Fatou Diome

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Fatou Diome
Fatou Diome par Claude Truong-Ngoc avril 2015.jpg
Fatou Diome en 2015.
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Fatou Diome, née en à Niodior au Sénégal, est une femme de lettres franco-sénégalaise.

Après la parution d’un recueil de nouvelles, La Préférence nationale, en 2001, le roman Le Ventre de l'Atlantique lui vaut une notoriété internationale. Son œuvre explore notamment les thèmes de l'immigration en France et de la relation entre la France et le continent africain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Niodior, l'île natale.

Fatou Diome est née en 1968 sur la petite île de Niodior, dans le delta du Saloum, en pays sérère, au sud-ouest du Sénégal[1]. Fille naturelle — ses parents ne sont alors pas mariés — elle est élevée par sa grand-mère, Aminata[1],[2]. Son nom vient du Sine Saloum, où les Diome sont des Niominka[2].

Contrairement à ce qu'exigent les traditions de sa terre natale, elle côtoie les hommes plutôt que d'aller aider les femmes à préparer les repas et assurer les tâches ménagères[3]. Toujours en décalage avec le microcosme de l'île, elle décide d'aller à l'école et apprend le français. Sa grand-mère met un certain temps à accepter le fait qu'elle puisse être éduquée[réf. nécessaire] : la jeune Fatou Diome doit aller à l'école en cachette[1], jusqu'à ce que son instituteur parvienne à convaincre son aïeule de la laisser poursuivre[réf. nécessaire].

À treize ans, elle se passionne alors pour la littérature francophone et commence à écrire[2]. Fatou Diome quitte son village pour aller poursuivre ses études dans d'autres villes du Sénégal, tout en finançant cette vie nomade par de petits boulots dès ses 14 ans[1] ; puis elle va au lycée de M'bour, travaille en tant que servante en Gambie et finit par entamer des études universitaires à Dakar[1],[3]. À ce moment, elle songe à devenir professeur de français, loin de l'idée de quitter son pays natal[1],[3].

Mais à vingt-deux ans, elle tombe amoureuse d'un Français, se marie et décide de le suivre en France à Strasbourg en 1994[1],[4]. Rejetée par la famille de son époux, elle divorce deux ans plus tard et se retrouve en grande difficulté, abandonnée à sa condition d'immigrée sur le territoire français[Note 1],[2]. Pour pouvoir subsister et financer ses études, elle doit faire des ménages pendant six ans, y compris lorsqu'elle peut exercer la fonction de chargée de cours durant son diplôme d'études approfondies, avant de commencer sa thèse sur « Le voyage, les échanges et la formation dans l’œuvre littéraire et cinématographique de Sembène Ousmane » [5],[6].

Carrière[modifier | modifier le code]

Après des études de lettres et philosophie à l'université de Strasbourg, elle y donne des cours[1],[2],[3], puis enseigne à l’Université Marc-Bloch de Strasbourg et à l'Institut supérieur de pédagogie de Karlsruhe, en Allemagne[7]. Elle reçoit les insignes de doctorat honoris causa à l'Université de Liège en 2017[8].

Elle se consacre également à l'écriture : elle a publié La Préférence nationale, un recueil de nouvelles, aux éditions Présence africaine en 2001. Le Ventre de l'Atlantique est son premier roman, paru en 2003 aux éditions Anne Carrière. Suivent ensuite Kétala (2006), Inassouvies, nos vies (2008), Celles qui attendent (2010) et Impossible de grandir (2013).

En 2019, elle est lauréate du Prix littéraire des Rotary Clubs de langue française pour son roman Les veilleurs de Sangomar.

En 2021, elle poursuit sa carrière littéraire, tout en explicitant au fur et à mesure de ses avancées comment l'histoire influence sa pensée et son travail[9].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Elle s'insurge contre les intolérants, elle défend le rôle de l’école et les valeurs républicaines[5].

Face à la montée du populisme, Fatou Diome est régulièrement invitée à partager son point de vue sur des sujets politiques et sociaux dans les médias télévisés ou dans la presse. Elle prend notamment une position forte contre la montée du populisme avec le Rassemblement National en France. En tant qu’écrivaine, elle souhaite par ses livres rappeler les valeurs républicaines et humaines car elle estime « qu’il ne faut plus se taire face aux obsédés de l’identité nationale[10] ».

Elle porte également un discours revendiquant une coopération plus égalitaire entre l’Europe et l’Afrique. Elle estime que pour le moment, l’Europe tire les ficelles d’une coopération inégale et que l’Afrique n’est pas maîtresse de ses biens. Elle pense également que le complexe colonial reste persistant tant du côté des Africains que des Européens, ce qui empêche cette coopération d’être plus égalitaire. Elle défend l’idée que chacun, peu importe son origine devrait se sentir comme un être humain face à un autre être humain[11]. Dans ce sens, sans faire peser la responsabilité davantage à un continent qu’à l’autre, elle défend la nécessité pour les Africains de s’affranchir de leur statut de victime[12] et pour les Européens de sortir d’une position de dominant afin de mettre fin aux schémas exploitant/exploité, donateur/assisté. Enfin, elle précise qu’aider une personne, c’est l’aider à ne plus avoir besoin de vous, en écho à l’aide au développement mise en place par les pays occidentaux en Afrique notamment.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Collaboration[modifier | modifier le code]

