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Fatima Hassouna

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Fatima Hassouna
Portrait de Fatima Hassouna par Andrea Ebert.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 25 ans)
GazaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
فاطمة حسّونةVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
فاطمه رائد محمد حسونةVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
فاطمVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Collège de l'université des sciences appliquées (en) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité

Fatima Hassouna (en arabe : فَاطِمَة حَسُّونَة), parfois transcrit Fatma Hassouna ou Fatma Hassona, née en et tuée le à Gaza, est une photojournaliste indépendante palestinienne, dont le travail documente la vie des civils pendant la guerre à Gaza. Elle obtient une reconnaissance internationale pour ses images poignantes illustrant les conséquences de la guerre, et devient la protagoniste du documentaire Put Your Soul on Your Hand and Walk, réalisé par la cinéaste iranienne Sepideh Farsi et sélectionné pour le Festival de Cannes 2025.

Elle est assassinée le , avec dix membres de sa famille, lors d'un bombardement israélien ciblé visant leur maison à Gaza, afin de l'empêcher de documenter le génocide perpétré par Israël.

Origines et formation

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Fatima Hassouna naît en à Gaza[1],[2]. Fille d'un chauffeur de taxi et d'une mère au foyer, elle appartient à la classe moyenne[3]. Diplômée en multimédia du collège universitaire des sciences appliquées (en) de Gaza en , elle commence à documenter professionnellement la vie dans la ville après les bombardements israéliens de la guerre de Gaza[4],[5].

Parcours professionnel

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Dans le contexte de l'interdiction faite aux journalistes étrangers d'entrer à Gaza, Hassouna relate les évacuations forcées imposées par l'armée israélienne, la destruction des infrastructures par les bombardements israéliens, les pertes civiles, les funérailles, ainsi que des scènes de résilience, comme des enfants jouant dans les ruines[6],[7],[8]. En plus de ses activités journalistiques, elle organise des ateliers d'écriture pour les enfants dans une école du nord de Gaza, devenue refuge pour les déplacés[4].

Le , elle survit à un bombardement israélien, qui décime douze membres de sa famille[1].

Son travail paraît dans The Guardian et d'autres médias internationaux, en plus d'être présenté dans des expositions internationales telles que Gaza, My Beloved et SAFE[6]. Ses collègues photographes la surnomment « l'œil de Gaza »[9]. Le , elle publie sa dernière story sur Instagram, montrant un coucher de soleil à Gaza avec la légende : « C'est le premier coucher de soleil depuis longtemps »[4].

Fatima Hassouna et dix de ses proches, dont sa sœur enceinte, sont tués le , vers h du matin, lorsque deux missiles israéliens touchent leur appartement familial près de la rue Al-Nafaq, dans le quartier de Tuffah, à Gaza[10],[11],[12],[13],[14]. L'attaque survient un jour après l'annonce de la sélection de son documentaire, Put Your Soul on Your Hand and Walk par le Festival de Cannes, et quelques jours avant la date prévue de son mariage avec Moutaz, son fiancé depuis [4],[10],[15]. Les cadavres sont amenés à l'hôpital Al-Shifa par la défense civile palestinienne[11]. Quelques jours plus tard, le père de Fatima, Raed Hassouna, succombe à ses blessures à l'hôpital[16]. La mère de Fatima est donc la seule survivante de l'attaque au sein de sa famille nucléaire[17],[18].

Contactée au sujet de la mort de Fatima Hassouna, l'armée israélienne déclare avoir visé « un membre du Hamas » impliqué « dans des attaques contre des soldats et des civils israéliens », précisant « avoir pris des précautions pour éviter des victimes civiles »[4], mais aucune preuve de ces précautions n'est apportée[19]. La réalisatrice du documentaire, Sepideh Farsi, rejette cette justification : « Je connais toute la famille. C'est absurde[20]. » Selon la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, « son crime a été de tenir la chronique du génocide à travers des articles et des photos percutantes. Ce qu'un régime génocidaire ne peut pas permettre »[21]. Le , un rapport du collectif Forensic Architecture, reconnu pour la qualité de ses investigations, vient étayer la thèse d'une attaque « ciblée » visant « spécifiquement [...] l'appartement de la famille Hassouna », perpétrée avec des « munitions à guidage de précision (PGMs), équipées de systèmes de guidage et de contrôle — notamment un GPS et un détonateur à retardement — conçus pour exploser à des coordonnées et à un étage précis »[19].

Documentaire

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Le documentaire Put Your Soul on Your Hand and Walk (« Mets ton âme sur ta main et marche »), réalisé par Sepideh Farsi, s'articule autour d'un an de conversations vidéo entre la réalisatrice et Hassouna. Le film est sélectionné dans le cadre de la section parallèle ACID du Festival de Cannes 2025[22]. Dans leur dernier échange, Fatima dit à Sepideh : « Je viendrai [à Cannes], mais je dois retourner à Gaza. Je ne veux pas quitter Gaza[20]. »

L'Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (ACID) décrit Fatima comme ayant un « sourire (...) aussi magique que sa ténacité »[23].

