Frères Guérini

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Famille Guérini
Date de fondation 1923
Fondé par Antoine Guérini
Lieu Marseille, mais aussi Paris
Territoire Drapeau de la France France
Année active 1923-1967
Ethnies présentes Française (corse)
Nombre de membres 8 « affranchis » et ? associés.
Activités criminelles
  • Blanchiment d'argent
  • Gestion des docks du port
  • Paris et loterie clandestine
  • Hôtels, restaurants et boîtes de nuit
  • Racket
  • Extorsion de fonds
  • Voirie
  • Prostitution
  • Trafic de stupéfiants (French Connection)
  • Escroquerie financière
  • Évasion fiscale
Alliés Famille Lucchese, Genovese, Colombo, Bonanno
Rivaux Autres gangs

La fratrie Guérini (ou Guerrini) est une famille corse originaire de Calenzana, composée des frères et sœurs Antoine, Barthélémy, François, Pascal, Pierre, Lucien, Toussainte et Restitude.

L'aîné Antoine et son frère Barthélémy dit Mémé, devinrent de puissants gangsters dans les années 1930 et dominèrent le Milieu marseillais de la Libération jusqu'au milieu des années 1960 environ. Les Guérini étaient notamment connus pour leurs liens avec la politique et le show-business. Leur clan était spécialisé principalement dans le proxénétisme, mais a aussi touché à la contrebande de cigarettes et au trafic d'héroïne.

La fratrie Guérini[modifier | modifier le code]

Antoine naît en 1902, Barthélémy en 1908. Ils sont 8 enfants, installés en Corse dans le village de Calenzana. Leur père est bûcheron, métier très physique et peu rentable. Leurs conditions de vie sont difficiles et Mémé décide de quitter la Corse pour s'installer sur le continent à l'âge de 13 ans.

Il part seul, ne sachant ni parler, ni lire et écrire le français. Direction Bordeaux. Titi Colonna le prend sous son aile, l'introduit auprès de Léonie, une tireuse de cartes qui lui fournit de nombreux petits boulots. Antoine rejoint le continent à son tour en 1923 pour son service militaire, s'installant ensuite à Nice et travaillant dans un bar grâce à Jacques Costa. Alors que Mémé s'essaie au proxénétisme avec Léonie, Antoine décide d'en faire autant sur les conseils de Colonna. Il aura bientôt plus d'une dizaine de filles sous son autorité à Marseille.

Les deux frères s'associent, Antoine est craint, son détachement et son calme imposent le respect, ses accès de colère font froid dans le dos. Mémé quant à lui est une figure publique, très à l'aise dans les relations, il crée son réseau, renforce ses appuis et entretient ses contacts importants.

Les Guérini optent pour une stratégie d'évitement face aux chefs en place du Milieu marseillais, Carbone et Spirito. Ils prennent néanmoins petit à petit le contrôle de tous les réseaux de prostitution de la ville, laissant aux autres les commerces du jeux, les boites de nuit et les divers trafics. La Seconde Guerre mondiale sera pour eux une incroyable opportunité de prendre le pouvoir sur la ville et de s'imposer comme maîtres du Milieu marseillais.

La Seconde guerre mondiale et la libération[modifier | modifier le code]

L'arrivée des troupes allemandes perturbe grandement les activités du Milieu, et les différents protagonistes doivent opter soit pour la collaboration, soit pour la résistance. Dans le cas des frères Guérini, c'est la résistance qui l'emporte à fortiori, même si les témoignages sont contradictoires, surtout en ce qui concerne Antoine. Ce dernier prête les caves de ses différents établissements pour cacher des juifs, mais se débrouille pour tout de même faire des affaires avec l'occupant. Mémé quant à lui s'engage plus avant dans la résistance et part se battre au front à la suite du décès de son aimée, noyée sous ses yeux tandis qu'ils fuyaient la Corse car leurs parents refusaient leur union.

