Fjord

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Vue satellite des fjords de l'archipel des Kerguelen, un des 5 districts des terres australes et antarctiques françaises

Un fjord ou fiord suivant la nouvelle orthographe de 1990 (/fjɔʁd/) est une vallée unique érodée par un glacier avançant de la montagne à la mer qui a été envahie par la mer depuis la retraite de la glace. L'aspect typique d'un fjord est celui d'un bras de mer étroit, plus ou moins ramifié, aux côtés très escarpés, à la bathymétrie élevée et qui s'avance dans les terres sur plusieurs kilomètres et parfois jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Un fjord se forme lorsque le glacier ayant formé une vallée glaciaire se retire de cette vallée dont le fond est situé sous le niveau de la mer, laissant le champ libre aux eaux maritimes d'avancer à l'intérieur des terres. L'embouchure d'un fjord peut être marquée par une plus faible profondeur d'eau que dans le reste du fjord. Ce seuil sous-marin donne la position de l'ancien front glaciaire. En effet, l'érosion glaciaire étant la plus faible au front glaciaire, là où la glace est la plus mince, c'est à cet endroit que le fond de la vallée a été le moins surcreusé. En revanche, la profondeur maximale du fjord est atteinte en amont de ce seuil, là où l'érosion glaciaire était maximale.

Les eaux d'un fjord sont généralement saumâtres car correspondant à un mélange entre de l'eau de mer salée et de l'eau douce provenant des rivières qui s'y jettent, cours d'eau souvent alimentés par la fonte des neiges, des glaciers ou encore issus de lacs. La salinité et la température de ces deux eaux étant très différentes, elles se mélangent peu, l'eau douce restant en surface car moins dense que l'eau salée.

Localisation[modifier | modifier le code]

L'Europe durant la dernière glaciation

Les fjords se rencontrent généralement aux latitudes élevées bien que certains d'entre eux se trouvent à des latitudes plus faibles car formés au cours des glaciations dont les calottes glaciaires s'étendaient jusqu'aux zones tempérées actuelles.

Les plus importantes concentrations de fjords se trouvent sur la côte occidentale de la Norvège, en Islande, dans les îles de l'océan Arctique (Svalbard, Nouvelle-Zemble, archipel François-Joseph, archipel arctique canadien, etc), au Groenland, au Labrador, sur la péninsule du Québec-Labrador, à Terre-Neuve, sur la côte pacifique de l'Alaska, de la Colombie-Britannique et du Sud du Chili, dans les îles Malouines, en Géorgie du Sud, dans la péninsule Antarctique, sur l'île du Sud en Nouvelle-Zélande, dans les îles Kerguelen, etc.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Norvège[modifier | modifier le code]

Les fjords, ces profondes vallées en U creusées dans la roche par le mouvement des glaciers, furent formés il y a trois millions d'années. Le long des côtes occidentales de la Norvège, des centaines de ces vallées marines, souvent étroites et encaissées, s'enfoncent à l'intérieur des terres. C'est dans le Sognefjord que l'on trouve les paysages les plus remarquables. Le « roi des fjords » est en effet le plus long (204 km) et le plus profond (1 308 m) du pays. Naeroyfjord, le plus étroit de tous, est réputé pour abriter l'un des plus beaux paysages d'Europe. Les eaux bleutées contrastent avec le vert sombre des pins, tandis qu'au loin se dressent les sommets enneigés des montagnes.

Écosse[modifier | modifier le code]

En Écosse, les fjords sont désignés par le terme gaélique écossais loch mais qui désigne aussi des lacs glaciaires. On rencontre alors le terme sea-loch pour désigner plus spécifiquement les lochs maritimes. Dans cette même région, firth est aussi employé pour désigner un fjord mais également une grande embouchure d'un cours d'eau.

« Fjord » en danois[modifier | modifier le code]

Au Danemark, certaines baies appelées fjord sont en réalité des étangs et des lagunes, notamment le long de la côte occidentale du Jutland tel que le fjord Ringkøbing. Le Limfjord qui se trouve dans le Nord du pays et qui sépare l'île de Vendsyssel-Thy du Jutland est une combinaison d'une lagune et d'un bras de mer du type de fœrde (förde).

