Fausse bannière

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Les opérations sous fausse bannière ou sous faux pavillon (parfois désignées « sous faux drapeau », calque de l'anglais false flag) sont des actions menées avec utilisation des marques de reconnaissance de l'ennemi.

Statut[modifier | modifier le code]

La ruse de guerre, y compris sous la forme du déguisement, a toujours fait partie de l'arsenal du guerrier ou du soldat. La convention de La Haye de 1907 reconnaissait ce fait dans son article 23[1] qui interdisait « l'usage impropre » de l'uniforme ennemi. Un amendement fut rédigé après la Seconde Guerre mondiale afin de lever l'ambiguïté de cette formule, précisant que c'est l'usage des armes sous uniforme ennemi qui est visé.

Exemples célèbres[modifier | modifier le code]

À la suite de l'incident de Mukden, des experts japonais inspectent le site du « sabotage ».
  • L'opération Greif, dirigée par le lieutenant-colonel SS Otto Skorzeny pendant la bataille des Ardennes en . Montées sur Jeeps, huit équipes de quatre hommes chacune s'infiltrent loin derrière les lignes américaines et sèment le désordre, et parfois la panique, par leurs fausses indications et informations. Pour avoir commandé cette opération commando, Otto Skorzeny est poursuivi, ainsi que ses hommes, pour crime de guerre et subit un procès à Dachau (il est finalement acquitté, les ordres donnés ayant été de quitter l'uniforme américain avant d'engager tout combat)[5].
  • De 1946 à 1948 : les autorités britanniques font mener des attaques contre des navires transportant des juifs immigrant en Palestine. Un faux groupe dénommé « Défenseurs de la Palestine arabe » revendique ces attaques[2].
  • Opération Ajax en 1953 : la CIA et le MI6 britannique organisent le renversement du premier ministre iranien Mossadegh. Ils organisent notamment des attaques terroristes afin d'en accuser les communistes et déstabiliser le pays[2].
  • L'affaire Lavon en 1954 : un réseau israélien constitué de 13 Juifs égyptiens commit une série d'attentats à la bombe incendiaire contre des édifices britanniques et américains au Caire et à Alexandrie. L'objectif était que ces actes de terrorisme soient attribués aux nationalistes égyptiens afin d'empêcher tout rapprochement entre l'Égypte nassérienne et les puissances anglo-saxonnes[7].
  • L’opération Northwoods : un projet de 1962 qui consiste notamment à organiser d’une série d’attentats contre les États-Unis par l’état-major interarmées américain lui-même, de manière à en imputer la responsabilité au régime cubain. Le but est de justifier aux yeux de l’opinion américaine une intervention des forces armées américaines contre Cuba et d’obtenir l’appui diplomatique, voire militaire, des nations occidentales. Révélée par des documents officiels déclassifiés en 1997, l’opération n'a jamais été mise en œuvre car le président J.F. Kennedy s’y opposa.
  • De 1979 à 1983 : les services secrets israéliens[Lesquels ?] mènent une campagne à large échelle d’attentats à la voiture piégée qui tue des centaines de Palestiniens et de Libanais, civils pour la plupart, revendiqués par le « Front pour la libération du Liban des étrangers » (FLLE). Le général israélien David Agmon (en) indique qu'il s'agissait de « créer le chaos parmi les Palestiniens et les Syriens au Liban, sans laisser d’empreinte israélienne, pour leur donner l’impression qu’ils étaient constamment sous attaque et leur instiller un sentiment d’insécurité ». Le chroniqueur militaire israélien Ronen Bergman précise que l'objectif principal était de « pousser l’Organisation de libération de la Palestine à recourir au terrorisme pour fournir à Israël la justification d’une invasion du Liban[9] ».
  • Durant la campagne sénatoriale de 2017 aux États-Unis, le candidat républicain Roy Moore est victime d'une désinformation par fabrication de faux « robots russes ». Des experts technologiques de tendance démocrate créent des centaines de comptes Twitter en langue russe qui suivent Moore. Ces experts créent aussi une page Facebook où ils se présentent comme des conservateurs et cherchent à diviser les républicains. Dans un rapport du groupe, vu par le New York Times, on lit : « Nous avons orchestré, de façon élaborée, une opération sous fausse bannière qui a implanté l'idée que la campagne de Moore était amplifiée sur les médias sociaux par un réseau de robots russes. » Un des auteurs de cette opération sous fausse bannière est Jonathon Morgan, directeur de New Knowledge (en), une firme de sécurité qui a écrit sur les ingérences russes dans les élections de 2016 un rapport très accusateur (« scathing ») publié en par le Senate Intelligence Committee. Jonathon Morgan ne nie pas les faits, mais les présente comme une expérience de faible envergure visant à comprendre comment cette sorte d'opération fonctionne[12].

