Fief vicomtier

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Un Fief vicomtier ou Seigneurie vicomtière, désigne dans une grande partie de la Flandre, en Artois, en Ponthieu et dans quelques autres régions voisines un fief non noble ou bourgeois[1] ("feudum burgense seu ignobile"), mais ayant moyenne justice[2], et pouvant nommer de ce fait un vicomte[3] simple officier de justice[4] seigneuriale dans le comté de Flandre qui ne portait plus le nom de bailli qu'il avait jadis, sans doute pour ne pas le confondre avec les baillis des villes ou des châtellenies et vierschaere[5] qui exerçaient des fonctions judiciaires plus importantes. Ainsi, dans un fief vicomtier ce n'est pas le seigneur qui porte le nom de "vicomte" mais bien le bailli qu'il nomme.

Les fiefs vicomtiers formaient la majorité des fiefs de Flandre et leurs possesseurs ne sont pas qualifiés de "vicomtes" mais de "seigneurs vicomtiers"[6].

Nature du fief vicomtier[modifier | modifier le code]

Dans les Flandres, un fief vicomtier, ou fief à bailli, ne doit pas être confondu avec une vicomté, grand-fief nobiliaire peu fréquent en France. Cela incite aussi à examiner avec prudence l'attribution de la qualité nobiliaire de "vicomte" ou de "vicomté" donnée à des personnages ou à des terres dans des publications récentes et mal documentées, principalement dans les publications de généalogistes peu scrupuleux désireux d'anoblir ainsi à bon compte des familles, ou de leur faire attribuer une reconnaissance de noblesse dans les pays où cela est possible comme la Belgique.

Comme déjà dit ci-dessus, le terme vicomte qui a donné son nom aux fiefs ou arrière-fiefs vicomtiers, était le nom donné au bailli et un fief vicomtier était un fief pouvant nommer un bailli ou vicomte[7]. "Un seigneur vicomtier, dans la châtellenie de Cassel (...) peut faire justice de tous les délicts qui ne sont pas privilégiez, comme fausse-monnoye ou crime de leze-majesté, avec la potence, la corde et la fosse, au lieu que le haut justicier le fait avec le glaive."[8]

L'acquisition d'un fief vicomtier dans le comté de Flandre ne conférait pas la noblesse. On remarque d'ailleurs que la Flandre compte un très petit nombre de familles nobles[9] à partir du XVIIIe siècle, les familles éteintes étant rarement remplacées, non seulement parce que l'achat d'un titre nobiliaire n'était plus assorti d'exemption de charge lourde[10], mais surtout parce que les grands échevinages et les oligarchies bourgeoises municipales des villes de Flandre constamment renouvelées et concurrençant la noblesse en richesse et puissance[11] avaient établi leurs libertés à travers de nombreuses luttes sanglantes contre la noblesse et les grandes baronnies et leur restaient hostiles et afin de conserver leur prestige et autorité et de sauvegarder la cohésion de communautés urbaines solidaires[12] ne souhaitaient pas un anoblissement qui les aurait exclues de la gestion de la cité et de l'estime et confiance du peuple.

La propriété d'un fief vicomtier ou arrière-fief vicomtier, quand il ne dépendait pas d'une baronnie, était le plus souvent, du Moyen Âge[13] jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, le fait de familles bourgeoises des villes du comté de Flandre, ou de familles de riches laboureurs[14], qui ajoutaient parfois à leur nom le patronyme correspondant[15].

Certains fiefs vicomtiers qui n'avaient pas été aliénés faisaient partie jusqu'au XVIe siècle des baronnies des Flandres dont ils dépendaient et étaient restés au mains des grands seigneurs féodaux, possédant les châteaux et forteresses du comté[16]. De nombreux fiefs, simples ou vicomtiers, étaient également possédés par les Abbayes qui étaient les plus grands possesseurs fonciers des Flandres[17]. Comme c'est le cas pour tous les fiefs en droit féodal, il leur sont attachés certains droits spéciaux, notamment sur les cours d'eau et flégards[18]. Il correspond à une juridiction dépendant des cours féodales princières. L'ensemble des fiefs[19] de Flandre relevaient ainsi de 17 cours féodales princières, dont 4 en Flandre maritime : la Châtellenie de Bailleul, la Noble Cour de Cassel, le Perron de Bergues et le Gyselhuis de Bourbourg.

