Four à chaux

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 Pour l'ouvrage de la ligne Maginot du même nom situé à Lembach (67), voir : Ouvrage du Four-à-Chaux
Le four à chaux de la sucrerie de Crèvecœur-le-Grand au début du XXe siècle.

Le four à chaux ou chaufour est une catégorie de four à calcination dans lequel on transforme le calcaire en chaux par calcination et accessoirement où l’on cuit la céramique. C'est généralement un ouvrage vertical fixe et ouvert par le haut, mais on trouve également des fours horizontaux et rotatifs.

La fabrication de la chaux constitue l'art du chaufournier.

Principe[modifier | modifier le code]

La chaux est obtenue par calcination de pierre calcaire vers 1000°C, dans des fours à chaux, opération pendant laquelle elle abandonne son gaz carbonique. Le produit restant, un oxyde de calcium est appelé chaux vive et prend l'apparence de pierres pulvérulentes en surface que l'on va hydrater ou éteindre par immersion dans l'eau. Cette immersion, provoque la dislocation, un foisonnement, ainsi qu'une forte chaleur. Le résultat est une pâte, qui prend le nom de chaux éteinte. Ce matériaux plastique, mêlé à des agrégats va constituer les mortiers. La présence d'autre corps dans la pierre peut modifier la phase d'extinction, conduisant à produire différentes qualités de chaux.

Les combustibles[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, en France, on emploie pour combustible suivant les localités le bois de corde, le fagot, la bruyère, les houilles sèches, l'anthracite, les lignites et la tourbe et très rarement le charbon de bois. Le coke convient parfaitement à cette cuisson La forme des fours varie avec la nature du combustible pour le bois et la bruyère qui brûlent avec une longue flamme, on construit en briques ou autres matériaux aussi réfractaires que possible de vastes chambres, tantôt prismatiques, tantôt cylindriques beaucoup plus hautes que larges, avec une ouverture plus ou moins étroite dans le bas, on les remplit de pierres réduites au volume du petit moellon et de telle sorte que la charge soit portée sur une ou deux petites voûtes construites à sec avec les matériaux de la fournée les plus convenables à cette construction. L'entrée de ces voûtes correspond à celle de l'ouverture ménagée dans le bas du four; c'est le foyer où se brûle le combustible dont la flamme s'insinuant par les vides des petites voûtes, porte de proche en proche l'incandescence dans toutes les parties du chargement. Le temps qu'exige la cuisson varie selon la qualité du bois de 100 à 150 heures pour un four de 75 à 80 mètres cubes de capacité. C'est par le tassement de la charge arrivé de 1/6 à 1/5ème de sa hauteur que les chaufourniers jugent la cuisson terminée. Chaque mètre cube de chaux exige en moyenne 1 stère 66 de bois de corde essence chêne, 22 stères de fagots ordinaires et 30 stères de paquets de genêts ou bruyères. Ces chiffres on le comprend peuvent varier par une foule de circonstances dépendant de la qualité du bois, de la grosseur et de la densité de la pierre [1].

Avec les combustibles sans flamme tels que le coke, la houille sèche, et l'anthracite la pierre réduite par le cassage à la grosseur du poing se cuit au contact même du combustible dans des fours de forme ovoïde ou de cône renversé, en entonnoir. Les chargements se font par assises alternatives de pierre et de charbon et par le haut au fur et à mesure que la pierre cuite est retirée par le bas. On brûle en moyenne 1/3 de mètre cube de houille sèche ou d'anthracite par mètre cube de pierre. Avec le secours de la vapeur d'eau introduite dans l'air qui alimente la combustion, ces derniers combustibles jettent de longues flammes (Gaz à l'eau) et peuvent être employés comme le bois[1].

Fours antiques[modifier | modifier le code]

L'archéologue Jean-Pierre Adam [2], sur base d’installations de chaufourniers observées dans les pays méditerranéens, qui sont restées assez semblables à celles de l'Antiquité, distingue trois procédés:

  • la cuisson au four avec foyer à la base;
  • la cuisson au four par empilement;
  • la cuisson sur aire extérieure.

