Flore mellifère

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Abeille domestique (Apis mellifera) butinant de la bourrache officinale, une excellente productrice de nectar

Les plantes mellifères (qu'il faudrait appeler plus justement « nectarifères ») produisent du nectar, substance liquide très sucrée récoltée par les insectes butineurs et les oiseaux nectarivores. Certaines abeilles mellifères (Apis, Trigona, Melipona…) transforment ce nectar en miel. Beaucoup de plantes sont nectarifères, mais seulement une partie peut être butinée par les abeilles domestiques, du fait de leur morphologie (encombrement du corps, longueur de la trompe…). Mais il existe près de 1 000 espèces d'abeilles sauvages en France et 20 000 espèces dans le monde.

L'apiculture classe une plante comme mellifère lorsque celle-ci est exploitable par l'abeille domestique.

Valeur apicole[modifier | modifier le code]

La valeur apicole d'une plante décrit sa capacité à fournir des matières premières à la ruche pour son exploitation par l'apiculture, ces matières étant :

  • le nectar, principal composant du miel ;
  • le pollen, ingrédient de la gelée royale, présent par traces dans le miel ;
  • la propolis, utilisée comme mortier et anti-infectieux ;
  • le miellat, utilisé en complément du nectar.

L'abondance et la qualité de ces produits dépendent des espèces et de leur environnement.

Meilleures plantes mellifères[modifier | modifier le code]

En Europe[modifier | modifier le code]

La phacélie à feuilles de tanaisie (Phacelia tanacetifolia) est considérée comme l'une des plantes produisant le plus de nectar[1]. Cette plante, ainsi que la bourrache officinale (Borago officinalis) et le mélilot blanc (Melilotus albus) sont butinées en priorité par les abeilles, devant le sainfoin cultivé (Onobrychis viciifolia)[2] et le trèfle[3]. Noter pourtant que la phacélie est une plante d'origine américaine qui nourrit une faible diversité d'abeilles. Les autres exemples listés ci-dessus sont bien plus adaptés à la Faune européenne.

Les abeilles ont besoin d'une floraison étalée sur toute la saison. On pourra donc planter près d'une ruche des arbres ou des arbustes florissant successivement toute la saison. Parmi les arbres, on peut citer : le noisetier, le saule marsault, le pommier, le cerisier, l'érable champêtre, le marronnier, le robinier, le troène, le châtaignier, le tilleul et l'arbre à miel.

Parmi les arbustes, on peut citer : le cornouiller mâle, le prunellier, l'aubépine monogyne, le pyracantha, la bourdaine, le néflier, la symphorine blanche, des variétés remontantes de fruits rouges (fraisiers, framboisiers, cassissiers, groseilliers), de la ronce commune et du lierre grimpant[4].

Calendrier des floraisons[modifier | modifier le code]

Si les abeilles ne manquent généralement pas de sources d'alimentation au printemps, cela peut-être le cas en début ou en fin de saison. L'apiculteur doit donc veiller à trouver des sources alimentaires toute la saison surtout dans les zones de grandes cultures où le manque de ressources en fin de saison peut compromettre la constitution des réserves (miel et pollen) importantes pour la survie des colonies durant l’hiver. Pour remédier à cette situation, le positionnement des ruchers à proximité des rares plantes en fleurs en fin d’été et à l’automne est une pratique courante chez les apiculteurs présents dans les plaines céréalières.

Pour la survie des colonies en hiver, les couverts fleuris et les habitats naturels boisés améliorent la vitalité des abeilles mellifères. Les chercheurs ont montré qu’une protéine aux propriétés antioxydantes, la vitellogénine, est associée à une augmentation de 30% de la probabilité de survie des colonies en hiver[5]. La production de cette protéine de vitalité est favorisée par la qualité de l’environnement dans lequel les abeilles se préparent à l’hiver, notamment la présence de couverts fleuris implantés par les agriculteurs en automne et de ressources liées aux habitats naturels. Les colonies composées d’individus avec des forts taux de vitellogénine ont atteint des taux de survie hivernale d’environ 90 % contre 60 % pour les colonies composées d’individus avec des faibles taux de vitellogénine.

L’implantation par les agriculteurs de cultures intermédiaires à base de plantes produisant du nectar et du pollen dès le mois de septembre (moutarde blanche et brune, trèfle d’Alexandrie, vesces pourpre et commune, phacélie, tournesol) augmente la diversité des ressources collectées par les abeilles et par conséquent participe à l’amélioration de leur vitalité. Mais l’effet le plus significatif a été obtenu grâce aux milieux naturels, tels que les haies et lisières forestières.

