Frères Guérini

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La fratrie Guérini (ou Guerrini) est une famille corse originaire de Calenzana, composée des frères et sœurs Antoine, Barthélémy, François, Pascal, Pierre, Lucien, Toussainte et Restitude.

L'aîné Antoine et son frère Barthélémy dit Mémé, devinrent de puissants gangsters dans les années 1930 et dominèrent le Milieu marseillais de la Libération jusqu'au milieu des années 1960 environ. Les Guérini étaient notamment connus pour leurs liens avec la politique et le show-business. Leur clan était spécialisé principalement dans le proxénétisme, mais a aussi touché à la contrebande de cigarettes et au trafic d'héroïne.

La fratrie Guérini[modifier | modifier le code]

Antoine naît en 1902, Barthélémy en 1908. Ils sont 8 enfants, installés en Corse dans le village de Calenzana. Leur père est bûcheron, métier très physique et peu rentable. Leurs conditions de vie sont difficiles et Mémé décide de quitter la Corse pour s'installer sur le continent à l'âge de 13 ans.

Il part seul, ne sachant ni parler, ni lire et écrire le français. Direction Bordeaux. Titi Colonna le prend sous son aile, l'introduit auprès de Léonie, une tireuse de cartes qui lui fournit de nombreux petits boulots. Antoine rejoint le continent à son tour en 1923 pour son service militaire, s'installant ensuite à Nice et travaillant dans un bar grâce à Jacques Costa. Alors que Mémé s'essaie au proxénétisme avec Léonie, Antoine décide d'en faire autant sur les conseils de Colonna. Il aura bientôt plus d'une dizaine de filles sous son autorité à Marseille.

Les deux frères s'associent, Antoine est craint, son détachement et son calme imposent le respect, ses accès de colère font froid dans le dos. Mémé quant à lui est une figure publique, très à l'aise dans les relations, il crée son réseau, renforce ses appuis et entretient ses contacts importants.

Les Guérini optent pour une stratégie d'évitement face aux chefs en place du Milieu marseillais, Carbone et Spirito. Ils prennent néanmoins petit à petit le contrôle de tous les réseaux de prostitution de la ville, laissant aux autres les commerces du jeux, les boites de nuit et les divers trafics. La Seconde Guerre mondiale sera pour eux une incroyable opportunité de prendre le pouvoir sur la ville et de s'imposer comme maîtres du Milieu marseillais.

La Seconde guerre mondiale et la libération[modifier | modifier le code]

L'arrivée des troupes allemandes perturbe grandement les activités du Milieu, et les différents protagonistes doivent opter soit pour la collaboration, soit pour la résistance. Dans le cas des frères Guérini, c'est la résistance qui l'emporte à fortiori, même si les témoignages sont contradictoires, surtout en ce qui concerne Antoine. Ce dernier prête les caves de ses différents établissements pour cacher des juifs, mais se débrouille pour tout de même faire des affaires avec l'occupant. Mémé quant à lui s'engage plus avant dans la résistance et part se battre au front à la suite du décès de son aimée, noyée sous ses yeux tandis qu'ils fuyaient la Corse car leurs parents refusaient leur union.

C'est dans les rangs de la résistance que Mémé rencontre un personnage clé de l'ascension des Guérini, Gaston Defferre. Antoine et Mémé réussissent à fédérer tous les chefs de la ville pour unir leurs forces et se débarrasser des allemands qu'ils trouvent vraiment trop envahissants. Embuscades, assassinats, destruction de matériel militaire, les troupes allemandes cèdent dans un premier temps mais répliquent violemment en bombardant intégralement tout le quartier du Vieux-port.

