Fanny de Beauharnais

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Fanny de Beauharnais
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Activités

Marie-Anne-Françoise Mouchard de Chaban, dite Fanny, devenue comtesse de Beauharnais par mariage, est une femme de lettres française de la fin du siècle des Lumières qui a traversé l'époque révolutionnaire. Marraine d’Hortense de Beauharnais, sa petite nièce, elle fût membre de l’Académie de Lyon, de l'Académie de Villefranche et de l’Académie des Arcades.

Salonnière dénigrée comme le prototype du bas-bleu, elle a illustré une forme de féminisme, consacrant ses effort à, « durant toute sa vie littéraire, [...] lutter pour défendre le statut des femmes-auteurs, voire pour obtenir le droit à s'exprimer pour toutes les femmes »[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Orpheline au couvent (1737-1753)[modifier | modifier le code]

Louis XV, âgé de vingt sept ans, règne personnellement depuis quatorze ans quand nait Marie Mouchard de Chaban, huit mois après le mariage de ses parents. Elle a deux ans et trois mois quand meurt sa mère, Anne Louise Lazure. Celle ci était la fille d'un maréchal des logis issu d'une dynastie de courtisans et devenu fourrier d'une compagnie de chevau-légers .

Son père, François Abraham Marie Mouchard de Chaban, un écuyer qui avait acquis la charge de receveur général des finances[2] de Champagne[3], la place au couvent des Visitandines[3] que Sainte Jeanne de Chantal avait fondé en 1619 à Paris, 17 rue Saint-Antoine[4]. Elle y reçoit l'éducation réservée au jeunes filles de l'aristocratie[5].

Elle en est sortie[3] à l'âge de quinze ans pour être mariée, le 1er mars 1753, à un homme de vingt ans son aîné, le comte Claude de Beauharnais, frère de François de Beauharnais et héros de la Guerre de sept ans qui secourut Québec assiégé[6].

Epouse et mère (1754-1761)[modifier | modifier le code]

Claude de Beauharnais n'aime vivre que retirer sur ses terres. Sa femme est belle[7]. Elle lui donne trois enfants, dont Claude de Beauharnais junior, futur pair de France.

Elle aura aussi des enfants illégitimes, dont une fille qu’elle sera obligée de reconnaître sous le Directoire[8].

Femme libérée (1762-1784)[modifier | modifier le code]

Neuf ans après son mariage, en 1762, la comtesse de Beauharnais obtient un arrêt de séparation à l'amiable[3], grâce à un régime d'exception tout à fait contraire à la stricte morale catholique.

Elle retourne vivre chez son père, rue Montmartre et se consacre à la littérature, qu’elle cultive avec passion. Elle compose des vers, activité qu'elle a commencée dès l'âge dix ans et qui lui autorise une première publication, en 1772. Elle devient pour une dizaine d'années un des piliers de l'Almanach des Muses et écrit aussi des contes philosophiques, genre que Voltaire a mis à la mode vingt ans plus tôt.

Elle reçoit plusieurs gens de lettres, embryon d'un salon mondain. Elle rencontre Claude Joseph Dorat, qui devient son amant. Leur liaison dure jusqu'à la mort prématurée de celui ci, en 1780. Elle le remplace par Michel de Cubières-Palmézeaux, lequel adopte le nom de Cubières-Dorat.

À la mort de son père, en 1782, elle est confrontée à l'indigence[9] et retourne à son couvent[3], mais elle continue de recevoir.

Un salon avant la Révolution (1785-1788)[modifier | modifier le code]

Peu après la mort de son mari, en 1784, Louis XVI régnant depuis dix ans, Fanny de Beauharnais, âgée de quarante sept ans, loue à Paris un des plus beaux appartements de l'Hôtel d'Entragues[10], rue de Tournon[nb 1]. Toutefois, ses vendredis n'auront jamais le prestige des mercredis de sa rivale, Madame Geoffrin, chez laquelle n'hésitent pas à se rendre les chefs d'état en visite.

Outre le Chevalier de Cubières, qui partagera sa vie jusqu’à son décès sous l’Empire, Fanny de Beauharnais s’entoure de Louis-Sébastien Mercier, de Laus de Boissy, d’Olympe de Gouges et de plusieurs auteurs dramatiques qui ont à se plaindre de la Comédie-Française. Dans son salon, se rencontrent, entre autres, Cazotte, Rabaut, Potocki, Bitaubé, Soulavie, Baculard d’Arnaud, Beffroy de Reigny, Bailly, Dussaulx, Lévesque, Robin, La Salle, Gudin, Cournaud, Brizard, MM. de Sainte-Aldegonde, de Breghini, de Gardanne, de Vigneul, de Rochefort.

