Ferdinand Béghin

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Ferdinand Béghin
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 92 ans)
FribourgVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Enfant
Françoise Béghin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
J. W. Enqvist (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions

Ferdinand Béghin, né le à Thumeries et mort le à Fribourg (Suisse), est un industriel et homme d'affaires français, dans les secteurs du sucre, des cartons, du papier, de la presse et de l'édition.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Héritier de la famille Béghin, dynastie de l'industrie sucrière, il porte le prénom de son grand-père visionnaire[1]. Son arrière-grand-père dirigeait déjà la sucrerie de Thumeries[2], la plus vieille de France et même d'Europe[2]. Jean-Baptiste Coget, pépiniériste, prend le contrôle de nombreuses terres lors du rachat des Biens nationaux de la Révolution française[3]. Lancé ainsi en 1821, le groupe grandit plus vite lorsque son père Henri et son oncle Joseph lancent une SNC au capital de 800 000 francs[1] pour la construction d’une énorme raffinerie à Thumeries en 1898, qui fait s'emballer sa production [4], atteignant en 1900 environ 850 tonnes puis 2000 en 1914[1].

Son père Henri et sa mère Louise Sophie Legrand, le jugeant trop faible pour le faire entrer à l'internat, embauchent un précepteur afin que son éducation lui soit donnée à domicile.
. Fin 1914, Ferdinand Béghin entre au collège de Gerson à Paris, alors que la Première Guerre mondiale fait rage. Les bombardements, l'abandon du château familial de Bellincamps, à Thumeries, la mort des proches (dont sa mère en 1919 à l'âge de 40 ans), mais aussi le défilé du l'ont marqué profondément.

Détenue par sa famille, une sucrerie dans la Somme, à Beauchamps, épargnée par les Allemands[3], redémarre très rapidement et acquiert à très bon marché ses rivales[3]. Les indemnités pour dommages de guerre sont ainsi investies dans l'acquisition de sucreries, notamment à Caudry, Courrières et Arras[1], de râperies à Marquillies[1] et de raffineries à Denain et Marcq-en-Barœul[1]. La famille acquiert aussi la première sucrerie du pays (3 000 tonnes par an) à Corbehem, près de Douai[1].

Débuts[modifier | modifier le code]

Il poursuit ses études à Paris, au lycée Janson-de-Sailly, obtient son bac et suit les cours de préparation à l'Institut agronomique. Il n'obtiendra pas d'autre diplôme que le baccalauréat[5], car son père le rappelle avant la fin de ses études pour le seconder dans la direction de l'usine, vers 1925[1]. Fils du patron de l'entreprise, il ne bénéficie pourtant d'aucun passe-droit et travaille à tous les postes comme un ouvrier, dans le but d'acquérir une parfaite connaissance du métier. Il fait aussi quelques voyages à l'étranger afin d'étudier de nouvelles techniques sucrières.

Dès 1926, la famille, suite à un conflit avec son fabricant de carton[3], possède une usine papetière à Corbehem[6], qui a trois machines à papier au début des années 1930[6]. Les familles Beguin et Prouvost s'allient ensuite pour acquérir en 1930 le quotidien Paris-Soir[7], qui va battre en quelques années son rival L'Intransigeant, en misant sur des photos spectaculaires imposant un papier satiné, fourni par Beguin[8].

L'empereur du sucre, du papier et de la laine, détenteur pendant 30 ans du monopole du procédé transformant la betterave[9] peut ainsi écouler une partie de la surproduction de papier de ses usines, au moment du Krach de 1929, dans la presse[9],[7]. En 1938, le pôle papetier est reparti (?) et Beghin achète la société finlandaise Enqvist[1], qui détient 34 000 hectares de forêts, destinés à la papeterie de Corbehem[1], qui a investi dans des machines en 1926 et 1929.

Front populaire et Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au fil des ans, le groupe s'agrandit et compte, en 1939, dix unités. Ferdinand Béghin se souvient de la période du Front populaire comme d'un cauchemar : « Le dimanche, on dormait sur ses deux oreilles. Le lundi matin, on se réveille : c’était la révolution [10]! ».

Son oncle Joseph meurt en 1938[1] et Henri, son père, en 1944[1]. Il dirige alors avec son beau-frère Pierre Malle et son cousin Claude Descamps, futur banquier [1]. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Ferdinand Béghin est mobilisé. Rendu à vie civile à la fin juillet 1940, il rentre à Thumeries, au château de Bellincamps, dont il est propriétaire depuis 1925. Contacté par un officier anglais de l'Intelligence Service, il entre dans le réseau de résistance OFACM comme responsable de recrutement. Blessé à la fin de la guerre, il recevra plusieurs distinctions dont la Légion d'honneur.