Liste de fiefs vicomtiers[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chanoine Camille Looten et Eugène Cortyl, Contribution à la statistique féodale de la Flandre maritime gros fiefs, terres titrées, noblesse, liste des gentilshommes, fiefs vicomtiers relevant de la cour de Cassel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce fief a appartenu aux XVIIe et XVIIIe siècles à la Famille de Prelle de la Nieppe avant d'être revendu à celle des ducs de Croÿ. Source: Berlette, dans Mémoire de la Société des Antiquaires de la Morinie, Tome 35, première partie, p. 1039.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Code de l’humanité ou la législation universelle, naturelle, civile et politique, Yverdon, dans l’imprimerie de M. De Felice, 1778, tome VI, p. 534 : "Le fief bourgeois, feudum burgense seu ignobile, fief rural ou roturier, ou non noble, sont termes synonymes". La caractéristique d'un fief roturier était de ne pas avoir de justice seigneuriale, à l'exception en Flandre des "fiefs vicomtiers" qui étaient des fiefs roturiers ayant droit de basse-justice. C'est pour cela que l'abbé Aloïs Vanhove classe les "simples fiefs vicomtiers" juste en dessous des fiefs nobles. (Essai de statistique féodale de la Flandre maritime, 1932).
  2. Répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficiale, Paris, Panckouke, 1783, tome 63, p. 290 : "L'usage de désigner sous le nom de seigneurs vicomtiers les seigneurs qui ont moyenne justice, s'est conservé en Artois, dans une grande partie de la Flandre, en Ponthieu et dans quelques autres pays voisins".
  3. Dictionnaire universel ..., Paris, 1743, tome VI, coll. 765 : "En Picardie on appelle encore la moyenne Justice, la Justice Vicomtière ; et l'on définit le Vicomtier comme celui qui a la moyenne Justice et Boutilier définit le Vicomtier, celui qui a la moyenne justice. Ceux-là ne sont point qualifiés Vicomtes; mais seulement Seigneurs Vicomtiers."
  4. Lire : Abbé Aloïs Vanhove, Essai de statistique féodale de la Flandre maritime. Première partie. Châtellenie de Cassel, La Motte au Bois, Territoire de Merville, éditions du comité flamand de France, 1932, p. 15 : "il (le bailli) ne conserva même pas son titre que remplaça celui de vicomte et, personnage effacé, il n'eut plus que de modestes émoluments et de vagues fonctions".
  5. Il y avait également un bailli de la châtellenie (casselrye), grande division administrative du comté, adjoint directement au châtelain personnage plus important qu'un simple bailli seigneurial.
  6. Dictionnaire universel ..., Paris, 1743, tome VI, coll. 765 : "l'on définit le Vicomtier comme celui qui a la moyenne Justice et Boutilier définit le Vicomtier, celui qui a la moyenne justice. Ceux-là ne sont point qualifiés Vicomtes; mais seulement Seigneurs Vicomtiers."
  7. Lire : Abbé Aloïs Vanhove, op. cit., p. 44 : "Toute seigneurie vicomtière avait le droit de nommer un bailli".
  8. Coutume de la ville et de la châtellenie de Cassel - traduction van den Hane, in Coutumes et lois des châtellenies du comté de Flandre, Cambrai, 1719, t. III, art. VIII. Claude Longeon, Dossier Berquin, p. 5.
  9. Ainsi en 1789 l'assemblée de la noblesse de Flandre maritime ne compta que vingt-trois familles qui présentèrent cent nobles dont seulement quarante résidaient en Flandre maritime. Lire : E. Cortyl, "Terres titrées et noblesse de la Flandre maritime", dans : Bulletin du Comité flamand de France, 1907, pp. 157-165.
  10. Georges Lefèbvre, Les paysans du Nord pendant la Révolution française, Paris, 1924, p. 24, texte repris en ligne par Claude Longeon, Dossier Berquin, p. 5.
  11. Pierre Feuchère, "La bourgeoisie lilloise au Moyen Âge", dans : Annales, 1949, pp. 421-430.