C'est dans les rangs de la résistance que Mémé rencontre un personnage clé de l'ascension des Guérini, Gaston Defferre. Antoine et Mémé réussissent à fédérer tous les chefs de la ville pour unir leurs forces et se débarrasser des allemands qu'ils trouvent vraiment trop envahissants. Embuscades, assassinats, destruction de matériel militaire, les troupes allemandes cèdent dans un premier temps mais répliquent violemment en bombardant intégralement tout le quartier du Vieux-port.

Tandis que leurs principaux adversaires ont collaboré et choisissent donc l'exil à la libération (Paul Carbone est mort en 1943), les Guérini profitent de la guerre et de la libération pour s'approprier rapidement tous leurs établissement de jeux, les discothèques, et les connexions dans la contrebande de cigarettes. Leur association avec le commissaire Robert Blémant facilite cette fulgurante ascension, le flic leur fournissant les dossiers de leurs adversaires et donc les preuves infamantes de leur collaboration. En quelques mois, Antoine et Mémé deviennent les maîtres incontestés de la ville de Marseille, et cela durera plus de 20 ans.

Leur amitié avec Gaston Defferre prend une dimension éminemment politique lorsque celui-ci est élu maire de Marseille en 1953[Lien à corriger]. Mémé cultive avec soin ses relations grandissantes dans le Milieu et Antoine continue de gérer toutes les activités du clan d'une main de fer. Leurs sources de revenus se multiplient encore lorsque Mémé se lance franchement dans le trafic de cigarettes à l'échelle mondiale aux côtés de Lucky Luciano et qu'Antoine prend part au commerce d'héroïne à travers la French Connection, malgré une promesse faite à son père de ne jamais participer au trafic de drogue.

Conquête du port de Marseille, prise de pouvoir du milieu marseillais et French Connection[modifier | modifier le code]

En novembre 1947, une grève éclate avec les dockers sur le port de Marseille. Les manifestants s'en prennent au biens des Guerini, nouveaux parrains de la pègre marseillaise, qui ont su durant la guerre se retrouver du côté des alliés après avoir travaillé pour la Gestapo[1]. Ils ont remplacé Paul Carbone et François Spirito qui ont, eux, collaboré[1]. Mémé Guerini tue un manifestant qui détruisait une de ses boites de nuit. Les Guerini ne seront pas inquiété au niveau judiciaire. La grève s'étend au niveau national[2]. Le milieu est inquiet car tous leurs trafics sont bloqués. Quant au gouvernement américain, il est lui aussi inquiets, la CIA craint que les communistes ne prennent le contrôle de toutes les activités portuaires et ne viennent bloquer le plan Marshall. La CIA utilise le syndicaliste américain Irving Brown pour scinder le syndicat ouvrier CGT en deux avec la création de Force Ouvrière. Force Ouvrière se veut un syndicat libre, anti-communiste et acquit au plan Marshall. Après 30 jours de grèves et de luttes physiques entre les sbires des Guerini et les dockers, la CIA remporte la partie[2]. Les Guerini s'affirme comme les nouveaux maîtres de la pègre marseillaise. Mais le port n'est pas totalement sous contrôle.

En 1950, les dockers du port de Marseille refusaient de charger les armes pour le combat de l'armée française en Indochine. En représailles, les autorités du port décidèrent de licencier 800 dockers du port. Par solidarité, les syndicats, dont la CGT et les 4 000 dockers se mirent en grève. Ce fut la fameuse grève de 1950, qui débuta le 10 mars. Deux semaines plus tard, 35 000 manifestants bloquent l'ensemble des ports français[2]. Le gouvernement français, la CIA, les Guérini et Lucky Luciano avaient un intérêt commun à faire cesser cette grève. Pour cela, les autorités libérèrent des criminels de prison pour briser la grève. C'étaient des sbires des clans Guérini, Franscisi et Venturi payés par Irving Brown avec l'argent de Thomas Braden, directeur des affaires internationales de la CIA. Au bout de 40 jours, le « milieu » gagna le port[2]. Les politiciens, reconnaissants, laissèrent faire les trafics en tout genre. Luciano s'associa avec les clans corso-marseillais pour reprendre le trafic d'héroïne, notamment avec les Venturi et les Francisi sous la patronage des Guerini. Ses équipes transportaient la morphine-base, issu de l'opium d'Indochine, du Moyen-Orient mais surtout de Turquie jusqu'à Marseille. La transformation était opérée dans des laboratoires clandestins à Marseille et dans ses alentours[2]. L'héroïne marseillaise était réputée pour sa grande qualité, pure à près de 98 % (contre 60 % à 70 % pour les autres productions de l'époque)[3]. Les chimistes du milieu marseillais, notamment Jo Césari et Henri Malvezzi, étaient particulièrement recherchés. Marseille devient le laboratoire d'héroïne des États-Unis où la marchandise est envoyé. La French Connection est vraiment lancé[2],[3].

