Ferry de Clugny

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Ferry de Clugny
Image illustrative de l'article Ferry de Clugny
Illustration non sourcée.
Biographie
Naissance vers 1430
Autun (France)
Décès
Rome (Italie)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
1471 in pectore par le pape Paul II
par le pape Sixte IV
Titre cardinalice cardinal-prêtre
de Santa Maria in Domnica
Évêque de l’Église catholique
Fonctions épiscopales évêque de Tournai (Belgique)

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Ferry de Clugny, né à Autun vers 1430, et mort à Rome en 1483, est un prélat français. Cardinal et évêque de Tournai, il fut un haut dignitaire et un ecclésiastique au service des ducs de Bourgogne.

Il était le fils de Henri de Clugny, seigneur de Conforgien et de Joursenvault, conseiller de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et de Pernette Coullot[1]. À l'université de Bologne, il obtint un doctorat in utroque iure, c'est-à-dire « dans les deux droits », à savoir le droit coutumier et le droit canonique.

Conseiller et homme d'État en Bourgogne[modifier | modifier le code]

Jeune homme, il fut membre du Grand Conseil de Philippe le Bon et maître des requêtes à la cour ducale. Initialement chargé par le duc de représenter le clergé dans l'exercice du droit coutumier, il fut fréquemment envoyé en ambassade, notamment en 1456 auprès du pape Calixte III, avec Geoffroy de Thoisy, seigneur de Mimeure et en 1459 avec le duc de Clèves au Concile de Mantoue, au cours duquel le pape Pie II décida la reprise de la croisade contre les Turcs. Il obtint du pape la confirmation du traité d'Arras (1435) et des actes du pape Eugène IV et de ses successeurs. Le duc Philippe lui promit le premier des deux diocèses d'Autun et de Mâcon qui deviendrait vacant. Il eut à s'occuper du différend entre Jean Petitjean, abbé de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun et le cardinal Rolin, en sa qualité de chef du conseil du duc de Bourgogne[2]. Il occupa la charge de lieutenant du chancelier de Bourgogne, dans le diocèse d'Autun, le et fut nommé pronotaire apostolique. Il fut également l'un des trois ambassadeurs de Bourgogne envoyés auprès de Louis XI à Melun, en .

Après la mort du duc Philippe, il fut mandaté par le nouveau duc Charles le Téméraire, pour négocier le « traité » de Péronne en 1468, pour un autre échange avec Louis à Noyon et, en 1473, pour négocier le traité de Senlis. Il dirigea le Grand Conseil du duc à partir du et fut nommé chancelier de l'ordre de la Toison d'or le 15 septembre suivant.

À la mort de Charles le Téméraire, le , Maximilien de Habsbourg reçut en héritage de sa mère le vaste héritage de la Bourgogne. Ferry de Clugny fut confirmé dans ses fonctions et notamment celle de conseiller du nouveau souverain en tant que chancelier de l'ordre de la Toison d'or.

Abbayes in commendam[modifier | modifier le code]

Comme la plupart des prélats de son temps, Ferry de Clugny reçut de multiples abbayes en commende, ce qui lui permit de tenir son rang dans ses fonctions officielles. Mais tous les bénéfices qu'il était censé posséder ne lui rapportèrent pas les revenus escomptés : bien qu'élu en 1467 évêque de Cavaillon par le chapitre cathédral, son élection ne fut jamais confirmée; en 1468, il ne réussit pas à être nommé doyen du chapitre d'Amiens. Plus tard, il devint prévôt de la collégiale Saint-Barthélemy de Béthune, chanoine du chapitre cathédral de Cambrai et archidiacre des Ardennes à Liège.

Évêque de Tournai[modifier | modifier le code]

Entre 1410 et 1483, quatre présidents du Grand Conseil de Bourgogne se succédèrent à l'évêché de Tournai. Ce sont Jehan de Thoisy, Jehan Chevrot, Guillaume Fillastre et Ferry de Clugny. Après la mort de Fillastre, Ferry de Clugny fut élu le avec le consentement de Louis XI. Il prit ses fonctions le 22 mars suivant et occupa ce siège jusqu'à sa mort. En juillet 1484, à Bruxelles, il baptisa Marguerite, fille de l'archiduc Maximilien de Habsbourg, futur empereur, et Marie, l'héritière de Bourgogne.

