Fille d'Egtved

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Fille d’Egtved
Fille d'Egtved
La Fille d’Egtved au musée National du Danemark.
Localisation
Pays Drapeau du Danemark Danemark
Coordonnées 55° 36′ 59″ nord, 9° 18′ 00″ est

Géolocalisation sur la carte : Danemark

(Voir situation sur carte : Danemark)
Fille d’Egtved
Fille d’Egtved
Histoire
Époque 1370 av. J.-Chr.
La fille d’Egtved
Reconstitution du tumulus.
Musée du site.

La Fille d’Egtved (Egtvedpigen) est une jeune femme qui vivait au début de l’Âge du bronze danois (1800 av. J.-C.–530 av. J.-C.), morte vers 1370 av. J.-C. à un âge compris entre 16 et 18 ans, dont le corps momifié a été retrouvé dans les environs d'Egtved, au Jutland.

La découverte[modifier | modifier le code]

La Fille d’Egtved a été découverte par un paysan, Peder Platz, le 24 février 1921 alors qu'il tentait d'égaliser le terrain de son champ. C'est ainsi qu'il découvrit au milieu du tumulus un grand cercueil fait d'un tronc de chêne évidé. Son voisin P. S. Pedersen, appelé à la rescousse, estima qu'il s'agissait d'une véritable trouvaille, et le lendemain les deux hommes expédièrent un courrier au Musée national du Danemark :

« Comme j’ai trouvé un tronc creux en travaillant à l’aplanissement d'un môle au milieu de mes champs, je suppose qu'il s'agit d'une vieille tombe et que celle-ci pourrait intéresser le musée. C’est pourquoi j'ai interrompu mon travail[1]. »

Cette lettre intéressa le Directeur du Musée national, Sophus Müller, au plus haut point. Il pria son correspondant, moyennant dédommagement, d’extraire et de conserver le cercueil, jusqu'à l'arrivée des équipes du musée au mois de mars. Le responsable de ces équipes, Thomas Thomsen, a longuement décrit leur intervention les 5 et 6 mars. Plusieurs photos ont été prises pour montrer les différentes étapes de fouille. Le 7 mars, le cercueil était expédié au musée National ; il entrait dans les collections deux jours plus tard, et commença à être examiné en détail.

Le corps[modifier | modifier le code]

Dans l’atelier de restauration du musée de Copenhague, les conservateurs G. Rosenberg et J. Raklev s’occupèrent de l’examen du cercueil : c’était un tronc de chêne long de 2,00 m à 2,18 m et creusé intérieurement sur 1,80 m. La date d’abattage de l’arbre, déterminée par dendrochronologie, se situe vers 1370 avant J.-C., et l’on peut supposer que l’inhumation de la jeune fille a suivi de peu.

Les conditions de conservation particulières au tumulus ont favorisé la subsistance d’une grande partie des matières organiques de la sépulture. C’est ainsi qu’on a identifié de nombreuses traces de végétaux, parmi lesquels l'achillée millefeuille, qui montrent que l’inhumation s’est déroulée l’été.

Le corps de la défunte était enroulé dans une peau de bœuf très bien conservée. Cette peau recouvrait une grande couverture de laine, repliée plusieurs fois autour du corps et le recouvrant entièrement. Certaines parties du corps ont été préservées : outre les dents et certains tissus mous, on a retrouvé les cheveux, coupés court sur le crâne et les épaules, et mi-longs dans le dos. La jeune femme mesurait environ 1,60 m et, d’après les études les plus récentes sur sa dentition, était âgée de 16 à 18 ans.

Habillement[modifier | modifier le code]

Reconstitution des vêtements de la fille d'Egtved

La défunte a été inhumée vêtue et même parée. Elle portait une tunique courte à manches courtes, d'un type que l'on retrouve dans les sépultures de l'âge du bronze danois, à Borum Eshoj et Skrydstrup par exemple. Elle était cousue d'une seule pièce et fermée dans le dos selon un T.

Sur les hanches, la jeune femme d'Egtved portait une jupe de nattes, ou plus exactement une jupe de fils de laine étirés (les jupes de cette période étaient faites de laine de mouton), qui descendait à hauteur des genoux. Elle portait à la taille une ceinture torsadée ornée d'une plaque-boucle en bronze, simplement nouée. Outre une boucle d'oreille en bronze, la défunte portait deux bracelets de bronze et un peigne en os à la ceinture.

Ces ornements sont typiques des sépultures princières du premier Âge du Bronze dans le Jutland méridional. Le type de jupe même se retrouve dans d'autres tombes, mais elles sont souvent moins bien conservées qu'à Egtved.

