Ferdinand Isaac

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Ferdinand Isaac, né le à Constantine (Algérie) et mort le à Paris, est un haut fonctionnaire français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles-Ferdinand Isaac est le fils d'un banquier, Émile-Ernest Isaac. Il appartient à une famille juive algérienne que l'on disait d'origine allemande et naturalisée française à la faveur du décret Crémieux[1]. Selon l'historien Pierre Birnbaum, les Isaac seraient plutôt originaires de Lorraine et n'auraient donc pas eu besoin de bénéficier du décret de 1870[2]. Émile Isaac est un notable républicain de Constantine, membre du conseil municipal de la ville et du conseil d'administration du journal L'Indépendant de Constantine[3]. Il est l'oncle d'Emma Isaac, épouse du peintre André Brouillet[4].

Après des études à Sainte-Barbe à Paris, Ferdinand Isaac passe un baccalauréat ès sciences[1] puis accomplit son service militaire dans l'artillerie[5].

Sa carrière dans l'administration débute à Saïgon, en Cochinchine française. En 1884, il y est nommé commis rédacteur de 2e classe par le gouverneur de la Cochinchine, Charles Thomson[6]. Quelques mois plus tard, il passe du secrétariat général de la direction de l'Intérieur au cabinet du gouverneur[7]. Il doit probablement cette affectation aux liens politiques existant entre son père et le frère du gouverneur, Gaston Thomson, député de Constantine[1].

Chef de cabinet du préfet de la Dordogne depuis 1886, Isaac est nommé sous-préfet de Puget-Théniers le 26 août 1887[8]. Le 22 mars 1889, il est nommé sous-préfet d'Avesnes-sur-Helpe[9], où il contribue à la défaite des boulangistes lors des élections législatives[1].

En décembre 1890, il se rend pour quelques jours dans sa ville natale[10], où son père vient de mourir après avoir été retrouvé défenestré et empalé sur une grille en bas de sa maison de Dar-el-Bey[3].

De retour dans le Nord, le sous-préfet Isaac est bientôt confronté à l'effervescence du mouvement ouvrier autour de la ville industrielle de Fourmies. À la demande du maire, Auguste Bernier, et du patronat de la ville, il organise l'envoi de deux compagnies d'infanterie afin de maintenir l'ordre aux côtés des gendarmes lors des manifestations du 1er mai[11]. Des incidents se sont déjà produits quand Isaac, de retour d'une visite à Wignehies, arrive à la mairie de Fourmies vers 17h30 en évitant les pierres des manifestants[12]. Au cours de l'heure suivante, les soldats ouvrent le feu sur la foule, tuant neuf personnes et blessant une trentaine d'autres[13].

Article détaillé : Fusillade de Fourmies.
« Monsieur Isaac et son œuvre », caricature antisémite de Willette (Le Courrier français, 10 mai 1891).

La fusillade de Fourmies provoque un choc d'ampleur nationale dans l'opinion publique. Persuadés d'avoir trouvé un responsable conforme à leurs préjugés racistes, les journalistes et les essayistes antisémites accablent Ferdinand Isaac. Ainsi, L'Intransigeant d'Henri Rochefort juge que « l'exécuteur des provocations criminelles et de la terrible répression qui les a suivies est le sous-préfet d’Avesnes, un jeune juif de vingt-sept ans [sic], nommé Isaac »[14]. Le même journal consacre plusieurs articles haineux au « youtre Isaac »[15] et n'hésite pas à salir la mémoire de son père. À travers le sous-préfet, Rochefort cherche également à atteindre le ministre de tutelle de celui-ci, Ernest Constans, qui s'est créé de nombreux ennemis lors de la répression du boulangisme. Isaac envoie ses témoins au polémiste, alors exilé à Londres, mais le projet d'une réparation par les armes sera finalement abandonné[16]. En revanche, des duels à l'épée auront bien lieu deux ans plus tard, en février-mars 1892, contre un rédacteur de l’Intransigeant, Philippe Dubois[17], contre le marquis de Morès[18] et contre Édouard Drumont[19], ce dernier ayant publié un ouvrage (Le Secret de Fourmies, Paris, Savine, 1892) dans lequel Isaac et sa famille sont les cibles d'attaques extrêmement violentes.

