Festival de la Saint-Loup

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Festival de la Saint-Loup
Gouel meur korolloù Breizh
Image illustrative de l'article Festival de la Saint-Loup
Logo créé en 2014 par Youéna Baron.

Genre Musique bretonne, musique celtique, chanson
Danse bretonne
Lieu Guingamp, Bretagne, France
Coordonnées 48° 33′ 48″ nord, 3° 09′ 00″ ouest
Période août
Date de création 1853
Direction Jean-Pierre Ellien (1984-2013)
Site web www.festival-saint-loup.bzh

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Festival de la Saint-Loup

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Festival de la Saint-Loup

Le festival de la Saint-Loup (Gouel Sant-Loup ha dañs Breizh en breton), est un festival de musique celtique qui se tient tous les ans à Guingamp dans les Côtes-d'Armor en Bretagne durant la deuxième quinzaine d'août. Créée au XIXe siècle, la fête est depuis 1957 consacrée à la danse bretonne. Le week-end, la Saint-Loup accueille les cercles celtiques dans le cadre du concours national de danses bretonnes organisé par la confédération Kendalc'h.

Les bagadoù et pipe bands animent chaque année la fête, mais aussi des groupes traditionnels de Galice et des Asturies. Les musiciens et danseurs irlandais compètent l'ambiance celtique. Le chant est également mis en avant chaque soir, qu'il soit breton, gallois, gaélique, français, anglais, corse... L'hymne breton, le Bro gozh ma zadoù est entonné à la fin de la fête, après avoir dansé la dérobée, une danse populaire guingampaise.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'origine religieuse : pardon, bal et dérobée[modifier | modifier le code]

La chapelle Saint-Loup à Pabu.

Le pardon religieux dédié à saint Loup se tenait dans les prairies attenantes au château de Runevarec, en Pabu, appelé Saint-Loup car sa chapelle est dédiée à Loup de Troyes. Selon le spécialiste de la danse bretonne, Jean-Michel Guilcher, qui se base sur des témoignages oraux : « L'origine de la fête elle-même remonterait au plus lointain passé. À Guingamp, les fêtes de la Saint-Loup auraient été rétablies dans le premier quart du XIXe siècle, après une interruption durant la période révolutionnaire. L'initiative de la reprise serait venue d'un groupe de bourgeois de la ville. »[1]

L'arrivée en musique de la dérobée à Guingamp.

En 1848, d'après un article du journal local, le Publicateur des Côtes-du-Nord, on y célèbre la fête le premier week-end de septembre par un pardon suivi d'un bal champêtre ; « on s'en est revenu en ville en dansant sans discontinuer la dérobée et le soir, les danses ont encore repris sur la place du Centre au milieu des illuminations »[2]. Au XIXe siècle, la danse « dérobée » se pratique en cortège depuis Pabu jusqu'à Guingamp suivant plusieurs itinéraires et les danses démarrent au centre-ville vers huit heures du soir d'après le règlement de 1853[2]. En 1850, le prix d'entrée de la place du centre était modique, trente centimes et l'esprit reste bon enfant. Au fur et à mesure, la fête prend de l'ampleur et attire un public venu de plus en plus loin[3].

Les animations profanes : danse, culture et société bretonne[modifier | modifier le code]

La fête populaire accueille des tournois de gouren.

La ville de Guingamp s'implique de plus en plus dans la fête, financièrement ou dans l'organisation : l'inauguration de la ligne de train Paris-Guingamp en 1863, en 1893 c'est l'inauguration de l'éclairage au gaz, la fête de l'alliance franco-ruse en 1897, la fête aéronautique en 1913, la visite du Président Poincaré en 1923[4]. D'autres animations se rajoutent au programme : dans les années 1870, la soirée du samedi est rajoutée en organisant une retraite aux flambeaux, en 1893 il y a une fête aéronautique et en 1899, des concours de tir aux pigeons et de tir à la carabine sont organisés le lundi matin. Très tôt aussi, la Saint-Loup s'associe à d'autres manifestations bretonnes. En 1900, les réjouissances du pardon s'étalent ainsi sur plus d'une semaine, lorsque l'Union régionaliste bretonne organise un congrès à Guingamp. L'année suivante, toujours en parallèle des fêtes, se tient la première réunion du Gorsedd de Bretagne, inspiré du collège bardique gallois. En 1909, les premiers tournois de gouren, la lutte bretonne, sont organisés le dimanche matin. Cette pratique reste par la suite ancrée dans la fête[3].

