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Fertilité féminine

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La fertilité féminine est liée aux cycles d'ovulation de la femme. La période pendant laquelle un rapport peut être fécondant, appelée période fertile ou fenêtre de fertilité, dure de 5 à 8 jours selon les couples. Elle correspond aux quelques jours par mois où un couple humain a des chances de concevoir un enfant. Pendant le reste de son cycle, la femme est dite « non fertile ». La fertilité féminine, comme la fertilité masculine (en raison notamment d'un phénomène de délétion de la spermatogenèse) est en déclin dans le monde, pour des raisons en partie encore mal comprises ; en France 10 à 20 % des couples en âge de procréer sont infertiles.

Durée de la phase fertile

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Si l'homme est constamment fertile à partir de son adolescence, la femme l'est de manière cyclique. Elle l'est les derniers jours de sa phase folliculaire (juste avant l'ovulation, durant environ 3 jours)[1]), et environ 24 heures après l'ovulation)[2]. La durée de vie d'un spermatozoïde est d'environ trois jours[1].
La « fenêtre de fertilité » se calcule en tenant compte de la durée de vie des spermatozoïdes dans la glaire cervicale et la durée de vie de l'ovule dans la trompe utérine et dure théoriquement environ 4 jours[1].

L'ovulation est un phénomène complexe, préparé en amont par des évolutions hormonales. Il est possible, chez certaines femmes, que l'ovulation s'accompagne de la libération de plusieurs ovocytes mais toujours dans un délai de 24 heures ; ce qui peut être à l'origine des faux jumeaux. Cela s'observe principalement chez des femmes sous traitement de stimulation ovarienne[3]. Pour Maylis Jahan « C'est important à savoir, car dans les différentes méthodes d'observation de la fertilité [synonyme de MOC], ce facteur de 24 heures est pris en compte. »[4]

Indices de fertilité

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Les indices de fertilité sont des changements (plus ou moins discrets) que l'on peut observer dans le corps d'une femme et qui indiquent la période de son cycle menstruel où elle est la plus fertile :

L'imagerie médicale peut être utile dans le bilan de l'infertilité féminine. C'est essentiellement une imagerie non ionisante (échographie et IRM). L'hystérosalpingographie est utilisée pour en cas de problèmes de perméabilité tubaire (la « perméabilité tubaire » désigne ici la capacité des trompes de Fallope à laisser circuler l'ovocyte et les spermatozoïdes, son obstruction posant problème car empêchant leur rencontre, ce qui est une cause fréquente d’infertilité)[5], et elle peut être complétée par un cathétérisme des trompes en cas d'obstruction tubaire proximale[6].

Physiologie féminine

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  • Avant et après la « fenêtre de fertilité », le col de l'utérus est fermé ; il est dur et descend un peu dans le vagin ; la glaire sécrétée par le canal du col est épaisse et bouche ce canal (un bouchon utile, car empêchant les micro-organismes du vagin d'entrer dans l'utérus). Pour cette raison et à cause de l'acidité vaginale, les spermatozoïdes périssent dans le vagin au bout d'une à trois heures[réf. nécessaire] (le pH vaginal est normalement compris entre 3,5 et 4,5 chez la femme en âge de procréer, grâce à l'action des lactobacilles qui transforment le glycogène en acide lactiqueet protègent ainsi le vagin contre la plupart des infections).
  • Les « jours fertiles », le canal du col de l'utérus est au contraire ouvert et bien aligné avec le vagin. La glaire du col se fait plus abondante, claire, fluide, élastique, lubrifiante et filante (comparable à du blanc d'œuf cru) ; elle devient aussi plus alcaline et peut s'écouler dans le vagin, facilitant la survie et la progression des spermatozoïdes qui peuvent alors remonter dans le canal du col de l'utérus et s'y installer, dans de petites cavités anatomiques dites cryptes cervicales. À l'intérieur de ces cryptes, les spermatozoïdes peuvent survivre jusqu'à 6 jours (ce qui explique qu'une fécondation reste possible jusqu'à 3 à 5 jours après un rapport sexuel). Grâce à cet élixir, les spermatozoïdes terminent leur maturation. Après cette traversée du col, les spermatozoïdes entrent dans l'utérus et poursuivent leur route dans les trompes utérines. C'est dans le dernier tiers de la trompe qu'a lieu la rencontre avec l'ovule, avec alors une possibile fécondation. La qualité de la glaire est donc primordiale pour assurer la fécondité[7].