Le , Fatima Hassouna publie le message suivant sur Instagram : « Si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une simple brève dans un flash info, ni un chiffre parmi d'autres. Je veux une mort dont le monde entier entendra parler, une empreinte qui restera à jamais, et des images immortelles que ni le temps ni l'espace ne pourront enterrer », indiquant son désir que sa mort ait pour effet de sensibiliser à la souffrance des Palestiniens[24],[25]. Sa mort suscite une vague de chagrin et de solidarité parmi les journalistes et militants propalestiniens du monde entier. Ses photographies et ses travaux sont largement diffusées et elle devient un symbole de courage et de dévouement à la transmission de la vérité[26].

Son décès porte à au moins 157 le nombre de professionnels des médias tués par l'armée israélienne dans la bande de Gaza depuis , selon la Fédération internationale des journalistes. D'après des groupes de défense de la liberté de la presse, ils seraient en réalité plus de 200[4],[27],[28]. Le , en fin d'après-midi, 200 journalistes français organisent un die-in sur les marches de l'opéra Bastille, à Paris, pour leur rendre hommage[27],[29]. Le portrait de Fatima Hassouna, tuée plus tôt dans la journée, est brandi à cette occasion[1].

Le , soit la veille de l'ouverture de la 78e édition du Festival de Cannes, le site de Libération publie une tribune, signée par 280 grands noms du cinéma international, dénonçant la « prise pour cible » de Fatima Hassouna « par l'armée israélienne » et le « génocide [...] en cours à Gaza ». La tribune se conclut par les mots suivants : « Pour Fatma, pour toutes celles et ceux qui meurent dans l’indifférence. Le cinéma se doit de porter leurs messages, d'être un reflet de nos sociétés. Agissons avant qu'il ne soit trop tard[30]. » Le lendemain, lors de la cérémonie d'ouverture, la présidente du jury, Juliette Binoche, pourtant non signataire de la tribune à ce moment-là, rend hommage à Fatima Hassouna et récite des extraits, traduits, d'un poème écrit par cette dernière[31].

Le , une cinquantaine de manifestants propalestiniens rendent hommage à Fatima Hassouna par une minute de silence sur la place Saint-Nicolas à Coutances[32]. Le lendemain, ils sont une soixantaine à en faire de même à Carhaix[33].

Ses photographies sont exposées sur les grilles du Jardin Lecoq à Clermont-Ferrand en [34],[35] et à l'Institut du monde arabe à Paris du au [36],[37].

