Frères Offenstadt

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Offenstadt.

Les frères Offenstadt (Charles, Georges, Maurice —ou Moïse— et Nathan) sont des éditeurs de presse français, d'origine allemande, qui ont créé une maison d'édition en 1899, les éditions Offenstadt frères, devenues par la suite la Société parisienne d'édition (SPE), spécialisée dans la presse enfantine populaire, connue pour son caractère truculent.

Les frères Offenstadt ont créé quelques-uns des magazines enfantins parmi les plus connus du début du XXe siècle, comme L'Épatant, L'Intrépide ou encore L'Illustré. Dans ces magazines ont été créés des personnages de bande dessinée renommés comme Les Pieds nickelés ou L'Espiègle Lili. Les frères Offenstadt ont souvent été en butte à la censure et au moralisme de l'époque. Victimes des lois anti-juives, ils ont été spoliés et dépossédés de leur entreprise durant l'Occupation.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Les frères Offenstadt sont les fils de Joseph Offenstadt et Dina Kohn. Joseph est un allemand de confession juive né en Bavière le 27 novembre 1833, qui a émigré à Paris où il a sollicité en vain la nationalité française en 1872, avant de la redemander en 1879. Il obtient enfin satisfaction en 1890, ainsi que son épouse et leurs enfants. Joseph Offenstadt tient un commerce d'avances sur titres et de paiement de coupons, situé rue Poissonnière à Paris[1].

Vers la fin du XIXe siècle, les deux frères Charles et Georges Offenstadt s'associent pour fonder une petite entreprise de matériel nécessaire à la correspondance commerciale, notamment le papier à en-tête, installée rue Jean-Jacques-Rousseau à Paris.

Ils décident alors de s'associer avec leurs trois autres frères, Maurice (ou Moïse) et, Nathan, pour créer une société d'édition le 26 avril 1899. Il s'agit d'une société en nom collectif au capital de 3 000 francs, sous la raison sociale « Offenstadt Frères ». La société est située au 18 rue Feydeau à Paris et son objet social est ainsi résumé : « commission, machines à écrire, papeterie, imprimerie[2]. »

Ils commencent par publier des romans, notamment grivois, en s'appuyant entre autres sur le comique troupier. En 1902 ils créent La Vie en culotte rouge, une revue illustrée hebdomadaire qui alterne les dessins humoristiques et les textes plus ou moins érotiques mettant en scène des militaires en quête d'aventures amoureuses auprès de jeunes femmes faciles.

Les illustrés pour la jeunesse[modifier | modifier le code]

En 1904, la diminution des coûts de production de magazines en couleurs incitent les frères Offenstadt à s'orienter vers la presse enfantine illustrée. Cette année-là, ils créent le journal l'Illustré, un hebdomadaire vendu cinq centimes, pour lequel ils engagent Louis Forton, alors âgé de vingt-cinq ans, comme dessinateur. En 1906, ils décident de remplacer l'Illustré par le Petit Illustré. En 1908 ils créent l'Épatant dans lequel paraitront pour la première fois Les Pieds Nickelés, une bande dessinée créée par Louis Forton.

Les attaques des milieux moralisateurs[modifier | modifier le code]

Les frères Offenstadt qui sont juifs et d'origine allemande sont soumis à des attaques particulièrement virulentes de la part des milieux moralisateurs. Ils sont notamment la cible du sénateur René Bérenger, connu comme le « père la pudeur », qui réussit à dissuader les compagnies de chemin de fer de permettre la vente de La Vie en culotte rouge dans les gares[3]. Le 25 janvier 1909, Georges Offenstadt, propriétaire du journal depuis janvier 1908, et Maurice Weill, l'ancien propriétaire, assignent le sénateur Bérenger devant le tribunal de la Seine en lui réclamant 100 000 francs de dommages et intérêts pour le préjudice subi, ainsi qu'une indemnisation, pour Georges Offenstadt, de 5000 francs par an et par réseau jusqu'au rétablissement de la vente du journal[4]. Le 16 février 1910, le tribunal déboute Maurice Weill et Georges Offenstadt. En 1910, c'est Charles Offenstadt qui poursuit le sénateur Bérenger en diffamation et lui réclame 10 000 francs de dommages et intérêts. Lors de sa comparution devant la neuvième chambre correctionnelle le 1er juillet 1910, le sénateur déclare explicitement renoncer à son immunité parlementaire. C'est cependant sur ce motif que le tribunal argumente pour déclarer la nullité de la citation à comparaître[5].

L'abbé Louis Béthléem (1869-1940), célèbre pour son livre Romans à lire et romans à proscrire, invite les chrétiens à se détourner des publications des frères Offenstadt. Ainsi, en 1913, la revue catholique Romans-revue, qu'il anime, traite la société des frères Offenstadt de « société judéo-allemande des publications pornographiques »[6].

Durant la Première Guerre mondiale, les frères s'efforcent de montrer leur patriotisme, ainsi les Pieds Nickelés montent au front et participent activement à la guerre en ridiculisant l'ennemi dans leurs histoires. Après la guerre, les frères Offenstadt décident de changer le nom de leur entreprise en « Société Parisienne d'Édition » (SPE). Charles Offenstadt décède en janvier 1918[7].

La disparition de l'entreprise[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale, les lois anti-juives dépossèdent les frères Offenstadt. Maurice Offenstadt (qui se fait appeler Maurice Villefranche en francisant son nom de famille) meurt à Nice en 1943 (il était né le 4 novembre 1865) et Nathan meurt à Drancy en 1944. Les membres du reste de la famille devront attendre 1946 pour recouvrer leur société. Cependant la SPE ne réussira jamais à retrouver son rang d'avant guerre face aux journaux concurrents comme Spirou, Le Journal de Tintin, Vaillant ou Le Journal de Mickey.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

À lire[modifier | modifier le code]

  • George Fronval, « La Dynastie des Offenstadt (1re partie) », Phénix, no 3,‎ , p. 40-43.
  • George Fronval, « La Dynasite des Offenstadt (2e partie) », Phénix, no 4,‎ , p. 21-26.
  • « Les Frères Offenstadt, enquête sur des citoyens accablés de soupçons », Le Collectionneur de bandes dessinées, no 35,‎ , p. 13-16.
  • Brève histoire de la S.P.E., lire en ligne sur le site web bd-nostalgie.org

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thierry Crépin, « Haro sur le gangster ! » : La moralisation de la presse enfantine, 1934-1954, CNRS Éditions, , 493 p. (ISBN 2-271-05952-6), p. 28
  2. Revue de la papeterie française et étrangère, 26e année, no 11, 01.06.1899, p. 338 lire en ligne sur Gallica
  3. la Revue judiciaire, troisième année, n°7, 25 juillet 1910, p. 215 lire en ligne sur Gallica
  4. La Revue judiciaire, 3e année, 25 juillet 1910, pp. 215-224 lire en ligne sur Gallica
  5. Le Matin, 27e année, n°9622, 02/07/1910, p. 4, lire en ligne sur Gallica
  6. Raymond Perrin, Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle, Éditions L'Harmattan, 2009, p. 53
  7. Le Petit Parisien, Notices nécrologiques, 42e année, n°14 944, 7 janvier 1918, folio 2, lire en ligne sur Gallica