Fonctionnement d'un four par empilement du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Les fours à chaux étaient d'imposants fours, de forme cylindrique et avaient une large paroi intérieure le plus souvent revêtue de briques. Grâce à la pierre calcaire qui était réduite en petits morceaux, on pouvait réaliser de la chaux. Le four était alimenté par son ouverture située en haut (appelée le gueulard) dont une rampe permettait le plus souvent l'accès. Les chaufourniers alternaient les lits de pierre et de charbon pour le remplir au maximum, et du bois était apporté au pied du bâtiment pour assurer la mise à feu. Le chaufournier devait alors toujours maintenir une température entre 800 et 1 000 °C tout en gardant le four rempli au maximum en le réapprovisionnant en pierre calcaire et devait également entretenir le feu. Une fois la cuisson faite, la chaux était récupérée grâce à une ouverture basse du four appelée l'ébraisoir. La chaux vive était alors éteinte dans une fosse adjacente à l'aide d'une grande quantité d'eau, le plus souvent à l'aide de canalisations provenant d'une rivière voisine. La chaux éteinte était par la suite placée dans des barils avant d'être utilisée en maçonnerie.

Historique[modifier | modifier le code]

Grâce aux fouilles archéologiques, la datation et les conditions de fonctionnement des fours à chaux gallo-romains[3], mérovingiens[4] sont mieux connues.

Dans le nord de la France, le sol était si riche et productif que pour ne pas en priver l'agriculture, pour extraire la craie, dont celle qui alimentait les fours à chaux, au lieu de faire des carrières à ciel ouvert, des milliers de petites carrières dites « catiches » ou boves ont été creusés sous le sol.

Fours à chaux en Belgique[modifier | modifier le code]

Fours à chaux du XIXe siècle à Antoing, Belgique

En Région wallonne, on trouve de nombreux endroits où il est encore possible de voir différents types d'anciens fours à chaux. C'est notamment le cas dans les régions d'Antoing, de Chercq, d'Haccourt, de Jemelle, de Namêche, de Namur et de Tournai ainsi qu'à Theux en Province de Liège.

Fours à chaux en France[modifier | modifier le code]

L'emplacement des anciens chaufours a été conservé dans des dizaines de toponymes à travers la France : Chaufour-lès-Bonnières, Chaufour-Notre-Dame, etc.

Fours à chaux au Québec[modifier | modifier le code]

Maison de chaufournier à Saulges (Mayenne)

Jadis, le Québec était parsemé de four à chaux, aujourd'hui il en reste très peu ; et ils sont majoritairement sur des terrains privés. Les régions détenant le plus de fours à chaux sont : Capital-National, Chaudière-Appalaches, Mauricie, Bas-Saint-Laurent, Côte-Nord, Lanaudière, etc. Bien que d'autres régions en aient.

Four à chaux modernes[modifier | modifier le code]

Un four à chaux destiné à l'alimentation de l'aciérie de Scunthorpe, en Angleterre.

Les fours à chaux n'ont pas disparu, mais ont suivi, comme toute industrie lourde, une course à la taille qui les a raréfié. On en retrouve encore, destinés à l'alimentation de procédés industriels, dont notamment la sidérurgie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Louis Joseph Vicat. Traité pratique et théorique de la composition des mortiers, ciments et gangues a pouzzolanes et de leur emploi dans toutes sortes de travaux. Grenoble. Imprimerie Maisonville 1856Consulter en ligne
  2. Jean-Pierre Adam. La Construction romaine. Matériaux et techniques. Sixième édition. Grands manuels picards. 2011
  3. Franck Suméra, 1997, « Les fours à chaux gallo-romains de "Brétinoust", commune de Sivry-Courtry (Seine-et-Marne) », Revue archéologique du Centre de la France, 36, p. 99-130.
  4. Madeleine Châtelet, « Un deuxième four à chaux mérovingien découvert en Alsace : le four de Sessenheim "Hecklen" (Bas-Rhin) », Revue archéologique de l'Est, tome 54, 2005.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christophe Gerber, Fours à chaux, four à fer et charbonnières dans le Jura bernois, Berne (homonymie), Haupt,‎ , relié (ISBN 978-3-258-06459-8)
  • Les Fours à chaux en Europe, Maffle, Musée de la pierre,‎
  • Bernard Crenn, Les Fours à chaux des marges armoricaines (1775-fin des années 1930),‎
  • Froschard Rémi, L'exploitation du Calcaire, Vie et Culture - Chroniques d'Histoire Locale, revue locale lorraine,‎
  • Pierre Forissier, Délégué Les maisons paysannes de France Rhône, Fours à chaux du Rhône, Édité par le Conseil général du Rhône
    Pré-inventaire du Rhône, 8 chemin de Montauban, 69005 Lyon

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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