Guerres coloniales[modifier | modifier le code]

Pendant la Guerre d'Indochine, il l'est ami proche de Christian de La Croix de Castries, officier sur le terrain pendant 8 ans[11], promu général lors de la bataille du camp retranché de Dien Bien Phu[12]. Il figure alors au comité de patronage de la Revue Défense Nationale [13] fondée en 1939 et traitant des grandes questions militaires, politiques, sociales.

En 1949, il devient directeur d'une usine de papier et cartonnerie au Maroc[6], ouverte en 1945[1], où il rencontre Jean-Marc Vernes[6], qui avait rejoint depuis 1945 la banque fondée par la famille Béghin[6] et qu'il considère ensuite comme le fils n'a jamais eu[6]. Ce dernier se lie avec sa fille aînée. Plus tard, sa benjamine rencontrera en 1956 son futur mari Jean d'Ormesson, de 13 ans son aîné.

Investissements dans Paris-Match et Le Figaro[modifier | modifier le code]

Il est en 1949 l'associé dans la presse de Jean Prouvost: tous deux sont actionnaires à parité de Paris-Match fondé en mars 1949.

Puis c'est l'investissement dans le quotidien Le Figaro, propriété du parfumeur François Coty, qui a réussi un doublement de ses ventes entre 1945 et 1950[14], sur fond de couverture équilibrée du Procès Kravtchenko[14]. Sa veuve, Mme Léon Cotnareanu, veut en reprendre le contrôle quand elle revient en France mais perd en Justice dès juillet 1948 face au fondateur Pierre Brisson[14]. En mai 1950[14], elle accepte de céder la moitié de ses parts[15],[14] à une nouvelle association entre la famille Béghin et les Prouvost, via une "société fermière d'indépendance", dotée d'un conseil de sept membres dont seulement 2 représentants des propriétaires [16], qui garantit l'indépendance de la rédaction[15].

Contrôle de l'empire familial[modifier | modifier le code]

En 1956, il prend finalement le contrôle de la firme familiale[17] et la fait entrer en Bourse sur les conseils de Jean-Marc Vernes[6]. Ce dernier sera nommé numéro deux du groupe en 1965[6].

Il ne cessera de se renforcer dans le domaine du carton et du papier. C'est à lui que l'on doit l'idée d'un papier toilette à base d'ouate de cellulose, plus agréable au toucher[18], avec les marques Lotus et Vania[1], qui permet de diversifier les débouchés quand s'achève la pénurie des papiers de presse. Il sera le leader français de ce marché[6], d'abord développé par celui des mouchoirs en papier et des produits d’hygiène féminine lors du rachat en 1960 de la cartonnerie Kaserberg en Alsac[1], dont il devient PDG tout étant administrateur d'autres sociétés du secteur[19]. En 1976, le secteur papier-carton pèse 40% des ventes du groupe après avoir progressé de 58% en 1974 [20].

En 1967, la société Béghin prend le contrôle de la société Say qui est alors plus grande qu'elle[6]. L'opération prend la forme d'une OPA avec la participation du Britannique Tate and Lyle, de l'Italien Eridania et du Belge Tirlemont[6]. Les deux entités fusionnent en 1972, pour créer la société Béghin-Say[21] qui contrôle 28% du sucre français[6] et devient le numéro un européen[7].

Dans le secteur de l'édition, il gère un groupe de presse et Télé 7 jours de 1965 à 1972, est administrateur du Figaro de 1950 à 1970, et de quelques autres entreprises de presse et d'édition[19]. Ferdinand Béguin se brouille avec Jean Prouvost en 1965 à propos d'une " tribune libre " publiée par lui dans Le Figaro sur les relations des sucriers et du gouvernement[2] et lui vend ses parts[2] cinq ans après[1]. Marie-France Garaud, conseillère de Jacques Chirac, négocie en 1976 la vente du Figaro à Robert Hersant[22] et dès le 30 juin 1975, son gendre Jean d'Ormesson, qui a été placé la tête du journal, prend la défense dans la presse du nouvel acquéreur, contesté par une grève des journalistes[12].

Mais Ferdinand Béghin a seulement trois gendres et ne veut pas les voir lui succéder[2]. Jean-Marc Vernes le conseille entre-temps pour l'absorption de la société Say, terme logique d'une bataille qui avait commencé en 1967 par une OPA et s'achève en en 1973. Ferdinand Béghin ressentira par la suite avec amertume la cession du contrôle de BS à des raffineurs étrangers lors de cette OPA, qui voit certains autres membres de la famille vendre massivement leurs actions[4] ou la montée au capital de la Compagnie financière de Suez et de la Banque Vernes et Commerciale de Paris, à l'occasion de cette phase de croissance[2].

