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Film Socialisme

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Film Socialisme
Description de l'image Film Socialisme movie logo.png.
Réalisation Jean-Luc Godard
Scénario Jean-Luc Godard
Acteurs principaux Catherine Tanvier
Christian Sinniger
Sociétés de production Wild Bunch
Pays de production Drapeau de la France France
Drapeau de la Suisse Suisse
Genre Docufiction
Durée 101 minutes
Sortie 2010

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Film Socialisme est un film franco-suisse réalisé par Jean-Luc Godard, sorti et présenté au festival de Cannes 2010 en tant que sélection dans la section Un certain regard.

Le film comporte trois parties, « Des choses comme ça », « Quo vadis Europa », et « Nos humanités ».

Premier mouvement Des choses comme ça : À bord d'un bateau de croisière, de nombreuses conversations multilingues ont lieu entre divers passagers. Parmi les personnages figurent un vieux criminel de guerre, un ancien fonctionnaire des Nations unies et un détective russe. La chanteuse et artiste américaine Patti Smith fait une brève apparition[1].

Deuxième mouvement Notre Europe : Dans une station-service, deux enfants, une petite fille et son jeune frère, invitent leurs parents à comparaître devant le « tribunal de leur enfance », exigeant des réponses sérieuses sur des questions telles que la liberté, l'égalité et la fraternité. Parallèlement, une équipe de la télévision France 3 qui fait un reportage sur cette famille.

Troisième mouvement Nos humanités : il s'agit d'un voyage dans des lieux célèbres tels que l'Égypte, la Palestine, Odessa, la Grèce, Naples et Barcelone. L'Europe et ses origines antiques, les rendez-vous manqués : « Quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi ».

Fiche technique

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Distribution

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Genèse du film

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Initialement, le film s'appelait Socialisme mais le titre n'était pas totalement satisfaisant pour Godard. Dans une brochure de présentation du film, le philosophe Jean-Paul Curnier a mal lu et a cru que le film s'intitulait Film socialisme. Cela a plu à Godard qui a conservé ce titre en considérant que l'ajout du mot « film » permet de « déniaiser » le mot « socialisme »[2].

Construction du film

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Godard explique qu'initialement, il a eu l'idée de filmer une famille (la famille Martin) dans un garage. Mais cette idée lui a paru insuffisante pour faire un long métrage. Dans l'entretien aux Inrockuptibles, il explique : « Mais ça ne tenait pas sur un long métrage, parce que sinon les gens seraient devenus des personnages et ce qu’il s’y passe serait devenu un récit. L’histoire d’une mère et de ses enfants, un film comme on peut en faire en France, avec des dialogues, des états d’âme[2]. » Il conçoit plus les membres de la famille Martin comme des « statues ». Godard a ensuite fait la connexion entre cette idée de statue et l'antiquité et donc la Méditerranée. L'idée de suivre une croisière sur la Méditerranée vient aussi du livre de Léon Daudet, Le Voyage de Shakespeare[3]. Ensuite les différents éléments sont collés ensemble[2].

Le film se déroule en partie sur le navire Costa Concordia, un bateau qui a fait naufrage le [4].

Le tournage a été documenté en 2018 dans Film catastrophe de Paul Grivas.

Pour Dominique Païni, qui a travaillé avec Godard sur l'exposition Voyage en Utopie : « La manière de Godard de filmer le bateau ressemble à une sorte de Disneyland, de lieu de loisir, de lieu consommation, c'est une vision par Godard du monde d'aujourd'hui où au fond le socialisme serait réalisé, mais c'est un socialisme de la consommation et du loisir abrutissant. Cela n'est pas sans rapport avec les loisirs de masse, le comportement des gens dans les parcs d'attraction, une perversion du concept d'exposition[5]. »

Exploitation

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Bandes-annonces

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Six bandes-annonces différentes ont été diffusées sur YouTube par Jean-Luc Godard[6]:

  • Une bande-annonce classique de 4 minutes 25 secondes
  • Cinq bandes-annonces font défiler le film intégral en accéléré :
    • en 4 minutes, 6 secondes ;
    • en 2 minutes, 10 secondes, 4 images ;
    • en 1 minute, 48 secondes, 22 images ;
    • en 1 minute, 11 secondes ;
    • en 1 minute, 7 secondes, 7 images.

