Festival d'Amougies

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Festival d'Amougies
Festival Actuel
Genre Pop et Free jazz principalement
Lieu Amougies, Drapeau de la Belgique Belgique
Période Festival original du au
Rééditions en 1994 et 2014
Date de création 1969
Fondateurs Byg Actuel

Le festival d’Amougies, aussi appelé "festival Actuel", est l’un des premiers grands festivals de musique pop européen dans la veine du festival de Woodstock. Il a été organisé par le label français Byg Actuel et parrainé par Actuel, le magazine phare de la culture underground appartenant à Byg. Le festival s'est déroulé dans le village d'Amougies, en Belgique, du 24 au 28 octobre 1969, après que le festival fut forcé de changer plusieurs fois de lieu dans le climat politique tendu de l’après Mai 68. Les musiciens invités comprenaient notamment Pink Floyd, Ten Years After, Archie Shepp, The Nice, Art Ensemble of Chicago, Yes, Gong, Soft Machine, Pierre Lattès ainsi que Frank Zappa étaient les maîtres de cérémonie du festival.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le mouvement hippie[modifier | modifier le code]

Le mouvement hippie est né aux États-Unis dans les années 1960, en particulier en réaction à la guerre contre le Viêt Nam. Il est marqué par de grands rassemblements musicaux : Monterey en 1967, l'île de Wight en 1968, 1969 et 1970, et le plus fameux, le Festival de Woodstock en 1969. Cette tendance s’est ensuite répandue en Europe continentale à la fin des années 1960. En France, les événements de mai 68 ont sans aucun doute eu une influence sur le mouvement.

Organisation du festival[modifier | modifier le code]

Un rassemblement comme celui d'Amougies n’était pas particulièrement bien vu par la population locale ou l’administration qui avaient sans doute des craintes quant à la réputation des jeunes hippies. C’est pourquoi les organisateurs Jean Georgakarakos et Jean Luc Young, eurent beaucoup de mal à obtenir les autorisations nécessaires à la mise en place du festival.

En effet, celui-ci était originellement prévu dans la région de Paris, aux Halles, puis à Vincennes et Saint-Cloud. Les autorités françaises (dont le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin), ayant le souvenir encore frais des événements de mai 68, expulsèrent le festival qui fut alors programmé à Courtrai[1]. Il fut ensuite déplacé à nouveau pour atterrir in extremis à Amougies, petit village paisible du Hainaut. Les affiches indiquant la ville de Courtrai, de nombreux hippies débarquèrent dans cette ville proche avant de se rendre dans le village où avait effectivement lieu le festival.

Un tel événement demandait évidemment une grande organisation. Des réunions ont eu lieu entre les organisateurs, les autorités locales et les responsables de l’ordre pour le préparer.

Le bourgmestre de l’époque ayant insisté pour que les commerçants du village nourrissent la foule et pour que le personnel d’entretien soit également issu de la commune, les rentrées d’argent pour les habitants du village furent assez importantes. Les commerçants en particulier ont retiré de nombreux avantages de l’événement. Leurs magasins ont été littéralement dévalisés et leurs bénéfices se chiffrèrent en millions de francs belges. Ce furent surtout les magasins alimentaires qui profitèrent de ces rentrées d'argent importantes, par exemple la boulangerie qui tournait 24H/24 pendant la durée du festival.

Les infrastructures[modifier | modifier le code]

Le terrain sur lequel le chapiteau du festival fut dressé était en fait un champ appartenant à un fermier du village. Le chapiteau couvrait une superficie de 5 500 m2, avec un podium de plus ou moins 200 m2. En ce qui concerne le logement, le Bourgmestre de l’époque avait mis à disposition de certains festivaliers des locaux appartenant à la commune. Les autres séjournaient dans des hôtels, des chambres d’hôte dans la région, et souvent sous le chapiteau même, enfouis dans des sacs de couchage.

Sécurité[modifier | modifier le code]

La sécurité autour du festival a été orchestrée par une mobilisation de forces de police avec des renforts venus de Charleroi. Malgré quelques cas d’ivresse, ils n’ont pas dû réellement intervenir pour calmer la foule. Il faut dire que la mentalité hippie ne favorisait pas vraiment les grands débordements. Les services médicaux n’ont pas non plus été très sollicités. On nota bien sûr quelques cas de consommation de stupéfiants, mais là encore, ils ne furent pas de grande ampleur.

Malgré le calme global dans lequel s'est déroulé l'événement, le dimanche, il y eut un petit incident : certains hippies n’avaient pas les moyens de payer l’entrée et voulaient accéder tout de même au festival. Bien sûr, les organisateurs n’étaient pas du même avis. Les hippies ont alors manifesté leur mécontentement et il a fallu trouver un compromis : ceux qui ne pouvaient pas payer ne pourraient accéder au festival qu’une fois qu’il serait commencé.

Programme[modifier | modifier le code]

Une cinquantaine de formations et groupes montèrent sur scène durant le festival. Ceux-ci étaient essentiellement orientés pop et free jazz.

Le nombre de spectateurs ayant assisté aux concerts est évalué à 80 000 ; on en attendait 30 000 de moins.

Il est à noter que Frank Zappa joua avec plusieurs participants, parmi lesquels Sam Apple Pie, Blossom Toes, Caravan, Pink Floyd, Archie Shepp et Captain Beefheart.

