Fort Saint-Elme (France)

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Fort Saint-Elme
Fort-saint-elme.jpg
Le fort Saint-Elme
Présentation
Type
Style
Renaissance
Architecte
Benedetto de Ravenne
Construction
1538-1552
Commanditaire
Propriétaire
Personne privée
Statut patrimonial
Site web
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Adresse
Collioure
Accès et transport
Gare
Coordonnées
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Le fort Saint-Elme est un fort militaire construit entre 1538 et 1552 sous Charles Quint, à partir d'une tour de garde érigée au VIIIe siècle par les Maures[1]. Il est situé sur la commune de Collioure, à 30 km au sud-est de Perpignan, dans le département des Pyrénées-Orientales. Monument historique de la Côte Vermeille, il abrite depuis 2008 un musée avec des collections d'armes médiévales et renaissances, des expositions temporaires ainsi qu'un panorama de la région sur la terrasse.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le fort Saint-Elme est situé sur une ligne de crête surplombant Collioure à l'ouest et Port-Vendres à l'est, et dans le prolongement nord-est du Fort Dugommier. On peut y accéder par une route communale reliant la route départementale D 114, au nord du fort, avec le Coll d'en Raixat, au sud[2].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Plusieurs hypothèses émergent pour le nom de Saint-Elme : soit un martyr italien du IVe siècle, Érasme de Formia, soit un saint espagnol Pierre Gonzalès (1190-1246). Tous deux furent confondus et pris comme patron des marins, d'où son emploi sur les côtes de la Méditerranée : Saint-Elme à Naples et à Collioure, Sant Elme à Sant Feliu de Guíxols, Sant Helme et Santem en Provence, etc.

Saint-Elme apparaissait dit-on dans les tempêtes, au sommet des mâts des navires, une lumière à la main pour les protéger. De là, le nom de "feu Saint-Elme" donné aux éclairs parcourant les mâts chargés d'électricité par temps d'orage.

Une troisième possibilité est que ce nom provient des transformations successives de Sanctus Ermus et plus tard Sanctus Elmus, saint vivant au Liban à l'époque de l'empereur Dioclétien (IVe siècle).

Durant la période révolutionnaire, la commune prend brièvement le nom de Fort-du-Rocher[3], par un arrêté du 15 prairial an II (3 juin 1794)[4].

Extrait du décret du 15 prairial an II renommant le Fort Saint-Elme et Port-Vendres.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des origines au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L'histoire du fort Saint-Elme remonte à l'édification de sa tour de garde érigée au IXe siècle pour lutter contre les razzia Maures, c'est-à-dire juste quelques décennies après la période où des troupes arabo-berbères musulmanes occupèrent de 719 à 759 la Septimanie.

Intégrée sous les Carolingiens à la Marche d'Espagne, la tour appartient aux comtes du Roussillon indépendants jusqu'à la mort sans héritiers de Girard II de Roussillon en 1172 qui lègue son comté à Alphonse II, roi d'Aragon et comte de Barcelone. C'est de cette époque aragonaise que la tour tire son surnom de "Torre de la guardia" (Tour de garde).

Entre 1276 et 1344, les Rois de Majorque, dont la résidence d'été était le château de Collioure, firent reconstruire cette tour sur ce point de surveillance idéal. Elle s'inscrivait dans un système de communication efficace avec la Tour de la Massane et la Tour Madeloc, toutes deux fondées par Jacques II de Majorque (1276-1311) sur les hauteurs de Collioure. Elles communiquaient à travers des signaux de fumée pour avertir les populations environnantes de l'arrivée éventuelle d'un ennemi. Du bois sec permettait d'allumer des feux la nuit pour alerter les garnisons jusqu'à Perpignan ; du bois vert était utilisé le jour pour dégager un vaste panache de fumée et communiquer ainsi avec les autres tours et places fortes de la région.

Mais c'est l'ennemi du royaume de Majorque, le roi d'Aragon, Pierre IV d'Aragon le Cérémonieux ou le Cruel, qui, une fois la côte conquise en 1344, fit réaliser d'importants travaux militaires pour améliorer la défense du fort.

