Forêt de Villecartier
| Forêt de Villecartier | ||||
L'étang de Villecartier et son port miniature au sein de la forêt. | ||||
| Localisation | ||||
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| Coordonnées | 48° 28′ 26″ nord, 1° 33′ 29″ ouest | |||
| Pays | ||||
| Région | Bretagne | |||
| Département | Ille-et-Vilaine | |||
| Géographie | ||||
| Superficie | 978 ha | |||
| Compléments | ||||
| Protection | ZNIEFF[2] | |||
| Statut | Forêt domaniale | |||
| Essences | Chênes, Hêtre européen | |||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Bretagne (région administrative)
Géolocalisation sur la carte : Ille-et-Vilaine
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La forêt de Villecartier est une forêt domaniale située dans la commune française de Bazouges-la-Pérouse (département de l'Ille-et-Vilaine). Cette forêt d'une superficie de 978 hectares[3] (9,78 km²), répartis en 127 parcelles, est principalement constituée de hêtres (70 %).
Géographie
[modifier | modifier le code]Situation
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Le bourg de Bazouges-la-Pérouse est situé à environ 40 km au nord de Rennes, 35 à l'ouest de Fougères, 20 au sud de Pontorson et 25 au sud du Mont-Saint-Michel.
La forêt, d'une superficie de 9,78 km², occupe la partie nord du territoire de la commune (58 km²). Elle commence à environ 3,5 km au nord du bourg, notamment au carrefour de Bazouges.
Relief, géologie, hydrographie
[modifier | modifier le code]La forêt se trouve sur un plateau d'une altitude allant de 80 à 112 mètres, dont les pentes modérées convergent vers l'étang de Villecartier, formé par un barrage de moulin à eau sur le ruisseau du Petit Hermitage.
Le sous-sol est constitué par des granits, des gneiss et des micaschistes recouverts d'épaisses couches d'argile blanche fortement mélangée de sable et sillonnée de quelques filons de quartz.
Description
[modifier | modifier le code]Boisement
[modifier | modifier le code]Le hêtre, le plus souvent en futaie, est l'essence dominante (environ 70 % du peuplement), le reste étant constitué de chênes, de bois blancs et de pins[4].
Voies de communication et carrefours forestiers
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Histoire
[modifier | modifier le code]Origines (époque franque) et étymologie
[modifier | modifier le code]Villecartier est un domaine défriché à l'époque des royaumes francs. « Cartier » est un anthroponyme qui évoque un ancien possesseur du domaine ; « ville » correspond au latin villa, qui signifie « domaine rural ».
Non loin du lieudit Fontaine au seigneur, on a retrouvé des vestiges de constructions de cette époque, vraisemblablement des restes de la maison des exploitants, ainsi que des traces d'anciens talus.
La bataille de Trans (939)
[modifier | modifier le code]La forêt de Villecartier fut le théâtre d’un épisode décisif de l’histoire bretonne : la Bataille de Trans en 939, victoire des Bretons sur les Vikings.
Des traces du campement viking dit du "Vieux M’na" subsistent dans un bois privé attenant à l'actuelle forêt. Il est présenté comme le dernier camp viking en Bretagne[5].
Des rois de Bretagne aux rois de France
[modifier | modifier le code]Depuis la conquête du comté de Rennes par le chef breton Nominoë au milieu du IXe siècle, cette région[pas clair] est restée sous la suzeraineté des rois, puis ducs de Bretagne.
En 1428, le duc Jean V incorpore la forêt au domaine ducal, y faisant construire un pavillon de chasse près de l'étang et une chapelle (dédiée à saint Nicolas), afin de pouvoir y assister à la messe en période de chasse à courre.
Après l'union du duché de Bretagne et du royaume de France (1532), la forêt devient une forêt royale. Mais les rois de France se désintéressent des bâtiments qui tombent en ruine.
En 1669, l'ordonnance forestière de Louis XIV établit une maîtrise des Eaux et Forêts pour la forêt de Villecartier (une des sept maîtrises de la province de Bretagne).