Mably la visite régulièrement[5]. Rousseau la revoit avec plaisir[2]. Buffon l'appelle affectueusement « ma chère fille »[2]. Elle a un échange épistolaire avec le roi de Prusse, Frédéric le Grand qui accueillit Voltaire. L’ambassadeur américain Jefferson se rend à chez elle, mais il ne goûte pas l’ambiance du salon.

Le 31 janvier 1797, sa Fausse inconstance est jouée à la Comédie française, promesse d'inscrire l'auteur dans le tableau des Lettres. La pièce est interrompue dès la première au troisième acte par une claque. Habituée aux calomnies d'une société misogyne, elle ne se laisse pas déstabilisée par la cabale et y répond en redoublant d'effort mondain. En juin, on lui présente Restif de La Bretonne, qu'elle soutiendra face aux infortunes.

En 1788, bien avant les Romantiques, le goût de l'exotisme l'emmène jusqu'à Rome, où elle est reçue à l'Académie d'Arcadie. C’est chez elle qu'en cette même année 1788 Talma donne une lecture privée de la pièce Charles IX de Marie-Joseph Chénier dont la création tumultueuse, l’année suivante, est un événement politique.

Les Lettres de la République (1789-1803)[modifier | modifier le code]

Membre de la Société bretonne, Fanny de Beauharnais est brièvement arrêtée en novembre 1789[nb 2] alors que la Constituante vote la nationalisation des biens du clergé. Elle fuit les troubles de la Révolution pour l'Italie. À Lyon[11], le 24 août 1790, elle assiste à une séance de l'Académie de Lyon, dont elle avait été élue membre associée en 1782[12].

De retour à Paris, elle habite de nouveau rue de Tournon, mais cette fois ci au no 6, où elle décide de tenir désormais son salon. Elle y reçoit des représentants des trois premières législatures. C'est là qu'en 1790, pour se moquer de l'invité, le Chevalier d'Arsennes fait fuir le grincheux Auguste de Kotzebue en lui faisant croire qu'on est jaloux de son œuvre au point de vouloir l'assassiner[13],[nb 3]. Elle même fréquente le Lycée au Palais-Royal, où est lue en juillet 1792, l’Épitre que Cubières a composé en hommage à Marie-Olympe de Gouges.

La ci-devant comtesse Fanny de Beauharnais, qui n’émigrera pas mais sait se réfugier dans ses terres poitevines, continue de recevoir quelques amis après la mort de Louis XVI. En 1793, sa fille Marie Françoise, divorcée de son cousin germain François de Beauharnais, est incarcérée quelques temps à Sainte Pélagie[14]. Elle est inquiétée après la chute des Hébertistes, dont Michel de Cubières était proche. Durant la Terreur, il avait écrit un poème à la louange de Jean-Paul Marat[nb 4].

Durant le Directoire, elle habite[15] avec sa nièce[16], Joséphine de Beauharnais, un hôtel particulier, situé 6 rue Chantereine, qui appartient à Louise-Julie Carreau, la femme de Talma[17]. C'est là que le jeune général sans fortune Bonaparte se lie à la future impératrice, qu'il épouse le 9 mars 1796[16], et séjourne[17] entre deux campagnes, si bien qu'en 1799 la tante adopte une résidence germanopratine, rue de Sèvres.

Alliée de l'Empereur (1804-1813)[modifier | modifier le code]

Alliée à l'Empereur, par le seul nom de son défunt mari, mère du sénateur d'Amiens, grand mère de Stéphanie de Bade, grand tante du Vice Roi d'Italie, marraine de la Reine de Hollande, Fanny de Beauharnais gaspille son crédit en multipliant les recommandations importunes[9]. Son salon lui même souffre de l'emphase extravagante du provocateur Chevalier de Cubières vieillissant[18], mais il diffuse la « douceur d'avant la Révolution ». À soixante dix ans, elle se maquille outrancièrement, fait la coquette à l'abri des lueurs atténuées de son salon nocturne et s'habille comme à vingt[19], sans cesser pour autant de charmer par son esprit XVIIIe. Elle réunit à sa table des hommes qui avaient imaginé l'avenir, Verninac[20], Cournand[21], Vigée[21], Boufflers[21], Roquelaure[22], contant ses souvenirs de la Cour, Mercier[23], Cailhava[24], Delisle de Sales[24], Volmerange[24], Denina[24]...

