Ferdinand Springer

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Ferdinand Springer
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Ferdinand Springer à La Ciotat en juillet 1998

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Ferdinand Springer, né le à Berlin, installé en France en 1928, mort le à Grasse, est un peintre graveur appartenant à la nouvelle École de Paris, dont l'œuvre abstraite s'oriente en sa dernière étape vers la libre figuration de paysages réinventés.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ferdinand Springer naît le 1er octobre 1907 à Berlin d'un père allemand, éditeur scientifique, et d'une mère suisse. Après des études secondaires à Potsdam, il s'engage à partir de 1926 dans des études d'Histoire de l'art à l'Université de Zurich, suivant les cours de Heinrich Wölfflin. Il se consacre en 1927 à la peinture, travaille d'abord à Milan, où il rencontre Morandi, dans l'atelier du futuriste Carlo Carrà, puis, en 1928, à Paris auprès de Roger Bissière à l'Académie Ranson où enseignent également Severini et Kisling. Il réalise simultanément des copies au Louvre et en 1932 apprend la gravure à « l'Atelier 17 » de Stanley Hayter. Il fait en 1935 la rencontre de Wilhem Uhde qui lui achète plusieurs œuvres, confisquées plus tard par la Gestapo, et d'Otto Freundlich. Il présente en 1936 sa première exposition personnelle, expose aux « Surindépendants » avec ses amis Hans Hartung, Victor Brauner, Maria Elena Vieira da Silva. Il illustre de gravures en 1937 « Le Banquet » de Platon, voyage et expose à New-York à la galerie Julien Levy, rencontre Calder, Dali, le galeriste Pierre Matisse. En 1938 il s'installe à Grasse, le paysage provençal donnant une nouvelle impulsion à son travail.

Ferdinand Springer est interné en 1939, avec notamment Max Ernst, Hans Bellmer et Wols, au camp de la Tuilerie des Milles, près d'Aix-en-Provence, où seront rassemblés des milliers de ressortissants allemands, pour l'essentiel des réfugiés ayant fui le régime nazi (notamment deux Prix Nobel, le fils de Thomas Mann et celui de Karl Liebknecht). Il est ensuite mobilisé comme prestataire (travailleur volontaire) à Forcalquier, où il fait la connaissance de Pierre Seghers. Démobilisé en 1940, il retourne à Grasse, où il se lie avec Hans Arp, Sophie Taeuber-Arp, Alberto Magnelli, Sonia Delaunay, le sculpteur François Stahly, et l'on parlera du « Groupe de Grasse ». C'est à cette époque que Ferdinand Springer réalise ses premières œuvres abstraites. En 1942 il fuit en Suisse quelques semaines avant l'occupation allemande de la zone libre et visite à Berne l'atelier de Paul Klee. Les autorités helvétiques lui interdisant d'exposer et de vendre ses œuvres, il réalise une série de gouaches sur papier.

En 1945 Ferdinand Springer retourne à Grasse où la plupart de ses œuvres antérieures à 1939 ont disparu. À partir de 1950 il développe un langage abstrait personnel, en marge de l'abstraction lyrique, illustre de gravures « Eupalinos » de Paul Valéry, édité par Gaston Gallimard à qui Raymond Queneau l'a présenté. Alors qu'il s'établit en 1952 à Paris, de nouvelles gravures pour le « Tao-Té-King » de Lao-Tseu et pour le « Livre tibétain des Morts » jalonnent une longue période de travail graphique (burin, aquatinte et eau-forte). Ferdinand Springer se tourne à nouveau vers la peinture en 1955 et l'exposition qu'il présente en 1958 est préfacée par Francis Ponge. Il réalise en 1960 ses premiers « découpages », gravures-reliefs dont les titres se réfèrent aussi bien aux Aborigènes australiens qu'à l'Égypte ancienne, aux civilisations grecque, étrusque ou amérindiennes, en une transposition graphique de l'esprit des objets magiques des cultures traditionnelles. Ferdinand Springer apparaît alors, auprès de Henri-Georges Adam, Pierre Courtin ou Johnny Friedlaender, comme l'un des artisans du renouveau de la gravure moderne. Tandis qu'il expose régulièrement en Europe (France, Allemagne, Italie, Norvège, Suisse) ou aux États-Unis et que de premières expositions rétrospectives lui sont consacrées à Heidelberg, puis Dortmund, Brême, Grasse, Caen (préface de Bernard Dorival), deux tapisseries sont tissées d'après ses maquettes par les Ateliers Plasse Le Caisne.