  • Weepers Circus, N'importe où, hors du monde (2011). Il s'agit d'un livre-disque auquel participe une quarantaine d'invités aux titres d'auteurs ou d'interprètes : Fatou Diome y signe un texte inédit (non mis en musique) au titre énigmatique de N'importe où, hors du monde.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Dominic Thomas, « African Youth in the Global Economy: Fatou Diome's Le Ventre de l'Atlantique », Comparative Studies of South Asia, Africa and the Middle East, 2006, no 26(2), p. 243-259
  • Jacques Chevrier, « Fatou Diome, une écriture entre deux rives », Revue des littératures d'Afrique, des Caraïbes et de l'océan Indien, no 166, 2007, p. 35-38
  • Victor Essono Ella, La crise de l’identité à travers l’écriture de Valentin Yves Mudimbe, Eugène Ebodé et Fatou Diome, Université Rennes 2, 2008, 365 p. (thèse de doctorat de Littérature française)
  • Eugénie Fouchet, La représentation romanesque de la femme africaine chez Fatou Diome et Fatou Keïta, Université de Metz, 2009, 156 p. (mémoire de master recherche 2e année de Littérature, cultures et spiritualités)
  • M. H. Kebe, « Le ventre de l'Atlantique, de Fatou Diome », L'Information psychiatrique, 2004, vol. 80, no 6, p. 491-493
  • C. Mazauric, « Fictions de soi dans la maison de l'autre (Aminata Sow Fall, Ken Bugul, Fatou Diome) », Dalhousie French Studies, 2006, vol. 74-75, p. 237-252
  • Stéphanie Rebeix, « La situation paratopique de deux écrivaines : Fatou Diome (Impossible de grandir) et Fabienne Kanor (Je ne suis pas un homme qui pleure) », Études littéraires africaines, no 51,‎ , p. 217–230 (ISSN 0769-4563 et 2270-0374, DOI 10.7202/1079609ar, lire en ligne, consulté le )

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Nous sommes venus à Strasbourg en 1994 après notre mariage, les siens voulaient « Blanche Neige » et ce n’est pas moi ! Donc, ils nous ont pourri la vie. J’étais sûre de moi, la terre aurait pu trembler, je serais quand même restée avec lui, mais il était peut-être plus fragile. Un jour, je suis rentrée de la fac et la maison était vide. J’étais une petite princesse avec mon prince charmant et, soudain, je suis devenue une immigrée. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g et h Latifa Madani, « Fatou Diome. « Je suis là pour gâcher le sommeil des puissants » », sur L'Humanité, (consulté le )
  2. a b c d et e Coumba Kane, « Fatou Diome : « La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce » », sur Le Monde, (consulté le )
  3. a b c et d Sandrine Morin, « Fatou Diome », sur L'Express, (consulté le )
  4. Ariane Singer, « Une terre d'artistes », sur Le Point, (consulté le )
  5. a et b « Fatou Diome », sur Université de Liège, (consulté le )
  6. Thierry Richard, « ENTRETIEN. Fatou Diome : « On ne me fera pas dire du mal de la France » », sur ouest-france.fr, (consulté le ).
  7. « [En intégral] Fatou Diome (Sénégal / France): «Le ventre de l'Atlantique» », sur RFI, (consulté le )
  8. Laetitia Kevers, « Marianne porte plainte! Fatou Diome hausse le ton », sur news.uliege.be (consulté le )
  9. Xavier Mauduit, « Fatou Diome, "folle" d'histoire », sur France Culture,
  10. « L'écrivaine Fatou Diome : « il ne faut plus se taire » - Elle », sur Elle, (consulté le )
  11. « Fatou Diome. « Je suis là pour gâcher le sommeil des puissants » », sur L'Humanité, (consulté le )
  12. Coumba Kane, Fatou Diome : « La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce »[1], Le Monde, 25 aout 2019
  13. « Fatou Diome : « je cherche mon pays là où s’estompe la fragmentation identitaire » », dirigeant.fr,‎ (lire en ligne)
  14. Patrick Williams, « Celles qui attendent », sur Elle,
  15. Patrick Williams, « Impossible de grandir », sur Elle,
  16. Stéphanie Rebeix, « La situation paratopique de deux écrivaines : Fatou Diome (Impossible de grandir) et Fabienne Kanor (Je ne suis pas un homme qui pleure) », Études littéraires africaines, no 51,‎ , p. 217–230 (ISSN 0769-4563 et 2270-0374, DOI 10.7202/1079609ar, lire en ligne, consulté le )
  17. La Procure, « MARIANNE PORTE PLAINTE ! Fatou Diome, Flammarion | mars 2017 »
  18. « Aux portes de l'Europe, des "bateaux-mondes", symboles de l'humanité entière », sur France Culture,
  19. Fabienne Lemahieu, « « De quoi aimer vivre », de Fatou Diome : les métamorphoses amoureuses », La Croix,‎ (lire en ligne)
  20. Laurence Moreau, « Fatou Diome : « Le complexe colonial est des deux côtés, chevillé au corps » »,

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]