Florence Foster Jenkins

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Narsissa Florence Foster Jenkins
Description de cette image, également commentée ci-après

« The Glory (????) of the Human Voice »

Nom de naissance Narsissa Florence Foster
Naissance
Wilkes-Barre Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 76 ans)
New York Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale Cantatrice, récitaliste
Soprano
Style Répertoire d'airs d'opéras (Mozart, Verdi, Strauss) et de lieder (Brahms)
« Peu académique »
Activités annexes Professeur, Pianiste
Lieux d'activité PhiladelphieNew York Drapeau des États-Unis États-Unis
Années d'activité 1912 - 1944
Collaborations St. Clair Bayfield (son agent)
M. Cosmé McMoon
(son accompagnateur)
Éditeurs RCA Victor
Conjoint Frank Thornton Jenkins
(divorce en 1902)

Florence Foster Jenkins, née le à Wilkes-Barre et morte le à New York, est une chanteuse soprano américaine.

Elle est notamment connue et ridiculisée pour son manque total de rythme, de hauteur et de ton, sa prononciation aberrante et plus généralement son incapacité à chanter correctement. Son histoire a inspiré le film Marguerite de Xavier Giannoli en 2015 et a été adaptée au cinéma en 2016 sous le titre Florence Foster Jenkins par Stephen Frears.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et débuts[modifier | modifier le code]

Narcissa Florence Foster naît en 1868 à Wilkes-Barre (Pennsylvanie). Enfant, elle suit des cours de musique, et exprime le désir de partir étudier la musique à l'étranger. Comme son riche père refuse de payer ses études, elle s'enfuit à Philadelphie avec Frank Thornton Jenkins, un médecin qui devient son mari. Ils divorcent en 1902.

Elle vit dès lors en tant qu'enseignante et pianiste. À la mort de son père en 1909, elle hérite d'une fortune qui lui permet d'entamer la carrière de cantatrice que ses parents et son mari avaient découragée. Elle s'implique dans la vie musicale de Philadelphie, en fondant et finançant le Club Verdi, prend des cours de chant et commence à donner des récitals en 1912.

Carrière[modifier | modifier le code]

La mort de sa mère en 1928, alors que Florence a 60 ans, lui fait gagner une liberté accrue et les ressources supplémentaires pour poursuivre sa carrière.

Audio externes
Der Hölle Rache, extrait de La Flûte enchantée de Mozart par Florence Foster Jenkins

Lorsqu'on écoute ses enregistrements, il apparaît clairement qu'elle avait un très faible sens de la gamme et du rythme et était à peine capable de tenir une note. On peut entendre son accompagnateur tenter de compenser ses variations de tempo et ses erreurs rythmiques[1]. Néanmoins, elle devient très rapidement populaire grâce à son talent « peu académique ». Son public l'adore, plus pour l'amusement qu'elle procure que pour sa compétence musicale. Les critiques la décrivent souvent en des termes équivoques, qui ont certainement aidé à attiser la curiosité du public.

En dépit de son manque évident de sens musical, Florence Foster Jenkins est entièrement persuadée de son talent extraordinaire. Elle n'hésite pas à se comparer aux sopranos connues, telles Frieda Hempel et Luisa Tetrazzini. Elle considère les éclats de rire qui ne manquaient pas de se produire durant ses concerts, comme provenant de rivales rongées de « jalousie professionnelle ». Consciente des critiques, elle rétorquait : « Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra jamais dire que je n'ai pas chanté. »

Les airs auxquels la « cantatrice » s'attaque lors de ses récitals sont un mélange de grands airs du répertoire d'opéra, de Wolfgang Amadeus Mozart, Giuseppe Verdi et Richard Strauss (tous largement au-delà de ses capacités), ainsi que des Lieder de Johannes Brahms et des Clavelitos de Joaquín Valverde Sanjuán (un succès redemandé et bissé), et de chansons composées par elle-même et son accompagnateur, M. Cosmé McMoon. Florence Foster Jenkins porte souvent des tenues sophistiquées, dessinées par elle-même, apparaissant sur scène drapée de tulle et portant des ailes. Pour les Clavelitos, il lui arrivait de jeter des fleurs dans le public, secouant un éventail et exhibant encore plus de fleurs dans sa chevelure.

Lors d'un accident à bord d'un taxi en 1943, elle découvre qu'elle peut chanter un « fa encore plus haut qu'avant »[2]. Au lieu de poursuivre la compagnie de taxis, elle envoie une boîte de bons cigares au conducteur.

Malgré les demandes de son public pour qu'elle se produise plus souvent, elle restreint ses rares apparitions à quelques endroits favoris, et son récital annuel se tient à la salle de bal du Ritz-Carlton à New York. L'auditoire de ses récitals est toujours limité à son fidèle club féminin et à d'autres hôtes choisis - elle supervisait elle-même la distribution des billets tant convoités.

À 76 ans, Florence Foster Jenkins cède finalement à la demande de son public et se produit au Carnegie Hall le . Les billets pour l'événement se vendirent des semaines à l'avance et de nombreuses célébrités y assistèrent, comme la danseuse et actrice Marge Champion, l'auteur de chanson Cole Porter, le compositeur Gian-Carlo Menotti, l'actrice Kitty Carlisle et la soprano Lily Pons avec son mari, le chef d'orchestre André Kostelanetz (qui composa une chanson pour Jenkins à chanter ce soir-là). Puisqu'il s'agissait de sa première apparition « publique », les critiques de journaux ne pouvaient pas être empêchés d'y assister. Leurs commentaires, sarcastiques et acerbes, touchèrent durement Jenkins, selon McMoon[3].