Lien avec la pollinisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : pollinisation.
Article connexe : mutualisme (biologie).

Les plantes ayant les abeilles comme principaux pollinisateurs sont appelées plantes mélittophiles (ou mellitophiles)[6]. Ce terme autrefois synonyme de mellifère[7] recouvre aujourd'hui une notion plus large, plus de 200 000 espèces pouvant être qualifiés de mélittophiles[8].

Les fleurs d'une plante mélittophile possèdent une morphologie adaptée à celle de l'abeille, favorisant le recueil (sur les étamines) ou le dépôt (sur les stigmates) de pollen par celle-ci. Ces fleurs sont généralement zygomorphes (à symétrie bilatérale), parfois actinomorphes (à symétrie radiale), de préférence de couleur jaune ou bleue[6],[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Clément (dir.), Yves Le Conte, Jean-Marie Barbançon, Bernard Vaissière, Paul Bonnaffé, Catherine Reeb, Gilles Fert, Etienne Bruneau, Roch Domerego et Gilles Ratia (ill. Paul Starosta, Isabelle Arslanian, Frédérique Bertrand, Patrick Morin), Le traité Rustica de l'apiculture, Paris, Éditions Rustica, (réimpr. 2009), 528 p., 195 mm × 240 mm (ISBN 2-84038-421-3, présentation en ligne), p. 217
  2. Axel Decourtye, Philippe Lecompte, Jacqueline Pierre, Marie-Pierre Chauzat et Pascal Thiébaut, « Introduction de jachères florales en zones de grandes cultures : comment mieux concilier agriculture, biodiversité et apiculture ? », Courrier de l'environnement de l'INRA, INRA, no 54,‎ , p. 33-56 (lire en ligne [PDF]) :

    « D’anciens travaux ont étudié la préférence des abeilles pour certaines plantes en situation de choix. La phacélie, la bourrache officinale et le mélilot blanc sont parmi les plantes préférées des abeilles (Teittinen, 1980). Petkov (1958) a observé qu'elles préfèrent la phacélie à la bourrache et au sainfoin. »

  3. (en) P. Teittinen, « Observations on the food plants of the honeybee », Annales agriculturae Fenniae, MTT Agrifood Research Finland, no 19,‎ , p. 156-163
  4. Dix arbustes mellifères à planter pour les abeilles. Rustica
  5. Alaux C., Allier F., Decourtye A., Odoux J.-F., Tamic T., Chariband M., Delestra E., Decugis F., Le Conte Y., Henry M. (2017) A ‘landscape physiology’ approach to assess bee health highlights the benefits of floral landscape enrichment and semi-natural habitats. Scientific Reports, 7:40568. DOI: 10.1038/srep40568
  6. a et b Paul Pesson et Jean Louveaux, Pollinisation et productions végétales, INRA, , 640 p. (ISBN 978-2-8534-0481-5, présentation en ligne, lire en ligne), p. 120 :

    « On nomme « mélittophilie » l'ensemble des particularités florales qui caractérisent les fleurs spécialement ou spécifiquement visitées par les abeilles. »

  7. Bernard Boullard, Dictionnaire : plantes et champignons, Paris, Éditions scientifiques, techniques et médicales, , 875 p. (ISBN 2-909455-99-8, lire en ligne), p. 505 :

    « Jadis on utilisait le qualificatif « mélittophile » dans le même sens que mellifère actuellement. »

  8. Henri Clément (dir.), Yves Le Conte, Jean-Marie Barbançon, Bernard Vaissière, Paul Bonnaffé, Catherine Reeb, Gilles Fert, Etienne Bruneau, Roch Domerego et Gilles Ratia (ill. Paul Starosta, Isabelle Arslanian, Frédérique Bertrand, Patrick Morin), Le traité Rustica de l'apiculture, Paris, Éditions Rustica, (réimpr. 2009), 528 p., 195 mm × 240 mm (ISBN 2-84038-421-3, présentation en ligne), p. 123
  9. Bernard Vaissière, « Abeilles et pollinisation », Le Courrier de la Nature, Société nationale de protection de la nature, no 196,‎ , p. 24-27 (lire en ligne [PDF]) :

    « La morphologie florale des espèces mellitophiles est généralement telle qu’une abeille devra, lors de sa visite, entrer en contact avec les étamines et/ou les stigmates pour accéder au butin recherché. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]