Festival Ouidah 92

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Festival Ouidah 92
Image illustrative de l’article Festival Ouidah 92
Logo du Festival Ouidah 92 dans la forêt sacrée de Kpassè.

Lieu Ouidah (Bénin)
Coordonnées 6° 22′ 00″ nord, 2° 05′ 00″ est
Date de création 8-18 février 1993

Géolocalisation sur la carte : Bénin

(Voir situation sur carte : Bénin)
Festival Ouidah 92

Le Festival Ouidah 92 est le premier festival mondial des arts et cultures vodun, organisé du 8 au 18 février 1993[1] à Ouidah au Bénin, à l'initiative du président Nicéphore Soglo.

Date[modifier | modifier le code]

Alors que l'année 1992 marque le 500e anniversaire de l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique, ces commémorations, qui associent étroitement l'Europe et l'Amérique, sont mal vécues en Afrique, car elles négligent le rôle de ce continent et passent sous silence le commerce triangulaire et la traite des esclaves africains.
Avec l'appui de l'Unesco, un projet ambitieux, La Route de l'esclave, se prépare à Haïti en 1991. Au Bénin également, plusieurs initiatives sont en gestation pour développer un tourisme de mémoire[2]. Le 10 avril 1992, un an après son élection, le président Soglo lance alors le projet Ouidah 92. Prévu pour le mois de décembre 1992, il est retardé et n'a lieu qu'en février 1993, mais conserve son nom initial, Ouidah 92[3]. L'organisation de cette manifestation, qui dure une dizaine de jours, est confiée à l’écrivain et poète Noureini Tidjani-Serpos, à l'époque délégué permanent adjoint à l'Unesco[4].

Objectifs[modifier | modifier le code]

Les objectifs affirmés sont de faire accéder la culture vodun à l'universalité et de recomposer les rapports de force Nord/Sud et Sud/Sud en rassemblant la diaspora noire autour de la culture vodun et de mettre en valeur le patrimoine culturel du pays. Plus largement il s'agit d'attirer un tourisme culturel et de ressouder la nation béninoise autour de la mise en valeur de sa diversité culturelle[3].

Cependant Ouidah 92 doit faire face aux réticences de l'Église catholique à l'égard du vaudou. En outre, du fait du report de la date, le festival en vient à coïncider malencontreusement avec la seconde visite du pape Jean-Paul II au Bénin. Le festival suscite aussi la colère des tradipraticiens, exclus de la manifestation[3].

Circuit mémoriel[modifier | modifier le code]

De fait il subsiste peu de vestiges du commerce des esclaves, car celui-ci ne nécessitait guère d'infrastructures permanentes[5]. Il a donc fallu construire de nouveaux « monuments », des statues et des stèles, pour jalonner un parcours d'environ 3 km qui reprend en six étapes le chemin qu'empruntaient les captifs vers les navires négriers. Leur réalisation a été confiée à des artistes béninois renommés, originaires du sud du pays[4].

L'authenticité de cet itinéraire, plus symbolique qu'historique, a été mis en cause. Par exemple, la Porte du non-retour s'inspire directement de celle de la Maison des esclaves sur l'île de Gorée au Sénégal [5].

  1. la Place des Enchères (ou place Chacha) : moment de la vente des esclaves ;
  2. l'Arbre de l'Oubli : rituel pour faire oublier leurs racines aux captifs ;
  3. la Case de Zomaï : stockage des esclaves en attendant les navires ;
  4. le Mémorial Zoungbondji : fosse commune où étaient jetés les captifs ayant succombé au cours du voyage ;
  5. l'Arbre du Retour : rituel permettant aux esclaves de revenir sur leur terre natale après leur mort ;
  6. la Porte du Non-retour : arrivée sur la plage évoquant la montée dans les cales de navires et le départ pour les Amériques.

Quelques résultats[modifier | modifier le code]

Ouidah 92 a engendré de multiples retombées[6],[7]:

  • Vote d’une loi[8] au Bénin qui reconnaît la journée du 10 janvier comme une fête légale dédiée au culte Vodun, la fête nationale du vaudou ;
  • Organisation depuis 2003 du Festival international du film de Ouidah organisé par Jean Odoutan
  • Construction du Mémorial de Zoungbodji sur la fosse commune où l’on jetait les esclaves incapables de voyager;
  • Construction du monument de la Porte du Non Retour sur la plage de Ouidah a été à l’occasion du 6ème sommet de la Francophonie ;
  • Projet de la construction de la Route de l’Esclave porté sur les fonts baptismaux par le Bénin et Haïti;
  • Publication aux éditions de l’UNESCO les actes de la conférence de Ouidah sous le titre « La chaîne et le Lien » : une vision de la traite négrière;
  • Il est aussi noté une certaine renaissance panafricaine et une nouvelle prise de conscience progressive de la part du peuple noir. En effet, le peuple noir comprend de plus en plus que le développement de l’Afrique dépend du travail de ses fils à renverser les corolaires de l'esclavage que les classes dirigeantes de l’époque ont aidé intentionnellement ou inconsciemment à renforcer empêchant le enveloppement de l’Afrique de plusieurs décennies.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gaetano Ciarcia, « Restaurer le futur. Sur la Route de l’Esclave à Ouidah (Bénin) », in Cahiers d'études africaines, no 192, 2008, p. 706, [lire en ligne]
  2. (en) Robin Law, « Commemoration of the Atlantic Slave Trade in Ouidah », in Gradhiva, no 8, 2008, p. 10-27, [lire en ligne]
  3. a b et c Emmanuelle Kadya Tall, « De la démocratie et des cultes voduns au Bénin », in Cahiers d'études africaines, no 137, 1995, p. 200, [lire en ligne]
  4. a et b Rossila Goussanou, La « Route de l'esclave » de Ouidah (Bénin) : espace de négociation des mémoires collectives des traites négrières et de l'esclavage, in Cahiers Mémoire et Politique, no 5, 2018, [lire en ligne]
  5. a et b (en) Robin Law, « Commemoration of the Atlantic Slave Trade in Ouidah », in Gradhiva, no 8, 2008, p. 10-27, [lire en ligne]
  6. Diplomatie Sud, « ll y a 20 ans, le Festival Ouidah 92 : l’esclavage et l’amère ironie de l’Histoire », sur Diplomatie Sud, (consulté le 17 juillet 2019)
  7. Emmanuelle Kadya Tall, « Guerre de succession et concurrence mémorielle à Ouidah, ancien comptoir de la traite », 3,‎ , p. 155 à 173 (lire en ligne)
  8. Loi n°97- 031 du 20 août 1997 portant institution d’une fête annuelle des religions traditionnelles en République du Bénin et dispose dans les articles 1er et 2 : « Il est institué en République du Bénin une fête annuelle des religions traditionnelles. » ; « Cette fête est célébrée le 10 janvier de chaque année sur l’ensemble du territoire national » ;

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nassirou Bako Arifari, « La mémoire de la traite négrière dans le débat politique au Bénin dans les années 1990 », in Journal des africanistes, 2000, tome 70, fascicule 1-2, p. 221-231, [lire en ligne].
  • Gaetano Ciarcia, « Restaurer le futur. Sur la Route de l’Esclave à Ouidah (Bénin) », in Cahiers d'études africaines, no 192, 2008, p. 687-706, [lire en ligne]
  • Gaetano Ciarcia, « L’oubli et le retour. Figures d’une épopée mémorielle sur la Route de l'Esclave au Bénin », in L'Homme, 206, 2013, p. 89-119, [lire en ligne].
  • Rossila Goussanou, « Vers une capitalisation des mémoires des traites et des esclavages à Ouidah ? Analyse des politiques publiques mémorielles relatives au passé esclavagiste du Bénin », 2017 (communication), [lire en ligne]
  • Rossila Goussanou, La « Route de l'esclave » de Ouidah (Bénin) : espace de négociation des mémoires collectives des traites négrières et de l'esclavage, in Cahiers Mémoire et Politique, no 5, 2018, [lire en ligne]
  • (en) Robin Law, « Commemoration of the Atlantic Slave Trade in Ouidah », in Gradhiva, no 8, 2008, p. 10-27, [lire en ligne]
  • Emmanuelle Kadya Tall, « De la démocratie et des cultes voduns au Bénin », in Cahiers d'études africaines, no 137, 1995, p. 195-208, [lire en ligne].
  • Emmanuelle Kadya Tall, « Guerre de succession et concurrence mémorielle à Ouidah, ancien comptoir de la traite », in Politique africaine, 2009/3, no 115, p. 155-173, [lire en ligne]
  • Jean-Norbert Vignondé, « Ouidah, port négrier et cité du repentir », in Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, 2002, no 89, p. 69-77, [lire en ligne]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Les Revenants - La Diaspora du vaudou en Afrique, film de Charles Najman, 1993, 61 min.

Articles connexes[modifier | modifier le code]