Frères Ruellan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ruellan.
Plaque sur l'ancienne maison familiale des frères Ruellan (aujourd'hui bibliothèque annexe).

Les frères Ruellan sont une fratrie de Paramé (aujourd'hui rattachée à Saint-Malo) en Bretagne qui combattirent durant la Première Guerre mondiale. Sur dix-huit enfants, dix frères allèrent au front, six y tombèrent pour la France, ce qui en fait la fratrie française ayant eu le plus de morts pendant ce conflit[1],[2]. Un septième mourra une dizaine d'années plus tard, victime du gazage qu'il avait subi pendant la guerre[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

La famille Ruellan est une famille de notables de Saint-Malo, catholique et nationaliste[3].

Les parents[modifier | modifier le code]

Le père, Jules Ruellan, né le à Saint-Quay-Portrieux[4],[5], est armateur[3] à Saint-Malo. En , il exploite le Berryer, un trois-mâts[6].

En , il crée, avec Ange Fontan, la Société anonyme des entreprises et des terrains de Paramé-Rothéneuf[7], au capital de 2,8 millions de francs[8]. L'objet de la société anonyme est de développer le littoral de Rothéneuf en y créant une petite station balnéaire[7]. En , cette activité rendra possible la prolongation jusqu'à Rothéneuf de la voie ferrée du tramway de Rothéneuf en provenance de Saint-Malo et Paramé[8].

Le , à Saint-Jean-de-la-Motte, il épouse Marguerite Marie Julie du Rivau, née le au Mans[5]. Ensemble, ils auront dix-huit enfants. Marguerite et Jules meurent à Paramé : elle le (à 58 ans), lui le (à 71 ans)[5].

Les enfants[modifier | modifier le code]

Le , date de la publication de l'ordre de mobilisation générale, treize des dix-huit enfants sont encore vivants : dix frères et trois sœurs[9]. Mais la fratrie est alors dispersée. André et Bernard se sont établis comme éleveurs, le premier à Montevideo en Uruguay, le second à Philippeville (aujourd'hui Skikda) en Algérie, alors colonie française[10]. Stanislas vit aux États-Unis où il était parti faire fortune[3], Julius est prêtre[3]. Les dix frères sont soit mobilisés soit s'engagent[réf. nécessaire] et deux sœurs servent dans un hôpital militaire durant le conflit[1]. Six frères seront tués et un grièvement gazé.

Les six frères morts pour la France[modifier | modifier le code]

Les six morts au front[11] sont :

Les deux frères morts des suites de la guerre[modifier | modifier le code]

Xavier Vincent Marie Anne Ruellan, né en [19], est lieutenant au 223e régiment d'artillerie lorsque, le , au cours d’une violente attaque par les gaz, il est sérieusement atteint[20]. Il meurt en des suites de son intoxication[21].

Auguste Marie Anne Ruellan, né le [22], est réformé en [21]. Il meurt en , après une paralysie de plus de vingt ans[21].

Les deux autres frères[modifier | modifier le code]

Les deux autres frères sont Stanislas, sous-lieutenant au 129e régiment d’infanterie, et Charles Ruellan, capitaine au 247e régiment d’infanterie, détaché à la mission française près l'Armée hellénique[20],[21]. Après guerre, ce dernier est député d'Ille-et-Vilaine de 1919 à 1924[23].

Les trois sœurs[modifier | modifier le code]

Deux des trois sœurs, Yvonne, née le , et Madeleine, née en , servent, pendant la guerre, comme infirmières à l'hôpital installé à Notre-Dame-des-Chênes[21].

Hommages[modifier | modifier le code]

Le , le journal L'Illustration rend hommage aux frères Ruellan — Auguste excepté — en leur consacrant un article titré « Les neuf frères Ruellan : une héroïque famille française »[20].

Par délibération du [24], le conseil municipal de Paramé décide d'honorer la mémoire des six frères morts pour la France en renommant « rue des Six-Frères-Ruellan », la rue de Cancale[24] où se trouvait le manoir de Brouassin[24], la maison familiale des Ruellan. Sur cette maison, devenue depuis bibliothèque municipale annexe, une plaque rappelle leur souvenir[25].

Le , jour de commémoration du vingtième anniversaire de l'armistice, le ministère de l'Éducation nationale fait rappeler dans toutes les écoles de France le souvenir des frères Ruellan : « Enfant de France, n'oublie jamais les dix frères Ruellan »[3].

La série documentaire Frères d'armes, réalisée par Rachid Bouchareb et coécrite avec Pascal Blanchard, consacre à Julius Ruellan un de ses cinquante portraits de deux minutes. Ce portrait, commenté par Lucien Jean-Baptiste, a été diffusé le sur France 3 à 20 h 40[2].

