Fausse noblesse

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La fausse noblesse désigne, en France, les personnes ou les familles qui prétendent appartenir à la noblesse française sans que ce soit pour autant le cas.

La noblesse n'ayant plus d'existence juridique depuis l'instauration de la IIIe République, ni fausse ni vraie noblesses ne correspondent à une distinction en droit.

Historique[modifier | modifier le code]

Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Sous l'Ancien Régime, l'article 256 de l'édit de Blois de 1579, renouvelé par l'article 2 d'un édit de 1634, fut suivi de plusieurs déclarations qui interdisaient d'usurper les titres d'écuyer et de noble, ou de porter des armoiries timbrées d'une couronne, sans être capable de prouver cette qualité, sous peine de 2 000 livres d'amende la première fois.

« Défendons à tous nos sujets d'usurper le titre de noblesse, prendre la qualité d'écuyer, et de porter armoiries timbrées, à peine de deux mille livres d'amende, s'ils ne sont de maison et extraction noble. Enjoignons à nos procureurs généraux et leurs substituts, de faire les poursuites nécessaires contre les usurpateurs desdits titres et qualités. »

— Édit de 1634, article 2

« Nous défendons à toutes personnes de quelque qualité qu'elles soient, s'ils ne sont nobles, de prendre la qualité d'écuyer par écrit, ni faire mettre écussons et armoiries timbrées à leurs armes, à peine de mille livres d'amende, applicable moitié à notre profit, et l'autre moitié au dénonciateur. »

— Déclaration de 1655

« Que tous ceux qui depuis l'année 1606 se trouveront sans être nobles et sans titre valable, avoir induement pris la qualité de chevalier ou d'écuyer, avec armes timbrées, et usurpé le titre de noblesse, ou exemption de tailles, soit de leur autorité, force et violence, tant en vertu des sentences et jugements donnés par les commissaires députés pour le régalement des tailles ou des francs-fiefs, que des sentences des élus et autres juges, qui se trouveront avoir été données par collusion et sous faux donné à entendre, soient imposés aux rolles des tailles des paroisses où ils sont demeurant, eu égard aux biens et facultés qu'ils possèdent, nonobstant lesdites sentences et jugements. Et pour l'indue usurpation par eux faite, qu'ils seront tenus nous payer, conformément au règlement des tailles de 1634, la somme de deux mille livres, et les deux sols pour livre, sur les rolles qui seront arrêtés en notre conseil. »

— Déclaration de 1656, réitérée en 1661

« Et que ceux qui ne produiront des titres et contrats que depuis et au-dessous de l'année 1560 soient déclarés roturiers, contribuables aux tailles et autres impositions, et condamnés en deux mille livres d'amende, et aux deux sols pour livre. »

— Déclaration de 1664

Des enquêtes étaient menées dans chaque province par des commissaires royaux pour rechercher la fausse noblesse. La plus connue de ces enquêtes fut celle menée aux XVIIe et XVIIIe siècles sous les rois Louis XIV et Louis XV. Lancée dans un but principalement fiscal, mais aussi pour vérifier que ceux qui se prévalaient alors d'une appartenance à la noblesse jouissaient de revenus nobles suffisants (fiefs, offices, rentes,..) pour pouvoir librement servir le roi, cette enquête fut d'abord une procédure juridique. Les prétendants devaient fournir les preuves de leur appartenance à la noblesse ; une enquête était faite pour les vérifier, et si elles étaient fausses ou incomplètes, les intéressés étaient condamnés avec une amende pour « usurpation de noblesse ». Lorsque les preuves étaient jugées valables, les prétendants étaient « maintenus » dans leur noblesse.

Le refus par les commissaires du Roi ou par la justice de reconnaitre à un individu ou à une famille l'appartenance à la noblesse les rejetait dans le Tiers état. La motivation des « déboutés » pouvait être simplement la vanité, mais elle était généralement plutôt d’ordre fiscal, les nobles étant alors exemptés de la Taille. En contrepartie, ils occupaient des emplois, le plus souvent militaires, peu lucratifs, voire onéreux. Le noble qui n'avait plus de revenus nobles suffisants, et tirait une partie de ses ressources de professions dérogeantes (faire valoir direct d'un domaine agricole pour vendre les produits, marchand, négociant, banquier, domestique, notaire, procureur, greffier, huissier, etc.) perdait sa condition noble. Les preuves de filiation étaient donc insuffisantes, le constat d'une vie noble étant tout aussi essentiel.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La Révolution ayant grandement changé les mentalités, la notion même de noblesse a évolué. Le Premier Empire a surtout titré, ce qui à l'époque n'était pas un anoblissement, sauf pour quelques maréchaux et certains hauts cadres administratifs dotés de fiefs conquis à l'étranger, dont la possession valait noblesse locale.

La Restauration a rétabli l'ancienne noblesse et reconnu la noblesse d'Empire « La noblesse ancienne reprend ses titres; la nouvelle conserve les siens », sans accorder aucun privilège à cette noblesse restaurée qui n'est qu'honorifique « Le roi fait des nobles à volonté, mais il ne leur accorde que des rangs et des honneurs ».

Le , l'abolition de la noblesse fut décrétée pour la dernière fois par la IIe République (mesure non abrogée depuis)[1]. Napoléon III accorda cependant quelques titres et confirmations de titres pendant son règne, mais dans des proportions considérablement moindres que son oncle un demi-siècle auparavant.

Depuis l'instauration de la IIIe République en 1870, la noblesse n'a plus d'existence légale. La République ne reconnaissant pas la noblesse, « qui est une qualité qui n'a plus d'effet juridique », ni la justice ni l'administration ne peuvent se prononcer sur la « noblesse » ou non d'une personne[2]. Vraie et fausse noblesses ne peuvent donc prétendre qu'à une simple apparence sociale. L'adoption d'un faux titre permet parfois de mieux asseoir certaines prétentions.