La danse mazurka dans la prairie.

Dans les années 1920, la place importante laissée à la culture bretonne à Guingamp se confirme et la fête à Pabu garde son côté champêtre. Les gens continuent de descendre dans la soirée la rue de Montbareil en dansant la dérobée et en suivant les codes : les enfants en premier, chantant des comptines, puis les adolescents et enfin les adultes, tout le monde en cadence[5]. Jean-Michel Guilcher souligne que la Saint-Loup a conservé plus longtemps qu'ailleurs « le caractère de cortège dansant ouvert à tous, bourgeois, commerçants, employés et artisans. Les participants dansaient tout l'après-midi dans le champ de la Saint-Loup, distant de la ville de deux kilomètres environ. Le répertoire (scottishes, mazurkas, polkas, pas de quatre) était celui des salons, les costumes ceux de la mode parisienne »[2].

L'Entre-deux-guerres et le renouveau culturel[modifier | modifier le code]

Les deux guerres mondiales stoppent momentanément la fête. En 1925, le lundi de la Saint-Loup coïncide avec l'organisation de la fête du Bleun Brug à Guingamp. Elle intègre un défilé historique, avec une duchesse Anne guingampaise, une noce bretonne et de nombreux groupes en costume. Le succès reste mitigé : de tradition radicale et volontiers anticléricale, Guingamp se méfie de ce Bleun Brug jugé trop lié à l'Église. À partir de 1935, la Saint-Loup renforce la place des musiques et danses traditionnelles. Des sonneurs de bombarde et binioù sont conviés chaque année et pour la première fois, en 1937, un cercle celtique, celui de Bégard, intervient en renfort pour danser la dérobée, dont les pas semblent de plus en plus ignorés par la population locale[6].

Le cercle Kroaz Hent Gwengamp.

Après 1945, la Saint-Loup peine à retrouver son audience populaire, la pluie rend impraticable le champ de Runvarec et la fête ressemble plus à une sorte de kermesse[7]. Dès 1953, la Saint-Loup se cantonne au centre de Guingamp mais les organisateurs s’interrogent sur la manière de redorer l'attrait de la vielle fête. À partir de 1957, bagadoù et cercles celtiques intègrent la Saint-Loup. La confédération de cercles Kendalc'h et le comité des fêtes ont l'idée de créer une fête qui ressemble à la version contemporaine du festival et qui se déroule mi-août sur deux jours : défilé le samedi soir et danse le dimanche. Depuis 1957, le festival sert de cadre au concours national de danses bretonnes de la confédération Kendalc'h[8]. La première édition de la « nouvelle formule » est un succès ; en présentant la richesse du patrimoine traditionnel, près de 30 000 personnes assistent aux prestations des trente cercles et bagadoù[7].

Le revival de la tradition[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, la musique traditionnelle est en plein renouveau et le grand public découvre la musique bretonne sous un autre jour. Les costumes traditionnels sont revisités, les jupes des danseuses se raccourcissent et les cercles bretons innovent dans leurs chorégraphies, motivés par les créations proposées en concours[9]. En 1985, le comité d'organisation élit un nouveau président, Jean-Pierre Ellien, fondateur du bagad Gwengamp, qui va accompagner une évolution notoire de la Saint-Loup. En effet, à partir des années 1980, le festival se déroule sur neuf jours[7] et à partir de 1990, une journée dédiée aux enfants membres de cercles, le Bugale Breizh, est fixée le premier dimanche de juillet[6].

Le rockeur breton-belge Julien Jaffrès sur scène en 2013.

Chaque année, ce rendez-vous de la culture bretonne prend toujours un peu plus d'ampleur : près de 2 500 sonneurs, artistes et danseurs venus de tout le monde celtique (gallois, écossais, irlandais, asturiens, galiciens...) fréquentent la ville du Trégor[10]. Un pipe band écossais défile lors de chaque édition[11]. De nombreuses animations, expositions, fest-noz, concours folkloriques jalonnent la semaine et des concerts ont lieu tous les soirs. En 2007, la 50e édition du festival programme du rock celtique avec Alan Stivell, EV, Red Cardell, Tri Yann[Note 1]. ou encore la Galicienne Susana Seivane et la banda de gaitas Zuncurrundullo[13].