Son influence est plus heureuse quand en 1810 elle fait connaître une autre femme poète, Fortunée Briquet. Elle habite alors rue Saint-Dominique, où elle meurt trois ans plus tard quelque peu oubliée.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Mélanges de poésies fugitives et de prose sans conséquence, Paris, 1772, réed. Delalain, Paris, 1776, 158 p.
  • L'ile de la Félicité, ou Anaxis et Théone, poëme philosophique en trois chants ; précédé d'une Épitre aux femmes : par madame Fanny Beauharnais, auteur de l'Épitre aux hommes ; et suivi de quelques poésies fugitives, Masson libr., Paris, An IX de la République, (en ligne sur Gallica).
  • Élégie sur la mort de Son Altesse Madame la Princesse de La Leyen (de) arrivée le 4 juillet 1810, Dumaka impr., Paris, [s. d.], 3 p.
  • La Cyn-Achantide, ou le Voyage de Zizi et d'Azor, poème en cinq livres, Houzé, Paris, 1811 (en ligne sur Gallica).

Romans[modifier | modifier le code]

  • Volsidor et Zulménie, conte pour rire., Delalain, Amsterdam, 1776, rééd. 1780.
frontispice de Denis Née et Clément Pierre Marillier.
  • Lettres de Stéphanie, Dériaux, Paris, 1778, 3 vol.
  • L’Abailard supposé, ou le sentiment à l'épreuve., Gueffier, Amsterdam, 1780.
trad. par Sincere Rastelli, L' Abelard supposto, ossía Il sentimento alla prova., Aimé de La Roche impr., Lyon, 1791.
  • Lettres des femmes. Les Amants d'autrefois., 1787,
précédé de Volsidor et Zulménie.
  • Les Nœuds enchantés ou la Bisarrerie des destinées., Impr. papale, Rome, 1789.

Drames[modifier | modifier le code]

  • La haine par amour, [s.l.], [s.d.] (pièce en un acte).
  • L'Aveugle par amour, Gueffier, 1781.
  • La Fausse inconstance ou le Triomphe de l'honnêteté, 1787,
comédie en cinq actes en prose qu'une cabale fait siffler lors la première, qui sera aussi la dernière représentation.

Essais[modifier | modifier le code]

  • A la Mémoire de Madame Dubocage, Richard impr., Paris, [s.d.], 16 p.
  • A tous les penseurs, salut!, Paris, 1774, rééd. 1793.
« Sur la situation et les droits de la femme dans la société ».
  • Épitre aux hommes.
  • Lettres sur l'Espagne, ou essai sur les mœurs, les usages et la litterature de ce royaume., Librairie économique, Paris, 1809,
édition « augmentée d'une anecdote espagnole et de pièces fugitives ».

Réception[modifier | modifier le code]

Ses détracteurs ont attribué ses ouvrages à ses amis, entre autres à Dorat(*références demandées ).

Lebrun-Pindare lui a resservie l'épigramme que Pavillon avait adressée à Charlotte-Rose de Caumont La Force :

« Eglé, belle et poète, a deux petits travers : Elle fait son visage et ne fait pas de vers. »

