Frédéric Pichon

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Frédéric Pichon
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Frédéric Pichon est un historien et essayiste français, chercheur associé à l’Équipe monde arabe - Méditerranée de l'université de Tours. Il enseigne la géopolitique en classes préparatoires. Docteur en histoire contemporaine et s'intéressant particulièrement à la situation des chrétiens en Syrie, il est consultant médias pour la crise syrienne et le Moyen-Orient.

Il estime que le régime syrien pratique une répression brutale accompagnée de tortures et d'une propagande grossière. Mais il dépeint l'opposition comme dominée par les islamistes et juge les minorités chrétiennes menacées par les djihadistes, au risque, selon le journaliste Jean-Dominique Merchet, de passer pour un soutien du régime syrien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Frédéric Pichon a soutenu à l'École pratique des hautes études en 2009 une thèse de doctorat intitulée Du vieux avec du neuf : histoire et identité d'un village chrétien de Syrie : Ma'lūlā (IXIe-XXIe siècles)[1], faisant référence au village chrétien de Maaloula en Syrie[2],[3]. Selon France24, il connaît bien ce village, y ayant vécu[4]. Sa présentation sur Stratpol indique qu'il a vécu à Beyrouth au Liban et réalisé des séjours réguliers au moyen-Orient depuis 2002, notamment en Syrie[5], pendant la guerre civile[6]. Il est consultant médias pour la crise syrienne et le moyen-orient[5],[7],[8],[4].

Auteur d'ouvrages et de rapports sur le conflit syrien, Frédéric Pichon a été auditionné par plusieurs institutions internationales comme l'UNESCO et le Conseil de l'Europe sur la situation en Syrie[9].

Il publie des articles sur le moyen-orient et la Syrie dans diverses revues[10],[11],[12], dont Les Cahiers de l'Orient, Diplomatie, Politique étrangère, Conflits, Tempora, Revue des Deux Mondes[13].

Frédéric Pichon participe en 2015 à une conférence organisée par l'association Massihiyyoun maan (Chrétiens ensemble-SOS Chrétiens d'Orient au Liban) et affirme son soutien à l'action sociale et caritative de l'association SOS Chrétiens d'Orient[14],[15]. Frédéric Pichon participe en septembre 2015 à une conférence à Damas organisée par l'association Step for Syria, une association qui affirme être financée par des dons privés et une subvention du régime syrien. Les personnes invitées à suivre cette conférence sont de jeunes Français, qui, selon L'Obs, « vont en Syrie écouter la version du régime ». L'Obs ajoute que l'association Step for Syria n'a « a priori rien à voir avec une internationale des jeunes amis du régime syrien mais selon Azzam Hamad, étudiant en médecine à l’université de Damas et bénévole auprès de Step, ce sont les volontaires de l’association qui ont souhaité cette conférence »[16].

Sujets d'étude et positions[modifier | modifier le code]

Dans une interview parue dans le FigaroVox, Frédéric Pichon estime que la guerre en Syrie est un énorme gâchis, puisque les objectifs de départ n'ont pas été atteints. Il considère que la guerre en Syrie est une « catastrophe globale » dont la responsabilité échoit en partie aux grandes puissances occidentales, et il établit un lien entre cette guerre lointaine et le terrorisme qui frappe la France[17]. Frédéric Pichon insiste sur la dimension religieuse du conflit syrien[18]. Il reproche à la France sa gestion de la crise syrienne estimant que l'opposition représentée par le Conseil national syrien ne faisait pas le poids face à la mouvance islamiste, et que la France a eu une difficulté à le reconnaître[19]. Pour lui, le Front al-Nosra est le « véritable fer de lance de la rébellion »[20]. Au sujet de l'Armée Syrienne Libre il déclare : « On fait semblant de découvrir que l’armée syrienne libre (ASL) est faible, qu’elle n’existe pas ». Il juge également qu'elle « a été une franchise commode » et que ses membres « allaient du salafiste bon teint au djihadiste, en passant par des gens qui défendaient leur quartier ou leur village »[21]. D'après Causeur, Frédéric Pichon fustige « l’aveuglement de la politique syrienne de la France » et a intitulé « ironiquement » un chapitre de son livre Syrie, une guerre pour rien « La France, puissance sunnite »[22].