Accueil critique

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Film Socialisme est nommé 3e dans la liste des dix meilleurs films de l'année des Cahiers du cinéma[7]

Pour Jacques Morice dans Télérama, « Lorsque Godard transporte sa caméra sur un paquebot [...], on croise une joggeuse, des fidèles assistant à une messe, des vacanciers se restaurant dans un brouhaha infernal. C'est donc ça, l'Europe moderne : une industrie du tourisme qui transforme la Méditerranée en centre commercial. [...] Son film suscite plus une impression de nostalgie que de désespoir. Le tout dans une clarté qui rappelle Éloge de l'amour, son dernier bon film, vieux de neuf ans déjà »[8].

Pour Jean-Luc Douin dans Le Monde, « Le thème central de Film Socialisme est l'Europe, ce continent dont il dit qu'il ne veut pas mourir sans l'avoir revu heureux, comme il prie de voir à nouveau associés "Russie" et "bonheur". L'Europe est l'une de ses déceptions, "pauvre Europe corrompue par la souffrance, non pas exaltée mais humiliée par la liberté reconquise". Cette Europe que "les Américains ont libérée en la rendant dépendante", dit-il en citant l'écrivain Curzio Malaparte. [...] La tache originelle de l'Europe [est d']avoir abandonné la Palestine. Godard emprunte à Agnès Varda l'image de deux trapézistes, symbole d'une harmonie possible entre deux peuples, sur double fond sonore : une voix de fille chantant le Talmud, une voix de fille chantant le Coran. "Les idées nous séparent, les rêves nous rapprochent" »[9].

Jean-Luc Wachthausen dans Le Figaro est assez réservé : « Que serait le cinéma sans Jean-Luc Godard, inventeur d'un [...] cours magistral en images avec une série de plans fixes, des sons trafiqués, des aphorismes en tous genres et des figurants placés ici ou là pour nous interpeller ? [...] À 80 ans, Godard ne désarme pas et signe encore une sorte d'exercice rhétorique, d'objet filmique, de docu-fiction [...] Il est question de la guerre d'Espagne, d'une Europe infirme, des paradis fiscaux, de solitude et d'amour, d'une jeune fille qui lit Illusions perdues à une station-service, d'archives secrètes soviétiques, de Naples et Barcelone, de l'Égypte et de la Palestine, sans oublier Hollywood, inventé par des Juifs. De quoi vite se lasser de ce jeu de piste intitulé Film socialisme. Un appel à Martine Aubry ? »[10].

Notes et références

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  1. (en) « Remembering Patti Smith’s cameo in Jean-Luc Godard’s Film Socialisme », sur crackmagazine.net
  2. a b et c Jean-Marc Lalanne, « « Le droit d'auteur ? Un auteur n'a que des devoirs » Jean-Luc Godard », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne)
  3. Le Voyage de Shakespeare, lire en ligne, texte intégral
  4. (en) Xan Brooks, « Costa Concordia provided setting for a 2010 Jean-Luc Godard film », The Guardian,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. « De Voyage en Utopie à Film socialisme, entretien avec Dominique Païni », .
  6. "Socialisme" de Jean-Luc Godard, comme si vous l'aviez déjà vu sur le site de France 24, consulté le 3 mai 2010
  7. Top Ten 2010, Cahiers du Cinema Décembre 2010 n°662 sur le site Cahiers du Cinema.
  8. « Film socialisme », sur telerama.fr
  9. « "Film Socialisme" : Jean-Luc Godard, déçu d'une Europe qu'il voudrait revoir heureuse », sur lemonde.fr
  10. « La croisière s'amuse, version Godard », sur lefigaro.fr

Bibliographie

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  • Nicole Brenez, « Liberté, fraternité, prodigalité », Cahiers du cinéma, no 657,‎
  • Cyril Béghin, « Vent et or », Cahiers du cinéma, no 657,‎
  • Arnaud Hée, « Film Socialisme », Critikat,‎ (lire en ligne)
  • Samuel Lelièvre, « Film Socialisme et l’Afrique. Sur une petite leçon godardienne », Africultures,‎ (lire en ligne)
  • Isabelle Regnier, « Jean-Luc Godard joue le virtuel avant le réel », Le Monde,‎
  • (en) Samuel Bréan, « godard english cannes: The Reception of Film Socialisme‘s “Navajo English” Subtitles », Senses of cinema, no 60,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • Jean Narboni, « Film Socialisme de Jean-Luc Godard », Trafic, no 80,‎ (ISBN 978-2-8180-1460-8)
  • Arthur Mas et Martial Pisani, « Film Socialisme de Jean-Luc Godard », Independencia,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • (en) Adam Cook, « Beauty in the Defects: An Interview with Fabrice Aragno », Notebook,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • (en) Roland-Francois Lack, « A Photograph and a Camera : two objects in Film Socialisme », Vertigo, no 30,‎ (lire en ligne)

Liens externes

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