À partir de la Révolution française, la forêt devient une forêt nationale, aujourd'hui forêt domaniale.
Coutumes relatives à la forêt au Moyen Âge
[modifier | modifier le code]Un certain nombre d'ayants-droits disposaient de droits d'usage dans cette forêt ducale.
- en 1162, l'abbaye de Rillé (à Fougères) y affirme un droit de passage et de pacage pour ses porcs ;
- à la fin du XVe siècle le seigneur de la Ballue[réf. nécessaire], Georges Chesnel, se lance dans un procès contre le chancelier de Rennes pour faire reconnaître ses droits de passage et d'usage.
Les seigneurs de Tréet (paroisse de Vieux-Viel) disposent aussi de droits d'usage, ainsi que les indigents[pas clair][6].
Activités forestières anciennes
[modifier | modifier le code]La forêt de Villecartier était autrefois exploitée par plusieurs professions : les charbonniers (pour faire du charbon de bois), les sabotiers, les fagotiers et les scieurs.
-
Pistolet d'arçon à silex et à canon rond, garniture en laiton, manufacture d'armes de Maubeuge. Ces pistolets ont été la possession du commis-voyageur Alexandre Desmonts (1824-1871), époux de la bazougeaise Alexandrine Ory (1821-1897). Ils lui servaient pour traverser la forêt de Villecartier dont il appréhendait les loups et les brigands.
-
Forêt de Villecartier : le Vieux Moulin vers 1925 (carte postale).
Usages actuels de la forêt
[modifier | modifier le code]Loisirs
[modifier | modifier le code]La forêt dispose d'une base de loisirs appelée « Récrénature »[7]. Plusieurs activités sont proposées aussi bien aux enfants qu'aux adultes : le Parc des Grands Chênes (accrobranche), le Port Miniature (balades sur l'étang en bateau électrique), des sentiers de randonnée (Le Grand Tour de Villecartier[8], Le Sentier des Petits Monuments[9], La Croix de Montaugé[10]), des aires de jeux pour enfants, une aire de pique-nique, une halle couverte, etc. En été, des balades nature sont proposées.
Exploitation forestière
[modifier | modifier le code]L’Office national des forêts a procédé à plusieurs coupes rases dans Villecartier au cours des dernières décennies, dans le cadre de son plan d’aménagement[11]. Ces opérations visaient à renouveler les peuplements vieillissants de hêtres et à introduire des essences jugées plus résistantes au changement climatique. La gestion de Villecartier est désormais marquée par une prise en compte des critiques citoyennes [12]. Le compromis trouvé limite les coupes rases et privilégie la plantation de chênes[13], mais l’avenir reste incertain : la survie des essences dépendra de l’évolution climatique et du suivi des engagements pris par l’ONF.
- Plantation de chênes sessiles : L’ONF estime que le hêtre, majoritaire (75 % du massif), risque de disparaître de la façade Atlantique d’ici 50 ans à cause du réchauffement climatique. Le chêne est jugé plus résilient et favorable à la biodiversité (+65 % par rapport aux hêtraies).
- Suspension des nouvelles coupes rases : Jusqu’en 2028, aucune nouvelle parcelle ne sera découpée. Objectif : laisser les jeunes arbres atteindre 3 mètres pour éviter l’effet visuel brutal des coupes
- Reconnaissance des incertitudes : L’ONF admet que la survie du chêne n’est pas garantie, mais qu’il a "plus de chances" que le hêtre face au climat futur.
Le 11 août 2022, un feu s’est déclaré en forêt de Villecartier. Les conditions de sécheresse et de canicule ont favorisé la propagation rapide des flammes. Au moins 35 hectares, en grande partie constituée de hêtres et de chênes, ont été détruits. Le sinistre a été qualifié de criminel par les autorités, ce qui a renforcé le choc ressenti par les habitants[14].
Des opérations de replantation ont été organisées[15] et d'autres suivront[16].