Cas de fausse noblesse actuelle[modifier | modifier le code]

Même si la noblesse n'a plus d'existence légale en France, il subsiste des familles qui ont un principe de noblesse française authentique, légalement reconnu sous les régimes monarchiques, et qui établissent jusqu'à nos jours leur filiation en ligne masculine, naturelle (hors adoption) et légitime (dans le cadre du mariage) jusqu'à celui de leur ancêtre ayant obtenu la qualité de noble, reconnue ou attribuée par le pouvoir souverain français, avec faculté de pouvoir transmettre cette qualité.

On peut ranger dans la fausse noblesse française, sous réserve qu'elle prétendent y appartenir :

Les personnes portant le nom d'une famille de la noblesse française :

  • par filiation reconnue d'un père noble en dehors du mariage ;
  • par transmission légale du nom en ligne féminine[n 1] ;
  • par adoption par un membre d'une famille de la noblesse française ;
  • par décision de justice, après une demande de changement de nom, autorisant à substituer à leur nom celui d'une famille de la noblesse française ou à ajouter celui-ci à leur nom d'origine ;
  • par le port du nom d'une famille homonyme sans principe légal de noblesse transmissible, ou d'une branche qui n'a pas été anoblie.

Les personnes qui ne sont pas issues d'un auteur ayant obtenu la qualité de noble, reconnue ou attribuée par le pouvoir souverain français, avec faculté de pouvoir transmettre cette qualité mais qui revendiquent néanmoins la qualité de noble ou portent un titre de noblesse de fantaisie.

Ordres contemporains de chevalerie[modifier | modifier le code]

Certaines personnes portent le titre d'un ordre contemporain de chevalerie. Cependant aucun ordre de chevalerie, même ceux reconnus officiellement par le Vatican, tels que l'ordre souverain et hospitalier de Malte ou l'ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, ne peut anoblir.

Légion d'honneur[modifier | modifier le code]

Une ordonnance du de Louis XVIII, reprenant une disposition de l'Ordre de Saint-Louis qui n'avait jamais vraiment été appliquée, prévoyait que, « lorsque l’aïeul, le fils et le petit-fils auront été successivement membres de la Ordre de la Légion d’honneur et auront obtenu des lettres patentes de chevalier après avoir prouvé un revenu net de trois mille francs, le petit-fils sera noble de droit et transmettra sa noblesse à toute sa descendance. »[3]. Ces dispositions ne sont plus applicables depuis 1870, car même si les titres de noblesse réguliers qui ont fait l'objet d'un arrêté d'investiture du Garde des Sceaux peuvent être portés comme accessoire du nom, la noblesse cessa définitivement d'exister légalement en France le à l'avènement de la Troisième République[1], et la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur a déclaré que « ne pourrait être qu'incompatible avec la Constitution toute interprétation autre, étant en particulier observé que le préambule et l'article 2 de l'actuelle loi suprême de la République font obstacle à ce que, même dans certains cas et sous certaines conditions, la seule naissance puisse conférer titres ou privilèges honorifiques particuliers en France. »[4]. Il n'existe qu'un cas connu de chevalier héréditaire, en application des décrets impériaux du et et de l'ordonnance du .

Situation contemporaine[modifier | modifier le code]

Depuis 1932, l'Association d'entraide de la noblesse française (ANF) vise à rassembler les membres des familles subsistantes de la noblesse française. Cette association privée a reçu depuis sa fondation l'adhésion de plus de 2 350 familles et compte aujourd'hui plus de 6 000 membres.

Au début du XXIe siècle, Pierre-Marie Dioudonnat recense entre 5 000 et 6 000 familles françaises qu'il qualifie de noblesse d'apparence ou de fausse noblesse française[5],[6].

Hors de France[modifier | modifier le code]

  • Au Royaume-Uni, fréquentes sont les ventes de seigneuries féodales qui confèrent le titre de Lord of the Manor, titre qui représente une dignité territoriale et non un titre de noblesse.
  • En Belgique, les noms à particules multiples, tant en néerlandais qu'en français, ne sont pas toujours signe de l'appartenance à la noblesse du royaume, toujours vivante et réglementée (voir l'ANRB, Association de la noblesse du royaume de Belgique). D'autre part, le De flamand (= le/la en néerlandais) est parfois pris, à tort, pour une particule française.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En France, depuis la loi du 4 mars 2002, entrée en vigueur le 1er janvier 2005, la transmission du nom de famille intègre une nouvelle possibilité de transmettre par les femmes le nom d'une famille : les parents peuvent choisir de transmettre le nom du père ou de la mère à leurs enfants ou les deux accolés. Pour les enfants nés avant la loi et âgés de moins de 13 ans, les parents pouvaient, jusqu'en juin 2006, demander que soit ajouté le nom qui n'avait pas été transmis.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charondas, Le cahier noir
  • Charondas, Un juge d'armes au Jockey Club, 2 vol., éditions des Cahiers Nobles, 1958 et 1959.
  • Pierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-nobiliaire français, Sédopols, Paris, 2010 (ISBN 9782904177194)
  • Nicolas-Philippe Piot, Noms dits et autres friandises, éditions Patrice du Puy, Paris, 2009
  • François Bluche, Les faux nobles, éditions du Rocher, 2000 (roman à caractère sociologique mettant en scène trois familles - parentes entre elles - qui estiment, de bonne foi, être d'authentique noblesse, jusqu'au jour où elles découvrent que ce n'est point le cas)

Articles connexes[modifier | modifier le code]