Fréquence spatiale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La fréquence spatiale est une grandeur caractéristique d'une structure qui se reproduit identiquement à des positions régulièrement espacées. Elle est la mesure du nombre de répétitions par unité de longueur ou par unité d'angle.

Le concept de fréquence spatiale trouve ses applications principales en optique, particulièrement en photographie, en vidéo et en astronomie. Elle permet de caractériser la finesse des détails d'une mire ou d'une image formée sur un capteur : elle s'exprime fréquemment en cycle par millimètre (cy/mm)[1]. Lorsque la dimension des objets est inaccessible, la fréquence spatiale est le nombre de fois qu'une structure lumineuse peut se répéter dans un angle donné[1], par exemple en cycle par radian[2],[3] (cy/rad). Elle est utilisée tout particulièrement pour fournir un évaluation de la qualité des systèmes optiques : la résolution d'un appareil d'optique est bien souvent défini comme étant la fréquence spatiale maximale que le système peut restituer de façon satisfaisante ; la fonction de transfert de modulation indique le contraste restitué par le système pour une fréquence spatiale donnée.

Motif présentant de cycles noir/blanc.
Exemple - Image formée sur un capteur  :

Sur un capteur de 36 mm de large se forme un motif présentant 500 alternances blanc/noir. La largeur de chaque cycle est de 36 / 500 = 0,072 mm.

Dans ces conditions, la fréquence spatiale vaut 500 / 36 = 1/ 0,072 = 14 cy/mm.

Dans plusieurs domaines, on ne parle pas de fréquence spatiale. Le nombre d'onde ou répétence désigne le nombre de cycles d'une onde monochromatique par unité de longueur, c'est-à-dire l'inverse de la longueur d'onde[4]. En imprimerie, on appelle linéature le plus grand nombre de points de trame d'une similigravure par unité de longueur ; en imagerie numérique, on appelle résolution le nombre de pixels par unité de longueur.

Du point de vue des mathématiques, il importe peu qu'une variable représente une grandeur temporelle ou spatiale. Les méthodes de l'analyse spectrale s'appliquent aux espaces, si les structures respectent l'hypothèse fondamentale de la linéarité des grandeurs en jeu.

Domaines d'application[modifier | modifier le code]

Optique[modifier | modifier le code]

Mire sinusoïdale.

Pour une image statique correspondant à un motif alternant du blanc au noir de façon sinusoïdale, la fréquence spatiale est le nombre de cycles formés par unité de longueur. Elle s'exprime le plus souvent en cycle par millimètre[5] (cy/mm) ou paire de ligne par millimètre (pl/mm).

  • La fréquence spatiale maximale d'un système de mesure ou d'observation est souvent nommé résolution spatiale ou résolution.
  • La fonction de transfert de modulation permet la représentation de la restitution du contraste en fonction fréquence spatiale – qui représente la finesse des détails de l'image formée par un système optique – enregistrée par un capteur, révélée sur une pellicule, affichée sur un écran, etc.

Photographie[modifier | modifier le code]

Souvent, en photographie, on évalue sommairement la résolution au moyen d'une mire de traits à contour nets, correspondant à un signal carré dans le domaine de l'électronique (Figure 1). On recherche le secteur de la mire où on peut encore distinguer des alternances. Une mire de traits donne en général des traits orientés dans deux (figure 2) ou quatre directions (figure 3), afin de repérer les différences de résolution horizontale et verticale et les problèmes d'astigmatisme. De façon plus élaborée, certaines mires présentes des traits qui se rapprochent progressivement, en plusieurs positions (figure 4).

Plus les détails sont fins plus l'image présente de hautes fréquences spatiales.

Dans le domaine du traitement de l'image, les fréquences spatiales verticales et horizontales peuvent être exprimées en cycle par hauteur d'image[6] ou en cycle par largeur d'image. Cela présente l'avantage de s'appliquer à toutes les tailles du capteurs.

Des mesures plus rigoureuses utilisent une mire à variation sinusoïdale, et une analyse électronique de l'image produite.

Vidéo[modifier | modifier le code]

En vidéo, plusieurs unités peuvent être employées pour caractériser la fréquence spatiale de l'image captée ou affichée : le nombre de lignes TV[7] – sous-entendu par largeur d'image – ; le nombre de lignes TV par hauteur d'image[5] (TVL/ph TV lines per picture height). Le rapport d'image relie ces deux valeurs.