Inversement, sous la Restauration, l’auteur des souvenirs apocryphes de la marquise de Créquy, jugera que c'était très impudent et fort injuste. Lui même défendait par là sa cause, celle de la liberté de mœurs d'un travesti vivant rue de Castiglione.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • E. L. Lamothe Langon, Mémoires et souvenirs d'un pair de France ex-membre du sénat conservateur, t. III, Paris, Tenon, , p. 121-131.
  • Rabbe, Vieilh de Boisjlin et Sainte-Preuve, Biographie universelle et portative des contemporains : Dictionnaire historique des hommes vivants et des hommes morts depuis 1788 jusqu'a nos jours, qui se sont fait remarquer chez la plupart des peuples, et particulierement en France, vol. 1, t. I, Paris, F. G. Levrault, , p. 290.
  • A. J. Duvergier, Mémorial historique de la noblesse, t. I, Paris, Compte d'auteur, (lire en ligne), p. 297-298.
  • G. Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, , p. 217.
  • G. Desnoiresterres, Le Chevalier Dorat et les poètes légers au XVIIe siècle, Paris, Perrin, 1887.
  • Maurice Pellisson, Journalistes et gens de lettres au XVIIIe siècle, Paris, A. Colin, .
  • Alfred Marquiset, « Fanny de Beauharnais » : in Les Bas-bleus du premier Empire, Paris, , p. 179-207.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. C. Piau-Gillot, « Rétif et le salon de Madame de Beauharnais », in Études rétiviennes, vol. "Vivre la Révolution: Rétif de la Bretonne, actes du colloque de Tours 22-24 juin 1989.", p. 109-128, 11 décembre 1989.
  2. a, b et c Dic. cont.
  3. a, b, c, d et e Mém. nob., p. 298
  4. « Monastère de la Visitation Sainte-Marie. Paris, rue Saint-Antoine », in DataBnf.
  5. a et b Biographie moderne, ou, Galerie historique, civile, militaire, politique et judiciaire contenant les portraits politiques de Français, depuis le commencement de la Révolution jusqu'à nos jours., t. I, p. 150, Alexis Eymery libr., Paris, 1815.
  6. Mém. nob., p. 297
  7. Souv. pair, p. 121
  8. Douarche.
  9. a et b Souv. pair, p. 123
  10. « Grand Hôtel d'Entragues », in Mérimée, 12 octobre 2015.
  11. Nicolas-Edme Rétif de La Bretonne et Pierre Testud (éd.), Monsieur Nicolas, vol. 2, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », , p. 1328-1331, note 9.
  12. L. de La Saussaye, « Notice biographique sur le comte de Lezay-Marnésia », Revue Du Lyonnais, t. XVI,‎ , p. 277 (lire en ligne).
  13. Fars Fausselandry, Mémoires de Mme la vicomtesse de Fars Fausselandry, ou souvenirs d'une octogénaire. Événements, mœurs et anecdotes, depuis le règne de Louis XV (1768) jusqu'au ministère La Bourdonnaye et Polignac (1830), t. I, p. 83, Ledoyen libr., Paris, 1830.
  14. F. K. Turgeon, « Fanny de Beauharnais: Biographical Notes and a Bibliography », in Modern Philology, n° 30, p. 61-80, 1933.
  15. P. Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, p. 940, Larousse & Boyer, Paris, 1865.
  16. a et b « Extrait du registre des actes de mariage de ventôse an IV, IIe arrondissement. Du 19 ventôse an IV de la République. », Paris, 9 mars 1796,
    cité in P. Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, p. 940, Larousse & Boyer, Paris, 1865.
  17. a et b Me Raguideau, Acte de vente, in Archives municipales, vol. XXXIII, fol. 50, cases 5 & 6, Paris, 4 avril 1798
    cité in P. Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, p. 940, Larousse & Boyer, Paris, 1865.
  18. Souv. pair, p. 124
  19. Souv. pair, p. 122
  20. Souv. pair, p. 125
  21. a, b et c Souv. pair, p. 126
  22. Souv. pair, p. 127
  23. Souv. pair, p. 128
  24. a, b, c et d Souv. pair, p. 126

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au Sieur Michel Neveu et son épouse, la Demoiselle Geneviève Rousseau, par acte passé devant notaire. Il s'agit de l'appartement situé au premier étage entre cour et jardin, au-dessus de celui que Michel Neveu, architecte et constructeur, de l'immeuble avait choisi d'occuper avec sa famille. En 1820, Madeleine de Masseron acquerra ce bel immeuble aux criées du Tribunal. Le mari de celle ci, Frédéric d'Houdetot, était le petit-fils de Sophie de la Live de Bellegarde, comtesse d'Houdetot, célèbre à la fin du XVIIIe siècle pour les salons qu'elle avait tenus à Paris et à Sannois.
  2. Les biographes ne s'accordent pas et il est possible que cet épisode ait été inventé à partir de l'arrestation, presque quatre ans plus tard, de la fille de Fanny.
  3. Il sera effectivement assassiner, mais pour des raisons politiques, dix neuf ans plus tard.
  4. Louis-François de Ferrières-Sauvebeuf dira qu’il fut le cher ami du père Duchesne. Charles Monselet, égaré par les stratégies tortueuses du mouvement des Exagérés, fera de Cubières le monstre qu’il n’a probablement pas été. Desnoireterres et quelques autres « littéraires » reprendront ce portrait d'un assassin. Il est peu vraisemblable que Fanny de Beauharnais, dame sensible à la morale des Lumières, eut revu un tel personnage.

Voir aussi[modifier | modifier le code]