Fort de Pugey

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Fort de Pugey
Image illustrative de l'article Fort de Pugey
Description
Type d'ouvrage fort Séré de Rivières
Dates de construction 1890-1892
Ceinture fortifiée place fortifiée de Besançon
Utilisation sans
Utilisation actuelle aménagé pour visites avec éclairage temporaire
Propriété actuelle commune de Pugey sauf magasin à poudre (commune de Larnod)
Garnison 176 hommes
Armement de rempart 3 canons extérieurs de 80 mm (en 1914) + 4 sous casemates de 95 mm (en 1914)
Armement de flanquement 3 canons révolvers, 5 tubes calibre 40 mm
Organe cuirassé
Modernisation béton spécial oui
Protection non
Programme 1900
Dates de restructuration
Tourelles
Casemate de Bourges non
Observatoire
Garnison bataillon de forteresse
Programme complémentaire 1908
Coordonnées 47° 11′ 05″ nord, 5° 59′ 01″ est

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Fort de Pugey

Géolocalisation sur la carte : Doubs

(Voir situation sur carte : Doubs)
Fort de Pugey

Le fort de Pugey, ou ouvrage de Pugey, est une fortification française de la fin du XIXe siècle appartenant au camp retranché de Besançon (appellation de l'époque de la place fortifiée), dans le département du Doubs.

Histoire[modifier | modifier le code]

La place forte de Besançon, d'origine médiévale mais largement remaniée sous Charles Quint puis sous Louis XIV, connut un nécessaire élargissement entre 1791 et 1870 avec l'implantation de lunettes d'Arçon et de forts sur les points hauts dominant directement la ville et la citadelle.

Un premier camp retranché sera construit hâtivement durant la guerre franco-prussienne de 1870. Après la défaite et le retrait des armées allemandes, le général Séré de Rivières lancera son programme national de défense des frontières comprenant notamment la création de ceintures de forts autour des principales places de l'Est. Celui-ci se concrétisera sur Besançon par la construction ou le remaniement entre 1872 et 1880 d'une redoute, de dix forts et sept batteries.

Le besoin d'élargir le périmètre du camp vers l'est et le sud nécessita une deuxième phase de travaux entre 1888 et 1893, à savoir cinq ouvrages, deux batteries et un fort, celui de Pugey (qui est dénommé « ouvrage » sur les documents du génie militaire). C'est la crête séparant Pugey de Larnod qui sera retenue pour son implantation. Prenant place en avant d'Arguel et de Planoise, Pugey complétait ainsi la ceinture fortifiée longue d'une cinquantaine de kilomètres autour de Besançon. Si une batterie de trois canons pointait vers l'extérieur (sud), l'intérêt principal du fort résidait dans le croisement des feux de ses quatre canons sous casemates avec la batterie Rolland et le fort de Planoise.

La construction du fort, projetée dès 1879, sera réalisée de 1890 à 1892 par creusement sous roc puis complétée, outre les habituels hangar d'artillerie et maison de gardien, par un dispositif de récupération des eaux pluviales (dit source Rouby dans le langage militaire), et un magasin à poudre creusé sous roc (magasin à poudre-caverne). Le chemin stratégique, actuel chemin d'accès au fort, débute à proximité de ce magasin situé près du point haut de la route entre le bourg de Pugey et le hameau de la Maltournée (route D 142).

Description[modifier | modifier le code]

Présentation[modifier | modifier le code]

Le fort est unique sur la place de Besançon du fait de son enfouissement. Nous sommes ici très éloignés de la fortification bastionnée chère aux disciples de Vauban, qui eut cours jusqu'en 1870 (le fort des Justices à Besançon, construit en 1870-1872 sur un projet ancien, fut sans doute le dernier fort bastionné de France).

Si sur les autres fortifications du camp retranché un tracé polygonal classique a été adopté, à Pugey construit après la crise de l'obus-torpille (1885), c'est un creusement en caverne qui fut choisi : les fossés entourent une position de batterie, une section de chemin de ronde protégée par un mur crénelé et une place d'armes, mais le fort lui-même se trouve à une dizaine de mètres sous la surface, pas moins de six mètres de rocher protégeant efficacement les locaux des impacts éventuels d'obus chargés à la mélinite.

