Filles-Dieu

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Filles Dieu

« Les Filles-Dieu étaient des religieuses hospitalières, avaient d'abord été appelées Sœurs de Saint-Gervais, parce qu'elles avaient été, en l'an 1300, chargées du service de l'hôpital de ce nom. Elles portaient une robe blanche avec un manteau noir ; elles avaient leurs principales maisons à Paris, à Orléans, à Beauvais et à Abbeville[1]. »

— Dictionnaire Bouillet

Origines[modifier | modifier le code]

On trouve de nombreuses institutions nommées Filles-Dieu bien avant la référence aux Sœurs de Saint-Gervais donnée par Bouillet, la plus connue, les Filles-Dieu de Paris, institution fondée en 1226 par Guillaume d'Auvergne, mais aussi les Filles-Dieu de Rouen attestées dès 1247[2], les Filles-Dieu de Chartres attestées dès 1232[3], les Filles-Dieu du Mans, couvent fondé en 1256[4],[5].

À Paris[6] et à Rouen[2] les Filles-Dieu sont d'anciennes prostituées converties et la création de ces institutions est à l'instigation ou soutenue par le pouvoir royal afin de tendre à endiguer la prostitution dans les centres urbains[2]. Celles de Chartres, de l'ordre de Saint-Augustin, se sont dans un premier temps appelées « converties », ce qui permet de penser que ces filles ont eu la même histoire que celles de Paris et Rouen[3].

Dans Les Ordres de Paris le poète Rutebeuf se moque de la dénomination de cette institution, rapport aux antécédents des Filles-Dieu, et fait une critique implicite du soutien du roi (Saint-Louis) aux Filles-Dieu :

« Diex a non de filles avoir,
Mais je ne puis oncques savoir
Que Dieux eüst fame en sa vie.
Se vos creez mensonge a voir
Et la folie pour savoir,
De ce vos quit je ma partie.
Je di que Ordre n'est ce mie,
Ains est baras et tricherie
Por la fole gent decevoir.
Hui i vint, demain se marie.
[Le lingnage sainte Marie]
Est hui plus grant qu'il n'iere arsoir. »

« Li rois a filles a plantei,
Et s'en at si grant parentei
Qu'il n'est nuns qui l'osast atendre.
France n'est pas en orfentei!
Se Diex me doint boenne santei,
Ja ne li covient terre rendre
Pour paour de l'autre deffendre,
Car li rois des filles engendre,
Et ces filles refont auteil.
Ordres le truevent Alixandre,
Si qu'après ce qu'il sera cendre
Serat de lui .C. ans chantei. »

Les Filles-Dieu de Paris[modifier | modifier le code]

Origines de la couture des Filles-Dieu[modifier | modifier le code]

On trouve trace de l'institution des Filles-Dieu au tout début du XIIIe siècle, fondée par Guillaume III, évêque de Paris (note: il s'agit bien de Guillaume d'Auvergne qui ne sera nommé évêque qu'en 1228, il n'était en 1226 que simple lecteur en théologie)[7],[8].

« Le couvent des Filles-Dieu avait été fondé en 1226 par Guillaume III, évêque de Paris, pour retirer des pécheresses qui, pendant toute leur vie, avaient abusé de leur corps et à la fin estoient en mendicité. Il était d'abord situé dans la couture de l'Échiquier, qui occupe l'emplacement du boulevard Bonne-Nouvelle et des rues voisines, et une impasse de ce boulevard en a conservé le nom[6]. »

— Théophile Lavallée, Histoire de Paris, depuis le temps des gaulois jusqu'en 1850.

« Guillaume III, évêque de Paris, ayant converti plusieurs femmes ou filles débauchées, leur fit bâtir hors de Paris, sur un terrain voisin de Saint-Lazare, une maison à laquelle fut d'abord donné le nom d'hôpital des nouvelles Converties. Le but de cette fondation était, selon un écrivain du temps, de retirer des pécheresses qui pendant toute leur vie avaient abusé de leur corps et à la fin étaient en mendicité. Ces femmes nouvellement converties prirent plus tard le nom de Filles-Dieu[9]. »

— Félix Lazare,L. C. Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris.

La couture des Filles-Dieux au sud de l'enclos Saint-Lazare, 1705

La première installation des Filles-Dieu se fera au sud de l'enclos Saint-Lazare, entre la rue du Faubourg-Saint-Denis à l'est, la rue de Paradis au nord, la rue Sainte-Anne, devenue la rue du Faubourg-Poissonnière à l'ouest, et la rue Basse-Villeneuve au sud, absorbée par le boulevard de Bonne-Nouvelle, dans l'actuel 10e arrondissement de Paris.

Une cession fut faite en 1232 aux Filles-Dieu, par les frères et prieur de Saint-Lazare de quatre arpents de terre et elles achetèrent également en 1253 huit arpents de terre contigus aux précédents. Le roi Saint-Louis les dota de 400 livres de rente à prendre sur son trésor. Dans l'acte de dotation, le nombre de ces religieuses est fixé à deux cents.