Sites remarquables
[modifier | modifier le code]La loge des sabotiers
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Cette hutte de bois est une reconstitution de l’habitat traditionnel des ouvriers sabotiers qui ont vécu et travaillé en forêt de Villecartier. Cette population, de 400 habitants lors du recensement de 1840, a occupé une place importante dans l’histoire de Bazouges-la-Pérouse.
Le sabotier s’installait avec sa famille sur une coupe de bois et l’exploitait jusqu’à épuisement (18 mois à 2 ans). La loge était ensuite démontée et reconstruite sur une nouvelle coupe. Cette opération, qui prenait environ huit jours, était réalisée par un bûcheron[17].
L'auge des sabotiers
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Cette auge de bonnes dimensions et taillée dans la masse par les sabotiers nous rappelle que jusqu’au siècle dernier la forêt de Villecartier était peuplée de sabotiers. Elle servait à tremper des outils et aussi à abreuver les animaux domestiques[18].
La borne milliaire romaine
[modifier | modifier le code]Plusieurs voies romaines sillonnaient la région. Les bornes milliaires étaient placées le long de ces voies tous les mille pas (mille romain, environ 1600 mètres).
Une de ces bornes, d’un mètre cinquante de hauteur environ, se dresse en forêt de Villecartier, au centre d’un carrefour en étoile où convergent sept anciens chemins.
Chemin du Mont-Saint-Michel
[modifier | modifier le code]L’un de ces chemin, le « Chemin montois », était emprunté par les pèlerins qui se rendaient au Mont-Saint-Michel[19] au Moyen Âge et à l'Époque moderne.
La croix de Montaugé
[modifier | modifier le code]Cette croix de granit de 1625 de style simple et très élancée de 6 m de haut est composée d’un fût octogonal et d’un soubassement gravé : « Croix érigée par la famille Le Gallais et relevée au siècle dernier ». Elle est dédiée à la mémoire de l’écuyer Estienne Le Gallay, sieur de Challonge, lieutenant des Eaux et Forêts, tué en ce lieu par deux charbonniers. Cette croix est l’une des 130 croix présentes dans la commune[20].
L'oratoire de Saint-Mathurin
[modifier | modifier le code]Les ducs de Bretagne, propriétaires de la forêt, édifièrent à cet endroit un pavillon de chasse et la chapelle Saint-Nicolas, afin d’y faire leurs dévotions pendant les périodes de chasse à courre. Aujourd’hui, cette chapelle n’existe plus.Avec ses ruines a été édifié en 1692, l’oratoire que l’on peut toujours admirer dans le nord de la forêt. Il abrite la statue en bois de Saint-Mathurin. Une superstition était attachée à cette statue. Les filles à marier venaient planter une épingle dans les pieds du Saint pour le supplier de leur trouver un mari. Si après avoir accompli le rituel, elles entendaient la fauvette au-dessus de la fontaine, alors leur prière était exaucée dans l’année. En période de sécheresse, on venait également voir le saint pour qu’il fasse tomber la pluie. L’original de la statue ayant été volée, des artistes locaux sculptèrent au XXe siècle, d’après des photographies anciennes, l’actuelle statue[21].
La colonne des chouans
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Cette colonne, édifiée en 1826 par Auguste-Joseph Baude de la Vieuville[22], rappelle qu'Henri Baude de La Vieuville, son frère cadet, officier chouan, a été fusillé ici par les troupes républicaines, le lundi de Pâques 1796.
Le même jour, le vicomte Bernardin de Sérent est mort au combat au village des Loges[23].
La croix Sainte-Anne
[modifier | modifier le code]En 1662, Jean Lelièvre, prieur de Bazouges, fait construire une chapelle à cet emplacement. Mais ce bâtiment est abattue peu après par ordre de la maîtrise des Eaux et Forêts.
En 1869, une croix est érigée au même endroit, dédiée à sainte Anne, patronne de la Bretagne, qui se serait manifestée en ce lieu par plusieurs miracles[24].
