Fourmi coupe-feuille

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Fourmi coupe-feuille
Nom vulgaire ou nom vernaculaire ambigu :
l'appellation « Fourmi coupe-feuille » s'applique en français à plusieurs taxons distincts.
Description de cette image, également commentée ci-après
Fourmi coupe-feuille (ici Acromyrmex octospinosus)

Taxons concernés

Dans deux genres :

Les fourmis coupe-feuille, également appelées fourmis-manioc en Guyane, fourmis champignonnistes ou encore fourmis parasol, sont des fourmis vivant dans les régions d'Amérique tropicale. Afin de se nourrir, elles ont développé une symbiose avec un champignon (principalement Leucoagaricus gongylophorus) qu'elles cultivent dans leur fourmilière. Pour cela, les ouvrières collectent des morceaux de feuilles et de fleurs, qui, après avoir été mâchés, vont servir de substrat pour la culture du champignon, dont elles vont ensuite se nourrir.

Fourmis Atta colombica transportant des morceaux de feuilles.

Les « fourmis coupe-feuille » comprennent deux genres, Atta et Acromyrmex, dans lesquels on dénombre un total de 50 espèces (17 Atta[1] et 33 Acromyrmex[2]). Certaines d'entre elles sont considérées par l'homme comme de véritables nuisibles, provoquant d'importants dégâts dans les cultures.

Nid[modifier | modifier le code]

Un seul nid de l'espèce Atta colombica atteint la taille d'une baignoire et la hauteur d'une cuisse. Il contient des feuilles fraiches et surtout en décomposition, ainsi que des excréments et cadavres de fourmis, et des colonies bactériennes ;

Certains nids de fourmis du genre Atta peuvent atteindre des dimensions considérables et s'étendre sur une surface de 600 m2 sur 6 m de profondeur[3]. Le diamètre du nid peut excéder les 10 m[4] et la quantité de terre excavée pour sa construction peut atteindre 40 tonnes [3]. Cette activité participe notamment à la redistribution des sols dans l'écosystème. Sans brassage des sols, on estime que seulement 0,1 % des nutriments pénètrent au-delà de 5 cm sous la surface[3].

La ventilation du nid permet l'évacuation du le CO2, de méthane et d'autres gaz qui deviendraient toxiques pour la colonie et ses cultures s'ils s'accumulaient au-delà de certains seuils[5]. L'aération se fait via de nombreuses galeries de ventilation dont les ouvrières gèrent l'ouverture et la fermeture et qui leur permettent d'évacuer les gaz produits par la colonie, mais aussi d'en réguler la température (le champignon qu'elles cultivent ne supportant pas des températures supérieures à une trentaine de degrés Celsius)[4].

Production de gaz à effet de serre[modifier | modifier le code]

Une étude ayant analysé les gaz exhalés par 22 buttes correspondant à des nids de fourmis coupeuses de feuilles (du sud-ouest du Costa Rica) a montré qu'en contexte humides et pauvre en oxygène les bactéries des colonies produisent des quantités très importantes de méthane, mais aussi d'oxyde nitreux[5]. Les taux de méthane sont au dessus des monticules environ 20 fois plus importants qu'alentours dans la forêt[5]. Et l’oxyde nitreux est jusqu'à 1000 fois plus élevé que le niveau de fond. Ces grandeurs sont comparables à celles observées dans les station d'épuration d'eaux usées et des fosses à lisier[5].

Ces fourmis contribuent néanmoins aussi à accroitre le puits de carbone du sol ; le bilan de leurs effets globaux sur le climat est encore inconnu car la totalité des émissions et des puits liés aux fourmis coupeuse n'est pas encore évaluée[5]. Ces données expliquent cependant pourquoi les études précédentes avaient mesuré des niveaux très variables de méthane et d’oxyde nitreux dans les forêts et régions où ces fourmis construisent leurs nids souterrains[5].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Polyandrie[modifier | modifier le code]

Bien que la plupart des espèces de fourmis soient généralement monandres, les reines ne s'accouplant alors qu'avec un seul mâle, les reines des genres Atta et Acromyrmex pratiquent la polyandrie et sont donc fécondées par plusieurs mâles[6]. Une hypothèse probable quant à la raison de ce phénomène est que la polyandrie permet une plus grande diversité génétique au sein de la colonie, qui pourrait en retour apporter une meilleure résistance aux pathogènes. En effet, chez les fourmis coupeuses de feuilles, la glande métapleurale produit une sécrétion antibiotique qui est ensuite potentiellement diffusée dans toute la colonie par le biais de toilettages[7]. L'augmentation de la diversité génétique par polyandrie pourrait également faciliter la division du travail entre les individus et permettre une meilleure adaptation face aux contraintes écologiques[6].

Organe stridulatoire[modifier | modifier le code]

Comme la plupart des autres Myrmicinae, les fourmis coupeuses de feuilles possèdent un organe stridulatoire constitué d'un post-pétiole avec un grattoir frottant contre une plaque stridulatoire située sur la partie médio-dorsale antérieure de l'abdomen[8]. Les stridulations émises par les fourmis sont transmises sous forme de vibrations via le substrat (les fourmis étant sourdes mais sensibles aux vibrations) et leur permettent de communiquer à distance. Les stridulations sont utilisées comme signaux de détresse, mais aussi pour le recrutement vers une source de nourriture ou encore en fonction de la qualité des feuilles, permettant ainsi d'établir un ordre de priorités quant à leur découpe[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Atta - AntWeb
  2. Acromyrmex - AntWeb
  3. a b et c Passera et Aron 2005, p. 3
  4. a et b Passera et Aron 2005, p. 72
  5. a b c d e et f Perkins S(2019) Leafcutter ant ‘compost piles’ produce potent greenhouse gases ; 1er janvier 2019
  6. a et b Passera et Aron 2005, p. 42
  7. Passera et Aron 2005, p. 43
  8. Passera et Aron 2005, p. 21
  9. Passera et Aron 2005, p. 22

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Luc Passera et Serge Aron, Les fourmis : comportement, organisation sociale et évolution, Ottawa, Canada, Les Presses scientifiques du CNRC, , 480 p. (ISBN 0-660-97021-X)