Dans la seconde partie du XVe siècle, les Français contrôlent le Roussillon. En 1462, le roi de France Louis XI profite de la guerre civile catalane (1462-1472) pour signer le Traité de Bayonne et ainsi contrôler les comtés de Roussillon et de Cerdagne. C'est de cette période que le fort pris le nom de Saint-Elme. Une partie des remparts date de cette époque. Le successeur de Louis XI, Charles VIII, qui voulait s'assurer la neutralité de l'Espagne pour assurer ses ambitions sur le royaume de Naples, signa avec Ferdinand II le Catholique le traité de Barcelone en 1493. Ce dernier récupéra ainsi les territoires perdus.

La fortification de Charles Quint[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, le Roussillon est une pièce essentielle du royaume d'Espagne. La région a la forme d'un triangle délimité par le massif des Corbières au nord, le massif des Albères au sud et la Méditerranée à l'est. Perpignan était un centre industriel, culturel et commercial des plus importants et avait des liens privilégiés avec l'Italie et ses richesses. Perpignan était défendu au nord par la Forteresse de Salses et au sud par le fort Saint-Elme. Ce château protégeait également les ports de Collioure et de Port-Vendres qui assuraient à la capitale régionale du Roussillon provisions et renforts de troupes.

Le Fort Saint-Elme vu depuis Collioure

Le progrès de l'artillerie moderne change en profondeur l'art de la guerre et les techniques de siège. Architectes et artilleurs se convertissent en nouveaux maitres de guerre et conseillers des souverains. En 1537, l'architecte italien Benedetto de Ravenne attire l'attention de l'empereur sur les faiblesses de la position de Collioure. Après avoir réalisé une inspection, Benedetto obtient l'accord de Charles Quint. Il commença les travaux en 1538 jusqu'en 1552 et transforma la physionomie du fort qui prit son aspect en étoile à six redans à parois inclinées.

Un fort devenu français[modifier | modifier le code]

Malgré la modernisation de la place (Fort Saint Elme et Fort Saint Thérèse, lui aussi bâti en étoile) et l'adaptation à l'artillerie et aux armes à feu, le 13 avril 1642, les troupes françaises du roi Louis XIII parvinrent à prendre Collioure. Après la signature du Traité des Pyrénées en 1659, la menace du voisin espagnol restait d'actualité. Quand Vauban, maître dans la poliorcétique, fit une reconnaissance des structures défensives en 1659 dans la région de Collioure, il décida de construire pour le fort Saint-Elme une contrescarpe, formant avec la base de la muraille une fosse d'une dizaine de mètres duquel l'infanterie et les canons pouvaient facilement être manœuvrés.

En 1701, Cassini II utilise le sommet de la tour du fort comme repère géodésique. Il s'y serait rendu à plusieurs reprises dont le 27 février.

Vers 1780 la façade du fort est blanchie afin de servir de repère depuis le large, avec la tour de la Massane, pour mieux situer le port de Port-Vendres[5].

L'épisode révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution française, plus précisément pendant la Guerre du Roussillon, la région fut le théâtre de combats sanglants. L’exécution de Louis XVI entraîne, en avril 1793 l’intervention des troupes espagnoles. Le 23 mai, Argelès tombe, coupant Collioure du reste de la République. La ville assiégée résiste six mois. Le 20 décembre 1793[6], l’armée espagnole sous le commandement du général Antonio Ricardos attaque Port-Vendres. Dès le début de l’engagement, les troupes républicaines sont écrasées par un ennemi supérieur en nombre. Elles battent en retraite, dans le plus grand désordre et cherchent refuge dans le fort Saint Elme, mais par trahison de son commandant, le chef de bataillon Dufour, il garde ses portes closes puis se rend aux espagnols. Cette action entraîne la reddition du général Delattre, chef des troupes de la République à Collioure.

L’année suivante, le général Jacques François Coquille dit Dugommier est nommé commandant en chef de l’armée des Pyrénées Orientales. C’est un homme d’expérience. Il arrive de Toulon qu’il vient de reprendre, ayant eu l’intelligence de suivre les conseils d’un jeune chef de bataillon, commandant en second de l’artillerie, du nom de Napoléon Bonaparte...(« Il était bon, quoique vif, très actif, juste, avait le coup d’œil militaire, du sang froid et de l’opiniâtreté. » Bonaparte.)[7]

Le 3 mai 1794, les troupes républicaines encerclent les forces espagnoles. Après une brillante manœuvre d’approche, l’artillerie débarquée le 16 à Paulilles, écrase le fort Saint Elme, obligeant ses défenseurs à évacuer le 25 mai 1794 après 22 jours de siège.

