Fausse bannière

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur les redirections « False flag » redirige ici. Pour la série télévisée, voir False Flag (série télévisée).

Les opérations sous fausse bannière (ou « sous faux pavillon », parfois désignées sous l'anglicisme false flag) sont des actions menées avec utilisation des marques de reconnaissance de l'ennemi.

Statut[modifier | modifier le code]

La ruse de guerre, y compris sous la forme du déguisement, a toujours fait partie de l'arsenal du guerrier ou du soldat. La convention de La Haye de 1907 reconnaissait ce fait dans son article 23[1] qui interdisait « l'usage impropre » de l'uniforme ennemi. Un amendement fut rédigé après la Seconde Guerre mondiale afin de lever l'ambiguïté de cette formule, précisant que c'est l'usage des armes sous uniforme ennemi qui est visé.

Exemples célèbres[modifier | modifier le code]

À la suite de l'incident de Mukden, des experts japonais inspectent le site du « sabotage ».
  • En septembre 1942, trois détachements du Long Range Desert Group, commandés par le colonel David Stirling, ont investi Tobrouk dans le but d'enlever Erwin Rommel, le commandant du Deutsches Afrikakorps[3]. L'opération échoua du fait que, la veille, un membre du détachement sous uniforme ennemi chargé de l'enlèvement (un israélite d'origine allemande) fut reconnu par un officier de l'Afrika Korps. Arrêté et interrogé, il avait livré suffisamment d'informations pour que l'opération tourne au fiasco pour les Britanniques. Bien qu'ils aient combattu sous uniforme allemand, les captifs furent traités en prisonniers de guerre[4].
  • L'opération Greif, dirigée par le lieutenant-colonel SS Otto Skorzeny pendant la bataille des Ardennes en décembre 1944. Montées sur Jeeps, huit équipes de quatre hommes chacune s'étaient infiltrées loin derrière les lignes américaines et avaient semé le désordre, et parfois la panique, par leurs fausses indications et informations. Pour avoir commandé cette opération commando, Otto Skorzeny fut poursuivi, ainsi que ses hommes, pour crime de guerre et subit un procès à Dachau (il fut acquitté, les ordres donnés ayant été de quitter l'uniforme américain avant d'engager tout combat)[4].
  • De 1946 à 1948 : les autorités britanniques font mener des attaques contre des navires transportant des juifs immigrant en Palestine. Un faux groupe dénommé « Défenseurs de la Palestine arabe » revendique ces attaques[2].
  • Opération Ajax en 1953: La CIA et le MI6 britannique organisent le renversement du premier ministre iranien Mossadegh. Ils organisent notamment des attaques terroristes afin d'en accuser les communistes et déstabiliser le pays[2].
  • L'affaire Lavon en 1954, pendant laquelle un réseau israélien constitué de 13 juifs égyptiens commit une série d'attentats à la bombe incendiaire contre des édifices britanniques et américains au Caire et à Alexandrie. L'objectif était que ces actes de terrorisme soient attribués aux nationalistes égyptiens afin d'empêcher tout rapprochement entre l'Égypte nassérienne et les puissances anglo-saxonnes[6].
  • L’opération Northwoods, un projet de 1962 qui consistait notamment à l’organisation d’une série d’attentats contre les États-Unis par l’état-major interarmées américain lui-même, de manière à en imputer la responsabilité au régime cubain. Le but était de justifier aux yeux de l’opinion américaine une intervention des forces armées américaines contre Cuba et d’obtenir l’appui diplomatique, voire militaire, des nations occidentales. Révélée par des documents officiels déclassifiés en 1997, l’opération ne fut jamais mise en œuvre car le président J.F. Kennedy s’y opposa.
  • Incidents du golfe du Tonkin en 1964 : les États-Unis simulent une attaque vietnamienne contre leurs navires et l'utilise comme prétexte au déclenchement de la guerre du Viêt Nam[2].
  • De 1979 à 1983, les services secrets israéliens mènent une campagne à large échelle d’attentats à la voiture piégée qui tua des centaines de Palestiniens et de Libanais, civils pour la plupart, revendiqués par le « Front pour la libération du Liban des étrangers » (FLLE). Le général israelien David Agmon indique qu'il s'agissait de « créer le chaos parmi les Palestiniens et les Syriens au Liban, sans laisser d’empreinte israélienne, pour leur donner l’impression qu’ils étaient constamment sous attaque et leur instiller un sentiment d’insécurité. » Le chroniqueur militaire israélien Ronen Bergman précise que l'objectif principal était de « pousser l’Organisation de libération de la Palestine à recourir au terrorisme pour fournir à Israël la justification d’une invasion du Liban[8].
  • Le , une jeune irlandaise du nom d’Ann-Marie Murphy embarque, à son insu, 1,5 kilos de Semtex dans un vol Londres-Tel-Aviv. Son fiancé, un Pakistanais du nom de Nezar Hindaoui, est arrêté alors qu’il tente de se réfugier à l’ambassade de Syrie. Tous deux ont en fait été manipulés par le Mossad, qui obtient ainsi le résultat souhaité : le gouvernement Thatcher rompt ses relations diplomatiques avec la Syrie. Mais la manipulation est éventée en haut lieu (comme Jacques Chirac le confiera au Washington Times)[9].
  • Le prétendu groupe sioniste, Mouvement d'action et défense Masada, qui a pratiqué un attentat à la bombe contre une librairie parisienne de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en octobre 1972 et deux autres attentats à Cannes et à Nice en 1988 avant d'être arrêtés en 1989. Avec ces attentats, ce groupe (en réalité néo-nazi) cherchait à attiser la haine entre les juifs et musulmans de France[10].
  • Années 1990 : des manuels de l'armée américaine préconisent l'emploi de terroristes qui agiraient sous faux drapeaux pour déstabiliser les gouvernements de gauche en Amérique Latine[2].
  • Le , le Premier ministre d'Israël Ariel Sharon justifia les opérations militaires contre les habitants de la bande de Gaza en prétendant qu’Al-Qaïda y avait établi une base. Mais le 6 décembre, le chef de la Sécurité Palestinienne Rashid Abu Shbak livre, dans une conférence de presse, les traces téléphoniques et bancaires qui prouvent que les services secrets israéliens ont eux-mêmes tenté de créer de fausses cellules Al-Qaïda dans la bande de Gaza, en y recrutant des Palestiniens au nom d'Oussama ben Laden. Les recrues avaient reçu de l’argent et des armes (défectueuses) et, après cinq mois d’endoctrinement, furent chargées de revendiquer un prochain attentat en Israël au nom du « Groupe d'Al-Qaïda à Gaza »[11].

