Frères Pâris

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Antoine Pâris (1668-1733)

Les frères Pâris sont quatre financiers français des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils sont les fils d'un aubergiste de Moirans dans le Dauphiné.

  • Antoine Pâris dit « Le Grand Pâris », Comte de Sampigny et baron de Dagonville (1668-1733) ;
  • Claude Pâris dit « La Montagne » du nom de l'auberge paternelle, Seigneur de Moirans, Serpaize et autres lieux (1670-1744) ;
  • Joseph Pâris dit « Duverney », Seigneur de Plaisance et du Verney (1684-1770) ;
  • Jean Pâris dit « de Montmartel » (on trouve aussi Monmartel), Marquis de Brunoy, Comte de Chateaumeillant, Seigneur de Villers, de Marigny et autres lieux (1690-1766).

Une origine méconnue[modifier | modifier le code]

Les quatre frères Pâris sont originaires de Moirans (Dauphiné) où leurs parents auraient tenu l'auberge de la Montagne. Leur père est Jean Pâris, fils de Jonas Paris et maire perpétuel de Moirans. Son père, Jonas, a été anobli vers 1658 pour faits de guerre[réf. nécessaire]. Leur mère est Justine Trenonay, ou Justine Trenonay-La Montagne (du nom de l'auberge, d'où également le nom de leur deuxième fils Claude, connu comme Claude Pâris de la Montagne).

Ils ont une sœur, Marthe Paris, née en 1673 (la troisième des enfants, entre Claude et Joseph). Elle épousera Joseph Nugues de Perratière, receveur des tailles à Grenoble, qui faisait partie du réseau d'accointances de la famille[1], et aura avec lui deux filles : Justine Nugues de Perratière (1697-1747) et Catherine Nugues (1698-1761), et un fils, François Nugues, lieutenant-colonel du régiment de cavalerie Royal-Roussillon. François Nugues prendra une part active à la prospérité de la famille, notamment avec l'exploitation de la mine de plomb argentifère bretonne de Pont-Péan ; il héritera de son cousin Armand-Louis Paris, fils de Jean Paris de Montmartel[2].

Dans l'économie des campagnes de Savoie d'alors, les auberges font partie des quelques endroits privilégiés glanant des bribes des échanges transalpins ; petits profits qu'ils partagent avec les maîtres de poste, les voituriers et les seigneurs péagers. Une seule autre famille de la région saura autant profiter des opportunités de cette route transalpine : la famille Crétet, basée à Pont-de-Beauvoisin, qui fit fortune d'abord par la contrebande principalement d'étoffes indiennes dont l'importation était interdite en France, puis en étendant ses activités aux assurances (contre les incendies) et à la grande finance (création de la Banque de France) ; l'un des petits-fils, Emmanuel Crétet, deviendra ministre de l'Intérieur sous Napoléon Bonaparte[1] et premier directeur de la Banque de France. Rappelons que ce coin de France est également le pays de Mandrin.

Les quatre jeunes frères Paris sont mis à contribution par des munitionnaires dans le cadre du ravitaillement des armées françaises en Italie, servant de guides aux convois dans les montagnes du Dauphiné.

Une incroyable ascension[modifier | modifier le code]

Accusés d'avoir accaparé des blés pendant une disette, ils doivent quitter le Dauphiné. Les deux frères aînés vont travailler à Paris chez des munitionnaires ; un peu plus tard, les deux autres frères les rejoignent. Tous les quatre demeurent solidaires et évoluent rapidement vers des situations de plus en plus importantes.

Une influence de premier plan[modifier | modifier le code]

Les Pâris s'enrichissent et créent un réseau de relations dans les plus hautes sphères du royaume sous les règne de Louis XIV et de Louis XV. Sous le règne de Louis XV, après la mort du vieux cardinal de Fleury qui faisait office de premier ministre, ils bénéficient de l'influence de Madame de Pompadour.

Jean Paris de Monmartel est le parrain de la marquise de Pompadour et peut-être son père.