Utilisation

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La détection des indices de fertilité permet aux couples de choisir le comportement adéquat pour favoriser, ou éviter, la conception. Ces indices sont utilisés par plusieurs méthodes naturelles de régulation des naissances. Chez certains animaux, la période fertile est clairement repérable chez la femelle. Les humains font partie des quelques espèces de mammifères chez qui l'ovulation est cachée[8]. Ainsi, la majorité des femmes ne savent pas naturellement lorsqu'elles ovulent[9], et cela est l'un des problèmes principaux de nombreux couples qui tentent de concevoir un enfant, la fenêtre de fertilité étant réduite.

Le centre européen de planning familial estime que l'identification des indices de fertilité augmente les chances de grossesse du couple, et peut être une méthode de contraception efficace dans certains cas[10]. Le Dr Bruno Scarpa promeut en particulier l'identification de la glaire cervicale « fertile »[11]. Le Dr Fehring souligne que l'utilisateur des tests d'ovulation en combinaison avec l'observation de la glaire cervicale peut être très utile comme méthode de contraception[12].

Méthodes d'observation du cycle (MOC)

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Les MOC utilisent signes et symptômes pour observer la fertilité. Les deux indices les plus utilisés pour détecter l'ovulation et donc la période fertile sont la température basale et l'observation de la glaire cervicale. En effet il s'agit des trois indicateurs qui varient le moins avec le stress et autres facteurs externes. Selon le Dr Pyper, il faut mieux utiliesr plusieurs indices qu'un seul, surtout si la méthode est utilisée à des fins de régulation des naissances[13].

Pour détecter l'ovulation, plusieurs méthodes existent qui utilisent les indices listés plus haut :

Ces méthodes permettent l'observation de la fertilité, à la différence des "méthodes statistiques de régulation des naissances", comme la méthode du calendrier, dite Ogino-Knaus, qui calculent la probabilité de l'ovulation sur la moyenne des cycles précédents. Cette méthode est considérée maintenant comme dépassée[14] et obsolète[15].

Indicateurs de la santé de la femme

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Le Dr Vigil a montré que repérer les indices de fertilité depuis l'adolescence permet à la femme de mieux connaître son corps et donc d'identifier les déséquilibres métaboliques, endocriniens ou même des infections[16].

Progression de l'infertilité féminine dans le monde

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En 2025, l'infertilité féminine concerne environ un couple sur dix dans le monde. Elle a des causes multiples, parmi lesquelles les facteurs médicaux, l'âge de la première grossesse, les conditions de vies (choisies ou subies) et, de plus en plus, l'exposition constante à de nombreux polluants qui sont à l'origine d'une dégradation conjointe de la santé environnementale et de la santé reproductive. Des facteurs psychopathologiques sont discutées depuis le 19e siècle[17]. Les perturbateurs endocriniens, très présents dans des produits de consommation courante (plastiques, cosmétiques, pesticides, retardateurs de flamme, microplastiques, etc.), sont particulièrement mis en cause car interférant directement avec la régulation hormonale qui contrôle le cycle menstruel, l'ovulation, la maturation des ovocytes et ensuite une partie de l'embryogenèse humaine, puis le déclenchement naturel de l'accouchement.

Des substances comme le bisphénol A, les phtalates[18], certains pesticides (atrazine[19], chlorpyrifos[20]), les dioxines, les polychlorobiphényles (PCB) ou encore les composés perfluoroalkylés (PFAS) ont été associées à une diminution de la réserve ovarienne, à une altération de la qualité des ovocytes, à des troubles de l'ovulation, à des fausses couches à répétition et à des complications de grossesse telles qu'un dysfonctionnement du placenta (prééclampsie), des retards de croissance foetale, etc.[21], ainsi qu'à des pathologies comme l'endométriose ou l'insuffisance ovarienne précoce. Des effets épigénétiques nuisibles à l'implantation de l'embryon sont également soupçonnés (observés in vivo sur le modèle animal)[22].

