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Frénectomie

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La frénectomie, ou freinectomie, est l’incision ou de l’ablation (excision) chirurgicale d’un frein (attache musculaire muqueuse et membraneuse, parfois considérée comme simple reste de structure embryologique)[1]. L'acte se fait sous anesthésie loco-régionale (par un chirurgien stomatologue ou un chirurgien-dentiste dans les cas de frénectomies muco-gingivales). La frénectomie implique prudence et minutie de la part du chirurgien, car faite dans des régions extrêmement vascularisées et innervées. Elle nécessite souvent des sutures. Les complications post-chirurgicales (saignements, infections ou récidive du frein) sont rares mais possibles, réduites par un bon suivi post-opératoire.

Concernant la bouche, une revue systématique récente, ayant porté sur 36 ans de publications sur MEDLINE, a analysé les effets du frein lingual, labial et buccal et de son ablation sur l’allaitement. Ce travail a montré qu'il y a eu une croissance exponentielle des travaux sur le frein de langue (antérieur principalement), majoritairement sous forme d’éditoriaux ou de consensus, alors que peu d'études ont concerné les freins labial et buccal. Les articles traitant de plusieurs freins sont davantage cités, et ceux sur le frein lingual paraissent dans les revues à fort impact. Les auteurs concluent qu'il existe un déséquilibre de la recherche, un besoin de critères diagnostiques standardisés et d’études prospectives et randomisées pour mieux évaluer l’impact des freinectomies sur l’allaitement. Baxter et Merkel‑Walsh (2025) soulignent que chez des patients porteurs d'une paralysie cérébrale, d'un TSA ou d'une trisomie 21, et d'une Ankyloglossie sévère, la frénotomie peut réduire significativement certaines limitations fonctionnelles de la langue et de la gorge en améliorant la respiration, l’équilibre postural, les tensions fasciales, les symptômes gastro‑intestinaux et le sommeil, contribuant ainsi à une meilleure qualité de vie des patients concernés[2].

Typologie de frénectomies

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Il existe de trois types de frénectomie :

1. Ablation du frein lingual

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Le frein lingual (ou « frein de la langue ») est un filet situé de muqueuse située sous la langue, reliant le dessous de la langue au plancher buccal. On considère qu'il est trop court (ankyloglossie) quand ce frein est si court et fibreux que le sujet ne peut toucher son palais du bout de la langue, bouche ouverte.

La suppression du frein (autrefois au scalpel et de plus en plus au laser) vise à redonner à la langue une liberté de mouvement optimale ; elle permet — dans certains cas — d'éviter de perturber la croissance et certaines fonctions oro-faciales, d'éviter de futurs défauts de prononciation, et (chez le nouveau-né pourrait faciliter l'allaitement, au moins pour la mère en diminuant les douleurs du mamelon).
Dans quelque cas (chez des enfants de 3 à 6 ans), un frein trop court dit « frein restrictif », accompagnant d'autres problèmes oro-faciaux (malocclusions dentaires notamment), une situation qui semble pouvoir parfois expliquer ou aggraver un SAOS (syndrome d'apnées obstructives du sommeil) avéré[3].

Un frein frénulum trop court ou mal positionné chez le nouveau-né peut en effet perturber le réflexe archaïque de succion. Une revue d'études publiée en 2021 a conclu ce n'est pas une généralité (selon le type de frein et sa position) : cette étude « n'assure pas que la frénotomie soit la « conduite standard » à adopter en cas de difficulté d'allaitement et d'ankyloglossie », concluant que « des études complémentaires sont nécessaires sur les différents types d'ankyloglossie et leur influence directe sur la succion et les difficultés d'allaitement »)[4]. La présence d'un frein lingual chez le nourrisson n'indique pas non plus que la phonation de l'enfant sera perturbée, or ces deux facteurs motivent le plus souvent la demande d'ablation du frein lingual, bien que rarement justifiée quand elle est trop précoce[5].