Autres formations maritimes d'origine glaciaire[modifier | modifier le code]

Bras de mer de type fœrde[modifier | modifier le code]

Dans le Nord de l'Allemagne et sur la côte orientale du Jutland, il y a des bras de mer qui sont appelés förde en allemand et fjord en danois. Ces formations sont caractérisées par leurs côtes basses et leur faible profondeur. Leur histoire géologique diffère de celle de l'origine des fjords véritables. Les fœrdes ont été érodés par les langues d'une calotte glaciaire avançant de la mer sur une côte de collines mineures, durant la dernière glaciation[1].

Fjärds[modifier | modifier le code]

En Suède, les bras de la mer Baltique sont appelés fjärds. Tout comme en Finlande, ils présentent là aussi des côtes basses en raison de leur mode de formation : la vallée glaciaire inondée n'est pas née de l'érosion d'un seul glacier mais de la base d'une calotte glaciaire ou d'un inlandsis. Cette masse de glace a créé des ondulations sans lien avec un relief montagneux et qui ont été partiellement noyées par la mer[2],[3],[4].

Bras de mer sans géologie glaciaire[modifier | modifier le code]

En revanche, aux latitudes méridionales, les fjords sont absents ou rares. Les bouches de Kotor, au Monténégro, sont parfois présentées comme le fjord le plus méridional de l'hémisphère nord mais il s'agit en réalité d'un canyon immergé dont la formation n'est pas lié à la présence de glaciers.

Fjords, climat et puits de carbone[modifier | modifier le code]

Les fjords, souvent profonds (jusqu'à 1300m en Norvège) dont des eaux froides et calmes, anoxiques en profondeur. Ces eaux sont propices à la sédimentation[5].

En 2006, R.H. Smittenberg & al. ont montré que les sédiments d’un fjord du Canada (Saanich Inlet, Ile de Vancouver, Colombie britannique) s’enrichissaient en carbone de manière régulière depuis 11.000 ans et de manière régulière et continue sous forme d’alkanes à longues chaînes (n-alkanes) [6]. Ces résultats invitaient à penser que les fjords sont des puits de carbone significatif et que le temps de turnover de ce carbone est très lent (de 10.000 à 100.000 ans voire bien plus) et non pas de 1000 à 10.000 ans comme le proposent la plupart des modèles de carbone du sol[6]. Près de 10 ans plus tard (en 2015), Richard Smith (de la société de conseil Global Aquatic Research, New York) & al ont publiée par la revue Nature Geoscience le 04/05/2015. Elle se base sur les résultats d’analyse de 573 échantillons superficiels et 124 carottes de sédiments prélevés dans presque tous les types de fjords au monde et conclue que bien que les fjords ne couvrent que 0,1% de la surface des océans, ils constituent 11% (18 Mt) du carbone annuellement séquestré par le sédiment marins. Les fjords joueraient donc un rôle significatif dans le cycle biogéochmique du carbone, et selon les auteurs dans la régulation du climat à l'échelle des périodes glaciaires/interglaciaires[5]. « par unité de surface, le taux d'absorption de carbone organique est deux fois plus élevé dans les fjords que dans l'océan dans son ensemble ». Richard Keil, de l'Université de Washington fait remarquer suite à cette étude, que d’autres sédiments riches en carbone ont été identifiés[7] le long des marges du plateau continental, et qu’il conviendrait d’aussi les étudier[5].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Kurt-Dietmar Schmidtke, Die Entstehung Schleswig-Holsteins. 3me édition, Wachholtz, Neumünster 1995, ISBN 3-529-05316-3
  2. * un exposé sur Fjärds (en allemand)
  3. Geologische Entstehung des Ostseeraums - IKZM-D Lernen (PDF)
  4. archive.org: Der erdkundliche Lehrstoff in neuzeitlicher Auffassung
  5. a, b et c BE Norvège numéro 123 (28/05/2015) Les Fjords, inattendus puits de carbone - Ambassade de France en Norvège / ADIT
  6. a et b R.H. Smittenberg, T. . Eglinton, S. Schouten & J.S Sinninghe Damsté (2006) « Ongoing Buildup of Refractory Organic Carbon in Boreal Soils During the Holocene » ; Science 24 November 2006: Vol. 314. no. 5803, pp. 1283 – 1286 DOI: 10.1126/science.1129376
  7. ex : Winkelmann, D., & Knies, J. (2005). Recent distribution and accumulation of organic carbon on the continental margin west off Spitsbergen. Geochemistry, Geophysics, Geosystems, 6(9).

Lien externe[modifier | modifier le code]

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