  12. Lire : Philippe Guignet, Le pouvoir dans la ville au XVIIIe siècle. Pratiques politiques, notabilité et éthique sociale de part et d'autre de la frontière franco-belge, Paris, 1990 ; ainsi que : Agathe Leyssens, Élites municipales, corporations et pouvoir à Dunkerque au XVIIIe siècle, Université de Lille 3, thèse dactylographiée, 2006 (voir le compte rendu dans : Revue du Nord, 2008, p. 603) ; et encore : Yves Junot, Les bourgeois de Valenciennes : anatomie d'une élite dans la ville, 1500-1630, Villeneuve d'Ascq, 2009.
  13. Dès le Moyen Âge les bourgeoisies urbaines flamandes ont acquis les fiefs du "plat pays" entourant leurs cités pour en assurer sans entraves le ravitaillement en blé, viande et autres produits agricoles et constitué ainsi un territoire contrôlé par les échevinages. Georges Lefebvre, op. cit., fait remarquer qu'en Flandre maritime les nobles ne possédaient que 9 à 11 pour cent des terres.
  14. Comme par exemple la famille d'origine de Joseph Duvet, seigneur vicomtier, dont les tentatives d'usurpation de certains privilèges honorifiques de la noblesse et les procès qu'il a perdus de ce fait ont été étudiés par Fabrice de Meulenaere, À propos des droits honorifiques en Flandre maritime : le cas de Joseph Duvet, dans : Le Parchemin, n° 367, 2007, pp. 52-75.
  15. Georges Lefèbvre, Les paysans du Nord pendant la Révolution française, Paris, 1924, p. 167 : "Si les terres titrées et les gros fiefs de la Flandre maritime étaient, au XVIIIe siècle, généralement possédés par des familles de noblesse étrangère à notre province, les fiefs vicomtiers, souvent de revenu médiocre, étaient entre les mains de la bourgeoisie des villes flamandes. Ses membres ajoutaient souvent à leur nom patronymique le nom du fief que leur famille possédait". Ce texte est repris tel quel par Claude Longeon, Dossier Berquin, p. 5.
  16. Exemple de la baronnie de Cysoing en comté de Flandre, enclavement de l'Empire qui comprenait une vingtaine de fiefs vicomtiers parmi lesquels Douvrin, Brocquenoye, Fretin, Aigremont ou la Verdrie. Lire : Théodore Leuridan, Les Sires de Cysoing et leur domaine féodal, éd. Le Livre d'Histoire.
  17. Ainsi par comparaison : Robert Devleeshouwer, L'arrondissement du Brabant sous l'occupation française 1794-1795. Aspects administratifs et économiques, Bruxelles, Université Libre de Bruxelles, Institut de Sociologie, 1964, p. 35: « En Brabant, le clergé est réputé posséder les deux tiers de toutes les propriétés. Dans cette province, en 1785, les abbayes les plus importantes jouissent des revenus suivants: Tongerloo, 123 375 florins; Afflighem, 120 000; Villers, 103 117; Saint-Bernard, 101 737; Saint-Michel, 74 063; Forest, 64 444; Averbode, 63 864; Grimberge, 56 994; Parc, 46 674 et La Cambre, 40 000 florins. ».
  18. Comte (titre pontifical) Auguste Menche de Loisne, Dictionnaire topographique du Département du Pas-de-Calais, Imprimerie Nationale, 1907.
  19. Il n'existe pas une liste exhaustive des milliers de fiefs vicomtiers de Flandre, mais l'Abbé Aloïs Vanhove en a décrit succinctement plus de 300.
  20. Mémoire de la Société des Antiquaires de la Morinie, tome 34, 1926, pp. 558 et 559 : "1618. - Pierre de Coppehem, nottaire hérédittaire de la ville de St Omer, tient les fiefz cy-après déclarez .....Item encoir un fief séant au village de Tilcques nomé le fief de le Nieppe, auquel il y at seigneurie fonssière et viscomtière,.. à luy succédé et escheu par le trespas de Jan d'Ausque, écuier, seigneur de Vinselle, comme cousin et héritier d'iceluy..... En marge : Le 20e de may 1655, Pierre de Coppehem, filz dudit Pierre a seullement payé 13 l. par. 12 s. 6 d. pour le relief... Le 16 octobre 1670, messire Jan de Coppehem at payé le relief des fiefz au texte à luy escheuz par le trespas dudit Pierre, son frère. (Reg. aux Fiefs, Arch. de St-O. AB. XII, 5, f(os) 110 r° et 111.)

Voir aussi[modifier | modifier le code]