En 1256 Saint-Louis leur accordera le fait de tirer de l'eau de la fontaine de l'enclos Saint-Lazare afin de la conduire au couvent des Filles-dieu, en la faisant venir par la chaussée[10].

Les Filles-Dieu occupèrent ces terrains jusqu'à la construction de fossés et d'arrière-fossés pour protéger la ville, suivant le plan arrêté ceux-ci devaient traverser la couture & l'enclos des Filles-Dieu au niveau de leur Maison qui devait donc être rasée, elles furent donc obligées d'abandonner celle-ci[11].

Leur premier couvent fut démoli et les matériaux serviront à la construction de l'enceinte de Charles V[12].

Jean de Meulant ou Jean de Meulent ou bien Jean Ier de Meulent ou encore Meullent, alors évêque de Paris, transféra alors les Filles-Dieu dans un hôpital de la Madeleine situé près de la porte Saint-Denis, et fondé en 1316 par Imbert de Lyons ou de Lyon[13],[14], à proximité de la Cour des miracles.

Les Filles-Dieu conserveront leur couture[15] hors les murs.

Les Filles-Dieu rue Saint-Denis[modifier | modifier le code]

À la suite des désordres et du relâchement qui peu à peu s'introduisirent dans cette maison Charles VIII ordonna, par lettre patente du 27 décembre 1483, que cette maison serait occupée à l'avenir par les Religieuses réformées de Fontevrauld ou Fontevauld.

Ce n'est que vers 1495 - à la suite d'un problème juridique lié à la constitution de cet ordre religieux - que l'ordre de Charles VIII sera exécuté par Jean-Simon de Champigny évêque de Paris et que les Religieuses de Fontevrauld, qui venaient des monastères de la Magdeleine (près d'Orléans - prieuré de la Magdeleine-lez-Orléans) et de Fontaine (près de Meaux), prirent possession du couvent des Filles-Dieu, elle prirent aussi à cette occasion le nom de Filles-Dieu[16].

Les nouvelles Filles-Dieu décident de construire une nouvelle église[17], et en 1495 Charles VIII posa la première pierre de l'église, qui ne fut achevée qu'en 1508[9].

Cantien Hue, recteur de l'Université de Paris, né en 1442 et mort en 1502 fut enterré au couvent des Filles-Dieu[18].

En 1503 le couvent de la Saussaie, près Villejuif, à Chevilly-Larue, Val-de-Marne, est rattaché aux Filles-Dieu de la rue Saint-Denis[19].

Sous la fronde, le 24 mars 1648, les sieurs de Charmoy et de Saint-Ange, armés et accompagnés d'une nombreuse suite, pénétrèrent dans ce couvent pendant la nuit afin d'enlever une demoiselle de Sainte-Croix qui habitait le couvent et violèrent plusieurs religieuses[9],[20], ils seront capturés et roués vifs[21].

« le dernier morceau du Patient »

Au chevet extérieur de l'église se trouvait un crucifix devant lequel on conduisait autrefois les criminels qu'on allait exécuter au gibet de Montfaucon, ils le baisaient, recevaient de l'eau bénite, et les Filles-Dieu leur apportaient trois morceaux de pain et du vin, c'était « le dernier morceau du Patient »[9].

Le couvent des Filles-Dieu deviendra propriété nationale en 1790, il sera vendu le 14 vendémiaire an VI, l'église servira alors de salle de réunion à la société « les Hommes révolutionnaires du 10 août » avant d'être détruite avec l'ensemble des bâtiments[22].

Sur son emplacement, la rue, la place et le passage du Caire seront bâtis[22]. À la création des galeries, ce furent les pierres tombales des religieuses du couvent qui constituèrent une partie du dallage des galeries qui sont au nombre de trois : la galerie Saint-Denis, la galerie Sainte-Foy et la galerie du Caire.

Plusieurs voie ont porté le nom des Filles-Dieu à proximité du couvent :

  • La rue d'Alexandrie était précédemment rue des Filles Dieu. Existait en 1530 dans le voisinage du couvent des Filles Dieu.
  • L'impasse Bonne-Nouvelle était précédemment l'impasse des Filles Dieu et, plus anciennement, ruelle Couvreuse et cul-de-sac des Filles Dieu.

Le déclin de la couture des Filles-Dieu[modifier | modifier le code]

Dès 1770 Claude-Martin Goupy spécula au faubourg Poissonnière sur des terrains vendus par la communauté des Filles-Dieu, dont il était l'entrepreneur, jouant un rôle capital dans l'urbanisation du quartier[23].

Ces transactions se sont faites "moins bien" qu'avec les Lazaristes, en effet les Filles-Dieu délaissèrent presque tout leur terrain à titre de bail emphytéotique, cela fera l'objet d'un long procès entre les Filles-Dieu et Claude-Martin Goupy[12].