Arbres remarquables
[modifier | modifier le code]Chêne des Pétils
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Chêne rouvre remarquable, âgé de 250 ans, d’une circonférence de 4,75 m, mesurant 25 mètres de haut[25]. Il s'est effondré le 27 février 2020. Sa chute, causée par les conditions météorologiques de l'hiver, a suscité une vive émotion chez les habitants de la région[26].
Hêtre royal
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Hêtre remarquable, le hêtre royal, qui a un tronc de 3,65 m de circonférence et une hauteur de 30 mètres, et est âgé d'environ 200 ans[27].
Fayard de la Mothe-Bertier
[modifier | modifier le code]C'est aussi un hêtre (« fayard » vient du mot latin pour « hêtre », fagus), de 40 mètres de hauteur et d'un âge estimé à 150 ans[28].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « ZNIEFF 530030179 - FORET DE VILLECARTIER 2eme génération », sur INPN (consulté le )
- ↑ [1]
- ↑ « La forêt de Villecartier (Bazouges-la-Pérouse) », sur patrimoine.bzh, (consulté le ).
- ↑ Lucien Daniel, « Herborisations. Excursion à la forêt de Villecartier », Revue bretonne de botanique pure et appliquée, , p. 67 à 69 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Ille-et-Vilaine : l'histoire du camp viking de la forêt de Villecartier racontée », sur www.actu.fr (consulté le )
- ↑ E. Jarnouin, « La forêt de Villecartier », L'Ouest-Éclair, , p. 8 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Forêt de Villecartier - Récrénature - Office de Tourisme CMB », sur Office de tourisme Couesnon Marche de Bretagne (consulté le )
- ↑ « Le Grand Tour de Villecartier », sur www.tourisme-marchesdebretagne.com (consulté le )
- ↑ « Le Sentier des Petits Monuments », sur www.tourisme-marchesdebretagne.com (consulté le )
- ↑ « La Croix de Montaugé », sur www.tourisme-marchesdebretagne.com (consulté le )
- ↑ « Villecartier se métamorphose depuis 200 ans », sur www.ouest-france.fr (consulté le )
- ↑ « Pétition "Sauvons la forêt de Villecartier" », sur www.change.org (consulté le )
- ↑ « L’ONF revoit sa copie concernant la gestion de la forêt de Villecartier », sur www.ouest-france.fr (consulté le )
- ↑ « Ille-et-Vilaine : au moins 35 hectares brûlés par un incendie en forêt de Villecartier », sur www.francebleu.fr (consulté le )
- ↑ « Un an et demi après l’incendie, les premiers arbres replantés en forêt de Villecartier », sur www.ouest-france.fr (consulté le )
- ↑ « Forêt de Villecartier : reconstituer la forêt après les incendies de 2022 », sur www.onf.fr (consulté le )
- ↑ « Loge de sabotier à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ « Auge des sabotiers à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ « Borne milliaire à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ « Croix de Montaugé à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ « Oratoire de Saint-Mathurin à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ Henri Bourde de la Rogerie, « Poursuite d'un Groupe d'Émigrés du Marais de Dol à la Forêt de Villecartier », Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, , p. 114 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Colonne des chouans à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ « Croix de Sainte-Anne à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ « Chêne des Pestils à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ « A 250 ans, le plus vieil arbre de Villecartier vaincu par la météo », sur https://actu.fr (consulté le )
- ↑ « Hêtre Royal à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
- ↑ « Hêtre Fayard de la Mothe-Berthier à Bazouges-la-Pérouse », sur www.petit-patrimoine.com (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- René Durand, « Les forêts royales en Bretagne avant 1789 », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1917, 32-1, en ligne [1] sur le site Persée, p. 16 en ce qui concerne la maîtrise de Villecartier
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- « La forêt de Villecartier (Bazouges-la-Pérouse) » sur le site du ministère de la Culture (plate-forme ouverte du patrimoine)
- « Forêt de Villecartier : reconstituer la forêt après les incendies de 2022 », sur le site de l'office national des forêts.