Par ailleurs, au sujet de la contestation à l'origine du soulèvement, Frédéric Pichon affirme que celle-ci « est venue de la plus grosse partie des mécontents, les populations des petits bourgs ruraux et des campagnes, véritablement sacrifiés sur l’autel des réformes économiques et ce paradoxalement alors que le Baas avait fondé ses succès et son arrivée au pouvoir sur cette ruralité »[18].

Concernant l'attaque du village de Maaloula par des djihadistes, il déclare que les chrétiens qui y habitent ont peur et que : « le message est transparent. Ceux qui ont attaqué Maaloula font savoir aux chrétiens de Syrie que le pouvoir ne peut plus les protéger et qu’ils ont les moyens de frapper où ils veulent et quand ils veulent. Maaloula est un lieu dont le pouvoir syrien avait fait un symbole : celui de la coexistence possible entre musulmans et chrétiens sous l’égide du régime baasiste. En témoignent les 30% de musulmans de Maaloula qui se sont montrés parfaitement solidaires de leurs amis chrétiens [...]. L’attaque indique bien que les extrémistes ne veulent pas de ce modèle-là, qui - soyons honnêtes - était utilisé par le régime à des fins politiques »[23],[4].

Analyses et critiques de Syrie, une guerre pour rien[modifier | modifier le code]

Denis Bauchard, conseiller à l'Ifri pour le Moyen-Orient, estime dans un article paru dans la revue Politique étrangère[24] que Frédéric Pichon, dans son ouvrage Syrie, une guerre pour rien[25] « donne une analyse sans complaisance de la situation de la Syrie d’aujourd’hui » et une critique du positionnement des pays occidentaux. Frédéric Pichon affirme que le régime syrien pratique une répression brutale, des « méthodes d’infiltration, le retournement des adversaires, la torture et la propagande grossière », et que cela contribue à son succès sur le terrain[24]. Concernant le maintien du régime syrien malgré la guerre civile, Frédéric Pichon estime que le pouvoir baasiste bénéficie de l’appui des minorités alaouites, druzes et chrétiennes mais aussi de celui d’une partie de la bourgeoisie sunnite intégrée au pouvoir[24]. Ce socle, qu'il juge insuffisant, oblige le régime à négocier quand il le peut, mais à « frapper brutalement quand il le faut, c’est-à-dire la plupart du temps »[18]. Pour lui, le pouvoir syrien est l'héritier de deux tendance historiques : le « clientélisme clanique » et « les méthodes soviétiques »[24].

Le journaliste Jean-Dominique Merchet fait une étude comparative des travaux du professeur Jean-Pierre Filiu, un autre spécialiste de la Syrie, et de ceux de Frédéric Pichon : Jean-Pierre Filiu a un « engagement personnel » en faveur des membres de l’opposition modérée, ceux qu’il appelle les « révolutionnaires », engagement qui pourrait nuire à une « froide réflexion » ; au contraire, à cause de sa crainte de l’islamisme et de son attachement aux chrétiens d’Orient, Frédéric Pichon se méfie des « amis syriens » de Filiu, au risque de « passer pour un soutien du régime ». Selon Jean-Dominique Merchet, Jean-Pierre Filiu estime que la France a commis des « crimes » pendant la période où elle avait mandat en Syrie (1920 - 1946), et considère que ces « crimes » trouvent un écho lors de la crise syrienne commencée en 2011 avec d'une part « le refus obstiné » de comprendre qu'il s'agit d'une révolution, et d'autre part l’accent, excessif à ses yeux, mis sur le sort des « minorités ». Selon Filiu, « ce discours n’a pas pris une ride depuis les propagandistes du mandat [français] jusqu’aux thuriféraires d’Assad ». D'après Jean-Dominique Merchet, même si Jean-Pierre Filiu ne cite pas Frédéric Pichon, ce dernier fait « évidemment » partie de ceux dont Jean-Pierre Filiu dénonce les thèses. Jean-Dominique Merchet estime par ailleurs qu'il est difficile de donner tort à Frédéric Pichon lorsque celui-ci affirme que la Syrie est « une guerre pour rien », au vu de l'échec du soulèvement syrien[18].