Les difficultés d'allaitement maternel sont parfois une moindre prise de lait, mais des effets indirect peuvent être liés à des douleurs causées aux mamelons (plus fréquentes et plus intenses chez les femmes allaitant un bébé touché porteur d'une ankyloglossie)[6]. Selon une étude rétrospective (2014) faite dans une clinique spécialisée dans les difficultés d’allaitement, sur 618 nourrissons évalués, 47 % présentaient une ankyloglossie antérieure, 19 % une ankyloglossie postérieure et 2 % un frein labial supérieur, certains cumulant plusieurs anomalies. Et après frénotomie ou libération du frein, une amélioration de l’allaitement a été rapportée par 78 % des cas d’ankyloglossie antérieure, 91 % des cas d’ankyloglossie postérieure et 100 % des cas de frein labial supérieur. Les auteurs en concluaient que ces anomalies peuvent donc fréquemment contribuer aux difficultés d’allaitement, et que la frénotomie peut être une intervention simple et efficace dans de nombreux cas, sans pour autant permettre d’affirmer une relation causale systématique. Une autre étude du même type, mais sur un moindre nombre de cas (30 nourrissons de moins de 12 semaines atteints d’ankyloglossie postérieure) a observé qu’après frénotomie, le score LATCH augmentait significativement et que la douleur maternelle disparaissait presque immédiatement et durablement chez plus de 80% des mères, sans complication rapportée[7].

L'opération est simple, mais doit être minutieuse pour éviter de toucher trois éléments anatomiques importants et proches que sont l'artère linguale, le nerf lingual et les canaux accessoires des glandes salivaires sublinguales[8] et parce que la région sublinguale est extrêmement vascularisée et innervée. L'acte est réalisé sous anesthésie loco-régionale par un chirurgien stomatologue ou un chirurgien-dentiste. Des douleurs peuvent apparaître après l'intervention a niveau des sutures et des points d'injection de l'anesthésiant. La littérature médicale ne cite pas de complications ni de séquelles chez les nourrissons ainsi opérés, qui avaient généralement des difficultés avec les tétées ; la frénotomie améliore ces difficultés 50 à plus de % des cas (selon les études) et les parents rapportent un niveau élevé de satisfaction face à cet acte chirurgical[9].

Beaucoup de gens vivent sans problème avec un frein lingual relativement court ; la frénectomie n'est pas vitale, et quand elle est utile elle ne doit pas être effectuée trop tôt selon une étude parue en 2011 dans la revue Pediatrics[5], confirmée par une étude récente (2022) basée sur 362 enfants porteurs d'une ankyloglossie perturbant la phonation, étude qui a montré qu'une opération chirurgicale faite entre l'âge de 2 et 3 ans ne change pas statistiquement significativement - à cet âge - l'apparence ou la mobilité de la langue, la production de la parole et l'intelligibilité de la parole[10]. Les auteurs recommandent plutôt de surveiller le frein lingual et sa croissance physiologique et estiment que le moment optimal pour une intervention chirurgicale, si elle s'avère nécessaire chez l'enfant, est entre 4 et 5 ans (avec alors une amélioration significative de la production de la parole et de son intelligibilité par rapport au groupe des enfants touchés par une ankyloglossie et non-opérés)[10].

Chez l'adulte, l'intervention peut supprimer une gêne liée à une mauvaise mobilité de la langue. Elle peut également être pratiquée avant ou pendant une chirurgie parodontale (élimination de poche parodontale, greffe) si le frein exerce une traction gênante pour la cicatrisation du site opéré. La semaine suivant l'intervention, il est conseillé d'éviter les boisson trop chaude, les épices, les sodas et les mouvements brusques de la langue et de la bouche (baillements, éternuements prudents).

Quand le frein était très court, une rééducation de la langue est recommandée (parfois avant l'opération et/ou après l'opération), avec des exercices trois fois par jour pendant quinze jours : toucher le palais avec la pointe de la langue, tirer la langue au maximum, toucher de la pointe de la langue les commissures des lèvres et l'intérieur des joues. Une rééducation orthophonique est parfois également utile[11].