Autres fratries[modifier | modifier le code]

Si la fratrie Ruellan fut la plus touchée avec six morts, trois fratries françaises ont perdu cinq de leurs membres pendant la Première Guerre mondiale[1] :

Dix fratries[1] ont, quant à elles, perdu quatre membres dont les Doumer, les quatre fils de Paul Doumer[1], président de la République entre 1931 et 1932.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Marc Jean (préf. Christophe Penot), Les Dix frères Ruellan, héros et martyrs : 1914-1918, Saint-Malo, Cristel, (1re éd.), 272 p., 16 x 24 cm (ISBN 978-2-84421-078-4, OCLC 750837069, notice BnF no FRBNF43670726, présentation en ligne).
  2. a et b « Julius Ruellan, raconté par Lucien Jean-Baptiste », sur Frères d'armes, France 3 (consulté le 9 septembre 2015).
  3. a, b, c, d et e Karine Soulard, « 11-Novembre : l'histoire des six frères Ruellan, morts pour la France », Ouest-France,‎ (lire en ligne [PDF]).
  4. Marc Vitelli, « Jules Ruellan » [html], sur Geni (en),‎ mis à jour le 9 décembre 2014 (consulté le 9 septembre 2015).
  5. a, b et c « Jules Ruellan » [html], sur Geneanet (consulté le 9 septembre 2015).
  6. Émile Renault, Annuaire de Saint-Malo, Saint-Servan, Dol et de l'arrondissement, Saint-Malo, Renault, , p. 84 (lire en ligne, consulté le 9 septembre 2015).
  7. a et b Gaëlle Delignon, Saint-Malo-Paramé : Urbanisme et architecture balnéaires (1840-1940), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Art et société », , 256 p., 17,5 x 25 cm (ISBN 2-86847-418-7 et 978-2-86847-418-6, OCLC 708533454, notice BnF no FRBNF37089597, présentation en ligne), p. 77 (lire en ligne, consulté le 9 septembre 2015).
  8. a et b Gaëlle Lemonnier, « Recensement du patrimoine balnéaire de la station de Rothéneuf » [html], Ministère de la Culture (France),‎ versé le 3 juin 1997, mis à jour le 24 septembre 2011 (consulté le 9 septembre 2011).
  9. Marc Jean, « Commentaire » [html], sur Lignes de défense : l'actualité de la défense d'ouest en est, Ouest-France,‎ (consulté le 9 septembre 2015).
  10. Guillaume de Morant, « La famille Ruellan entre dans l'Histoire », sur parismatch.com, Paris Match,‎ (consulté le 8 septembre 2015).
  11. Voir le site : Mémoire des Hommes [1].
  12. a, b et c Patrick Loodts et Francis De Look, « Les dix frères Ruellan » [php], sur 1914-1918.be, Médecins de la Grande Guerre (consulté le 8 septembre 2015).
  13. « Jules, Marie, Ange Ruellan », sur Mémoire des hommes, Ministère de la Défense (France) (consulté le 8 septembre 2015).
  14. « Louis, Alexandre, Marie, Aimé Ruellan », sur Mémoire des hommes, Ministère de la Défense (France) (consulté le 8 septembre 2015).
  15. « André, Marie, Anne Ruellan », sur Mémoire des hommes, Ministère de la Défense (France) (consulté le 8 septembre 2015).
  16. « Bernard, Joseph, Marie, Anne Ruellan », sur Mémoire des hommes, Ministère de la Défense (France) (consulté le 8 septembre 2015).
  17. « Jean, Berchmans, Marie Ruellan », sur Mémoire des hommes, Ministère de la Défense (France) (consulté le 8 septembre 2015).
  18. « Henri, Marie, Anne Ruellan », sur Mémoire des hommes, Ministère de la Défense (France) (consulté le 8 septembre 2015).
  19. Marc Vitelli, « Xavier Vincent Marie Anne Ruellan » [html], sur Geni (en)date=mis à jour le 25 mai 2015 (consulté le 9 septembre 2015).
  20. a, b et c « Les neuf frères Ruellan : une héroïque famille française », L'Illustration, no 3967,‎ , p. 304
    Le texte de l'article est reproduit dans : Laurent Llopez, « Glorifier les familles nombreuse ayant versé leur sang pour la France en 1914-1918 », sur Mémoire des soldats de ma commune, Lycée polyvalent Anguier et lycée Vuillaume,‎ (consulté le 9 septembre 2015).
    .
  21. a, b, c, d et e « 1914-1918 : Les Malouins dans la Grande Guerre », Saint-Malo Magazine, no 121,‎ , supplément, 12 p. (lire en ligne [PDF]), p. 12 (consulté le 9 septembre 2015).
  22. Marc Vitelli, « Auguste Marie Anne Ruellan » [html], sur Geni (en)date=mis à jour le 25 mai 2015 (consulté le 9 septembre 2015).
  23. « Charles, Félix, Henri, Marie, Anne Ruellan », sur Base de données des députés français depuis 1789, Assemblée nationale (France) (consulté le 8 septembre 2015).
  24. a, b et c « Rue de Cancale », sur cartes-postales-de-parame.waibe.fr, Paramé au passé simple,‎ mis à jour le 13 mars 2015 (consulté le 9 septembre 2015).
  25. Les frères Ruellan, martyrs de 14-18, honorés demain, ouest-france.fr, 9 novembre 2011.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Frères Jardot, cinq frères français, tous morts pour la France en 1914 et 1915. Un sixième frère a survécu après avoir été retiré du front, grâce à l'intervention de l'instituteur de son village qui a signalé ce drame aux autorités militaires.
  • Frères Sullivan, cinq marins américains issus d'une même fratrie, morts lors du naufrage de l'USS Juneau en novembre 1942.
  • Frères Niland, quatre frères américains, dont deux furent tués au combat et un porté un temps disparu lors de la Seconde Guerre mondiale, histoire qui inspira le film Il faut sauver le soldat Ryan.
  • Frères von Blücher, trois soldats allemands issus d'une même fratrie, morts le même jour, lors de la Bataille de Crète.

Liens externes[modifier | modifier le code]