Assertions non démontrées[modifier | modifier le code]

  • L'attentat du à Karachi commis par des islamistes, et initialement attribué à Al-Qaïda, a peut-être été conçu et organisé par l'ISI, les services secrets pakistanais[14].
  • Le , le Premier ministre d'Israël Ariel Sharon justifie les opérations militaires contre les habitants de la bande de Gaza en prétendant qu’Al-Qaïda y avait établi une base. Le , le chef de la Sécurité Palestinienne Rashid Abu Shbak (ar) livre, dans une conférence de presse, les traces téléphoniques et bancaires qui tendraient à prouver que les services secrets israéliens auraient eux-mêmes tenté de créer de fausses cellules Al-Qaïda dans la bande de Gaza, en y recrutant des Palestiniens au nom d'Oussama ben Laden. Les recrues auraient ainsi reçu de l’argent et des armes (défectueuses). Cependant, Raanan Gissin (en), le porte-parole du Premier ministre israélien Ariel Sharon, répond que ces allégations sont « du pur non-sens », ce qui est corroboré par l'avis de certains officiels américains qui relèvent qu'Al Qaeda auraient effectivement créé une branche en Palestine pour les aider à combattre Israël[15].

En mer[modifier | modifier le code]

Les ruses de pavillon sont très anciennes en matière de guerre sur mer : les corsaires (à distinguer des pirates) comme Robert Surcouf y ont eu abondamment recours au XVIIIe et XIXe siècles.

Durant la guerre de Sécession américaine, les forceurs de blocus sudistes comme le CSS Alabama s'approchaient souvent de leurs proies sous pavillon neutre (en général britannique).

Durant la Première Guerre mondiale, les bateaux-pièges ou Q-ships (des navires fortement armés mais camouflés en innocents cargos ou voiliers) opèrent sous pavillon neutre, pour piéger les sous-marins allemands, de même que les croiseurs auxiliaires de surface allemands attaquant les navires de commerce anglais tels le SMS Emden ou le voilier Seeadler du capitaine Von Luckner.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les croiseurs auxiliaires allemands (des cargos rapides équipés d'une abondante artillerie camouflée) utilisent encore ces ruses de pavillon. C'est notamment le cas du Kormoran, un simple cargo militarisé qui, arborant un faux pavillon hollandais, réussit à se placer suffisamment près du croiseur HMAS Sydney pour engager un duel d'artillerie qui est fatal aux deux navires, alors même que son adversaire, un vrai bâtiment de guerre, était beaucoup mieux armé.

La règle absolue dans ces engagements sous faux pavillon est d'affaler le pavillon fictif (en général à la dernière seconde) et d'ouvrir le feu une fois le vrai pavillon de guerre hissé.

Espionnage[modifier | modifier le code]

En matière d'espionnage, il existe des recrutements sous fausse bannière qui consistent à recruter des agents en les trompant sur la puissance qu'ils sont amenés à servir[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Art. 23 de la Convention de la Haye de 1907, icrc.org.
  2. a b c d e et f Cécile Marin, « Petites histoires de faux drapeau », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 22 juillet 2018).
  3. Google livre « Au cœur des théories du complot » de Christian Doumergue, édit. de l'opportun, consulté le .
  4. Basil Liddell Hart, Histoire de la Seconde guerre Mondiale, 1976, Fayard, (ISBN 2-213-00100-6).
  5. a et b Otto Skorzeny, La Guerre inconnue, 1975, Albin Michel, (ISBN 2-226-00150-6) - page 301 et suivantes.
  6. (de) Werner Brockdorff, Die Geheimkommandos des Zweiten Weltkrieges, Verlag Welsemühl, 1967
  7. (en) Shabtai Teveth (en), Ben-Gurion's Spy, Columbia University Press, 1996, p. 81.
  8. Philippe Broussard, « Les secrets d'une bombe », sur L'Express, (consulté le 20 juin 2017).
  9. Rémi Brulin, « Quand Israël créait un groupe terroriste pour semer le chaos au Liban », Orient XXI,‎ (lire en ligne, consulté le 21 juin 2018).
  10. (en) « Terrorist Organization Profile: Masada, Action and Defense Movement » (version du 3 avril 2015 sur l'Internet Archive), sur The Global Terrorism Database (GTD)
  11. Laure Marchand, « Sur la piste des commandos d'Erdogan », LExpress.fr,‎ (lire en ligne).
  12. (en) Scott Shane (en) et Alan Blinder, « Secret Experiment in Alabama Senate Race Imitated Russian Tactics », The New York Times, , en ligne.
  13. Ian Kershaw, Hitler Hubris pages 456–458 & 731–732.
  14. Le Canard enchaîné, .
  15. (en)Israel 'faked al-Qaeda presence', BBC NEWS, .
  16. (en) Theodore Shackley (en) (avec Richard A. Finney), Spymaster: My Life in the CIA, Brassey's, 2005, p. 9-10.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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