Le parties stratégiques apparentes ont été réalisées en béton spécial d'emploi alors récent : coffres de flanquement des fossés (version modernisée des caponnières), dômes de protection des escaliers à vis reliant l'intérieur au haut, embrasures de tir des caves à canons. L'épaisseur de béton atteint 2 à 2,5 m sur les dessus des coffres et dômes. Le reste de la construction est maçonné : les locaux et couloirs souterrains sont voûtés et une partie des escarpe et contrescarpe sont soutenues par des murs, le reste étant constitué de rocher naturel ou de terre coulante. Les pierres extraites du creusement des fossés et de la caverne ont été employées pour la maçonnerie, complétées par un apport de matériaux provenant de carrières communales distantes de quelques kilomètres.

Visite du fort[modifier | modifier le code]

Camp retranché de Besançon, partie sud.

Le fort appartient à la commune de Pugey qui a acquis le terrain pour 380 000 francs à la fin des années 1950. L'accès à la partie souterraine est maintenant condamné par des grilles et n'est possible que dans le cadre de visites encadrées.

L'ouvrage barre la crête, large d’une centaine de mètres, séparant Pugey de Larnod, à 494 m d’altitude. Son front de tête est côté sud, c'est celui qui fait face à un ennemi venant de cette direction (Quingey, plateau). L'entrée se situe côté front de gorge (nord, et centre de la place) et, enfouissement oblige, était ouverte en fond de fossé.

Il n'y a pas de fossé à l'est (falaise) et celui situé à l'ouest, plus haut que les embrasures de cave à canons positionnées à cet endroit, est interrompu sur une vingtaine de mètres. La distance entre les fossés nord et sud n’est que de 70 mètres. Le premier est aujourd'hui comblé, et le second, nettement plus large, est coupé en deux par un remblai qui permet le passage du chemin traversant le fort. Les escarpe et contrescarpe sont très dégradées après des décennies sans entretien, le fort ayant été désaffecté entre les deux guerres mondiales. Le système de défense des fossés est partiellement visible : coffre de flanquement du fossé sud, base d'un bastionnet défendant le fossé ouest, haut du coffre de flanquement du fossé nord. Un parapet d'infanterie domine la partie interrompue du fossé ouest au-dessus des embrasures de tir sous casemates. De la place d'armes délimitée par des levées de terre, deux escaliers à vis d'une cinquantaine de marches protégés par des dômes en béton permettent de gagner les « dessous ». Ce sont, avec les embrasures de tir, les seuls accès possibles à l'intérieur du fort du fait du comblement du fossé nord qui a obstrué la porte principale.

La partie souterraine est desservie par deux couloirs à angle droit. Le couloir nord-sud est construit dans le prolongement de l'entrée à fond de fossé. Celle-ci était protégée par un pont à effacement latéral dont l'emplacement est visible de l'intérieur. À côté de ce pont se trouve l'accès au coffre du fossé nord qui était équipé d'un canon révolver, ancêtre de la mitrailleuse. Un large escalier permet de descendre au niveau du reste de l'installation. Le couloir dessert ainsi deux caves à canon prévues pour tirer à 4 km vers l'est, un petit magasin, un emplacement pour tinettes, et à l'extrémité le second coffre qui est double (deux canons révolver) du fait qu'il flanque le fossé côté ennemi large de cinq mètres à la base.

Le couloir est-ouest dessert sur sa droite cinq casemates de douze mètres sur quatre, dont la première est cloisonnée en trois : pièce pour huit couchages avec infirmerie, un autre servant de magasin et enfin la chambre des sous-officiers. Les quatre autres casemates sont les chambrées, chacune pouvant accueillir 44 hommes dans des conditions de confort sommaires : une cheminée d'aérage et un poêle mais pas de fenêtre. À mi-parcours sur la gauche, un petit couloir mène à l'un des escaliers à vis et à la chambre du commandant du fort servant aussi de PC. Au fond du couloir est-ouest on trouve un local et les deux autres caves à canons orientées pour un tir vers le nord-ouest jusque au-delà du méandre du Doubs à Aveney (4 km).