Si l'âge croissant de la maternité, et certaines maladies gynécologiques (syndrome des ovaires polykystiques, anomalies utérines, endométriose...) ou autres (ex : rhumatismes inflammatoires chroniques)[23], ou la présence de certaines malformations ou le contexte d'une chimiothérapie[24],[25] expliquent une partie des cas, 10 à 25 % des infertilités restent inexpliquées selon l'Inserm ; elles pourraient être liées à l'exposition environnementale des femmes à des produits chimiques reprotoxiques, les preuves absolues étant difficiles à réunir en raison de la difficulté à mesurer l'exposition réelle et des effets combinés (effet cocktail) de dizaines de milliers de substances auxquelles les femmes sont exposées, du stade foetal à la ménopause.
Ceci conduit les chercheurs en santé reproductive à recommander à la fois des mesures de prévention individuelle (alimentation saine[26], limitation de l'usage de plastiques alimentaires, choix de cosmétiques sans perturbateurs connus, attention portée à la qualité de l'air et des produits d'entretien) et renforcer la réglementation.

Notes et références

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  1. a b et c Futura, « La fécondation : la course du spermatozoïde vers l'ovule », Futura,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. (en) J Stanford, « Vulvar mucus observations and the probability of pregnancy », Obstetrics & Gynecology, vol. 101, no 6,‎ , p. 1285–1293 (DOI 10.1016/S0029-7844(03)00358-2, lire en ligne, consulté le ).
  3. « Plusieurs ovocytes au cours d'une ovulation », Santé Magazine,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. « Double ovulation, ovulation spontanée : que dit la science ? », Cycle Naturel,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. Yun-zhi Li, Jie Qiu, Bin Ma et Tian-gang Li, « The role of diagnostic magnetic resonance hysterosalpingography in the evaluation of fallopian tubal occlusion of female infertility: A meta-analysis », Clinical Imaging, vol. 72,‎ , p. 11–18 (ISSN 0899-7071, DOI 10.1016/j.clinimag.2020.11.001, lire en ligne, consulté le ).
  6. A. Maubon, M. Pouquet, P. Piver et N. Mazet, « Imagerie de l'infertilité féminine », Journal de Radiologie, vol. 89, no 1,‎ , p. 172–183 (DOI 10.1016/S0221-0363(08)70391-3, lire en ligne, consulté le ).
  7. Hélène Barillier, « La stérilité féminine Prise en charge actuelle en France », theses.hal.science, Université de Caen,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  8. (en) Sandy J. Andelman, « Evolution of Concealed Ovulation in Vervet Monkeys (Cercopithecus aethiops) », The American Naturalist, vol. 129, no 6,‎ , p. 785–799 (ISSN 0003-0147 et 1537-5323, DOI 10.1086/284675, lire en ligne, consulté le ).
  9. (en) Lynnette Leidy Sievert et Catherine A. Dubois, « Validating signals of ovulation: Do women who think they know, really know? », American Journal of Human Biology, vol. 17, no 3,‎ , p. 310–320 (ISSN 1042-0533 et 1520-6300, DOI 10.1002/ajhb.20317, lire en ligne, consulté le ).
  10. (en) C. Gnoth, M. Bremme, R. Klemm et P. Frank-Herrmann, « Research and quality control in natural family planning with relational database systems », Advances in Contraception, vol. 15, no 4,‎ , p. 375–380 (ISSN 0267-4874 et 1573-7195, DOI 10.1023/A:1006713112804, lire en ligne, consulté le ).
  11. (en) Bruno Scarpa, David B. Dunson et Elena Giacchi, « Bayesian selection of optimal rules for timing intercourse to conceive by using calendar and mucus », Fertility and Sterility, vol. 88, no 4,‎ , p. 915–924 (DOI 10.1016/j.fertnstert.2006.12.017, lire en ligne, consulté le ).
  12. (en) Richard J. Fehring, Mary Schneider, Kathleen Raviele et Mary Lee Barron, « Efficacy of Cervical Mucus Observations Plus Electronic Hormonal Fertility Monitoring as a Method of Natural Family Planning », Journal of Obstetric, Gynecologic & Neonatal Nursing, vol. 36, no 2,‎ , p. 152–160 (DOI 10.1111/j.1552-6909.2007.000129.x, lire en ligne, consulté le ).