Vendredi 24[modifier | modifier le code]

Le festival fut ouvert par le groupe Alan Jack Civilization qui ne réussit pas à contenter le public. De même pour des groupes comme Zoo, Indescriptible Chaos Rampant et Frogeaters. Cependant le festival eut son lot de consolation avec des excellences telles que Martin Circus, Ame Son, Cruciferius, We Free, Gong avec le tambour napoléonien Daniel Laloux, Burton Greene et surtout le groupe Ten Years After ainsi que la grosse découverte du festival: Colosseum. L'Art Ensemble of Chicago pasticha les rockers avec Joseph Jarman, entièrement nu, empoignant une guitare électrique de main de maître. Malgré cela le nombre de personnes attendues n’était pas au rendez-vous ce jour-là, ce qui laissait quelques craintes quant à la réussite du festival.

Samedi 25[modifier | modifier le code]

Le samedi fut plutôt consacré à la musique jazz et le groupe d’ouverture, les Blues Convention, dut s’éclipser à cause de l'accueil défavorable du public. Leur succédèrent Freedom, Sunny Murray, Alexis Korner (accompagné par une section de cuivres), Don Cherry en duo avec Ed Blackwell, le pianiste Joachim Kühn avec Jean-François Jenny-Clark et Jacques Thollot. Enfin, le groupe le plus attendu, Pink Floyd, monta sur scène. Frank Zappa se joignit à eux pour une improvisation de plus de 20 minutes sur Interstellar Overdrive.

Dimanche 26[modifier | modifier le code]

Beaucoup des gens des environs profitèrent du dimanche pour venir admirer le cirque des débraillés hippies. C'était en effet un spectacle peu courant dans un endroit aussi paisible. Ce jour-là se produisaient Blossom Toes, le Germ dirigé par Pierre Mariétan, ainsi que Caravan, The Nice et Archie Shepp qui firent un triomphe.

Lundi 27[modifier | modifier le code]

Lundi soir, trois jazzmen enflammèrent le festival : Arthur Jones, Ken Terroade et Clifford Thornton. Puis le groupe Yes offrit un contraste par rapport à cette musique jazz. Les groupes qui suivirent furent les Pretty Things qui réveillèrent un peu la foule des spectateurs allongés sur le sol, suivis par les 360° Music Experience, John Surman, Sonny Sharrock, Acting Trio.

Mardi 28[modifier | modifier le code]

Après un court passage des revenants de Zoo, le show put commencer avec un choc, le groupe East of Eden perçu comme un des favoris du festival. Des groupes intéressants les suivirent : les Sam Apple Pie, Soft Machine, Steve Lacy, Captain Beefheart, Musica Elettronica Viva et enfin Fat Mattress pour clôturer l’ensemble des festivités.

Le film[modifier | modifier le code]

Un film tourné par Jérôme Laperrousaz et Jean-Noël Roy[2] pendant le festival tint l'affiche une semaine à Paris mais fut interdit, en particulier à l'injonction de Pink Floyd. Le producteur du festival n'avait en effet pas acquis les autorisations nécessaires et n'avait pas toujours réglé les sommes qu'il devait aux divers musiciens. Le film est resté invisible depuis.

"Revival" (1994, 2014)[modifier | modifier le code]

Le Festival Actuel a donné à l’époque une certaine renommée au village d’Amougies et à la région. Son souvenir reste bien présent dans les mémoires de nombreuses personnes. Les retombées ont été positives dans l’ensemble, et les autorités de l’époque étaient même prêtes à recommencer un tel événement.

25 années plus tard, le 17 septembre 1994, un « revival » fut organisé : le « New Festival » d'Amougies[3]. À l'affiche, Risky Blues, Jo Lemaire, Axelle Red, Alvin Lee, Khaled, Arno et Boy George. Malheureusement, il n’eut pas le succès escompté.

2014 est l'année de commémoration des 45 ans du festival. Pour l'occasion, un festival est organisé le 23 août 2014 sur l'aérodrome d'Amougies.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Les folles nuits d’Amougies » par Paul Alessandrini, dans Rock&Folk no 35, décembre 1969.
  • Blog de Jean-Jacques Birgé
  • Texte de Léon Cobra, affiche du Festival
  • Article d'Édouard Launet (Libération)
  • J-P. Beghin et P. Lepoutte (24 octobre 2009), Il y a 40 ans avait lieu le « Woodstock belge », in Courrier de l’Escaut, no 249,pp. 2-3
  • R. de Ruiyter (1969), Amougies a encore fait le plein, in Le Courrier de l’Escaut, no 254, p.5
  • M. Heatley, L’encyclopédie du Rock, Paris, Presse de la Cité, 1994/96. Hors Collection.
  • Lucien Suel, Amouji / Amougies (en version picarde, française et picarde en vers justifiés), Le Moulin des Loups supplément numéro 3, « collection de l'Orchestrophone », Sur le chemin d'Arthur, décembre 2014 / janvier 2015.
  • A. Lietart (1969), A 24h du « Festival interdit » qui doit être une réussite, Amougies est fin prêt, in : L’Avenir du Tournaisis, no 297, p.2
  • C. Maraite (1969), Les hippies ont démarré « à froid », in Le Courrier de l’Escaut, no 251, p.4
  • C. Maraite (1969), Amougies, c’est fini, in Le Courrier de l’Escaut, no 254, p. 5
  • M. Millecamps (28 octobre 2009), Il y a 40 ans, Amougies se la jouait Woodstock, in Nord Eclair
  • W. Van Straelen (1969), Le festival “Actuel” d’Amougies, in: L’Avenir du Tournaisis, no 299-300, p. 4

Lien externe[modifier | modifier le code]