Six mois plus tard, le général Dugommier écrase la garnison sous le poids de 11 000 boulets, garnison qui capitule le 25 mai 1794 après 22 jours de siège.
Au cours de la Révolution française, le fort, érigé en commune, prend le nom de Fort-du-Rocher[3].

Après la période révolutionnaire, le fort, réuni à la commune de Collioure, est transformé en magasin militaire.

Un musée privé[modifier | modifier le code]

Le fort Saint-Elme a été démilitarisé en 1903 et laissé à l'abandon. La tour s'effondrait, le pas de tir était partiellement impraticable et de nombreux murs menaçaient de s'effondrer. Le 21 août 1913, l’État décidait de vendre aux enchères le fort. Plusieurs propriétaires vont se succéder mais aucune restauration ne sera entreprise.

Le fort est inscrit au titre des Monuments historiques par arrêté du [8]. Un nouveau propriétaire décide alors de le restaurer. Les travaux ne se terminent qu'en 1936.

Pendant la deuxième guerre mondiale, il est occupé par la Kriegsmarine, la marine allemande, de 1942 à 1944. Certains bâtiments sont dynamités à leur départ afin qu'ils ne puissent pas être utilisés par les troupes alliées. Il est à nouveau réparé en 1950 mais les grands travaux de restauration débutent en 2004.

Le Fort Saint Elme avec ses pans inclinés

Depuis 2008, le fort est un site ouvert au public.

Architecture[modifier | modifier le code]

Extérieure[modifier | modifier le code]

Lors de la construction du fort, l'architecte Benedetto de Ravenne décida de réaliser un tracé à l'italienne : un fort en forme d'étoile à six redans pour répondre aux progrès de l'artillerie. Les pans sont inclinés de façon à empêcher les boulets en métal de faire trop de dégâts. De plus, le pas de tir (situé sur la terrasse) présente une vue à 360° pour permettre d'attaquer l'assaillant sans aucun angle mort.

Lorsque le fort passe dans le giron français, Vauban ajoute à partir des années 1680 les fossés extérieurs et des ajouts au système défensif.

Intérieur[modifier | modifier le code]

L’intérieur du fort Saint-Elme s’articule autour de plusieurs salles édifiées dans la circonférence extérieure de la tour.

Au premier étage, se trouvaient autrefois les dortoirs des troupes, la salle d’arme, la salle du trône, la prison, et le four.

La Salle d'armes du Fort Saint Elme

Aujourd’hui, l’étage est aménagé en musée où sont présentés des armes et des objets historiques qui datent du XVIe siècle jusqu’au XIXe siècle : casques, boulets en pierre polie, en fonte et en fer issus des fosses du fort, canons maritimes, fragments d’obusiers, armures de chevaliers, poitrail, armes médiévales : fauchards, heaumes, arme à feu datant du XVIe siècle.

Une épée avec une coquille Saint-Jacques réalisée à Venise y est présentée dont un double appartient au musée de Budapest. On peut découvrir, aussi, une couleuvrine du XVIe siècle. Dans cette même salle, on peut voir la porte de la tour de guet située à 8 mètres de hauteur, tournée vers la mer et encadrée de somptueux corbeaux en pierre. Toujours au même étage, d’autres salles révèlent l’histoire du monument : l’attaque du général Dugommier en 1794, la généalogie et la vie de Charles Quint, l’architecture des lieux, l’artillerie et l’inventaire de 1770.

Au deuxième étage, le magasin aux farines et celui de l’artillerie côtoient les corps de garde, la boulangerie et le corps de garde des officiers. Saint-Elme étant un fort de guerre, a été conçu pour supporter des sièges et résister aux assauts des assiégeants : le pas de tir peut accueillir plus de 20 canons et obusiers et le système défensif ingénieux a permis au château de résister à plus d’une attaque. Les murs épais atteignent jusqu’à 8 mètres d’épaisseur à certains endroits. Quant à la tour, elle abritait le magasin à poudre.

Les souterrains ne sont pas ouverts au public. Autrefois ils servaient d’entrepôt pour la nourriture, de logements. Ils pouvaient aussi abriter tous les corps de métier nécessaires au combat.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]