Fausse bannière

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Les opérations sous fausse bannière (ou « sous faux pavillon », parfois désignées sous l'anglicisme false flag) sont des actions menées avec utilisation des marques de reconnaissance de l'ennemi.

Statut[modifier | modifier le code]

La ruse de guerre, y compris sous la forme du déguisement, a toujours fait partie de l'arsenal du guerrier ou du soldat. La Convention de La Haye de 1907 reconnaissait ce fait dans son article 23[1] qui interdisait « l'usage impropre » de l'uniforme ennemi. Un amendement fut rédigé après la Seconde Guerre mondiale afin de lever l'ambiguïté de cette formule, précisant que c'est l'usage des armes sous uniforme ennemi qui est visé.

Exemples célèbres[modifier | modifier le code]

  • En septembre 1942, trois détachements du Long Range Desert Group, commandés par le colonel David Stirling, ont investi Tobrouk dans le but d'enlever Erwin Rommel, le commandant du Deutsches Afrikakorps[2]. L'opération échoua du fait que, la veille, un membre du détachement sous uniforme ennemi chargé de l'enlèvement (un israélite d'origine allemande) fut reconnu par un officier de l'Afrika Korps. Arrêté et interrogé, il avait livré suffisamment d'informations pour que l'opération tourne au fiasco pour les Britanniques. Bien qu'ils aient combattu sous uniforme allemand, les captifs furent traités en prisonniers de guerre[3].
  • L'opération Greif, dirigée par le colonel SS Otto Skorzeny pendant la bataille des Ardennes en décembre 1944. Montées sur Jeeps, huit équipes de quatre hommes chacune s'étaient infiltrées loin derrière les lignes américaines et avaient semé le désordre, et parfois la panique, par leurs fausses indications et informations. Pour avoir commandé cette opération commando, Otto Skorzeny fut poursuivi, ainsi que ses hommes, pour crime de guerre et subit un procès à Dachau (il fut acquitté, les ordres donnés ayant été de quitter l'uniforme américain avant d'engager tout combat)[3].
  • L'affaire Lavon en 1954, pendant laquel un réseau israélien constitué de 13 juifs égyptiens commit une série d'attentats à la bombe incendiaire contre des édifices britanniques et américains au Caire et à Alexandrie. L'objectif était que ces actes de terrorisme soient attribués aux nationalistes égyptiens afin d'empêcher tout rapprochement entre l'Égypte nassérienne et les puissances anglo-saxonnes[5].
  • L’opération Northwoods, un projet de 1962 qui consistait notamment a l’organisation d’une série d’attentats contre les États-Unis par l’état-major interarmées américain lui-même, de manière à en imputer la responsabilité au régime cubain. Le but était de justifier aux yeux de l’opinion américaine une intervention des forces armées américaines contre Cuba et d’obtenir l’appui diplomatique, voire militaire, des nations occidentales. Révélée par des documents officiels déclassifiés en 1997, l’opération ne fut jamais mise en œuvre car le président J.F. Kennedy s’y opposa.
  • Le 17 avril 1986, une jeune irlandaise du nom d’Ann-Marie Murphy embarque, à son insu, 1,5 kilos de Semtex dans un vol Londres-Tel-Aviv. Son fiancé, un Pakistanais du nom de Nezar Hindaoui, est arrêté alors qu’il tente de se réfugier à l’ambassade de Syrie. Tous deux ont en fait été manipulés par le Mossad, qui obtient ainsi le résultat souhaité : le gouvernement Thatcher rompt ses relations diplomatiques avec la Syrie. Mais la manipulation est éventée en haut lieu (comme Jacques Chirac le confiera au Washington Times)[6].
  • Le 4 décembre 2002, le Premier ministre d'Israël Ariel Sharon justifia les opérations militaires contre les habitants de la bande de Gaza en prétendant qu’Al-Qaïda y avait établi une base. Mais le 6 décembre, le chef de la Sécurité Palestinienne Rashid Abu Shbak livre dans une conférence de presse les traces téléphoniques et bancaires qui prouvent que les services secrets israëlien ont eux-mêmes tenté de créer de fausses cellules Al-Qaïda dans la bande de Gaza, en y recrutant des Palestiniens au nom d'Oussama ben Laden. Les recrues avaient reçu de l’argent et des armes (défectueuses) et, après cinq mois d’endoctrinement, furent chargées de revendiquer un prochain attentat en Israël au nom du « Groupe d'Al-Qaïda à Gaza »[8].

Assertions non démontrées[modifier | modifier le code]

  • La Main rouge, une organisation terroriste des années 1950-60 qui aurait servi d'écran aux services secrets français pour mener des actions hors du cadre légal commun afin de combattre les réseaux de soutien au FLN.

Espionnage[modifier | modifier le code]

En matière d'espionnage, il existe des recrutements sous fausse bannière qui consistent à recruter des agents en les trompant sur la puissance qu'ils sont amenés à servir[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Art. 23 de la Convention de la Haye de 1907
  2. Basil Liddell Hart, Histoire de la Seconde guerre Mondiale, 1976, Fayard, ISBN 2-213-00100-6
  3. a et b Otto Skorzeny, La Guerre inconnue, 1975, Albin Michel, ISBN 2-226-00150-6
  4. (de) Werner Brockdorff, Die Geheimkommandos des Zweiten Weltkrieges, Verlag Welsemühl, 1967
  5. Shabtai Teveth, Ben-Gurion's Spy, Columbia University Press, 1996, p. 81.
  6. Gordon Thomas, Histoire secrète du Mossad : de 1951 à nos jours, Nouveau Monde éditions, 2006, p. 384-5.
  7. (en) Profil : Masada, Action and Defense Movement
  8. Israel 'faked al-Qaeda presence', BBC NEWS, 8 décembre 2002
  9. Le Canard enchaîné, 1er juillet 2009.
  10. (en) Theodore Shackley (en) (avec Richard A. Finney), Spymaster: My Life in the CIA, Brassey's, 2005, p. 9-10.

Voir aussi[modifier | modifier le code]