Les chambrées, caves, magasins et une partie des couloirs étaient doublés de briques afin d'améliorer l'isolation et canaliser les infiltrations d'eau. La plus grande partie a été détruite entre les deux guerres, sans doute par les ferrailleurs (les portes intérieures et la quasi totalité des parties métalliques ont disparu).

Annexes[modifier | modifier le code]

Jouxtant le fossé nord, on peut voir l'aire de captage des eaux de pluies d'une surface de 12 ares. Sous la couverture herbeuse, l'eau était filtrée et canalisée vers une citerne enterrée de 300 m3.

Le magasin à poudre distant de 700 m a été creusé en 1889 en dessous de l'actuel château d'eau de la commune de Larnod. Il comporte deux pièces et un corps de garde. Lors de travaux routiers en 2000, des déblais ont été déversés sur la cour de déchargement, obstruant ses accès.

Le fort hier et aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Comme les autres fortifications du camp retranché, Pugey n'a pas connu l'épreuve du feu. Désaffecté à la suite de son déclassement dans les années 1920, les seuls événements à signaler sont dus à la présence épisodique du groupe Guy Mocquet durant les années d'occupation. Chaque dimanche de l'année 1940, les jeunes résistants s'entraînèrent ici au maniement des armes qu'ils avaient récupérées lors de la débâcle. Puis, en mars 1942, ils expérimentèrent avec succès des bombes artisanales dans le fossé de la porte d'entrée et de l'une des caves à canon.

Les matériaux du hangar et de la maison qui se situaient au niveau de l'aire de captage des eaux de pluie ont été récupérés par des habitants des communes limitrophes dans l'immédiat après guerre. Le fossé nord qui servit un temps de décharge communale a été comblé. Après une tentative infructueuse de déblaiement de ce fossé en 2014 par le 19e RG, des buses d'aération des chambrées et du hall d'entrée ont été posées.

En 2009, la municipalité a pris conscience de l'intérêt patrimonial de l'ouvrage en accueillant la deuxième réunion d'AVALFORT, association pour la valorisation des fortifications du grand Besançon qui s'est constituée à cette occasion. Depuis, des travaux de déblaiement des gravats et de débroussaillage du terrain ont été effectués en commun et des visites organisées régulièrement. Le fort est aussi ouvert lors des journées du patrimoine depuis 2012.

En 2016, pour la 16ème édition du trail des forts de Besançon, près de 800 concurrents participant aux 48 km ont emprunté pour la première fois les couloirs, longs de 150 mètres, desservant la partie souterraine de l'ouvrage. Le 14 mai 2017, le fort était de nouveau sur le parcours des 48 km.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Archives départementales du Doubs, registre d’attachement du génie (cote 12J33).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Dutriez, Besançon, ville fortifiée : de Vauban à Séré de Rivières, Besançon, Cêtre, , 291 p. (ISBN 978-2-901040-20-0).
  • Robert Dutriez et al., Vauban et ses successeurs en Franche-Comté : trois siècles d'architecture militaire, Besançon, C.R.D.P., , 248 p. (notice BnF no FRBNF34664251).
  • Guy Le Hallé, Histoire des fortifications en Franche-Comté et pays de l'Ain, Amiens, Martelle, , 223 p. (ISBN 2-87890-009-X).
  • Guy Le Hallé, Le système Séré de Rivières ou le Témoignage des pierres : La France et Verdun, Louviers, Ysec éd., , 224 p. (ISBN 2-84673-008-3).
  • Philippe Truttmann, La Barrière de Fer : l'architecture des forts du général Séré de Rivières, 1872-1914, Thionville, Gérard Klopp, , 542 p. (ISBN 2-911992-37-7).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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