Assertions non démontrées[modifier | modifier le code]

Sur mer[modifier | modifier le code]

Les ruses de pavillon sont très anciennes en matière de guerre sur mer : les corsaires comme Robert Surcouf (à distinguer des pirates) y ont eu abondamment recours au XVIIIe et XIXe siècles.

Durant la guerre de Sécession américaine, les forceurs de blocus sudistes comme le CSS Alabama ne se sont pas fait faute de s'approcher de leurs proies sous pavillon neutre (en général britannique).

Durant la Première Guerre mondiale, les bateaux-pièges ou Q-ships (des navires fortement armés mais camouflés en innocents cargos ou voiliers) opéraient sous pavillon neutre, pour piéger les sous-marins allemands, de même que les croiseurs auxiliaires de surface allemands attaquant les navires de commerce anglais tels le SMS Emden ou le voilier Seeadler du capitaine Von Luckner.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les croiseurs auxiliaires allemands (des cargos rapides équipés d'une abondante artillerie astucieusement camouflée) utilisèrent encore ces ruses de pavillon. Ce fut notamment le cas du Kormoran, un simple cargo militarisé qui, arborant un faux pavillon hollandais, réussit à se placer suffisamment près du croiseur HMAS Sydney pour engager un duel d'artillerie qui fut fatal aux deux navires, alors même que son adversaire, un vrai bâtiment de guerre, était beaucoup mieux armé.

La règle absolue dans ces engagements sous faux pavillon était d'affaler le pavillon fictif (en général à la dernière seconde) et d'ouvrir le feu une fois le vrai pavillon de guerre hissé.

Espionnage[modifier | modifier le code]

En matière d'espionnage, il existe des recrutements sous fausse bannière qui consistent à recruter des agents en les trompant sur la puissance qu'ils sont amenés à servir[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Art. 23 de la Convention de la Haye de 1907
  2. a b c d e f et g Cécile Marin, « Petites histoires de faux drapeau », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  3. Basil Liddell Hart, Histoire de la Seconde guerre Mondiale, 1976, Fayard, (ISBN 2-213-00100-6)
  4. a et b Otto Skorzeny, La Guerre inconnue, 1975, Albin Michel, (ISBN 2-226-00150-6) - page 301 et suivantes
  5. (de) Werner Brockdorff, Die Geheimkommandos des Zweiten Weltkrieges, Verlag Welsemühl, 1967
  6. (en) Shabtai Teveth, Ben-Gurion's Spy, Columbia University Press, 1996, p. 81.
  7. Philippe Broussard, « Les secrets d'une bombe », sur L'Express, (consulté le 20 juin 2017).
  8. Rémi Brulin, « Quand Israël créait un groupe terroriste pour semer le chaos au Liban », Orient XXI,‎ (lire en ligne)
  9. Gordon Thomas, Histoire secrète du Mossad : de 1951 à nos jours, Nouveau Monde éditions, 2006, p. 384-5.
  10. Seth G. Jones and Martin C. Libicki. 2008. How Terrorist Groups End. RAND Corporation
  11. (en)Israel 'faked al-Qaeda presence', BBC NEWS, 8 décembre 2002
  12. Le Canard enchaîné, 1er juillet 2009.
  13. (en) Theodore Shackley (en) (avec Richard A. Finney), Spymaster: My Life in the CIA, Brassey's, 2005, p. 9-10.

Voir aussi[modifier | modifier le code]