Dans L'Orient-Le Jour, Lamia el-Saad compare les écrits de Fréderic Pichon et Jean-Marie Quéméner, rédacteur en chef à LCI et auteur de Dr Bachar, Mr Assad[26]. Ainsi, le livre Syrie, une guerre pour rien de Frédéric Pichon « présente le côté ardu d’un cours de géopolitique qui ne néglige aucun paramètre ». Dans cet article intitulé « Juger Bachar », Lamia el-Saad estime que « Quéméner accuse » , il « endosse le costume de procureur », tandis que Frédéric Pichon « assure la défense ». Frédéric Pichon dénonce que la notion de « régime syrien » est souvent substituée à celle d’« État syrien ». Il défend aussi la Russie « dont la stratégie militaire fut plus que discutable » selon Lamia el-Saad. Frédéric Pichon écrit : «  Moscou ne frappait pas prioritairement l’État islamique mais ces zones où s’entremêlaient, dans la plus grande confusion politique, les groupes se réclamant de l’armée syrienne libre coordonnés avec al-Nosra, véritable fer de lance de la rébellion  ». Elle dénonce aussi que Frédéric Pichon n'évoque « même pas ! » les attaque chimiques et considère que « c’est bien ce silence coupable qui surprend le plus » , un silence « d’autant plus coupable » que, d'après elle, Frédéric Pichon, « n’assume pas sa partialité ». La journaliste relève par ailleurs le seul point de vue où les deux auteurs se rejoignent : « Daech n’est qu’un « tigre de papier » : prétendre que la Syrie se trouve devant un choix « binaire » (Bachar el-Assad d’un côté et l’État islamique de l’autre) est « historiquement et factuellement faux » ». Elle conclut son article en jugeant que « sans doute la vérité se trouve-t-elle quelque part entre ces deux livres, dans une nuance entre gris clair et gris foncé »[20].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Voyage chez les chrétiens d'Orient, Presses de la Renaissance, 2006[27]
  • Maaloula (xixe-xxie siècles). Du vieux avec du neuf. Histoire et identité d’un village chrétien de Syrie, Presses de l’Institut français du Proche-Orient, 2010[28]
  • Géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord : du Maroc à l’Iran, Tancrède Josseran, Florian Louis et Frédéric Pichon, Presses Universitaires de France, 2012[29],[30],[31]
  • Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé, Éditions du Rocher, 13 mai 2014[32],[33],[34],[35]
  • Syrie, une guerre pour rien, Éditions du Cerf, 3 mars 2017[25]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Frédéric Pichon - Du vieux avec du neuf : histoire et identité d'un village chrétien de Syrie : Ma'lūlā (IXIe-XXIe siècles) », Site theses.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  2. Bourmaud, Philippe, « Frédéric Pichon, Maaloula (xixe-xxie siècles) Du vieux avec du neuf. Histoire et identité d’un village chrétien de Syrie, Presses de l’IFPO, 2010, 288 pages. », Chrétiens et sociétés. XVIe-XXIe siècles, no 18,‎ (ISSN 1257-127X, lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  3. Verdeil Chantal, « Pichon Frédéric, Maaloula (XIXe-XXIe siècles), Du vieux avec du neuf, Histoire et identité d’un village chrétien de Syrie, Presses de l’IFPO, 2010, 288 pages », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no 133,‎ (lire en ligne, consulté le 28 décembre 2018)
  4. a b et c « "L’attaque de Maaloula vise à intimider les chrétiens de Syrie" - France 24 », France 24,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  5. a et b « Toutes les analyses de Frédéric Pichon - STRATPOL », STRATPOL,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  6. « Frédéric Pichon : « La Russie se pose en acteur majeur de la recomposition du Proche-Orient » », Le Comptoir,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  7. « Conflit syrien : le traitement médiatique a-t-il figé nos représentations ? », France Culture,‎ (lire en ligne, consulté le 19 juillet 2018)
  8. « Syrie : la tectonique des plaques, et l'Usine de films amateurs du 26 janvier 2014 - France Inter », France Inter,‎ (lire en ligne, consulté le 19 juillet 2018)
  9. « Géopolitique d’une Syrie à reconstruire », CLES (Comprendre Les Enjeux Stratégiques),‎ (lire en ligne, consulté le 6 novembre 2018)
  10. « Sign@l, base de données de recherche bibliographique » (consulté le 2 novembre 2018)