Ferdinand Springer dans son atelier de Grasse en 1998

Ferdinand Springer s'installe définitivement à Grasse en 1975, continuant à graver et réalisant à partir de 1980 de grandes aquarelles de « paysages imaginaires » inspirés du haut-pays grassois. Après une nouvelle série de compositions géométriques abstraites, en 1990, dans lesquelles dominent les formes sphériques et les tons en demi-teintes, sa peinture s'oriente vers une figuration abstraite ou une « abstraction libre » où les lumières et les horizons de paysages réinventés apparaissent constamment présents. « Mon œuvre n'est pas achevée mais elle est quand même derrière moi. Je crois que je n'ai plus rien à prouver. Je suis en quelque sorte délivré, libre, ce qui me permet de suivre mon désir où qu'il se situe. Mon désir en ce moment, c'est de continuer à développer le thème du paysage imaginaire dans de multiples variations. J'ai l'impression d'opérer une synthèse de toutes les expériences antérieures », dit Springer[1]. Après une nouvelle exposition rétrospective à la Chapelle des Pénitents bleus de La Ciotat en août, Ferdinand Springer meurt à Grasse le 31 décembre 1998.

Jugements[modifier | modifier le code]

« Le paysage devient alors un support : Springer y récolte des motifs, des formes de la nature qu'il déconstruit puis « re-crée » dans la solitude de l'atelier. Tout aspect descriptif est ici aboli. Les traces de figuration encore visibles dans les aquarelles les plus anciennes ont disparu. Par-delà le paysage, Springer atteint l'essence des choses. Le langage pictural très pur, la réduction des couleurs, sont ceux de ces maîtres japonais qui, avec une ligne, un point, avec le moindre accent, savent suggérer un horizon, une montagne ou le granité d'une roche. »

Emmanuelle Foster, Ferdinand Springer, Grasse, Palais des Congrès, 1992

« À partir de 1992 la métamorphose gagne sa peinture lorsque Springer y transpose ce nouveau climat. Sur ses toiles les larges surfaces de la couleur se rassemblent en ciels et nuages, étangs et collines, arbres ou rochers, la lumière tourne d'un degré de plus, traverse la frontière du présent, touche aux rives bleues de l'intemporel. Nulle volonté illusionniste :(…) la nature y apparaîtrait plutôt un rêve, une expansion de la peinture. Par de tout autres moyens Springer déploie dans l'invention de ses paysages métaphysiques une dimension d'étrangeté qui n'a cessé d'accompagner l'histoire du paysage, du romantisme au symbolisme ou au surréalisme. »

Michel-Georges Bernard dans Ferdinand Springer (dossier), La Ciotat, 1998

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

Signature de Ferdinand Springer

Document utilisé pour la rédaction de l’article : source utilisée pour la rédaction de cet article

  • Michel Seuphor, Dictionnaire de l'art abstrait, Paris, 1957.
  • Ferdinand Springer, Aquarelles, Textes de Francis Ponge et de Wolf Jobst Siedler, Berlin, Editions Gebr. Mann, 1984 (ISBN 3786113262). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ferdinand Springer, Aquarelle, Krefeld, Verlag Galerie Peerlings, 1987.
  • Emmanuelle Foster, L'œuvre gravé de Ferdinand Springer et Ferdinand Springer, Évolution de l'œuvre récent, dans Ferdinand Springer, Grasse, Palais des Congrès, 1992. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lydia Harambourg, Dictionnaire des peintres de l'École de Paris, 1945-1965, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1993 (ISBN 2825800481); nouvelle édition, 2010, pp. 448-449 (ISBN 978-2-8258-0241-0).
  • Emmanuelle Foster, Ferdinand Springer (entretiens), préface de Lydia Harambourg, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1995 (ISBN 2825800783). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Abstraction 50, l'explosion des libertés, Ville de Rueil-Malmaison, 9 décembre 2011 - 19 mars 2012, Éditions du Valhermeil, 2011, 128 p. (reproductions : Sans titre, 1943-1945, 16 × 23 cm, et Tonalité bleue, vers 1958, 80 × 64 cm, p. 6 et 90) (ISBN 9 782354 670948). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Emmanuelle Foster, Ferdinand Springer (entretiens), préface de Lydia Harambourg, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1995

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]