Fracture sociale

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La fracture sociale est une expression qui est utilisée essentiellement en France où elle désigne généralement le fossé séparant une certaine tranche socialement intégrée de la population d'une autre composée d'exclus.

Origine de l'expression[modifier | modifier le code]

L'expression est parfois attribuée à tort à Emmanuel Todd en raison d'une note de la Fondation Saint-Simon (novembre 1994). La note, intitulée Aux origines du malaise politique français, traite de l'opposition entre les élites aux vues mondialistes et les classes populaires portées vers le repli identitaire. L'expression est en réalité forgée par le philosophe français Marcel Gauchet, s'exprimant sur la lutte des classes : « Il est devenu indécent d'en parler, mais ce n'est pas moins elle qui resurgit là où on ne l'attendait pas pour alimenter la poussée électorale continue de l'extrême droite (...) Un mur s'est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l'ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d'existence l'aliment de sa rancœur. »

Succès de l'expression en France[modifier | modifier le code]

La lutte contre la fracture sociale est l'un des principaux thèmes de campagne de Jacques Chirac pour l'élection présidentielle française de 1995, qui lance l'expression dans les médias, sous l'impulsion d'Henri Guaino, un des auteurs du discours[1] :

« La France fut longtemps considérée comme un modèle de mobilité sociale.
Certes, tout n'y était pas parfait. Mais elle connaissait un mouvement continu qui allait dans le bon sens. Or, la sécurité économique et la certitude du lendemain sont désormais des privilèges. La jeunesse française exprime son désarroi. Une fracture sociale se creuse dont l'ensemble de la Nation supporte la charge.
La "machine France" ne fonctionne plus. Elle ne fonctionne plus pour tous les Français. »

(discours fondateur de la campagne présidentielle de Jacques Chirac, 17 février 1995).

La fracture sociale est alors également considérée par Chirac comme porteuse de risques de troubles dans les banlieues. Dans son livre-programme du 10 janvier 1995, il donne des chiffres qui « en eux-mêmes, n'expriment pas la gravité de la fracture sociale qui menace - je pèse mes mots - l'unité nationale ».

Et de poursuivre:

« Dans les banlieues déshéritées règne une terreur molle. Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou des petits stages au terme d'études incertaines, ils finissent par se révolter. Pour l'heure, l'État s'efforce de maintenir l'ordre et le traitement social du chômage évite le pire. Mais jusqu'à quand ? »

En 2003, Chirac utilise à nouveau l'expression lors de son déplacement, très médiatisé, à Valenciennes :

« Ces difficultés, ces drames, cette fracture sociale qui menace de s'élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse, ne sont pas des fatalités ».

Critiques sur le traitement de réduction de la fracture sociale[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emile Chabal, A Divided Republic: Nation, State and Citizenship in Contemporary France, Cambridge University Press, 2015.
  • Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Paris, Gallimard,1985.
  • Marcel Gauchet, Les mauvaises surprises d'une oubliée : la lutte des classes, Le Débat, n°60, mai-août 1990
  • Xavier Emmanuelli, La Fracture sociale, éditions Presses universitaires de France, 2002, (ISBN 2130520693)
  • Christophe Guilluy, Fractures Françaises, Bourin éditions, 2010.
  • Joseph Martinetti, Hérodote a lu, Hérodote 2/2011 (n° 141), p. 183-186[2].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]