Ferréol de Besançon

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Ferréol de Besançon ou saint Ferréol du latin Ferreolus, homme de fer, ou Fargeau (mort le 10 juin 212), saint patron de Besançon, est selon la tradition remontant à Grégoire de Tours, un prêtre et martyr chrétien. Il est considéré comme le fondateur de l'Église de Besançon et le premier évangélisateur de la région de Franche-Comté, avec son frère le diacre Saint Ferjeux.

Ce sont deux saints chrétiens fêtés le 16 juin.

Saint Ferréol à l'Église de Saint-Ferjeux de Saint-Ferjeux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vers la fin du IIIe siècle, selon la tradition, l'évêque Saint Irénée de Lyon, disciple de Saint Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de l'apôtre Jean envoie deux évangélisateurs, le prêtre Ferréol et son frère diacre Ferjeux (originaires d'Athènes en Grèce) fonder une communauté chrétienne à Vesontio (Besançon en latin) et évangéliser la Séquanie Gallo Romaine (Franche-Comté actuelle).

Ils s'installent en 180 dans une grotte d'un village, qui a ainsi pris le nom de Saint-Ferjeux et est devenu aujourd’hui un quartier de Besançon, d'où ils commencent leur prédication. L'église de Saint-Ferjeux a été construite entre 1884 et 1898[1] sur l'emplacement de la grotte qui existe encore dans la crypte de la basilique.

Ils sont tous les deux martyrisés le 10 juin 212[2] et décapités sur ordre du gouverneur Romain Claude qui voit dans leur action chrétienne une source de trouble public.

Saint Ferjeux et saint Ferréol deviennent les saints patrons de Besançon. Ils sont fêtés le 16 juin.

Aux origines du christianisme bisontin[modifier | modifier le code]

La prédication de Saint Ferréol et Ferjeux par Natoire

Si l'historicité de ces récits de la passion des deux martyrs est aujourd'hui critiquée, par exemple par Yves Jeannin qui y voit une invention de l’évêque Amantius et de son entourage vers 500[3], on s'accorde pour affirmer qu'il existe au moins avant l'an 500, un récit de passion de Férréol et Ferjeux[4]. Les origines du christianisme à Besançon sont en fait obscures et les plus anciens récits sur Ferréol et Ferjeux comportent des incohérences de datation puisque leur martyre aurait eu lieu en 212 sous le règne de l'empereur Aurélien qui n'a commencé qu'en 270[5]. Leur culte est toutefois avéré dès le IVe siècle en pleine période d'effondrement de l'empire romain sous les coups des invasions alamanes et vandales[6].

Le premier évêque connu à Besançon semble être Pancharius en 346 et le second Chélidonius en 444. Au VIe siècle la liste épiscopale s'étoffe avec Amantius entre 487 et 515, Claudius vers 517, Urbicus en 549 et Tetradius dans les années 550-560 puis Silvester dans les années 580 dont l'épitaphe est encore visible dans la crypte de la basilique de Saint-Ferjeux[7]. À cette date, comme en témoigne Grégoire de Tours la tradition des martyrs de Ferréol (Ferreolus) et Ferjeux (Ferrucius) est bien vivante et fixée et leur tombeau passe pour être producteur de miracles. La passion de Ferréol et de Ferjeux imitée par celle de saint-Bénigne de Dijon doit dater des environs de l'an 500[8]. Elle a été rédigée de façon parallèle avec une passion perdue des martyrs de Valence, Félix, Fortunat et Achillée qui passaient, comme Ferréol et Ferjeux, pour être des disciples d'Irénée[9].

La passion de Ferréol et Ferjeux contient toutefois des indications purement locales : la mention de clous — alênes — enfoncés dans les articulations du corps et de la décapitation. Ces mentions qui apparaissent dans le récit de la passion et dans celui un peu plus tardif de l'invention des reliques. Selon ce dernier texte c'est vers 370 que l'évêque Anianus aurait retrouvé les corps des deux saints martyrs et reconnu leur statut de martyrs en raison des clous qui étaient enfoncés dans les crânes des deux corps[10]. Diverses indications montrent que les individus inhumés appartenaient à un cimetière public, la présence des clous renvoie à des pratiques funéraires qui ne concernent pas la persécution chrétienne et sont connues par ailleurs[11],[12], notamment au cimetière de la Viotte à Besançon[13]. Selon Yves Jeannin c'est à Amantius qu'il faudrait attribuer, vers 500, l'invention des reliques[14]. Au regard des recherches historiques « il se confirme que la Passion de Ferréol et Ferjeux est purement imaginaire »[15]. Le récit de l'invention des reliques renvoie sans doute à des réalités du début du VIe siècle, à un moment où les communautés chrétiennes s'affirmaient et se donnaient une identité locale. Il faut donc penser que la christianisation de la cité des Séquanes se fit plus tardivement que ne le dit la tradition, après la conversion de Constantin.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Vincent Petit, Catholiques et Comtois : Liturgie diocésaine et identité régionale au XIXe siècle, Paris, Cerf, , 708 p. (ISBN 978-2-204-09395-8), p. 596
  2. Léon Cristiani, « Liste chronologique des saints de France, des origines à l'avènement des carolingiens (essai critique) », Revue d'histoire de l'église de France, t. 31, no 118,‎ , p. 9
  3. Yves Jeannin, « Peu à montrer, beaucoup à dire ! », De Vesontio à Besançon, Neuchatel, 2006, p. 129
  4. Bertrand de Vregille, « La plus ancienne version de la passion des saints Ferréol et Ferjeux », Autour de Lactance, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté,‎ , p. 186 (ISBN 2-84-867-029-0)
  5. Yves Jeannin, « Le peuple christianisé à la recherche de "ses martyrs" : le cas de Besançon », Mélanges Pierre Lévêque, Besançon, 1992, p. 127-138, ici p. 127
  6. Locatelli René et Maurice Rey (sous la dir. de), Histoire des diocèses de Besançon et de Saint-Claude, Paris, Beauchesne, , p. 13
  7. Y. Jeannin, 1992, p. 127
  8. Y. Jeannin, 1992, p. 128 ; la tradition hagiographique sur Ferréol et Ferjeux est particulièrement bien connue en raison des travaux que lui a consacrés Bernard de Vregille
  9. Bertrand de Vregille, « La plus ancienne version de la passion des saints Ferréol et Ferjeux », Autour de Lactance, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté,‎ , p. 184-186 (ISBN 2-84-867-029-0)
  10. Y. Jeannin, p. 129
  11. Y. Jeannin, 1992, p. 129-133
  12. L. Joan, Carte archéologique de la Gaule : 25/90. Le Doubs et le territoire de Belfort, Paris, 2003, p. 247
  13. Y. Jeannin, 1992, p. 134
  14. Y. Jeannin, 1992, p. 133-134
  15. Y. Jeannin, 1992, p. 135

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