2. Ablation du frein labial

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Le frein labial est un petit filet de muqueuse, naturel, situé entre l'intérieur de la lèvre supérieure et la gencive de la mâchoire supérieure. L’insertion de ce frein est généralement située sur la ligne muco-gingivale, mais parfois plus basse sur la gencive, dans la papille inter-incisive voire, encore plus rarement, au-delà, dans la papille palatine (il peut alors empêcher la fermeture d'un diastème des incisives (écartement anormal des incisives)[12],[13] ; dans ce dernier cas, une frénectomie est réalisée avant la pose des appareils en orthodontiques destinés à fermer un diastème et maintenir les dents après leur repositionnement[13].

Il existe parfois un frein labial entre la gencive et la face intérieure de la lèvre inférieure.

3. Ablation du frein prépucial

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C'est la suppression du frein du prépuce (ou Frein du pénis), situé sous le gland du pénis et qui réduit le retroussement de la peau du prépuce. Il peut être supprimé (ou non) à l'occasion d'une circoncision, ou excisé séparément en cas de « frein trop court » également appelé « brièveté du frein » (retrait volontaire du ligament et du voile de chair en cas de crainte, avant que celui-ci ne se déchire au cours d'un rapport sexuel un peu brusque). Cette intervention permet de rendre au prépuce toute sa mobilité et favorise un décalottage complet et indolore. Dans certains cas, elle corrige la courbure de la verge si celle-ci était provoquée par la tension du frein.

Manque de preuves d'intérêt dans la plupart des cas

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Concernant l'ablation des freins de la langue et de la lèvre, de plus en plus pratiquée chez le nouveau-né ou chez le bébé lors de ses premiers mois de vie (au ciseau ou au laser chirurgical) : elle est supposée faciliter l’allaitement maternel et/ou prévenir de potentiels défauts d’élocution, mais est décriées par une partie de la communauté scientifique qui estime qu'on manque souvent pas de preuve du bienfait de cette opération[14].
En France, le 26 avril 2022, via un communiqué, l’Académie nationale de médecine a lancé un « appel collectif à la vigilance », s'inquiétant de « l’augmentation spectaculaire, en France et dans le monde [plus de 420% en Australie en une dizaine d’années], de la frénotomie linguale qui, effectuée très tôt après le séjour en maternité, permettrait ensuite un allaitement à la fois efficace pour le nouveau-né et le nourrisson, et plus indolore pour la mère »[14].

Alors que « la brièveté du frein lingual est une anomalie rare »[15], l'Académie s'inquiète du constat d'un « accroissement important sur tout le territoire de réseaux proposant, à des tarifs excessifs, de traiter les douleurs mamelonnaires et l’arrêt précoce de l’allaitement par la frénotomie »[14].