  11. « Frédéric Pichon », osintpol,‎ (lire en ligne, consulté le 2 novembre 2018)
  12. « Publications de Frédéric Pichon diffusées sur Cairn.info ou sur un portail partenaire », sur Cairn.info,
  13. Frédéric Pichon, « Une visite aux chrétiens de Damas », dans Revue des Deux Mondes, Chrétiens d'Orient. Les oubliés, février 2015 (ISBN 9782356501110) [lire en ligne]
  14. Le compte rendu de Gabrielle LEGOUX, « « Chrétiens d’Orient : victimes collatérales de logiques qui les dépassent » - Le compte rendu de Gabrielle LEGOUX », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le 20 juillet 2019)
  15. Arthur Herlin, « Bartabas lâche ses chevaux pour les chrétiens d’Orient », sur Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle, (consulté le 20 juillet 2019)
  16. « Il y a aussi des Français qui vont en Syrie écouter la version du régime », L'Obs,‎ (lire en ligne, consulté le 6 août 2019)
  17. Vianney Passot, « Frédéric Pichon : « L'avenir de l'Occident se joue en Syrie » », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 19 juillet 2018)
  18. a b c et d « Six ans de guerre en Syrie: le miroir de nos échecs », L'Opinion,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  19. Tigrane Yegavian, « Syrie. Pourquoi l’Occident s’est trompé, de Frédéric Pichon », Conflits : histoire, géopolitique, relations internationales,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  20. a et b Lamia el-Saad, « Juger Bachar », L'Orient Litteraire,‎ (lire en ligne, consulté le 17 octobre 2018)
  21. « « Il y a longtemps que les djihadistes ont pris le pouvoir dans l’opposition syrienne armée » », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 19 juillet 2018)
  22. Causeur.fr, « "Damas préfère traiter avec Moscou plutôt qu'avec Téhéran" - Causeur », Causeur,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  23. « Frédéric Pichon : "Les chrétiens de Maaloula ont peur" », www.cnews.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2018)
  24. a b c et d Denis Bauchard, conseiller à l'Ifri pour le Moyen Orient, « Le miroir de Damas. Syrie, notre histoire, Jean-Pierre Filiu ; Syrie : une guerre pour rien, Frédéric Pichon ; Syrie : en finir avec une guerre sans fin, Michel Duclos », sur Cairn-.info, revue Politique étrangère 2017/3,
  25. a et b Frédéric Pichon, Syrie, une guerre pour rien, France, Éditions du Cerf, , 192 p. (ISBN 9782204115964)
  26. « Biographie et actualités de Jean-Marie Quéméner France Inter », sur France Inter (consulté le 19 octobre 2018)
  27. Frédéric Pichon, Voyage chez les chrétiens d'Orient, Presses de la Renaissance, , 225 p. (ISBN 9782750900915)
  28. Frédéric Pichon et Bernard Heyberger, Histoire et identité d’un village chrétien de Syrie, Presses de l’Institut français du Proche-Orient, , 288 p. (ISBN 9782351591734)
  29. Tancrède Josseran, Florian Louis et Frédéric Pichon, Géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord : du Maroc à l’Iran, Presses Universitaires de France, , 188 p. (ISBN 9782130807056, lire en ligne)
  30. Moda Dieng, « Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord : du Maroc à l’Iran, de Tancrède Josseran, Florian Louis et Frédéric Pichon (recension) », revue Politique et Sociétés, volume 33, numéro 2, 2014, p. 112–114,‎ (lire en ligne, consulté le 28 décembre 2018)
  31. Tigrane Yégavian, « Le Moyen-Orient comme acteur de la mondialisation - Géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord - du Maroc à l'Iran (recension) », site Les cahiers de l'Islam,‎ (lire en ligne, consulté le 2 février 2019)
  32. Frédéric Pichon, Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé, Monaco, Éditions du Rocher, , 152 p. (ISBN 9782268076058)
  33. Jean-Louis Thiériot, « Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé (recension) », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 1er janvier 2019)
  34. Bernard Dumont, « Frédéric Pichon: Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé (recension) », Catholica,‎ (lire en ligne, consulté le 4 janvier 2019)
  35. Eugène Berg, « La nouvelle géopolitique des conflits (recension) », revue Géoéconomie, 2014/5 (n° 72), p. 215-230,‎ (lire en ligne, consulté le 11 janvier 2019)

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