En 2011, un livre écrit par Loïc Le Guillouzer retrace l'histoire du festival depuis les années 1930, accompagné des illustrations de Jeanic Le Voyer[14]. Jean-Pierre Ellien, président du festival depuis 1984, décède le 18 octobre 2013[15]. Hervé Rouault prend sa succession à la présidence du festival[16]. À partir de 2014, les éditions se déroulent sur six jours[17].

Programmation[modifier | modifier le code]

Années 2010[modifier | modifier le code]

Principaux chanteurs et/ou groupes
Année Jour Artistes
2017 Mardi 15 Gwennyn, World Wild Orchestra
Mercredi 16 Susana Seivane, Eostiged ar Stangala
Jeudi 17 Bagad de Lann-Bihoué et cercle du Croisty, Ronan Le Bars Group
Vendredi 18 Gérald de Palmas, Awatiñas Bolivie
Samedi 19 Fest-noz
Dimanche 20 spectacles traditionnels, animations gratuites et fest-noz de clôture
Lundi 21 Amir
2016 Mardi 16 Marina Kaye
Mercredi 17 Kabardino-Balkarie (Russie), Treizour (cercle celtique de Douarnenez, Annie Ebrel, Marthe Vassalo)
Jeudi 18 Miossec, Colline Hill
Vendredi 19 Denez, Nolwenn Korbell
Samedi 20 Carré Manchot
Dimanche 21 spectacles traditionnels, fest-noz (Bour-Bodros...)
2015 Mardi 18 Fréro Delavega
Mercredi 19 Buzz Buddies, The Very Bras Stal, défilé de mode et danses Kendalc'h
Jeudi 20 Sanfuego, « Dañs Akademi » avec Eric Marchand
Vendredi 21 Carlos Nuñez avec le Bagad Gwengamp, The World Wind Orchestra, Orchestre communautaire de Guingamp
Samedi 22 « Des modes et nous » (défilé de costumes et concours), spectacle folklorique, fest-noz
Dimanche 23 Fest-noz
2014 Dimanche 17 défilés, concert de bagadoù, spectacle folklorique avec six bagadoù et quatre cercles, finale du championnat Dañs Excellañs de la confédération Kendalc'h, tournoi de gouren, fest-noz de clôture
Samedi 16 challenge de la Dérobée et soirée fest-noz
Vendredi 15 après-midi traditionnel (bagadoù et cercles des Côtes-d'Armor) et soirée rock celtique (Raggalendo, Gérard Jaffrès)
Jeudi 14 Renan Luce, Alte Voce (ensemble corse), Les Souillés de fond de cale et le Bagad de Plouha
Mercredi 13 Thomas Fersen, Ronan Le Bars (uilleann pipe), CoverTramp (réplique de Supertramp)
Mardi 12 Capercaillie, BreizhaRock, Eostiged ar Stangala
2013 Dimanche 18 spectacles
Samedi 17 concours national de danse bretonne, challenge de la dérobée, fest-noz
Vendredi 16 Dominique Dupuis, Dan Ar Braz et le bagad Kemper
Jeudi 15 défilé, spectacle folklorique, Tradans 22, soirée musicale Asturies et Galice
Mercredi 14 Ronan Le Bars Groupe, Catherine Lara
Mardi 13 les Breuvachons, création anniversaire du bagad de Lann-Bihoué avec le cercle du Croisty
Lundi 12 soirée rock celtique avec Julien Jaffrès, Pat O'May et Martin Barre
Dimanche 11 soirée irlandaise l'Irlande avec le groupe Lúnasa et le spectacle « West Connemara Story »
Samedi 10 carte blanche au cercle de Pommerit-le-Vicomte, création Bahoteries du bagad Roñsed-Mor
2012 Dimanche 19 défilé, concours national de la danse bretonne, spectacle folklorique, dérobée finale, fest-noz
Samedi 18 challenge de la dérobée, concours national de danse bretonne, fest-noz avec les Frères Morvan, Kedal...
Vendredi 17 I Muvrini, The Camelon & District pipe band (Écosse)
Jeudi 16 Nuit magique de l'Irlande avec Martin O'Connor et le spectacle Avalon Celtic Dances
Mercredi 15 défilé, spectacle folklorique, dérobée finale, Tradans 22 avec les cercles de Lanvollon, Trégueux et Pordic, soirée musicale (Bretagne, Écosse, Asturies, Galice)
Mardi 14 Hugues Aufray, Banda de Gaitas Fonte Fuécara (grande création asturienne)
Lundi 13 Merzhin, Breizharock[18] (bagad, Pat O'May, Soïg Sibéril...)
Dimanche 12 Soldat Louis, Bayati
Samedi 11 Gilles Servat, Shantalla
2011 Dimanche 21 concours de la danse bretonne, concert des bagadoù et groupes étrangers, concours de musiques solistes (bretonne, écossaise, pipebroc'h), défilé, spectacle folklorique (Bretagne, Écosse, Asturies, Galice), tournoi international de gouren, grande dérobée finale et fest-noz final
Samedi 20 fest-noz de la Saint-Loup avec Pevar Den, les Frères Morvan, les frères Cornic et Ker Lutin, challenge de la dérobée, concours national de la danse bretonne, création autour des danses du pays gallo-vannetais
Vendredi 19 Tri Yann, Lleuwen (Pays de Galles)
Jeudi 18 Red Cardell, The Levellers
Mercredi 17 Nolwenn Leroy, "Xideces" (Gaïtas Llacin et Felpeyu)
Mardi 16 Celtic Legends, nuit magique de l'Irlande, Doolin
Lundi 15 défilé des groupes (bagadoù et cercles), spectacle folklorique, soirée musicale Écosse, Asturies et Galice, dérobée finale
Dimanche 14 Cécile Corbel, "Glenmor l'insoumis" (hommage à Glenmor)
Samedi 13 Bleuniadur ("Deuit Ganin"), "Swingkalon" (cercle de Quimperlé et Evit Dans)
2010 Dimanche 22 bagadous et groupes étrangers, concours de musique soliste, défilé, grand spectacle folklorique, concours national de danse bretonne, tournoi international du Gouren, grande dérobée finale, fest-noz final
Samedi 21 concours national de la danse bretonne, création autour des danses du Pays de Rennes, fest-noz
Vendredi 20 Ronan Le Bars et Nicolas Quéméner, Denez Prigent
Jeudi 19 I Muvrini avec Alte Voce, La Talvera
Mercredi 18 Amzer Bretagne (création avec Yann-Fañch Kemener, Aldo Ripoche et le groupe Diese 3), Shaskeen
Mardi 17 soirée rock-pop music maker, The Silencers
Lundi 16 Kroas Hent Gwengamp et Dekoeff, création chorégraphique et musicale
Dimanche 15 défilé des groupes et bagads, festival traditionnel des Côtes-d'Armor, dérobée finale
Samedi 14 Toss, Alan Stivell
Pat O'May et Martin Barre le 12 août 2013

