Femmes d'Alger dans leur appartement

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Femmes d'Alger dans leur appartement
WomenofAlgiers.JPG
Artiste
Date
1834
Matériau
Dimensions (H × L)
180 × 229 cm
Mouvement
Localisation
Numéro d’inventaire
INV 3824

Femmes d'Alger dans leur appartement est un tableau d'Eugène Delacroix.

Analyse et composition du tableau[modifier | modifier le code]

La toile représente trois jeunes femmes en costumes d'intérieur vaporeux et richement brodés. Allongées ou assises sur un tapis autour d'un narguilé et d'un kanoun, elles se prélassent sur des coussins posés à même le sol. Une femme noire, probablement une servante, s'apprête à sortir. Le décor somptueux du harem est constitué de tentures et de tapis, de verrerie de Murano au-dessus du placard entrouvert, de murs recouverts de faïence de Delft ornés d'un motif floral. Le visage des femmes exprime la voluptueuse langueur des odalisques orientales. Elles « sont vêtues, à la mode algéroise, de chemises en étoffe fine, blanche, unie, fleurie ou jouant sur des textures mates et brillantes. Portées ouvertes sur le devant jusqu'aux genoux, elles cachent le haut des serouels d’intérieur en satin et brocart, de type court, amples et serrés à mi-mollet par une jambière. Celle de gauche, la ceinture lâche et éloignée du corps, a une ghlila, veste sans manches, cintrée et évasée sur les hanches en velours grenat, décorée de galons, de boutons de passementerie et sous les seins, d’appliques triangulaires brodées en mejboud, de fils d’or, de paillettes et de canetilles. Les autres portent une frimla, petit corsage dérivé de la première, qui pallie la transparence, soutient la poitrine et retient les manches ». Par-dessus ces chemises est nouée au niveau des hanches la fouta, pagne soyeux orné de bandes rayées. Les trois femmes ont la tête couverte par une meherma, carré de soie sombre, frangé et tissé de fil d’or, signe distinctif des femmes mariées. Sur le sol gisent trois babouches. L'embellissement des décors, des intérieurs, des vêtements, des parures et des bijoux portés (bracelets de bras et khelkhels[1], boucles d’oreilles, montre en breloque, bagues à tous les doigts) indiquent que Delacroix représente une scène de fête ou de réception[2].

Ce tableau est à la fois orientaliste et romantique. La présence de la servante noire qui pivote semble nous faire entrer dans le tableau. Delacroix aurait été le premier à voir l'intérieur d'un harem. Delacroix a travaillé à partir de plusieurs esquisses : tout d'abord des intérieurs d'appartements à Oran, puis une esquisse de la femme de gauche, et enfin, un croquis des deux femmes de droite. Ce qui frappe dans ce tableau, c'est la manière dont la lumière est représentée. C'est une lumière logique (elle vient d'une fenêtre). On ne représente plus la lumière comme elle devrait être mais comme elle est.

Accueil du tableau par les critiques d'époque[modifier | modifier le code]

Delacroix est un des premiers peintres à mettre le pied au Maroc en 1832. Sur le chemin du retour, il visite un harem musulman à Alger, en juin 1832. Le choc esthétique a été immense, notamment celui du harem fantasmé. À sa suite, les artistes vont délaisser le Grand Tour pour se muer en explorateurs de l'Orient mythique, suivant les missions scientifiques des universitaires orientalistes ou profitant des charges consulaires ou commerciales qui leur sont confiées. « Le voyage d’Alger devient pour les peintres aussi indispensable que le pèlerinage en Italie : ils vont apprendre le soleil, étudier la lumière, chercher des types originaux, des mœurs et des attitudes primitives et bibliques », constate Théophile Gautier[3]. De plus, le tableau s'inscrit dans le prolongement d'une vogue d'estampes politiques qui célèbrent la prise d'Alger en représentant l'enlèvement des femmes du sultan[4].

Cette toile est exposée au salon de 1834. L'élément majeur de rupture qu'apporte ce tableau par rapport à la vision de l'Orient par la bourgeoisie parisienne est la représentation non-fantasmée du harem et des "coutumes" qui étaient alloués aux pays d'orient : en effet, les Femmes d'Alger sont représentées de manière simple. Cela amènera ainsi Delacroix à se disputer avec Baudelaire, ce dernier lui reprochant de casser cette conception plutôt clichée qui invitait à la rêverie et à une vision renouvelée du monde.

On peut encore rapporter le caractère innovant et annonciateur du pointillisme de ce tableau par certains éléments picturaux : en effet, l'oreiller sur lequel s'appuie la femme de gauche ainsi que la rose dans les cheveux de celle de droite sont peints uniquement à partir de petits points. Il ne subsiste ainsi aucune trace de dessins ou de contours.

Postérité[modifier | modifier le code]

Femmes d'Alger dans leur intérieur, Delacroix 1849.

Delacroix présente en 1849 une seconde version de ce tableau, Femmes d'Alger dans leur intérieur (ou Femmes d'Alger dans leur chambre). La toile est plus petite, le décor plus sombre avec un angle de vue plus large. Elle est exposée au musée Fabre de Montpellier.

Ce tableau a inspiré plus d'une quinzaine de versions faites par Picasso, parmi lesquelles : Les Femmes d'Alger (version O) (1955), et donne son nom à un recueil de nouvelles d'Assia Djebar. La romancière y réalise une lecture du tableau, dans sa postface intitulée : "Regard interdit, son coupé".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bracelets de pied,
  2. Femmes d'Alger dans leur appartement, site louvre.fr
  3. Antoinette Le Falher, Xavier Villebrun, L'appel du désert: les peintres voyageurs en Algérie, 1870-1910, Musées de Laval,‎ 2008, p. 13
  4. Jeannine Verdès-Leroux, L'Algérie et la France, Robert Laffont,‎ 2009, p. 274

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Assia Djebar, Femmes d'Alger dans leur appartement, Albin Michel, 2002, 267 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]