Fin du régime impérial en Russie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
7 novembre : révolution d'Octobre. Invasion du Palais d'Hiver reconstituée en 1927 par Sergueï Eisenstein.

Avant 1917, la Russie était dirigée par l'empereur Nicolas II, « l’empereur de toutes les Russies ». C’était un régime monarchique autocratique. L'Empire russe était un immense empire qui rivalisait de grandeur avec l’Empire britannique mais il était économiquement et militairement faible.

La Russie avant 1917[modifier | modifier le code]

Le développement économique[modifier | modifier le code]

L’industrialisation de la Russie connut son apogée au début des années 1900, bien après les autres pays européens. Ce décalage s’explique par certaines réformes tardives comme l’abolition du servage qui ne se produisit qu’en 1861. Malgré ce retard, son développement économique a été relativement rapide sous le règne d’Alexandre III (1881-1894) et il continua lorsque son fils, Nicolas II, prit le pouvoir. En 1913, l’Empire russe était la troisième puissance mondiale.

Les dix premières années du règne de Nicolas II furent favorables à l’évolution économique. La principale modification fut la restauration du rouble-or, en 1897. Cela donna un nouvel élan au développement de l’industrie métallurgique. Le ministre des Finances, Serge Witte, à l’origine de la réforme monétaire de 1897, put amener des capitaux étrangers en Russie, grâce aux fameux emprunts russes, surtout français. Ce fut un nouveau bond pour l’industrie lourde et les transports. La construction du chemin de fer transsibérien, entre 1893 et 1901, témoigna de ce nouveau dynamisme. Mais, l'empereur avait des idées très conservatrices, ce qui ne lui permit pas de profiter de ce petit dynamisme économique — pour moderniser la société russe.

L’empire constitutionnalisé[modifier | modifier le code]

Après le Dimanche rouge du , dans la foulée duquel plusieurs centaines de personnes ont péri et aux suites de la révolution qui a suivi, Nicolas II, pour rétablir l’ordre dans son empire, dut accepter les revendications des ouvriers, des paysans, des étudiants et des bourgeois, c’est-à-dire l'instauration d'une constitution, d'une Douma (assemblée) et de libertés civiles. Pour cela, l'empereur créa le 17 octobre 1905 deux assemblées : le Conseil des ministres, présidé par Serge Witte et la Douma, où, en théorie, toutes les classes sociales devaient être représentées. Le 27 avril 1906, Nicolas II accorde finalement une Loi fondamentale de l'État. Cette Loi fondamentale transformait l’Empire russe en une monarchie constitutionnelle, où l'autocratie cohabitait avec un Parlement, la Douma. Mais les électeurs étant principalement des aristocrates. Les ouvriers, les paysans ne furent pas représentés. Seules certaines parties de la population furent élues et elles étaient favorables à l’autocratie et au tsar. Il y eut encore quelques grèves que le gouvernement enraya, mais le peuple restait mécontent car il n’y avait presque aucun changement. En clair, il était très disposé à se soulever à nouveau contre le tsar.

La Révolution russe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution russe.

Les déclencheurs de la Révolution[modifier | modifier le code]

Depuis 1905, le peuple n’avait plus confiance en son gouvernement, et surtout en son tsar. Au début de la Première Guerre mondiale, tous les partis politiques (Parti Socialiste révolutionnaire ou SR, les SR de gauche, le Parti constitutionnel démocratique, etc.) étaient partisans de la participation de la Russie à la guerre, sauf le parti social-démocrate, les bolcheviks dirigés par Lénine. Mais la Russie, malgré la coopération militaro-économique des deux autres pays de la Triple Entente, la Grande Bretagne et surtout la France (dans le cadre de l'Alliance franco-russe), s’avère militairement faible du fait de l'incompétence de son haut commandement. Elle connaît donc de nombreuses défaites sur le front de l'Est, notamment en Prusse-Orientale. Les usines ne produisent pas assez, le ravitaillement en armes est difficile et le réseau ferroviaire est insuffisant. De plus, l’année 1917 semblait idéale pour une révolte : un hiver froid et long, une famine, une lassitude face à la guerre et une économie qui jusque là battait des records. La Russie était maintenant coupée du reste de l’Europe.

Les grèves et l’abdication de Nicolas II[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution de Février.

La Douma demanda à Nicolas II de former un nouveau conseil pour sortir le pays de cette crise, mais le tsar refusa.

C’est à partir de là que les grèves des ouvriers commencèrent pour réclamer de la nourriture. Puis, les jours suivants, la tension monta et les grévistes — qui maintenant rassemblaient plus que les ouvriers — ne criaient plus pour obtenir à manger ; c’est au gouvernement, à l’autocratie et à la guerre qu’ils en voulaient. Pillant les postes de police, les manifestants s’armèrent. Après trois jours de manifestation, le tsar mobilisa les troupes de la garnison de la ville pour arrêter les grèves. Mais de plus en plus de soldats rejoignaient le camp des manifestants.

