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Fonction homogène

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Exemples de fonctions homogènes de degré 1 : les fonctions linéaires. Si x est multiplié par t, alors y l'est aussi.

En mathématiques, une fonction homogène est une fonction qui a un comportement d’échelle multiplicatif par rapport à son ou ses arguments : si l'argument (vectoriel au besoin) est multiplié par un scalaire, alors le résultat sera multiplié par ce scalaire porté à une certaine puissance, appelée degré.

Définitions

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Soient et deux espaces vectoriels sur un même corps commutatif .

Une fonction de dans est dite homogène de degré si :

Si est un sous-corps des réels, on dit que est positivement homogène de degré [note 1] si[2] :

Si est un sous-corps des complexes, on dit que est absolument homogène de degré si :

Selon le contexte, « positivement homogène » peut signifier « positivement homogène de degré pour un certain  » ou « positivement homogène de degré 1 »[3].

Propriétés

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Continuité

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Exemple de fonction homogène discontinue.

Une fonction homogène n'est pas nécessairement continue comme l'illustre l'exemple suivant (voir figure ci-contre) :

Cette fonction est homogène de degré 1, car , . Mais elle n'est pas continue pour , .

Dérivées partielles

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Si est une fonction différentiable positivement homogène de degré , alors ses dérivées partielles sont positivement homogènes de degré [4],[5] :

Exemple
Soit la fonction telle que,  :
Cette fonction est homogène de degré 2 puisque,  :
On a les dérivées partielles :
ainsi que :
On vérifie donc que, étant homogène de degré 2, ses dérivées partielles sont homogènes de degré 1.

Identité d'Euler

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Une fonction différentiable de dans est positivement homogène de degré si, et seulement si, elle vérifie l'identité d'Euler[4] :

identité d'Euler :
Exemple
En prolongement de l'exemple précédent, on a :
L'identité d'Euler est vérifiée.

Relations entre fonctions homogènes

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Si et sont deux fonctions homogènes de degré , alors est une fonction homogène de degré [6].

Si est une fonction homogène de degré et est une fonction homogène de degré , alors est une fonction homogène de degré et est une fonction homogène de degré [6].

Si est une fonction homogène de degré et , alors est une fonction homogène de degré [6].

En mathématiques

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  • L'application qui à un n-uplet de réels associe son maximum est positivement homogène de degré 1.
  • Une application linéaire est homogène de degré 1.
  • Un polynôme homogène est homogène de degré égal à celui de chacun de ses monômes.
  • Une fonction sous-linéaire est positivement homogène de degré 1. En particulier, il en est ainsi de la jauge d'un ensemble convexe, de la fonction d'appui d'un ensemble non vide, d'une normeetc.
  • La dérivée directionnelle (au sens de Dini) d'une fonction définie sur un ℝ-espace vectoriel est, lorsqu'elle existe, positivement homogène de degré 1, lorsqu'on la voit comme fonction de la direction de dérivation.
  • Le déterminant d'une matrice de est homogène de degré .

En thermodynamique

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En thermodynamique, une fonction est extensive si sa valeur, à pression et température constantes, est proportionnelle à la quantité de matière (ou, de façon équivalente, à la masse) du mélange considéré. Soit la quantité du constituant du mélange et un nombre réel positif quelconque, par lequel on multiplie toutes les quantités . La valeur finale de est égale à fois sa valeur initiale :

Par exemple, à pression et température données, si l'on double les quantités de tous ses constituants, le volume d'un mélange est doublé ; inversement, si l'on divise par deux ces quantités, le volume est divisé par deux. Le volume est une fonction extensive, ainsi que les capacités thermiques, les potentiels thermodynamiques, l'entropieetc.[7]. Une fonction thermodynamique extensive est, en termes mathématiques, une fonction homogène de degré 1 par rapport aux quantités des constituants, à pression et température données[7],[8],[9],[10].

On définit la quantité de matière totale du mélange et la fraction molaire de tout constituant . L'extensivité de la fonction donne :

Puisque , la fonction est la valeur de la fonction pour une quantité totale de matière égale à 1 mole : la grandeur est appelée grandeur molaire. Quelle que soit la quantité (exprimée également en moles), on a .

Les mêmes raisonnements peuvent être tenus en considérant les masses des constituants en place de leurs quantités ; on emploie alors les fractions massiques et l'on définit les grandeurs massiques.

En économie

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En économie, une fonction de production est généralement homogène, telle la fonction de Cobb-Douglas, très utilisée[11].

Notes et références

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  1. Appelé homogène de degré dans certains ouvrages[1].

Références

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  1. Knut Sydsaeter et Peter Hammond (trad. de l'anglais par Micheline Citta-Vanthemsche), Mathématiques pour l'économie [« Mathematics for Economic Analysis »], Pearson, .
  2. Pour , c'est par exemple la définition de (en) R. Tyrrell Rockafellar, Convex Analysis, Princeton University Press, (lire en ligne), p. 30. Mais d'autres auteurs préfèrent inclure le cas dans la définition, imposant ainsi de plus , comme (en) Eric Schechter, Handbook of Analysis and Its Foundations, Academic Press, (lire en ligne), p. 313 ou (en) V. F. Demyanov, « Exhausters of a positively homogeneous function », Optimization, vol. 45, nos 1-4,‎ , p. 13-29 (DOI 10.1080/02331939908844424).
  3. Par exemple, Rockafellar 1970, p. 30, donne la définition d'une fonction « positivement homogène (de degré 1) » et dans toute la suite, ne précise plus ce degré, et dans Schechter 1997, p. 30, le degré 1 est implicite dès la définition.
  4. a b et c Jacques Douchet et Bruno Zwahlen, Calcul différentiel et intégral : fonctions réelles d'une ou de plusieurs variables réelles, Presses polytechniques et universitaires romandes (EPFL Press), coll. « Enseignement des mathématiques », , 414 p. (ISBN 9782880747282, lire en ligne), p. 301-302.
  5. a et b Hal R. Varian et Bernard Thiry (révision scientifique) (trad. de l'anglais par Jean-Marie Hommet), Analyse microéconomique [« Microeconomic Analysis »], De Boeck Supérieur, coll. « Ouvertures économiques », , 2e éd., 572 p. (ISBN 9782804158231, lire en ligne).
  6. a b et c Ahmed Lesfari, Eléments de géométrie différentielle, Éditions Ellipses, , 384 p. (ISBN 9782340087866, lire en ligne), p. 301.
  7. a et b Pierre Infelta et Michael Graetzel, Thermodynamique : Principes et Applications, Boca Raton, Floride, BrownWalker Press, , 484 p. (ISBN 1-58112-995-5, lire en ligne), p. 90.
  8. J. Mesplède, Chimie : Thermodynamique Matériaux PC, Bréal (ISBN 9782749520643, lire en ligne), p. 14-15.
  9. Richard Taillet, Loïc Villain et Pascal Febvre, Dictionnaire de physique, De Boeck Supérieur, , 976 p. (ISBN 9782807307445, lire en ligne), p. 284-285 « Euler (relation d') » et « Euler (théorème d') ».
  10. Jean-Noël Foussard, Edmond Julien, Stéphane Mathé et Hubert Debellefontaine, Thermodynamique : Applications aux systèmes physicochimiques, Dunod, , 278 p. (ISBN 978-2-10-072894-7, lire en ligne), p. 13.
  11. Aurelio Mattei, Manuel de micro-économie, Genève-Paris, Librairie Droz, coll. « Travaux de sciences sociales (volume 159) », , 3e éd., 403 p. (ISBN 9782600004725, lire en ligne), p. 81-82.

Articles connexes

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Liens externes

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