celui de bailli de la même ville[6]. En tant que prévôt royal de la ville, il reçoit chez lui en 1747 le dauphin Louis et la dauphine Marie-Thérèse d'Espagne et organise les fêtes en leur honneur[7]. En même temps qu'il est prévôt et bailli, il seconde son oncle à la tête de la subdélégation de l'intendance d'Alsace pour Belfort et sa région[6],[8].

C'est à ce titre que François-Bernardin établit en 1751 un document statistique sur l'économie régionale ; il l'intitule « État et dénombrement de la subdélégation de Belfort », et le date du [8]. Ce document est une mine d'informations sur l'économie et la société des bailliages ruraux, comme sur les villes d'Altkirch, Belfort et Huningue. Pour chacune des 269 communautés rurales et urbaines, Noblat indique le nombre de familles, le nombre de têtes de bétail et de chevaux, la superficie des terroirs, les types de culture et d'exploitation, l'élevage, les bois, les diverses activités économiques, les mines de fer, d'argent, de cuivre, de plomb, la fiscalité en impôt et en corvées[9]. En plus d'un état des lieux, il émet aussi des préconisations ; certaines ne sont pas tendres, notamment à l'égard des Juifs éleveurs de bétail[10].

Peu après ce rapport, il succède à son oncle comme subdélégué de 1752 à 1770[8]. Issu d'une famille de noblesse de robe, il est particulièrement représentatif des titulaires de ce type de charge[11]. Il est en outre nommé prévôt des mines par le duc de Mazarin[12]. Il est membre du Conseil souverain d'Alsace[5]. Ses laquais portent une livrée avec « veste d'écarlate à boutons d'argent, culotte de panne rouge, boucles de souliers et jarretières d'argent, agrafes d'argent et boutons de manchettes aussi en argent »[13].

Détermine la frontière du Rhin[modifier | modifier le code]

Les frontières Est de la France posent à cette époque des problèmes juridiques. Le Rhin est fluctuant ; des alluvions se déposant sur les rives se long d'une propriété délimité se retrouvent parfois propriété de l'État situé de l'autre côté du fleuve ; le talweg non plus n'est pas fixe[14].

Noblat est nommé par Louis XV pour déterminer les limites du royaume à la frontière du Rhin. Avec le titre de « commissaire aux limites », il dirige la commission chargée d'établir la frontière sur le Rhin avec les États allemands[5].

La frontière ainsi déterminée porte son nom : la « limite Noblat » ; mais ses travaux d'établissement sont complexes et ne sont pas terminés en 1790. Ils reprennent en 1817 ; la « limite Noblat » ou « ligne Noblat » est alors difficile à reconstituer, plusieurs « bornes Noblat » ont disparu ; ces travaux aboutiront plus tard, en 1840, sur des bases plus simples[14]. La « ligne Noblat » a été abolie par le traité de Lunéville en 1801, mais le traité de 1840 invoque encore cette « ligne Noblat » comme preuve de possession dans plusieurs cas[15].

Possessions, retraite[modifier | modifier le code]

En récompense de ses services, il reçoit la croix de chevalier de Saint-Louis[5].

Déjà seigneur de Morvillars, il crée la seigneurie de Sevenans à la suite d'un échange en 1768[16] avec la duchesse de Mazarin. Il fait construire un château sur sa nouvelle seigneurie[17].

En 1770, Noblat quitte toutes ses fonctions, charges et offices. Il se retire dans son nouveau château de Sevenans[18].

Sous la Révolution française, il est l'un des vingt plus anciens commissaires des guerres ; sa pension de 720 livres ne suffisant pas, il bénéficie de secours de l'État pour 1 450 livres[19].

Décès, postérité[modifier | modifier le code]

Il meurt dans son château de Sevenans le , à 78 ans. Il est enterré dans le cimetière de Bermont[20].

Il avait épousé à Belfort en 1737 Anna Joséphine Apolline de Schwilgué (1717-1797), fille de Jean François Bernard de Schwilgué, conseiller au Conseil souverain d'Alsace, et de Marie Elisabeth du Comte.

Au bout de sept ans de mariage, n'ayant pas d'enfant, les époux Noblat firent en 1744 un pèlerinage à Notre-Dame-des-Ermites, à l'abbaye d'Einsiedeln où se trouve une statue de Vierge noire très vénérée. Les deux époux font le vœu que tous leurs enfants et leurs descendants porteraient parmi leurs prénoms celui de Marie[2].

Distinctions et hommages[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Portent son nom ou celui de sa famille :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vincent Chappuis, « François-Bernardin Noblat (1714-1792) : “commissaire aux limites” de la province d'Alsace », Revue d'Alsace, t. 118,‎ , p. 45-69.
  • Vincent Chappuis, « François-Bernardin Noblat (1714-1792) : “le petit intendant” », Jura français, no 200 (oct.-déc.),‎ .
  • « Noblat, François Bernardin (1714-1792) », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 28, Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie d'Alsace, (ISBN 2857590008 et 978-2857590002).
  • Dominique Varry, « Les campagnes de la subdélégation de Belfort au milieu du XVIIIe siècle », dans Michel Balard et al., Paris et ses campagnes sous l'Ancien Régime : mélanges offerts à Jean Jacquart, Publications de la Sorbonne, , p. 15-23.
  • Yvette Baradel, Histoire de Belfort, Horvath, , p. 144, 145, 157, 162.
  • Louis Bernard Bonjean, « De la propriété des îles du Rhin », Revue étrangère et française de législation, de jurisprudence et d'économie politique, vol. 10,‎ , p. 169-202, 386-397 (lire en ligne) ; pour Noblat, voir p. 170, 176-177, 179-182, 184-187, 195-197, 199-202, 388, 390.
  • A. Corret, Histoire pittoresque et anecdotique de Belfort et de ses environs, Belfort, (lire en ligne), p. 137, 139, 158-159, 163.
  • Nino Paul-Albert, Papiers et souvenirs de la famille Le Barbier de Tinan, Tours, P. Salmon, s.d. (1908), p. 4, 6, 581-582.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chappuis 1992.
  2. a et b Paul-Albert 1908, p. 6.
  3. Borel d'Hauterive, Annuaire de la noblesse de France , 1868.
  4. a et b Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l'Europe, 1868, p. 173 [lire en ligne].
  5. a b c et d Paul-Albert 1908, p. 6, 581.
  6. a et b Baradel 1985, p. 144.
  7. Corret 1855, p. 61.
  8. a b et c Varry 1994, p. 15.
  9. Varry 1994, p. 15-22.
  10. Varry 1994, p. 20.
  11. Bernard Vogler, « Le personnel politique alsacien à la fin de l'ancien régime », dans État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Presses Paris Sorbonne, , p. 521.
  12. Léon Benoit, « La justice des mines du comté du Rosemont », in Bulletin de la Société d’émulation belfortaine, no 33, 1914.
  13. Baradel 1985, p. 162.
  14. a et b Paul Huot, Des Vosges au Rhin, Berger-Levrault, 1866, p. 579.
  15. Revue étrangère et française de législation, de jurisprudence et d'économie politique, volume 10, 1843, p. 170, 185-186.
  16. Site des archives départementales, page sur la seigneurie de Sevenans.
  17. [PDF] Journal de la communauté de l'agglomération belfortaine no 28, automne 2009, page 15.
  18. Baradel 1985, p. 145.
  19. Collection genérale des décrets rendus par l'Assemblée Nationale, 2 juillet 1791, p. xxxj.
  20. Corret 1855, p. 137.
  21. Paul-Albert 1908, p. 6-7, 581-582.