Années 2000[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Angelo Branduardi, initialement programmé, n'a pu assurer sa prestation. Il a été remplacé par Tri Yann[12].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chartier 2005, p. 20
  2. a, b et c Chartier 2005, p. 21
  3. a et b Chartier 2005, p. 23
  4. Simone Toulet, « La Saint-Loup à Guingamp », Musique bretonne, septembre 1989, p. 14
  5. « La Saint-Loup, une fête locale devenue festival », Ouest-France, 15 août 2011
  6. a et b Chartier 2005, p. 24
  7. a, b et c Chartier 2005, p. 25
  8. Saint-Loup, championnat de danse bretonne sur le site de la confédération Kendalc'h
  9. Chartier 2005, p. 27
  10. Collectif (Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette), « Côtes d'Armor 2013 », Petit Futé, 2013, p. 33
  11. Chartier 2005, p. 26
  12. « Une St-Loup arrosée et une dérobée conservée », Ouest France,‎ (lire en ligne).
  13. « La Saint-Loup fête ses cinquante ans », Ouest-France, 4 mai 2007
  14. Édition. « Les ponts de la Saint-Loup », Le Télégramme, 10 novembre 2011
  15. Mort de Jean-Pierre Ellien. La Saint-Loup orpheline, Le Télégramme, 19 octobre 2013
  16. Hervé Rouault, président du festival de la Saint-Loup, lechodelargoat.fr, 7 novembre 2013
  17. Sterenn Duigou, Saint-Loup. Thomas Fersen et Renan Luce à l'affiche, Le Télégramme, 23 mars 2014
  18. Site internet du groupe Breizharock : www.breizharock.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Simone Toulet, « La Saint-Loup à Guingamp », Musique bretonne, septembre 1989, p. 14-15, lire en ligne
  • Erwan Chartier, « La Saint-Loup à Guingamp », ArMen, no 147,‎ , p. 20-27
  • Les ponts de la Saint-Loup, Loïc Le Guillouzer et Jeanic Le Voyer, février 2012, éditions Les Oiseaux de Papier

Liens externes[modifier | modifier le code]