Décès[modifier | modifier le code]

Deux jours après le concert au Carnegie Hall, lors de ses achats au magasin de musique G. Schirmer, Jenkins est victime d'une crise cardiaque[3]. Elle meurt un mois plus tard, le 26 novembre 1944, à l'âge de 76 ans, à son domicile, l'hôtel Seymour, à Manhattan[4].

Hypothèses[modifier | modifier le code]

Certains prétendent que les 32 ans de sa carrière de cantatrice sont un canular élaboré, ce qui semble en contradiction avec d'autres avis alléguant que sa mort, après le concert du Carnegie Hall, est le résultat de la dérision dont elle fut l'objet de la part des critiques. Quoi qu'il en soit, aucune de ces deux théories ne peut être prouvée. Tout indique que jusqu'à sa mort, Florence Foster Jenkins traversa toute sa vie d'artiste avec le même sentiment de plénitude heureuse et confiante.[réf. nécessaire]

En 2007, Bruno Costemalle, journaliste musical, a émis l'hypothèse que Florence Foster Jenkins aurait pu inspirer à Hergé le personnage de La Castafiore[5]. En fait, Hergé n'a pas formulé explicitement la source de son inspiration, ni même laissé de véritables indices probants, mais très souvent de nombreux articles de presse[6] font la corrélation entre Madame Jenkins décédée en 1944, alors qu'elle était encore très connue, et la cantatrice italienne imaginée par Hergé et qui fait sa première apparition dans l'album Le sceptre d'Ottokar en 1939, puis dans l'album, Les Sept Boules de cristal édité en 1948, mais achevé le 2 septembre 1944.

Article connexe : Bianca Castafiore.

Discographie[modifier | modifier le code]

Florence Foster Jenkins a enregistré neuf arias sur cinq disques 78 tours, qui ont été ressortis en trois CD (aux États-Unis) :

  • The Muse Surmounted: Florence Foster Jenkins and Eleven of Her Rivals (Homophone Records) qui reproduit un seul morceau de Jenkins, Valse Caressante, pour voix, flûte et piano, mais inclut aussi une entrevue avec le compositeur, qui était aussi son accompagnateur, M. Cosmé McMoon.
  • The Glory (????) of the Human Voice[7] (RCA Victor) qui contient les 8 autres arias, tous avec M. McMoon comme accompagnateur.
  • Murder on the High C's (Naxos) qui reprend les 9 arias et des morceaux chantés par d'autres personnes, sans l'entrevue avec McMoon.

Postérité[modifier | modifier le code]

  • 2001 : une pièce de théâtre sur Foster Jenkins, écrite par Chris Ballance, s'est jouée à l'Edinburgh Fringe.
  • 2005 : une pièce sur Jenkins, Glorious par Peter Quilter, se jouait en septembre au Royaume-Uni.
  • 2005 : une autre pièce sur la vie de Jenkins, Souvenir, s'est donnée à Broadway en novembre, avec Judy Kaye dans le rôle de Jenkins.
  • 2008 : la pièce La casta flore, de la Compagnie Jean-Duceppe, au Québec présentait sur scène la vie de Jenkins à partir de sa rencontre avec McMoon jusqu'à sa mort.
  • 2008 : dans son album Bijoux & babioles, la chanteuse Juliette évoque avec humour Jenkins dans la chanson Casseroles & faussets.
  • 2012 à 2015 : une pièce de théâtre « Colorature, Mrs Jenkins et son pianiste » de Stephen Temperley, mise en scène par Agnès Boury, avec Gregori Baquet et Agnès Bove a connu un grand succès en France : jouée au Festival d'Avignon à guichets fermés au « Théâtre du chien qui fume » en 2012 et 2013, restée à l'affiche au Théâtre du Ranelagh pendant toute la saison 2012-2013 et plus de 100 représentations en province, en Suisse et en Belgique.

Cinéma[modifier | modifier le code]

La vie de Foster Jenkins a inspiré plusieurs films :

L'histoire d'une cantatrice calquée sur la vie de Florence Foster Jenkins, et jouée par Catherine Frot, transposée à Paris ;
Film biographique sur la soprano avec Meryl Streep dans le rôle-titre.

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Florence Foster Jenkins a servi de modèle pour créer le personnage de la chanteuse Mathilde chantant faux dans le huitième épisode de la saison 6 d'«Un village français»[8][réf. insuffisante]. On la présente à Jules Bériot, préfet et directeur d'école, en vue de l'organisation d'un bal qui se tiendra à l'école de Villeneuve pour fêter la Libération (même époque que Florence Foster).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Piano ma non solo, Jean-Pierre Thiollet, Anagramme Editions, 2012, p. 140-141. ISBN 978 2 35035 333 3
  2. (en) David Wallechinsky/Amy Wallace, The New Book of Lists : The Original Compendium of Curious Information, Canongate U.S., 2005, p. 100.
  3. a et b (en) Donald Collup and Gregor Benko : Florence Foster Jenkins: A World of Her Own, DVD, 2008.
  4. Julie Helen Otto, « Ancestry of Florence Foster Jenkins », William Addams Reitwiesner Genealogical Services
  5. Bruno Costemalle, Mais où est passé le crâne de Mozart ?, Paris, Panama, 2007
  6. [Site de France Musique, page sur la vie de Florence Foster Jenkins]
  7. Les « ???? » font partie du titre
  8. Voir à la minute 35 et 12 secondes de la vidéo momentanément en ligne sur le site de la RTBF (sans doute jusqu'à la diffusion des épisodes 9 et 10 le samedi 03 octobre 2015 vers 20h45 ou plutôt jusqu'à leur rediffusion le lundi 5 octobre 2015 à 13h30) : http://www.rtbf.be/video/detail_un-village-francais-s06?id=2044317

Liens externes[modifier | modifier le code]