Publications

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Références

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  1. a b et c Sandra Onana, « Héroïne d’un documentaire programmé à Cannes, la photographe palestinienne Fatma Hassouna tuée à Gaza », Libération, (consulté le ).
  2. (ar) Mai Abdullah, « «عيون غزة تنطفئ».. ACID تنعي فاطمة حسونة بعد استشهادها في قصف إسرائيلي قبل عرض فيلمها في مهرجان كان » [« « Les yeux de Gaza s'éteignent »... ACID rend hommage à Fatima Hassouna après sa mort dans un bombardement israélien, survenue avant la projection de son film au Festival de Cannes »], Al-Ahram,‎ (consulté le ).
  3. Pascale Vergereau, « Photojournaliste, Fatem était « les yeux de Gaza » : le Festival de Cannes lui rend hommage », Ouest-France, .
  4. a b c d e et f Ghazal Golshiri, « Une frappe israélienne tue une photographe et dix de ses proches à Gaza », Le Monde, no 24975,‎ , p. 4 (lire en ligne).
  5. (ar) « جدّي من فلسطين… أنا من فلسطين: الجيل الثالث للنكبة » [« Mon grand-père est originaire de Palestine... Je suis originaire de Palestine : La troisième génération de la Nakba »], Al-Quds al-Arabi,‎ (consulté le ).
  6. a et b (en) Matt Growcoot, « Palestinian Photojournalist and Subject of Upcoming Cannes Documentary Killed by Israeli Airstrike », sur PetaPixel (en), (consulté le ).
  7. Kursad Kaan Arikan, « Fatima Hassouna: sélectionnée pour le Festival de Cannes, la veille de son assassinat par Israël… », TRT World, (consulté le ).
  8. (en) Bilge Ebiri (en), « Fatma Hassona's Director ‘I Refused to Accept Her Death’ », sur Vulture (en), (consulté le ).
  9. (en) Sally Ibrahim, « Killing 'Gaza's eye': Who was Palestinian photojournalist Fatima Hassouna? », sur The New Arab (en), (consulté le ).
  10. a et b (en) Hannah Ellis-Petersen, « ‘If I die, I want a loud death’: Gaza photojournalist killed by Israeli airstrike », The Guardian, (consulté le ).
  11. a et b « Gaza: la Défense civile annonce 11 morts, dont des enfants, dans des frappes israéliennes », AFP, (consulté le ).
  12. « Guerre à Gaza : la photojournaliste Fatima Hassouna a été tuée dans un bombardement », Le Nouvel Obs, (consulté le ).
  13. Hubert Heyrendt, « Cannes 2025 : au milieu de l'horreur à Gaza, le sourire de Fatima Hassouna », La Libre Belgique, (consulté le ).
  14. (ar) Eman Kamal, « فاطمة حسونة.. استشهاد وتوثيق لمجازر غزة في عدسة لا تموت » [« Fatima Hassouna... martyre et documentation des massacres de Gaza à travers un prisme qui ne meurt pas »], Al Jazeera,‎ (consulté le ).
  15. Sonia Lyes, « Fatima Hassouna, « l'œil de Gaza », tuée par Israël », sur TSA, (consulté le ).
  16. Camille Paix, « Festival de Cannes : l'hommage délicat à Fatma Hassouna, tuée à Gaza », Libération, (consulté le ).
  17. François Becker, « Des films et un fantôme: l'ombre de Gaza plane sur le Festival de Cannes », AFP, (consulté le ).
  18. Samuel Gleyze-Esteban, « Sepideh Farsi, réalisatrice : « Fatima Hassouna a payé son engagement et son art au prix de sa vie » », L'Humanité, (consulté le ).
  19. a et b Samameh Moafi et Eyal Weizmann, « The Assassination of Fatma Hassouna » [PDF], Kill the Press: Israel's targeging of Palestinian journalists, Forensic Architecture, .
  20. a et b (en) Melanie Goodfellow, « Palestinian Photojournalist & Protagonist Of Cannes-Selected Doc Killed In Israeli Gaza Strike », sur Deadline, (consulté le ).
  21. « Qui était Fatma Hassouna, la photojournaliste tuée dans un bombardement à Gaza ? », France 24, (consulté le ).
  22. Clarisse Fabre et Murielle Joudet, « Au Festival de Cannes, l'émotion autour du documentaire sur la photojournaliste Fatima Hassouna, tuée à Gaza », Le Monde, .
  23. Yannick Vely, « Héroïne d'un film présenté à Cannes, la photographe Fatem Hassona tuée dans un bombardement israélien à Gaza », Paris Match, (consulté le ).
  24. (de) « Fotojournalistin Fatima Hassouna im Gazastreifen gestorben » [« La photojournaliste Fatima Hassouna est décédée dans la bande de Gaza »], sur Spiegel Online, (consulté le ).
  25. Camille Descroix, « Gaza : qui est Fatima Hassouna, journaliste et héroïne d'un film, tuée dans une frappe israélienne ? », sur Actu.fr, .
  26. (ar) « "أريد موتًا صاخبًا".. أعمال المصورة فاطمة حسونة حاضرة عالميا بعد استشهادها بغزة » [« « Je veux une mort bruyante »... Les œuvres de la photographe Fatima Hassouna résonnent à l'échelle mondiale après son martyre à Gaza »], sur Arabi21,‎ (consulté le ).
  27. a et b Ange Fabre, « Gaza : les journalistes français disent stop aux assassinats ciblés de leurs collègues palestiniens », La Croix, (consulté le ).
  28. Yves Souben, « En solidarité avec les journalistes tués à Gaza », La Marseillaise, (consulté le ).
  29. Honorine Letard, « « Quand on tue un journaliste, c'est pour le faire taire » : un rassemblement pour rendre hommage aux journalistes palestiniens assassinés à Gaza », L'Humanité, (consulté le ).
  30. « À Cannes, l'horreur de Gaza ne doit pas être silenciée », Libération, (consulté le ).
  31. « Festival de Cannes : à la cérémonie d'ouverture, des prises de parole politiques et policées », Libération, (consulté le ).
  32. Céline Bergeron, « Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées en soutien à la Palestine, vendredi, à Coutances », Ouest-France, (consulté le ).
  33. « À Carhaix, une soixantaine de personnes rassemblées en soutien aux Palestiniens », Le Télégramme, (consulté le ).
  34. « Exposition et projection du film sur Fatima Hassouna journaliste Gazaouie », sur erapinfo.free.fr, Échanges Rhône-Alpes Auvergne Palestine (ERAP), .
  35. Clara Baudart, « Au jardin Lecoq de Clermont-Ferrand, une exposition photos rend hommage à la journaliste Fatima Hassouna et aux Gazaouis », La Montagne, .
  36. « Fatma Hassona | Exposition de photographies », sur imarabe.org, Institut du monde arabe.
  37. Cécile, « L'IMA fait son festival : le programme culturel vivant à vivre cet hiver à Paris », Sortiraparis.com,‎ .
  38. « Sepideh Farsi, réalisatrice : "Le génocide commence avec le déni du génocide" », Les Midis de Culture, sur radiofrance.fr, France Culture, .
  39. Carine Fouteau, « Aux côtés de RSF, en défense des journalistes palestiniens ciblés par Israël », Le Club de Mediapart, sur blogs.mediapart.fr, Mediapart, .

Articles connexes

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Liens externes

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