Fondation de l'Œuvre Notre-Dame

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Les savoir-faire de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame appliqués à la cathédrale de Strasbourg et sa collaboration coutumière *
Image illustrative de l’article Fondation de l'Œuvre Notre-Dame
Le siège de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame sur la place du Château.
Domaines Savoir-faire
Pratiques rituelles
Lieu d'inventaire Bas-Rhin
Strasbourg
* Descriptif officiel Ministère de la Culture (France)

La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame a été créée en 1246 à Strasbourg. Elle a pour but de recueillir les dons et legs nécessaires à la restauration et à l’entretien de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg.

Histoire de la Fondation[modifier | modifier le code]

L’atelier de sculpture.
L’atelier de moulage.

En 1015, Werner de Habsbourg pose la première pierre d’une nouvelle cathédrale à Strasbourg. Après un incendie qui détruit une grande partie de l’édifice, la construction reprend et ne s’achèvera que plusieurs siècles plus tard.

La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame, en tant que structure chargée d’organiser les interventions des corps de métiers œuvrant sur le chantier et de collecter les fonds nécessaires pour la poursuite de l’ouvrage, est mentionnée pour la première fois vers 1224-1228 sous le terme de opus sancte Marie.

Indissolublement liée au destin de la cathédrale, son histoire ininterrompue est aussi celle de la diffusion en Europe des arts et des idées, des connaissances et des techniques. Immanquablement, elle verra s’affronter les puissances de son temps. Des tensions extrêmes entre les pouvoirs laïque et ecclésiastique, allant jusqu’au conflit armé, aboutiront à la placer sous l’autorité municipale. Elle fonctionnera ensuite comme une fondation.

La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame acquiert, par son statut particulier et grâce à l’habileté, à l'émulation d’artisans venus de l’Europe entière, une réputation incontestée dans tout le Saint-Empire romain germanique et devient en 1459 Loge Suprême du Saint-Empire. La fondation survivra à la Révolution française, confirmée par un arrêté consulaire signé de Napoléon Bonaparte.

La loi du 10 juillet 1914 qui a créé une Caisse nationale des monuments historiques et préhistoriques n’affectera pas son statut, confirmé à nouveau après l’annexion de 1870 par la réintroduction du droit allemand. Chargée de réparer les dommages de guerre, elle démontrera, comme dans les siècles passés, sa capacité à concilier innovation et tradition dans l’entretien, la conservation et la restauration de la cathédrale de Strasbourg.

La Fondation emploie trente et une personnes (tailleurs de pierre, sculpteurs, conservateurs, forgerons, etc.). Elle est située au 3, place du Château à côté de la cathédrale, dans une bâtisse du XIVe siècle qui abrite aussi le musée de l'Œuvre Notre-Dame[1].

Le musée de l’Œuvre Notre-Dame[modifier | modifier le code]

Le bâtiment de
l’Œuvre Notre-Dame.
Article connexe : Musée de l'Œuvre Notre-Dame.

Le Musée de l'Œuvre Notre-Dame est abrité dans un ensemble de maisons datant de la même époque que les objets de sa collection. Celle de gauche, à pignons en simples gradins, d’architecture gothique, est la plus ancienne, datant de 1347, celle de droite, à pignon à volutes, d’architecture Renaissance, date quant à elle de 1579. À l’arrière, deux autres maisons du XIVe siècle et XVIIe siècle complètent l’ensemble.

Appelée Frauenhaus (maison de Notre-Dame), elle est le bureau et la demeure du receveur de l’œuvre Notre-Dame et dont les revenus (ainsi que ceux du conseil de fabrique de la cathédrale) servent exclusivement à la restauration de la cathédrale de Strasbourg[2].

Le musée de l’Œuvre Notre-Dame a été créé en 1931 pour fusionner sous un même toit quatre collections à thématique identique mais d’orientation différente : celles de la « Fondation de l’Œuvre Notre-Dame », de la « Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace », du premier musée des beaux-arts tel que conçu par Wilhelm von Bode et du « Hohenlohe-Museum ». Après la Seconde Guerre mondiale, un réaménagement muséologique complet par Hans Haug, le musée ouvre sous sa forme définitive en 1956.

Les savoirs de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame comme patrimoine culturel immatériel[modifier | modifier le code]

Depuis le , la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame est inscrite à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France sous le libellé « Les savoir-faire de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame appliqués à la cathédrale de Strasbourg et sa collaboration coutumière. » Cet inventaire est placé sous la responsabilité du ministère de la Culture et constitue un préalable à une candidature internationale auprès de l’Unesco[3].

L’héritage unique de cet atelier[modifier | modifier le code]

L’atelier de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame est le seul atelier affecté à une cathédrale encore existant en France. Sa présence auprès de l’édifice est ininterrompue depuis sa création. Il existe encore en Europe d'autres cas d'ateliers affectés à l’entretien d'une cathédrale, comme en Allemagne, avec les ateliers rattachés aux cathédrales de Cologne, d'Ulm et Notre-Dame de Fribourg, en Autriche, avec les ateliers de la cathédrale Saint-Étienne de Vienne ou encore en Italie, avec la Cathédrale Notre-Dame de l'Assomption de Pise.

