Femmes à l'Académie française

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Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie française en 1980 (photographie de 1983).

La présence de femmes à l'Académie française est récente. L'Académie, fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu ne voit entrer une femme dans ses murs qu'en 1980, avec l'écrivaine Marguerite Yourcenar[1]. Si pendant ces 345 années, divers motifs politiques, moraux, religieux et sociétaux ont été invoqués pour en interdire l'accès aux femmes, plusieurs candidatures ont néanmoins été proposées au cours des décennies précédentes. Neuf femmes ont, depuis 1980, été élues académiciennes ; cinq y siègent actuellement. Hélène Carrère d'Encausse est secrétaire perpétuel de l'Académie depuis 1999.

Une conquête tardive[modifier | modifier le code]

Sous l'Ancien régime, les femmes ne peuvent entrer dans des assemblées élues que si le règlement les y autorise (certaines assemblées permettent leur présence). Jean le Rond D'Alembert, académicien depuis 1754, propose en 1760, afin de promouvoir la candidature de Julie de Lespinasse, de réserver 4 des 40 sièges aux femmes[2]. La tentative échoue. Des années plus tard, l'Académie propose à Félicité de Genlis de l'accueillir, mais elle doit pour cela arrêter l'écriture d'un manifeste hostile aux Encyclopédistes ; elle refuse[2].

La candidature de la féministe Pauline Savari est refusée par l'Académie, le 19 janvier 1893. Et le duc d'Aumale de déclarer : « Les femmes ne sont pas éligibles, puisqu’on n’est citoyen français que lorsqu’on a satisfait à la conscription »[2].

Ce n'est qu'en 1980, sous la pression de l'opinion et à la suite du militantisme de Jean d'Ormesson qu'une femme est élue en la personne de Marguerite Yourcenar[3]. Jusque là, de nombreux académiciens s'opposaient à l'entrée de femmes, comme Claude Lévi-Strauss ou Georges Dumézil. L'historien Pierre Gaxotte déclara même : « Si on élisait une femme, on finirait par élire un nègre... »[4].

Les femmes membres de l’Académie[modifier | modifier le code]

Année Nom Qualité Fauteuil Prédécesseur Successeur
1980 Marguerite Yourcenar Écrivain no 3 Roger Caillois Jean-Denis Bredin
1988 Jacqueline de Romilly Helléniste no 7 André Roussin Jules Hoffmann
1990 Hélène Carrère d'Encausse Historienne no 14 Jean Mistler -
2000 Florence Delay Écrivain no 10 Jean Guitton -
2005 Assia Djebar Écrivain no 5 Georges Vedel Andreï Makine
2008 Simone Veil Femme politique no 13 Pierre Messmer -
2011 Danièle Sallenave Écrivain no 30 Maurice Druon -
2013 Dominique Bona Écrivain no 33 Michel Mohrt -
2018 Barbara Cassin Philosophe no 36 Philippe Beaussant -

Les candidatures malheureuses[modifier | modifier le code]

Année Nom Qualité Fauteuil demandé Ancien titulaire du fauteuil Motif du refus Nouveau titulaire du fauteuil
1893 Pauline Savari Écrivain et artiste d'opéra et de théâtre - - Candidature non retenue -
1971 Françoise Parturier Écrivain no 3 Jérôme Carcopino Échec (0 voix) Roger Caillois
1975 Janine Charrat Danseuse no 25 Marcel Pagnol Échec (6 voix) Jean Bernard
1975 Louise Weiss Journaliste et femme de lettres no 25
no 37
Marcel Pagnol
Jean Daniélou
Échec (4 voix)
Échec (1 voix)
Jean Bernard
Ambroise-Marie Carré
1983 Edmée de La Rochefoucauld Femme de lettres no 16 Antoine de Lévis-Mirepoix Échec (10 voix)[5] Léopold Sédar Senghor
2001 Frédérique Hébrard Écrivain no 20 José Cabanis Échec (0 voix) [6] Angelo Rinaldi
2002 Christina Orcyanac Écrivain no 34 Jacques de Bourbon Busset Échec (0 voix)[7] François Cheng
2004 Paule Constant Écrivain no 32 Maurice Rheims Échec (8 voix)[8] Alain Robbe-Grillet
2004
2007
Dominique Bona Écrivain no 32
no 28
Maurice Rheims
Henri Troyat
Échec (0 voix)[8]
Élection blanche[9]
Alain Robbe-Grillet
Jean-Christophe Rufin
2007 Danièle Sallenave Écrivain no 39 Bertrand Poirot-Delpech Élection blanche[10] Jean Clair
2009 Catherine Hermary-Vieille Écrivain no 32 Alain Robbe-Grillet Échec (2 voix)[11] François Weyergans
2012
2013
Isaline Rémy Ecrivain, journaliste no 40 Pierre-Jean Rémy Élection blanche [12]
Échec (0 voix)[13]
Xavier Darcos
2012 Florence Brillet - no 31 Jean Dutourd Élection blanche [14] Michael Edwards
2013 Sylvie Germain Écrivain no 40 Pierre-Jean Rémy Élection blanche[15] Xavier Darcos
2013 Linda Bastide Poète no 40 Pierre-Jean Rémy Élection blanche[15] Xavier Darcos
2013 Frédérica Calmettes - no 40 Pierre-Jean Rémy Échec (0 voix)[13] Xavier Darcos
2013 Catherine Clément Philosophe, écrivain no 2 Hector Bianciotti Échec (3 voix)[16] Dany Laferrière
2016 Isaline Rémy Ecrivain, journaliste no 37 René Girard Élection blanche [17] Michel Zink
2018 Marie de Hennezel Psychanalyste no 36 Philippe Beaussant Échec (3 voix) Barbara Cassin

Les femmes et l'habit d'Académicien[modifier | modifier le code]

Le célèbre habit vert que les académiciens revêtent, avec le bicorne, la cape et l’épée, lors des séances solennelles sous la Coupole, a été dessiné sous le Consulat, dessin attribué au peintre Jean-Baptiste Isabey. Il est commun à tous les membres de l’Institut de France, mais n'a pas été prévu pour les femmes. Marguerite Yourcenar refuse de l'endosser, mais toutes les autres académiciennes le portent lors de leur cérémonie de réception, à l'exception d'Assia Djebar, reçue en 2006.

Les « Immortelles » et les ecclésiastiques sont dispensés du port de l'épée. Hélène Carrère d'Encausse, Florence Delay, Assia Djebar, Simone Veil, Danièle Sallenave et Dominique Bona ont cependant choisi d'en porter une lors de leur réception. Hélène Carrère d'Encausse, la première femme à porter l'épée, a choisi une arme créée pour l'occasion par l'orfèvre géorgien Goudji. Jacqueline de Romilly a reçu une broche symbolique après son élection à l'Académie des inscriptions et Belles-Lettres en 1975, et a préféré remplacer l'épée par un sac à main[18].

Annexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]