On utilise également la fréquence du signal vidéo analogique correspondante en mégahertz (MHz). En effet, l'acquisition de l'image se fait par balayage horizontal d'un capteur : une variation spatiale est transformée en une variation temporelle du signal vidéo. Plus les détails de l'image sont fins, plus les fréquences – temporelle ou spatiale – qui y sont associées sont élevées. Compte tenu de la nature échantillonnée – pixel par pixel – de la captation, le théorème de Shannon s'applique[note 1], limitant la fréquence maximale à la moitié de la fréquence d'échantillonnage. La fréquence spatiale de l'image formée sur le capteur est liée à la fréquence du signal par :

f_{sp}=\frac{N}{L}\cdot\frac{f}{f_e},

où :

  • f_{sp} est la fréquence spatiale en pl/mm ;
  • N est le nombre de pixel sur la largeur de l'image ;
  • L est la largeur de l'image en mm ;
  • f est la fréquence du signal vidéo en Hz ;
  • f_e est la fréquence d'échantillonnage en Hz.
Signal HDTV analogique  :

Selon la norme ITU-R BT 709, le signal vidéo est échantillonné à 74 25 MHz soit 74,25 millions de pixels analysés et transmis chaque seconde ; la bande passante est limitée à 30 MHz. Une ligne est constituée de 1920 pixels, la trame comporte 1080 lignes offrant un rapport d'image 16/9. La fréquence spatiale maximale de l'image que l'on peut espérer restituer vaut :

f_{sp}=2\cdot 1920 \cdot\frac{9}{16}\cdot\frac{30}{74,25}
=2\cdot 1080\cdot\frac{30}{74,25}
\approx 872\ \mathrm{TVL/ph} .

Pour un capteur de 9,6 mm de largeur (capteur 2/3") l'image qui correspondante a une fréquence spatiale exprimée en pl/mm :

f_{sp}=\frac{1920}{9,6}\cdot\frac{30}{74,25} \approx 80,8\ \mathrm{pl/mm} .

Astronomie[modifier | modifier le code]

En astronomie, et plus particulièrement lors des observations interférométriques, l'unité employée est l'inverse d'une distance angulaire en seconde d'arc (" ou arcsec), et s'exprime donc en arcsec-1 ou cycles/arcsec[8].

Décomposition spectrale[modifier | modifier le code]

Lorsque l’on considère un signal variable dans le temps, il est possible de le décomposer en ses différentes composantes fréquentielles, selon son spectre. De manière analogue, une image est un signal bidimensionnel, que l'on peut décomposer selon ses fréquences spatiales, dans chacune de ses deux dimensions. À l'inverse, l'image peut être reconstituée à l'aide de son spectre spatial à condition de connaître avec précision la phase de chacune des composantes.


Exemple de décomposition  :

Considérons par exemple l’image suivante.


Cette image présente des détails difficiles à caractériser au premier abord. L'analyse spectrale de cette image permet d’isoler les différentes fréquences spatiales qui la composent.

Certains traitements modifient la répartition des fréquences spatiales : l'amplification des hautes fréquences spatiales augmentent la netteté des détails et des coutours ; le bruit électronique peut être atténué par réduction des hautes fréquences.

L'analyse spectrale spatiale est à la base des techniques de compression numérique des images.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Astronomie
Signal vidéo

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b * (en) Glenn Boreman, Modulation Transfer Function in Optical and Electro-Optical Systems, SPIE Press,‎ (ISBN 9780819441430, lire en ligne), p. 4-7
    Extrait à lire ici
  2. Jean-Louis Meyzonette, « Conception de systèmes optroniques », Techniques de l'ingénieur, no E4075,‎ , p. 11 (lire en ligne)
  3. Gilbert Gaussorgues, « Systemes Optroniques Passifs », Techniques de l'ingénieur, no E4100,‎ , p. 12 (lire en ligne)
  4. Entrée « nombre d'onde (répétence) », dans Commission électrotechnique internationale (CEI), Vocabulaire électrotechnique international en ligne,‎ (lire en ligne) ([html].
  5. a et b Charles Poynton 2012, p. 251-252
  6. Charles Poynton 2012, p. 104, 239
  7. Philippe Bellaïche, Les secrets de l'image vidéo, Eyrolles,‎ , 6e éd. (ISBN 2-212-11783-3), p. 120
  8. ((en) Damien Ségransan, « Observability and UV coverage », New Astronomy Reviews, vol. 51, no 8-9, Proceedings of the EuroSummer School "Observation and Data Reduction with the VLT Interferometer",‎ (lire en ligne)).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En toute rigueur, le théorème d'échantillonnage n'est valable que si l'échantillon est sans dimension, ce qui n'est pas le cas des photosites d'un capteur. En effet, on observe une diminution du contraste à mesure que l'on s'approche de de la fréquence spatiale la plus élevée théoriquement possible. Cette diminution est d'autant plus importante que la taille du photosite est grande.