Références

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  1. Kone, D., Kamagaté, A., & Mobio, S. (2011) Frénectomie labiale supérieure: technique opératoire et intérêts thérapeutiques. Rev. Iv. Odonto-Stomatol, 13(2), 24-28.
  2. (en) Richard Baxter et Robyn Merkel‐Walsh, « Cerebral Palsy and Ankyloglossia: Improved Sleep, Speech, Swallowing, and Breathing After Tongue‐Tie Release: A Case Series », Special care in dentistry, vol. 45, no 3,‎ (ISSN 0275-1879 et 1754-4505, PMID 40326489, PMCID 12053819, DOI 10.1111/scd.70046, lire en ligne, consulté le )
  3. Victoire Kouakou, « Dépistage des récidives de SAOS : rôle du frein restrictif lingual », Médecine du Sommeil, vol. 18, no 1,‎ , p. 32 (DOI 10.1016/j.msom.2020.11.043, lire en ligne, consulté le )
  4. Colombari, Gleice C. & al. (2021) "Relationship between Breastfeeding Difficulties, Ankyloglossia, and Frenotomy: A Literature Review." The Journal of Contemporary Dental Practice 22.4 : 452-461.
  5. a et b (en) Melissa Buryk, David Bloom et Timothy Shope, « Efficacy of Neonatal Release of Ankyloglossia: A Randomized Trial », Pediatrics, vol. 128, no 2,‎ , p. 280–288 (ISSN 0031-4005 et 1098-4275, DOI 10.1542/peds.2011-0077, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) Shaul Dollberg, Eyal Botzer, Esther Grunis et Francis B. Mimouni, « Immediate nipple pain relief after frenotomy in breast-fed infants with ankyloglossia: a randomized, prospective study », Journal of Pediatric Surgery, vol. 41, no 9,‎ , p. 1598–1600 (DOI 10.1016/j.jpedsurg.2006.05.024, lire en ligne, consulté le )
  7. (en) Anjana Srinivasan, Alex Al Khoury, Svetlana Puzhko et Carole Dobrich, « Frenotomy in Infants with Tongue-Tie and Breastfeeding Problems », Journal of human lactation, vol. 35, no 4,‎ , p. 706–712 (ISSN 0890-3344 et 1552-5732, DOI 10.1177/0890334418816973, lire en ligne, consulté le )
  8. Naulin-ifi C. Odontologie pédiatrique clinique. Paris : CdP ; 2011. p. 173.
  9. (en) Lisa Helen Amir, Jennifer Patricia James et Joanne Beatty, « Review of tongue‐tie release at a tertiary maternity hospital », Journal of paediatrics and child health, vol. 41, nos 5-6,‎ , p. 243–245 (ISSN 1034-4810 et 1440-1754, DOI 10.1111/j.1440-1754.2005.00603.x, lire en ligne, consulté le )
  10. a et b (en) Hongfang Zhao, Xiaoli He et Jianrong Wang, « Efficacy of Infants Release of Ankyloglossia on Speech Articulation: A Randomized Trial », Ear, Nose & Throat Journal,‎ , p. 014556132210879 (ISSN 0145-5613 et 1942-7522, DOI 10.1177/01455613221087946, lire en ligne, consulté le )
  11. A. Veyssiere, J.D. Kun-Darbois, C. Paulus et A. Chatellier, « Diagnostic et prise en charge de l'ankyloglossie chez le jeune enfant », Revue de Stomatologie, de Chirurgie Maxillo-faciale et de Chirurgie Orale, vol. 116, no 4,‎ , p. 215–220 (DOI 10.1016/j.revsto.2015.06.003, lire en ligne, consulté le )
  12. Edwards J.G. (1977) A clinical study : the diastema, the frenum, the frenectomy ; Oral HealthS 67 (9): 51-62
  13. a et b Korbendau J & Guyomard F ; Chirurgie parodontale orthodontique Chapitre 4 : diastème median et frein labial supérieur pp.55–63.
  14. a b et c Paul Arnould, « Couper les freins de langue des bébés, un business qui met l’eau à la bouche de certains praticiens », sur Libération, (consulté le )
  15. Chabane C.S, Lounnas M, Larab R, Zedoui A & CHELBEB S.A (2019) Gestion du frein lingual court | URL=https://dl.ummto.dz/handle/ummto/13134

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Liens externes

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Bibliographie

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  • Rousseau A (2020) Freinectomie linguale chez le nourrisson: analyse des pratiques professionnelles en chirurgie orale et en odontologie pédiatrique.
  • Salle A (2015) Les indications et les techniques de la frénectomie linguale (dissertation doctorale).
  • Lecerf G (2019) Freinectomie et freinoplastie linguale: indications et techniques (dissertation doctorale).
  • « Indications de l’orthopédie dento-faciale et dento-maxillo-faciale chez l’enfant et l’adolescent », sur Haute Autorité de Santé (consulté le )