Felix qui potuit rerum cognoscere causas

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La citation, gravée sur une porte à Vézelay

Felix qui potuit rerum cognoscere causas est un vers (N° 490) extrait du livre II des Géorgiques, poème didactique en quatre livres, écrit à la fin du Ier siècle av. J.-C. par le poète latin Virgile.

Il signifie : « Heureux qui a pu pénétrer la raison des choses ».

Il se trouve au début du long hymne aux vertus de la vie paysanne, qui conclut ce livre II, et dans lequel le poète célèbre la possibilité d'un bonheur humain, dans la simplicité, la tranquillité et la saine activité de la campagne, loin de l'ambition, du pouvoir et des plaisirs artificiels de la ville[1].

Analyse[modifier | modifier le code]

Cette exclamation très célèbre renvoie, à première vue, à la philosophie épicurienne et au poète Lucrèce, qui a exposé la doctrine d'Épicure dans son grand poème en langue latine De rerum natura, dont l'influence est grande dans toutes les Géorgiques, et qui « a suscité l'admiration de Virgile »[2].

En effet, les épicuriens pensent que la « connaissance des causes » libère l'être humain de l'angoisse de la mort. Pour eux, la connaissance scientifique doit permettre à chacun de se débarrasser du fardeau des superstitions, notamment religieuses, ces entraves qui l'empêchent d'atteindre l'ataraxie, c’est-à-dire la tranquillité de l'âme. Matérialistes et athées, ils croient que tout ce qui existe est un assemblage fortuit d’atomes qui finit un jour par se dissocier : l’âme mortelle disparaissant avec le corps, inutile de craindre la mort ou de vivre dans la hantise de châtiments divins post mortem. Pour vivre heureux il faut se retirer hors de portée des turpitudes de la vie politique corrompue, dans un locus amoenus, « lieu agréable où l'on se retrouve entre soi » avec ses amis, et goûter des plaisirs simples, voire austères.

Mais bien d'autres penseurs, philosophes et même mystiques ont la même ambition de « connaissance des causes », Pythagore par exemple[3], qui avait la mystique des nombres, Aristote, Socrate ou Platon pour qui l'âme (psychè, ψυχὴ en grec) est immortelle[4].

La phrase complète couvre trois vers :

Felix qui potuit rerum cognoscer causas
atque metus omnis et inexorabile fatum
subjecit pedibus strepitumque Acheruntis avari.

Heureux qui a pu connaître les causes des choses
et qui a, toutes les craintes, et l’inexorable destin,
foulé aux pieds, ainsi que l'agitation de l’avare Achéron[5].

Elle est d'ailleurs suivie de deux vers dont la pensée religieuse est anti-lucrétienne et aux antipodes des positions épicuriennes[3] :

Fortunatus et ille deos qui novit agrestis
Panaque Silvanumque senem Nymphasque sorores.

Heureux aussi celui connaît les dieux des champs
Pan et le vénérable Silvain et les Nymphes [qui sont] sœurs[6].

Usages[modifier | modifier le code]

La phrase est souvent, à tort, écrite au présent, ce qui donne : « Felix qui potest rerum cognoscere causas », soit : « Heureux qui peut pénétrer la raison des choses ».

Devises[modifier | modifier le code]

La seconde moitié de la phrase, « rerum cognoscere causas », est la devise de la London School of Economics, de l'Université de Sheffield, de l'Humberside Collegiate Institute, du quotidien allemand Der Tagesspiegel et du scientifique français Georges Cuvier. C'était également la devise de L'Observateur français à Londres, on la retrouve ensuite dans L'Observateur à Amsterdam[7].

Devise sur un bâtiment de l’UEK

En outre, l’université d’économie de Cracovie (Uniwersytet Ekonomiczny w Krakowie, UEK) a pour devise « Rerum cognoscere causas et valorem » (pénétrer les raisons et la valeur des choses).

Citations[modifier | modifier le code]

L'humoriste Alphonse Allais en a fait l'objet d'un calembour en conclusion d'une « fable » datée du 7 janvier 1900 :

Un parent de César Cui
— L'illustre Russe de qui
La musique nous conquit, —
S'associa — confirmant l'Alliance
Au plus connu des épiciers de France
Qui, vanité des vanités,
Avait fait ses humanités
Et traduisait Virgile sans souffrance !
Or, sur nos murs, un beau matin,
On vit briller, en claires laques,
Un grand placard franco-russo-latin…
Moralité
Félix Cui Potin,
Riz, rhum, cognac, xérès, cosaques.

En BD, la phrase complète est citée par Triple-Patte, le vieux pirate unijambiste, dans l'album Astérix en Corse (page 22), et par Barbe-Rouge dans l'album La Galère d'Obélix (page 41). C'est un anachronisme en clin d'œil aux latinistes, puisque cette phrase ne sera écrite par Virgile qu'en 29 av. J.-C., soit bien après la mort de Jules César, contemporain des deux Gaulois, qui a lieu en 44 av. J.-C..

Références[modifier | modifier le code]

Inscription de la phrase complète dans les catacombes de Paris.
  1. Virgile, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, « Géorgiques », p. 1152, note 29.
  2. Dictionnaire de l'antiquité, M. C. Howatson (dir.), Londres, Oxford University Press, coll. « Oxford Companions », 1989, 2e éd., 640 p. (ISBN 978-0198661214) ; p. 586
  3. a et b Virgile, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, « Géorgiques », p. 1153, note 34.
  4. Henri Dominique SAFFREY, Pierre CLAIR, « ÂME », sur Encyclopædia Universalis, chapitre 2 : Avènement de la « psychologie » avec Socrate, Platon et Aristote.
  5. Géorgiques, livre II, v.490-493.
  6. Géorgiques, livre II, v.494-495.
  7. Dictionnaire des journaux 1600-1789 sous la direction de Jean Sgard

Liens externes[modifier | modifier le code]

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