Sous la régence de Philippe d’Orléans (1715-1723)[modifier | modifier le code]

Joseph Paris prit la direction des affaires familiales. Il obtint le Bail des fermes, mais les critiques qu’il lança contre le système de Law le firent exiler avec ses frères en juillet 1720.

Rappelé quelques mois plus tard après la chute du système de Law, Joseph Paris fut nommé en 1721 à la tête de la commission du visa, chargée de réviser la fortune de tous ceux qui, grâce au système de Law, avaient fait des bénéfices exagérés. Il permit à l’État d'annuler environ 1 500 millions de livres de créances.

Sous le ministère du Duc de Bourbon (1723-1726)[modifier | modifier le code]

Jouissant de la confiance absolue du Duc de Bourbon, qui le fit secrétaire de ses commandements, Joseph Paris, avec ses frères, eut pratiquement la direction des finances de France de 1723 à 1726. Les Paris, constatant que les receveurs généraux conjuguaient deux fonctions : celle de collecteur d'impôts et celle de bailleurs de fonds de la monarchie, mirent en place un contrôle de l'activité des financiers[3], afin d'accélérer les rentrées d'argent et de réduire les intérêts. Pour cela ils créèrent une organisation comptable innovante permettant de connaître positions comptables et ventilation des recettes et des dépenses. Lorsqu'ils furent éloignés du pouvoir, en 1726, ces outils de contrôles furent supprimés.

Joseph Pâris lança l’idée en 1725, d’une caisse d’amortissement de la dette publique, créa de nouveaux impôts, rétablit le droit de joyeux avènement.

Joseph Pâris contribua aussi au mariage de Louis XV et de Marie Leszczynska.

Sous le ministère Fleury (1726-1743)[modifier | modifier le code]

Joseph Paris fut exilé de 1726 à 1729 à la suite d’une conspiration contre le cardinal Fleury. Les frères Paris reprirent leurs affaires.

Sous le règne personnel de Louis XV[modifier | modifier le code]

Joseph Pâris fit créer en 1751 l’École Militaire, dont il fut le premier intendant. Son frère, Paris de Montmartel, fut fait marquis de Brunoy par Louis XV et devint Garde du Trésor Royal.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean Nicolas, La Savoie au XVIIIe siècle : Noblesse et bourgeoisie, Ed. La Fontaine de Siloé, 2004, [lire en ligne], p. 92 (ISBN 2842062221) ; (ISBN 978-2842062224)
  2. Joseph Pâris-Duverney, le financier, page L'association de 1754. Sur le site Pont-Péan au fil du temps par Jean Pierre Cudennec.
  3. Lemarchand Yannick, « Comptabilité, discipline et finances publiques : une expérience d'introduction de la partie double sous la Régence », Politiques et management public,‎ vol. 18, n° 2, 2000., pp. 93-121 ([www.persee.fr/doc/pomap_0758-1726_2000_num_18_2_2628 lire en ligne])

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Dubois-Corneau, Jean Paris de Monmartel, banquier de la Cour, Paris, Librairie E. Jean-Fontaine, un volume in 8°, 1917, 380 pp.
  • Marc Cheynet de Beaupré, Joseph Paris-Duverney, financier d'État (1684-1770) - Ascension et pouvoir au Siècle des Lumières, thèse de doctorat en histoire, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2010, 1640 pp. Un premier volume, issu de cette thèse, est paru en octobre 2012 aux éditions Honoré Champion (896 pp.). Il s'intitule Joseph Pâris-Duverney, financier d'État (1684-1770) - Les sentiers du pouvoir (1684-1720). Étudiant les trente-six premières années de la vie de Joseph Paris Duverney, il démonte les ressorts de l'ascension sociale des Pâris, explicitant le rôle des munitionnaires sous l'Ancien Régime et en particulier durant les dernières guerres du règne de Louis XIV. Il retrace par ailleurs avec minutie l'action des quatre Pâris dans les années de la Régence ainsi que leur opposition au système de John Law.