En revanche, l’atelier de Strasbourg est le seul à encore effectuer un travail entièrement manuel de nos jours. L’entretien, la conservation, la restauration de la cathédrale et de ses différents éléments se font donc dans le respect des pratiques et des techniques employées depuis le Moyen-Age.

L'atelier strasbourgeois est original d'un point de vue de son organisation, car celle-ci est non écrite et régie par des règles coutumières, c'est-à-dire transmise. Sa capacité d’autofinancement permet à la Fondation de d'assurer à elle seule le financement des opérations de restauration. Cette autogestion est un héritage de son histoire, car la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame recevait dès sa création de nombreux dons, autant sous forme pécuniaire qu'en nature, comme des terres par exemple.

Un fort attachement pour la cathédrale et la Fondation[modifier | modifier le code]

La reconnaissance d'un patrimoine immatériel se fait par la volonté de reconnaissance de ce patrimoine par une communauté. La communauté qui entoure la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame est une communauté dévouée et hétérogène. On retrouve évidemment le personnel de la Fondation, mais aussi les représentants de l’État, propriétaire de la cathédrale, les mécènes et donateurs, les fidèles, ainsi que les visiteurs et toutes autres personnes qui se sentent de près ou de loin attachées à la cathédrale.

Le personnel de la Fondation se répartit en trois pôles : le pôle technique, chargé des opérations de conservation-restauration ; le pôle administratif, chargé de la gestion des ressources et des financements, et le pôle documentaire, chargé de la gestion de toute la documentation de la Fondation.

Toutes ces personnes possèdent un lien fort avec la cathédrale, elles sont attachées à l'« institution cathédrale », l'outil « cathédrale » est en quelque sorte le support de cet attachement. La cathédrale, de par sa proximité avec les habitants et sa longévité, possède une portée symbolique qui s'étend désormais au-delà de sa dimension religieuse : elle est souvent désignée comme une « cathédrale laïque », car les personnes qui sont attachées à la bâtisse et à son histoire en viennent à oublier son côté religieux. Aujourd’hui, les dons octroyés à la Fondation sont généralement des « dons laïcs », c'est-à-dire que ce n'est plus seulement de la dévotion de la part de mécènes, mais plutôt la volonté de préserver un symbole de l'architecture et de la mémoire de nombreuses générations d’artisans.

L’attachement populaire à la Fondation et à la cathédrale se constate par une grande appétence des Strasbourgeois pour la connaissance de leur édifice. Cet attachement se ressent à travers la fréquentation assidue des activités de la Fondation, lors des visites, conférences, lectures et autres ateliers, ou lors des Journées Européennes du Patrimoine.

La transmission d'un savoir et savoir-faire[modifier | modifier le code]

La fondation de l'Œuvre Notre-Dame est perçue comme patrimoine culturel immatériel, car l'ensemble de ses traditions, de son organisation et de ses savoirs et savoir-faire sont l'héritage de huit cents ans d'existence, transmis oralement ou à travers le fonds documentaire unique, présent à la fondation.

En effet, l'une des priorités de la fondation depuis sa création, est la documentation systématique des activités au fur et à mesure des chantiers. Toute cette production archivistique est considérée comme définitive, ce qui en fait un important témoignage transmis de génération en génération. Ce qui est immatériel, c'est ce que la communauté fait de ce fonds documentaire, qui, lui, est matériel. Les techniques employées par les techniciens de la pierre de la Fondation sont les mêmes depuis la construction de la cathédrale. Le travail de la pierre est manuel, et est transmis de maître à apprenti depuis des siècles, dans une volonté de respecter les traditions. Par exemple, en 2008, la redécouverte d'un outil employé sur la cathédrale par un artisan de la fondation, la polka, a permis la restitution fidèle des aspects de taille lors des chantiers de conservation-restauration, ainsi qu'un nouvel apprentissage et une réappropriation de pratiques oubliées[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame, Histoire
  2. P.J. Fargès-Méricourt, Description de la ville de Strasbourg, Levrault, Strasbourg, 1840, p. 58.
  3. Fiche d'inventaire du patrimoine culturel immatériel : Les savoir-faire de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame appliqués à la cathédrale de Strasbourg et sa collaboration coutumière
  4. Fondation de l'Œuvre Notre-Dame, « Les outils traditionnels et modernes », sur oeuvre-notre-dame.org (consulté le 15 avril 2018).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sur la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame,
  • Sur les comptes de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame,
  • Sur la cathédrale (en langue française), monographies, guides et articles,
  • Sur la cathédrale (en langue allemande), monographies, guides et articles,
  • Le plus ancien guide de la cathédrale,
  • Sur les vitraux,
  • Sur l'horloge astronomique,
  • La cathédrale pour les enfants,
  • Les anecdotes,
  • Les tracés géométriques,
  • Les outils et la technologie de taille,
  • La construction médiévale,
  • La conservation,
  • DVD.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]