À Rome[modifier | modifier le code]

Ferry de Clugny fut élevé en secret à la dignité de cardinal par le pape Paul II en mai ou en juin 1471 avec le titre cardinalice de Santa Maria in Domnica. L'acte ne fut pas publié en raison du décès inattendu du pape. Ferry de Clugny fut publiquement créé cardinal au consistoire du . Il fit le voyage des Flandres avec sa suite, dans laquelle se trouvait le compositeur Marbrianus de Orto et arriva à Rome le . Le 10, il fut reçu par le pape qui lui remit son habit. Le , il succomba à une attaque. Il fut enterré le lendemain dans l'église Santa Maria del Popolo.

Le mécène[modifier | modifier le code]

Hans Memling, L'Annonciation (1465-1475), New York, Metropolitan Museum of Art. Œuvre commandée par Ferry de Clugny.

En novembre 1465, Ferry de Clugny obtint la permission du chapitre d'Autun, dont il était le chanoine, de faire construire une chapelle pour son tombeau. Cette chapelle est surnommée la « chapelle dorée » en raison des multiples dorures dont elle est ornée. Pour les peintures des murs, il fit appel à Pierre Spicre[3] qui réalisa les portraits de quatre patriarches de l'Ancien Testament, des quatre Évangélistes et de quatre docteurs de l'Église.

Dans L'Annonciation peinte vers 1465-1475 par Hans Memling et conservée à New York au Metropolitan Museum of Art, les armoiries de Ferry de Clugny apparaissent sur le tapis et sur le vitrail[4],[5].

À Bruges, il commanda aux enlumineurs Loyset Liédet et Liévin van Lathem un pontifical richement enluminé de quatre vingt quinze miniatures et bordures[6].

Il commanda également un ensemble de dix tentures franco-flamandes représentant des femmes illustres et dans lesquelles on retrouve ses armoiries ; il en demeure huit fragments sauvés de l'incendie qui ravagea en 1791 le château de Thenissey, actuellement conservés au musée des beaux-arts de Boston[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Salvador Miranda (ref).
  2. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, charte N°III, supplément
  3. (en) Jacques Bacri, « Two Portraits by Pierre Spicre », in Parnassus, avril 1937, p.24-28. Le grattage du plâtre qui couvrait les murs depuis le XVIIIe siècle a permis d'attribuer les peintures à Spicre, qui avait décoré la chapelle d'un ami de Ferry de Clugny, le cardinal Jean Rolin, à Beaune
  4. phileque.biz
  5. Susie Nash, « A Fifteenth-Century French Manuscript and an Unknown Painting by Robert Campin », in The Burlington Magazine, n°|1108, juillet 1995, p.428-437, p.436.
  6. Sold, Sotheby Parke Bernet, New York, 13 July 1977; facsimile Le Pontifical du Cardinal Ferry de Clugny, évêque de Tournai, ed. A. De Schryver, M. Dynkmans and J. Ruysschaert (Città del Vaticano 1989).
  7. Vicomte L. de Varax, Les tapisseries du Cardinal de Clugny (Lyon) 1926, cité par Ella S. Siple, « A New Wing for the Boston Museum », in The Burlington Magazine for Connoisseurs, no 308, novembre 1928, p.265 ; Bulletin of the Museum of Fine Arts, février 1929, p. 1-10, figs.

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Pycke, « De Louis de la Trémoille à Ferry de Clugny : cinq évêques tournaisiens au service des ducs de Bourgogne (1388-1483) », in Les Grands siècles de Tournai (Tournai) 1993, p. 209-238
  • José Ruysschaert, « La bibliothèque de Ferry de Clugny, évêque de Tournai (1473-1483). Un siècle de recherches érudites », in Mémoires de la Société historique et archéologique de Tournai, no 6, 1989.