À la veille de la journée internationale des droits des femmes, le 23 février du calendrier grégorien, pas une seule organisation ouvrière n’appelle à la grève générale. En effet, le parti bolchévique craint un bain de sang. Mais de nombreuses ouvrières font grève, insensibles aux consignes de prudence. Elles passent d’une usine à l’autre. Rejoint par les hommes, le mouvement gagne en ampleur. Le nombre de grévistes monte à 90 000. Il y a des rassemblements, des manifestations, des confrontations avec la police. La grève fut une belle réussite pour les contestataires. Mais, à ce moment-là, ils n'imaginent pas que cette journée va provoquer la chute de la dynastie des Romanov.

Le 10 février 1917, le président de la Douma remit un rapport à Nicolas II indiquant son impossibilité à gouverner le pays. Nicolas II abdiqua le 2 mars 1917 en faveur de son frère Michel qui abdiqua lui aussi 24h après car il jugeait la situation incontrôlable. Ce fut la fin du régime tsariste.

La fin du régime tsariste et le début de l’URSS[modifier | modifier le code]

Un gouvernement provisoire, dirigé successivement par Gueorgui Lvov et Alexandre Kerensky, fut nommé par la Douma. Il fut critiqué par d’autres partis politiques. Lénine, chef des bolcheviks, le parti ouvrier social-démocrate, futur parti communiste, tenta de prendre le pouvoir en juillet 1917 mais il n’y parvint pas. La République russe fut proclamée le 14 septembre 1917, et le 7 novembre suivant, les bolcheviks essayèrent à nouveau de prendre le pouvoir par un coup d'État que l'on baptisa : Révolution d'Octobre. Lénine fonda un nouveau gouvernement communiste visant à améliorer les conditions de vie des pauvres, à supprimer les privilèges et les classes sociales et créer une société moderne. Mais ce n’était que le début. Les autres pays européens s’inquiétaient de la prise de pouvoir du communisme et ils décidèrent d’attaquer le Nord et le Sud du pays. Le Japon avait envahi la côte pacifique russe. Le gouvernement de Lénine réorganisa l’Armée rouge, l’armée du communisme, et repoussa l’ennemi.

Par la suite, une guerre civile débuta entre les communistes, l'« armée rouge », et ceux favorables au tsarisme, l'« armée blanche ». La guerre civile porta atteinte à l’agriculture et, pour satisfaire la population, Lénine instaura, en 1921, une nouvelle politique économique (NEP), qui permit au peuple de posséder des terres et de faire des bénéfices, ce pour quoi ils s’étaient battus. La NEP relança la production alimentaire et écarta la menace de la guerre civile.

Finalement, en décembre 1922, le gouvernement communiste établit l’Union des républiques socialistes soviétiques. Ce fut le début d’une nouvelle ère pour la Russie, désormais l’URSS.

Emprisonnés, exécutés et reconnus martyrs[modifier | modifier le code]

Après l’abdication de Nicolas II, le tsar et sa famille furent retenus en captivité dans leur résidence, le Palais Alexandre à Tsarskoïe Selo, puis ils furent transférés à Tobolsk, en Sibérie occidentale, sur ordre d'Alexandre Kerensky, le chef du gouvernement provisoire, qui craignait pour leur sécurité en raison de l'agitation bolchévique et des tentatives du soviet de Saint-Pétersbourg pour s'assurer de la personne du tsar. La famille passa l'hiver dans une relative tranquillité. Les Bolcheviks, désormais au pouvoir, transférèrent le couple impérial et une de leurs filles à Ekaterinbourg, dans la villa Ipatiev, le 30 avril 1918. Le reste des enfants viendront les rejoindre en mai 1918. Leur détention devint particulièrement désagréable. Le commissaire Iakov Iourovski, responsable de la garde, prit prétexte de l'approche de l'Armée Blanche (anti-bolchévique) de l'amiral Alexandre Koltchak pour faire exécuter le tsar et sa famille sur l'ordre très probable de Lénine. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, la famille impériale et leur suite furent abattus dans le sous-sol de la villa Ipatiev.

Plusieurs éléments tendent à prouver que l'exécution de la famille impériale avait été planifiée à Moscou bien avant l'approche de l'armée de Koltchak. Ainsi, d'autres membres de la famille (notamment la sœur de la tsarine, la grande-duchesse Élisabeth) furent tués dans la nuit du 17 juillet à Alapaïevsk, un bourg de l'Oural à plusieurs centaines de kilomètres d'Ekaterinbourg. De plus, l'urgence de l'exécution du tsar et de sa famille était largement exagérée : le même Yourovsky ne quitta la ville qu'une semaine plus tard, en convoyant vers Moscou l'or des banques de l'Oural et de Sibérie occidentale qui avait été préalablement rassemblé à Ekaterinbourg[1].

Finalement, les corps de la famille impériale furent retrouvés pour la plupart en 1991, et pour deux des enfants, en août 2007. Le 17 juillet 1998, 80 ans jour pour jour après leur mort, les restes de la famille impériale, furent inhumés à la Cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg en présence des descendants de la famille Romanov et du président Boris Eltsine qui a déclaré que cet assassinat était un acte barbare.

Le tsar et sa famille ont été canonisés et considérés comme morts martyrs par l’Église orthodoxe de Russie en l’an 2000 et par la Cour suprême de Russie en octobre 2008.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. notamment Pierre Lorrain, La fin tragique des Romanov, Éditions Bartillat, Paris, 2005

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]