Ascension[modifier | modifier le code]

Durant l'âge d'or du règne des Guérini, les deux frères possèdent un très grand nombre d'établissements à Paris, Marseille et sur la Côte d'Azur. Leur clan est l'un des plus influents d'Europe, leurs relations vont du show-business à la politique, en passant par l'administration et la police. Discothèques, cercles de jeux, bars, bordels, les Guérini en font tourner des dizaines et ils ont placé leurs frères et sœurs à divers postes clés.

L'esprit du clan est des plus traditionnels, l'honneur est une valeur primordiale et l'on vient souvent les consulter lorsqu'il y a des conflits. Véritables parrains du Milieu, les Guérini sont les maîtres mais la force qui les a poussés à atteindre le sommet, entraîne également leur chute.

Antoine tient à se lancer dans les cercles de jeux parisiens. Mémé n'est pas d'accord, mais Antoine investit tout de même dans une affaire avec Robert Blémant, ancien commissaire de police alors démis de ses fonctions à cause de ses relations notoires avec le Milieu. L'affaire tourne mal, Antoine perd beaucoup d'argent et cet échec l'obsède. Il commandite le meurtre de Blémant qu'il tient pour responsable de ce désastre financier. Mémé s'oppose formellement à cet assassinat, c'est en effet une violation du code d'honneur du Milieu. Antoine n'écoute pas et Blémant est tué par balles le 15 mai 1965.

Chute du Clan[modifier | modifier le code]

L'assassinat de Robert Blémant en 1965 sur ordre d'Antoine Guérini sonne le glas du clan. Le Milieu condamne cet acte qui devient le début d'une série noire. L'un des tireurs de Blémant est abattu en 1966 avec son chauffeur également. Le second tireur, René Mondolini, fils naturel de Mémé,n'échappe pas à ce règlement de comptes. Il se fait poignarder dans sa chambre d'hôpital en 1969 alors qu'il est dans le coma. Avant cela, c'est Antoine Guérini lui-même qui est assassiné en 1967, alors qu'il fait le plein de sa Mercedes avec son fils Félix. Une moto surgit et ouvre le feu, Antoine meurt avec 11 balles dans le thorax. Cet acte aurait commandité par Tany Zampa et exécuté par Jacky Imbert.

Pendant l'enterrement, deux délinquants, Claude Mondroyan et un espagnol, ont la malheureuse idée d'aller cambrioler la maison du feu parrain. Mémé et les autres frères d'Antoine ne digèrent pas l'insulte, ils convoquent les voleurs, passent à tabac l'espagnol et tuent Mondroyan, dont ils jettent le corps du haut d'une falaise, la Cap Canaille.

Mémé, François et Pascal Guérini sont arrêtés en 1967 pour ce meurtre. La colère leur aura fait commettre des erreurs de débutants qui a conduit la police à des conclusions implacables alors que depuis plus de 20 ans, les frères Guérini n'ont officiellement été impliqués directement dans aucune affaire criminelle. Barthélémy Guérini meurt en 1982 d'un cancer du rectum à Montpellier, il avait été placé en liberté conditionnelle pour des raisons de santé en 1978.

Sources documentaires[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Bauer
  2. a, b, c, d, e et f Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Youtube ljsYxOzRSEE
  3. a et b Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées DEA_Hist