Tandis que leurs principaux adversaires ont collaboré et choisissent donc l'exil à la libération (Paul Carbone est mort en 1943), les Guérini profitent de la guerre et de la libération pour s'approprier rapidement tous leurs établissement de jeux, les discothèques, et les connexions dans la contrebande de cigarettes. Leur association avec le commissaire Robert Blémant facilite cette fulgurante ascension, le flic leur fournissant les dossiers de leurs adversaires et donc les preuves infamantes de leur collaboration. En quelques mois, Antoine et Mémé deviennent les maîtres incontestés de la ville de Marseille, et cela durera plus de 20 ans.

Leur amitié avec Gaston Defferre prend une dimension éminemment politique lorsque celui-ci est élu maire de Marseille en 1947. Mémé cultive avec soin ses relations grandissantes dans le Milieu et Antoine continue de gérer toutes les activités du clan d'une main de fer. Leurs sources de revenus se multiplient encore lorsque Mémé se lance franchement dans le trafic de cigarettes à l'échelle mondiale aux côtés de Lucky Luciano et qu'Antoine prend part au commerce d'héroïne à travers la French Connection, malgré une promesse faite à son père de ne jamais participer au trafic de drogue.

Ascension et chute[modifier | modifier le code]

Durant l'âge d'or du règne des Guérini, les deux frères possèdent un très grand nombre d'établissements à Paris, Marseille et sur la Côte d'Azur. Leur empire est l'un des plus influents d'Europe, leurs relations vont du show-business à la politique, en passant par l'administration et la police. Discothèques, cercles de jeux, bars, bordels, les Guérini en font tourner des dizaines et ils ont placé leurs frères et sœurs à divers postes clés.

L'esprit du clan est des plus traditionnels, l'honneur est une valeur primordiale et l'on vient souvent les consulter lorsqu'il y a des conflits. Véritables parrains du Milieu, les Guérini sont les maîtres mais la force qui les a poussés à atteindre le sommet, entraîne également leur chute.

Antoine tient à se lancer dans les cercles de jeux parisiens. Mémé n'est pas d'accord, mais Antoine investit tout de même dans une affaire avec Robert Blémant, ancien commissaire de police alors démis de ses fonctions à cause de ses relations notoires avec le Milieu. L'affaire tourne mal, Antoine perd beaucoup d'argent et cet échec l'obsède. Il commandite le meurtre de Blémant qu'il tient pour responsable de ce désastre financier. Mémé s'oppose formellement à cet assassinat, c'est en effet une violation du code d'honneur du Milieu. Antoine n'écoute pas et Blémant est tué par balles le 15 mai 1965.

Chute du Clan[modifier | modifier le code]

L'assassinat de Robert Blémant en 1965 sur ordre d'Antoine Guérini sonne le glas du clan. Le Milieu condamne cet acte qui devient le début d'une série noire. L'un des tireurs est abattu en 1966, le chauffeur également. Le second tireur est René Mondolini, le fils naturel de Mémé, qui n'échappera pas à ce règlement de comptes, se faisant poignarder dans sa chambre d'hôpital en 1969 alors qu'il est dans le coma. Avant cela, c'est Antoine Guérini lui-même qui est assassiné en 1967, alors qu'il fait le plein de sa Mercedes avec son fils Félix. Une moto surgit et ouvre le feu, Antoine meurt avec 11 balles dans le thorax.

Pendant l'enterrement, deux délinquants ont la malheureuse idée d'aller cambrioler la maison du feu parrain. Mémé et les autres frères d'Antoine ne digèrent pas l'insulte, ils retrouvent les voleurs, en passent un à tabac et tuent l'autre, dont ils jettent le corps du haut d'une falaise.

Mémé, François et Pascal Guérini sont arrêtés en 1967 pour ce meurtre. La colère leur aura fait commettre des erreurs de débutants qui a conduit la police à des conclusions implacables alors que depuis plus de 20 ans, les frères Guérini n'ont officiellement été impliqués directement dans aucune affaire criminelle. Barthélémy Guérini meurt en 1982 d'un cancer à Montpellier, il avait été relaxé en liberté conditionnelle pour des raisons de santé en 1978.

Sources documentaires[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]