Offrandes[modifier | modifier le code]

Il y avait dans le bas du cercueil un grand bol en écorce de bouleau, dans lequel les chercheurs du musée national de Copenhague ont pu identifier les traces d'une boisson : de la bière parfumée au miel ou de l’hydromel, contenant du pollen d'au moins 55 variétés de plantes différentes.

À côté du visage de la défunte, un autre récipient en écorce de bouleau contenait les ossements calcinés d'un garçonnet âgé de 5 à 7 ans. Peut-être était-ce un parent ou la victime d'un sacrifice humain.

Interprétation historique[modifier | modifier le code]

Si l'on considère d'une part la taille imposante du tumulus, plus de 20 mètres de diamètre, et les offrandes déposées dans la tombe, on doit conclure que la fille d'Egtved occupait une position sociale particulière. Plusieurs représentations de jeunes femmes de l'âge du bronze laissent supposer qu'elles jouaient un rôle religieux.

Il reste que la sépulture de la Fille d'Egtved est l'une des mieux conservées et des plus documentées de l'âge du bronze en Europe : on le doit aux précautions prises par Peder Platz et son voisin, qui ont compris l'importance de leur découverte et ont prévenu les experts.

Origine ethnique[modifier | modifier le code]

Comme l'ont révélé les autorités du musée national du Danemark le 21 mai 2015, les analyses au strontium réfutent la thèse selon laquelle le corps momifié serait celui d'une autochtone du Jutland. Les analyses isotopiques des cheveux, des dents et des ongles de la jeune fille montrent en effet qu'elle n'était pas originaire de la région d'Egtved, ni même du Danemark ; l'analyse des isotopes du strontium d'une molaire, combinée à celle des signatures isotopiques des vêtements, permettent de la rattacher au massif de la Forêt-Noire. Karin Margarita Frei, physicienne du musée national du Danemark, a démontré par l'analyse des isotopes du strontium des cheveux les plus longs que cette jeune femme n'est arrivée en Scandinavie que peu de temps avant sa mort : comme les signatures isotopiques des cheveux humains ne sont plus détectables au bout d'un mois, elle était arrivée au Danemark moins d'un mois avant son décès.

Ces analyses montrent également que la jeune femme avait beaucoup voyagé au cours des deux dernières années de sa vie, ayant fait 3 fois le trajet entre la Forêt Noire et Egtved. [2],[3].

La fille d'Egtved aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En 1930, Peder Platz, le propriétaire du champ, marqua l'emplacement de sa trouvaille d'une pierre. La commune d’Egtved souhaitait depuis longtemps reconstituer le tumulus : c'est ainsi qu'en 1980 on procéda à de nouvelles fouilles, qui ont montré qu'à l'origine le tumulus avait un diamètre d'une vingtaine de mètres. On a trouvé en outre, à l'ouest du tumulus, les vestiges d’une tombe à urne datant des environs de l'an 500 av. J.-Chr.

Les vestiges retrouvés à Egtved sont exposés au musée national du Danemark et abondamment présentés sur Internet (cf. les liens ci-dessous). Depuis les années 1920, les chercheurs, et pas uniquement danois, ont proposé diverses reconstitutions des vêtements. Il y a désormais juste à côté du tumulus reconstruit un chalet présentant le site, aménagé en 1980 en collaboration avec le Musée historique de Vejle. On peut y voir des photos du contenu du cercueil de chêne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lone Hvass, Egtvedpigen. Sesam, Copenhague 2000, (ISBN 87-11-13249-3) (mémoire original sur la découverte).
  • Elizabeth Wayland Barber, The Mummies of Ürümchi. Pan, Londres 2000, (ISBN 0330368974).
  • Karl Schlabow, Germanische Tuchmacher der Bronzezeit. Wachholtz, Neumünster 1937 (description complète des vêtements).
  • (de) Henrik Thrane, Reallexikon der Germanischen Altertumskunde, vol. 6, De Gruyter, (lire en ligne), « Egtved », p. 477-478
  • La Fille d'Egtved, Arte, [1]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Da ich beim Einebnen eines alten Hügels auf meinem Grund heute auf einen ausgehöhlten Baumstamm stieß, vermute ich, dass es sich um ein altes Begräbnis handelt und dass dieses von Interesse für das Museum sein könnte. Ich habe deshalb die Arbeit eingestellt.
  2. D'après « Das Egtved-Mädchen ist eine Süddeutsche », sur nordschleswiger.dk (consulté le 21 mai 2015)
  3. (en) Karin Margarita Frei et al., Tracing the dynamic life story of a Bronze Age Female, coll. « Scientific Reports », (DOI 10.1038/srep10431, lire en ligne), chap. 5

Voir également[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Voir aussi[modifier | modifier le code]