Jean-Marc Vernes est entre temps devenu administrateur général de Béghin-Say en 1972. Il se pose alors « en pur manager, attentif à la seule gestion, étranger aux querelles de clan et indifférent à la défense des patrimoines »[5]. Seuls lui et Claude Descamps sont alors administrateurs d'autres sociétés dominantes[5]et quatre des autres administrateurs sont apparentés à la famille Beghin : Pierre Malle a épousé Françoise Béghin, sœur de Ferdinand Béghin, Claude Descamps a épousé Jenny Béghin, fille de Joseph Béghin et Étienne Pollet a épousé une fille de Joseph Béghin[5]. Mais le lancement de la sucrerie géante de Connantre en Champagne en 1974[1] se révèlera un désastre financier[4],[1].

Retrait des affaires en 1977[modifier | modifier le code]

C'est seulement en 1977 qu'il se retire à 75 ans[2]. Jean-Marc Vernes devient officiellement PDG de Beghin-Say dont le chiffre d'affaires atteint presque 4 milliards de francs[2] avant de vendre aux Italiens en 1984[1]. Son manoir en Corse est investi par des militants nationalistes en 1978 et il décède en 1994 à l'âge de 92 ans[23].

Famille[modifier | modifier le code]

Marié à Simone de Lenzbourg (1904-1966), le à Bösingen en Suisse[17], ils ont trois filles :

  • Roselyne (née en 1931), qui épouse Bertrand Pernot du Breuil, directeur de sociétés[19] ;
  • Pascaline (1937-2017), qui épouse Charles de Ganay, puis François Moreuil ;
  • Françoise (née en 1938), qui épouse en 1962 l'écrivain et académicien, Jean d'Ormesson[17].

Sa sœur Françoise (1900-1982) épousa en 1921 à Thumeries, l'officier de marine Pierre Malle (1897-1990). De leur mariage naîtront quatre fils et trois filles, dont le cinéaste Louis Malle[17].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t Synthèse de Florent Le Bot, docteur en histoire et chargé de recherche au CNRS à partir d'un dossier de presse Les Échos, Le Monde, Le Point, et L’Usine nouvelle [1]
  2. a b c d e f g et h M. Jean-Marc Vernes devient P.D.G. de Beghin-Say M. Beghin : l' " empereur " du sucre et du papier", Le Monde du 3 juin 1977 [2]
  3. a b c et d "Mons-en-Pévèle : du sucre, de la chicorée et des souvenirs" par François-Guillaume Lorrain le 27/07/2014 dans Le Point [3]
  4. a b et c "Echecs d'entrepreneurs : l'exercice solitaire du pouvoir l'a conduit à la faillite" par Tancrède Blondé, le 9 juillet 2012 [4]
  5. a b c et d H. Jannic, Les grandes successions, L'Expansion, 52, mai 1972, cité par Pierre Bourdieu dans "Le patronat" dans la revue Actes de la Recherche en Sciences Sociales" en 1978 [5]
  6. a b c d e f g h i j k et l "La saga du sucre: Entre douceur et amertume" par Joseph Garnotel aux Editions Quae, en 2020 [6]
  7. a b et c "Le jour où... Ferdinand Beghin démissionne", La Voix du Nord du 3/01/2015 [7]
  8. "L'Année 1978" par Universalia, Encyclopædia Universalis France, page 620 et 621 [8]
  9. a et b Article dans Le Nouvel Observateur du 21 janvier 1965 [9]
  10. Philippe Videlier, « La revanche des patrons : le patronat français face au Front populaire », sur Le Monde diplomatique,
  11. Nécrologie dans Le Monde du 31 juillet 1991 [10]
  12. a et b "Le dernier roi soleil" par Sophie des Déserts Editions Fayard 2018 [11]
  13. Comité de patronage de la Revue de la défense nationale 1959 [12]
  14. a b c d et e "Le Figaro littéraire, de la revue politique et littéraire au news magazine", par Claire Blandin, dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps en 2004 [13]
  15. a et b "Le créateur de " Paris-Soir" par Pierre Viansson-Ponté dans Le Monde du 19 octobre 1978 [14]
  16. "La bataille du Figaro" par Maurice Roy, dans L'Express du 19 mai 1969 [15]
  17. a b c et d « Béghin », sur thierryprouvost.com (consulté le 21 janvier 2012)
  18. « PQ: les Français au bout du rouleau. », sur Les Echos, (consulté le 31 mars 2020)
  19. a b et c « Béghin (Ferdinand) », dans Who's Who in France, 1973-1974, p. 214.
  20. "Bon appétit, messieurs...: Les empires alimentaires" par Alain Cohen et François Lourbet
  21. « Ferdinand Béghin », sur geni.com (consulté le 21 janvier 2012)
  22. "Les derniers bouclages de Robert Hersant" par Revel Renaud dans L'Express du 20/10/1994 [16]
  23. "Aventures industrielles" par Éric Fottorino

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]