Cependant, les critiques à l'encontre du sous-préfet ne viennent pas seulement des antisémites. Ainsi, lors du procès du socialiste Paul Lafargue, accusé d'avoir encouragé le comportement violent des ouvriers, l'avocat Alexandre Millerand affirme qu'Isaac est l'un des vrais responsables du drame car, dans les instants qui ont précédé la fusillade, il « n'était pas à son poste, enfermé dans la mairie »[20].

Appelé à remplir des fonctions moins exposées au ministère de l'Intérieur, Ferdinand Isaac est remplacé par le sous-préfet de Fontenay, Letailleur, à l'occasion du mouvement préfectoral du 8 juin 1891[21]. Outre cette disgrâce professionnelle, Isaac est durablement déconsidéré en société. Ainsi, en 1893, l'annonce de sa réception à la loge maçonnique « La Justice » suscite la réprobation de nombreux francs-maçons, qui estiment que l'admission de l'ancien sous-préfet serait « une tache pour la maçonnerie »[22].

À l'époque de l'affaire Dreyfus, Isaac collabore au Figaro, qui le charge de recueillir les déclarations du commandant Esterhazy[23], et au Siècle[24].

À la fin de sa vie, Ferdinand Isaac réside au no 21 de la rue de la Victoire et travaille comme employé de bureau. Le 24 août 1915, il meurt à l'hôpital Rothschild, au no 76 de la rue de Picpus[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Pierrard et Chappat, p. 57-59.
  2. Birnbaum, p. 167.
  3. a et b L'Avenir de Bel-Abbès, 6 décembre 1890, p. 2.
  4. Édouard Drumont, Le Secret de Fourmies, Paris, Savine, 1892, p. 94.
  5. Birnbaum, p. 161.
  6. Bulletin officiel de la Cochinchine française, décembre 1884, p. 489.
  7. Bulletin officiel de la Cochinchine française, mars 1885, p. 119.
  8. Journal des commissaires de police, octobre 1887, p. 265.
  9. Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur, mars 1889, p. 92.
  10. L'Avenir de Bel-Abbès, 13 décembre 1890, p. 2.
  11. Willard, p. 27.
  12. Willard, p. 31.
  13. Willard, p. 34.
  14. L'Intransigeant, 5 mai 1891, p. 1.
  15. L'Intransigeant, 8 mai 1891, p. 1.
  16. L'Intransigeant, 14 mai 1891, p. 1.
  17. Le Petit Journal, 12 mars 1892, p. 1.
  18. Le XIXe siècle, 17 mars 1892, p. 2.
  19. Le Radical, 4 janvier 1893, p. 3.
  20. L'Intransigeant, 7 juillet 1891, p. 2.
  21. Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur, juillet 1891, p. 114.
  22. Le Radical, 3 novembre 1893, p. 3.
  23. Le Matin, 2 décembre 1897, p. 1.
  24. Journal des débats, 1er janvier 1899, p. 4.
  25. Archives de Paris, état civil du 12e arrondissement, registre des décès de 1915, acte no 3548 (vue 18 sur 31).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Birnbaum, « Le sous-préfet Isaac à Fourmies : un exemple d'antisémitisme politique », in Madeleine Rebérioux (dir.), Fourmies et les premier mai, Ivry, Éditions de l'Atelier, 1994, p. 159-173.
  • André Pierrard et Jean-Louis Chappat, La Fusillade de Fourmies : premier mai 1891, Lille, Miroirs, 1991, p. 57-59.
  • Claude Willard, La Fusillade de Fourmies, Paris, Éditions sociales, 1957.

Liens externes[modifier | modifier le code]