  13. (en) C. M. M. Pyper, « Fertility awareness and natural family planning », The European Journal of Contraception & Reproductive Health Care, vol. 2, no 2,‎ , p. 131–146 (ISSN 1362-5187 et 1473-0782, DOI 10.3109/13625189709167468, lire en ligne, consulté le ).
  14. « Méthode d'Ogino-Knaus ou méthode du calendrier », sur Encyclopédie Larousse (consulté le ).
  15. (en) Toni Weschler, Taking charge of your fertility : the definitive guide to natural birth control and pregnancy achievement, New York, HarperCollins, , p. 3-4.
  16. (en) Pilar Vigil, Francisco Ceric, Manuel E. Cortés et Hanna Klaus, « Usefulness of Monitoring Fertility from Menarche », Journal of Pediatric and Adolescent Gynecology, vol. 19, no 3,‎ , p. 173–179 (DOI 10.1016/j.jpag.2006.02.003, lire en ligne, consulté le ).
  17. Monique Bydlowski, « Étude psychopathologique de l'infertilité féminine », shs.cairn.info, vol. 222, no 1,‎ , p. 24–34 (ISSN 1260-5921, DOI 10.3917/lcp.222.0024, lire en ligne, consulté le ).
  18. (en) Carmen Messerlian, Irene Souter, Audrey J. Gaskins et Paige L. Williams, « Urinary phthalate metabolites and ovarian reserve among women seeking infertility care », Human Reproduction, vol. 31, no 1,‎ , p. 75–83 (ISSN 0268-1161 et 1460-2350, PMID 26573529, PMCID 4677966, DOI 10.1093/humrep/dev292, lire en ligne, consulté le ).
  19. (en) Kristina Pogrmic-Majkic, Dragana Samardzija, Natasa Stojkov-Mimic et Jelena Vukosavljevic, « Atrazine suppresses FSH-induced steroidogenesis and LH-dependent expression of ovulatory genes through PDE-cAMP signaling pathway in human cumulus granulosa cells », Molecular and Cellular Endocrinology, vol. 461,‎ , p. 79–88 (DOI 10.1016/j.mce.2017.08.015, lire en ligne, consulté le ).
  20. (en) Sara Mostafalou et Mohammad Abdollahi, « Pesticides: an update of human exposure and toxicity », Springer Link, vol. 91, no 2,‎ , p. 549–599 (ISSN 1432-0738, DOI 10.1007/s00204-016-1849-x, lire en ligne, consulté le ).
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  22. Yunzhen Ye, Yao Tang, Yu Xiong et Liping Feng, « Bisphenol A exposure alters placentation and causes preeclampsia-like features in pregnant mice involved in reprogramming of DNA methylation of WNT2 », The FASEB Journal, vol. 33, no 2,‎ , p. 2732–2742 (ISSN 1530-6860, PMID 30303745, PMCID 7021011, DOI 10.1096/fj.201800934RRR, lire en ligne, consulté le ).
  23. Mathilde Bourdon, Camille Artru, Anna Molto et Mathilde Barrois, « Rhumatismes inflammatoires chroniques et fertilité féminine », Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, vol. 53, no 10,‎ , p. 522–528 (DOI 10.1016/j.gofs.2025.04.004, lire en ligne, consulté le ).
  24. Tristan Gauthier, Pascal Piver, Lise-Marie Durand et Lorène Donadel, « Chimiothérapie et préservation de la fertilité féminine », La Presse Médicale, vol. 39, no 7,‎ , p. 786–793 (ISSN 0755-4982, DOI 10.1016/j.lpm.2010.01.011, lire en ligne, consulté le ).
  25. Catherine Poirot, « La préservation de la fertilité féminine dans le champ du cancer », Sages-Femmes, vol. 20, no 4,‎ , p. 18–22 (ISSN 1637-4088, DOI 10.1016/j.sagf.2021.05.006, lire en ligne, consulté le ).
  26. Anne Donnadieu, Maud Pasquier, Céline Meynant et Jean-Noël Hugues, « Nutrition et infertilité féminine », Cahiers de Nutrition et de Diététique, vol. 44, no 1,‎ , p. 33–41 (ISSN 0007-9960, DOI 10.1016/j.cnd.2008.11.001, lire en ligne, consulté le ).

Articles connexes

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Bibliographie

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  • Vialle, M. (2017). Infertilité" normale" vs infertilité" pathologique": une opposition en question. Normes et pratiques françaises de l'AMP face à l'infertilité féminine liée à l'âge (Doctoral dissertation, EHESS).