Subsistances[modifier | modifier le code]

Les traces sont restées dans des noms de rues ː

Comme titre d'un roman de Catulle Mendès, Rue des Filles-Dieu, 56.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Référence:Dictionnaire universel d'histoire et de géographie (Bouillet et Chassang)
  2. a b et c Les religieuses dans le cloître et dans le monde des origines à nos jours: actes du deuxième colloque international du C.E.R.C.O.R. - Centre européen de recherches sur les congrégations et ordres religieux (p. 733 et suivantes)
  3. a et b Histoire de la ville de Chartres, du pays chartrain, et de la Beauce Par Guillaume Doyen (p. 95)
  4. CRAHAM, « Pierre CHEVET, Élodie CABOT et Emmanuelle COFFINEAU (INRAP Grand-Ouest) : Le couvent des Filles-Dieu du Mans (Sarthe). Éléments d’évolution architecturale et espaces funéraires. », (consulté le 10 avril 2010)
  5. « Monastères et couvents de femmes dans la province du Haut-Maine avant 1790 Filles-Dieu Communauté du Mans », conseil général de la Sarthe (consulté le 10 avril 2010)
  6. a et b Histoire de Paris, depuis le temps des gaulois jusqu'en 1850. T. 2 / par Théophile Lavallée (1804-1865) (p. 163)
  7. Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris (1228-1249) : sa vie et ses ouvrages / par Noël Valois (p. 7)
  8. Épitaphier du vieux Paris : recueil général des inscriptions funéraires des églises, couvents, collèges, hospices, cimetières et charniers depuis le Moyen Âge jusqu'à la fin du XVIIIe siècle / formé et publié par Émile Raunié. Tome IV, Saint-Eustache, Sainte-Geneviève-la-Petite, nos 1512 à 2053 / revu et mis au point par Max Prinet (p. 317)
  9. a b c et d Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris Par Félix Lazare,L. C. Lazare (p. 243)
  10. [PDF]L’alimentation et les usages de l’eau à Paris du XIIe au XVIe siècle Paul BENOIT - Université Paris 1 (p. 2)
  11. Épitaphier du vieux Paris : recueil général des inscriptions funéraires des églises, couvents, collèges, hospices, cimetières et charniers depuis le Moyen Âge jusqu'à la fin du XVIIIe siècle / formé et publié par Émile Raunié. Tome IV, Saint-Eustache, Sainte-Geneviève-la-Petite, nos 1512 à 2053 / revu et mis au point par Max Prinet (p. 327)
  12. a et b Vie et histoire du Xe arrondissement - éditions Hervas
  13. Recherches critiques: historiques et topographiques sur la ville de Paris ... Par Jean Baptiste Michel Jaillot (p. 26)
  14. Souvenirs du vieux Paris : l'ancien quartier Saint-Merry, les monuments incendiés sous la Commune, variétés, publiés par André Lesage (p. 352)
  15. Les noms de lieux en France, Glossaire des termes dialectaux, par André Pégorier - Couture : ensemble de terrains cultivés en Anjou, Normandie, Ardennes, centre de la France, Ardennes, Flandre, Oise, Saintonge. Par extension, voie qui longe ou qui traverse ces terrains.
  16. Recherches critiques: historiques et topographiques sur la ville de Paris ... Par Jean Baptiste Michel Jaillot (p. 29 et suivantes)
  17. Épitaphier du vieux Paris : recueil général des inscriptions funéraires des églises, couvents, collèges, hospices, cimetières et charniers depuis le Moyen Âge jusqu'à la fin du XVIIIe siècle / formé et publié par Émile Raunié. Tome IV, Saint-Eustache, Sainte-Geneviève-la-Petite, nos 1512 à 2053 / revu et mis au point par Max Prinet (p. 334/335)
  18. Corpus Littéraire Étampois, « Épitaphe de Cantien Hüe » (consulté le 23 février 2010)
  19. [PDF]Série S - BIENS DES ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX SUPPRIMÉS (p. 16)
  20. Histoire de Paris Par J. A. Dulaure (p. 123)
  21. Paris fais-nous peur: 100 lieux du crime, de l'étrange et de l'irrationnel Par Marc Lemonier,Claudine Hourcadette (p. 36)
  22. a et b Épitaphier du vieux Paris : recueil général des inscriptions funéraires des églises, couvents, collèges, hospices, cimetières et charniers depuis le Moyen Âge jusqu'à la fin du XVIIIe siècle / formé et publié par Émile Raunié. Tome IV, Saint-Eustache, Sainte-Geneviève-la-Petite, nos 1512 à 2053 / revu et mis au point par Max Prinet (p. 342)
  23. Pascal Étienne, Le Faubourg Poissonnière : architecture, élégance et décor, Paris, Délégation à l'Action artistique de la Ville de Paris, , 312 p., p. 92-108