Famille d'Estaing

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir famille Giscard d'Estaing.
Page d’aide sur l’homonymie « d'Estaing » redirige ici. Pour l’article homophone, voir Destin.
Famille d'Estaing
Image illustrative de l'article Famille d'Estaing
Armes

Blasonnement D’azur, à trois fleurs-de-lis d'or ; au chef du même
Tenants : deux anges[1].
Période XIe siècle-XIXe siècle
Pays ou province d’origine Rouergue
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Fiefs tenus Estaing
Demeures Château d'Estaing
Château de Murol
Château de Ravel
Château de Réquistat
Château de Saillans
Château de Val
Fonctions militaires Un vice-amiral
Fonctions ecclésiastiques Un cardinal
évêques
Un grand aumônier de France
Preuves de noblesse
Admis aux honneurs de la Cour 1750

La famille d'Estaing était une famille de la noblesse française, originaire d'Estaing dans l'Aveyron et connue en Rouergue et Auvergne.

Elle compta parmi ses membres des prélats et des officiers de haut rang et s'éteignit en ligne masculine et légitime en 1794, avec l'exécution de l'amiral Charles Henri d'Estaing.

Origine légendaire[modifier | modifier le code]

La baronnie d'Estaing fut mentionnée pour la première fois en 1028, mais le château date du XVe siècle[2]. Pierre, seigneur d'Estaing, fit hommage au comte de Toulouse en 1062[3]. C'est cependant Dieudonné d'Estaing qui fit la gloire de la famille : en 1214, à la bataille de Bouvines, il aurait sauvé la vie au roi Philippe Auguste en lui donnant son cheval ; en témoignage de sa reconnaissance, le roi lui aurait accordé le droit d'« adopter les armes de France au chef d'or pour brisure[4] ». En 1223, il aurait rendu hommage à Raymond, comte de Toulouse, pour sa terre d'Altun[4]. Toutefois la recherche historique a mis au jour de fausses pièces.

L'histoire contestée de Dieudonné d'Estaing[modifier | modifier le code]

Selon l'histoire officielle, Dieudonné d'Estaing aurait donc sauvé le roi Philippe Auguste et lui devait ses armes ; toutefois la recherche historique a mis en lumière de faux actes.

En 1750, lors de la levée des scellés apposés au château d'Estaing, en présence du comte d'Estaing (futur amiral de France), il fut trouvé dans les archives un petit paquet bien ficelé et une petite clef portant gravée sa destination. On mit au jour un coffre métallique contenant un autre coffre plein de documents, parmi lesquels : un contrat de mariage de 1192 de Raymond VI avec Sybille (et parents de Dieudonné-Tristan, baron d'Estaing) ; une copie du registre des baptêmes de Dieudonné datant d'octobre 1193 ; un parchemin d'un cartel de défi de Dieudonné (de 1224) à Raymond, son frère cadet ; enfin, un document, daté du lendemain de la bataille de Bouvines, par lequel Philippe Auguste reconnaissait devoir la vie à Déodat-Tristan d'Estaing, un proche parent par la reine Constance ; le tout accompagné de trois plaques de bronze réunies par des anneaux d'argent et comportant l'arbre généalogique de Déodat-Tristan depuis Roderic, dernier roi des Wisigoths (mort en 713), jusqu'à l'année 1222[5]. Si les historiens de l'époque ne trouvèrent trop rien à redire sur ces documents - le comte d'Estaing obtint, sur ce fondement notamment, les honneurs de la cour -, ce ne fut pas le cas de Du Mège, qui les soupçonna de faux : « il y a toujours dans les travaux des faussaires qui veulent tromper les historiens à l'aide de documents historiques, des négligences, des anachronismes qui font ressortir leur maladresse[6]. », écrivit-il.

Et ces documents ne manquaient pas de négligences et d'anachronismes : il suffisait, pour s'en convaincre, de se pencher sur la date supposée du baptême (en octobre 1193) de Dieudonné-Tristan d'Estaing. En effet, Raymond, son soi-disant père, ne répudia Béatrice de Béziers, sœur du vicomte Roger II Trencavel, qu'en 1193, et l’année était déjà bien entamée quand il épousa sa troisième femme Bourgogne de Lusignan, fille d'Emaury de Lusignan, futur roi de Chypre. Avec la meilleure volonté du monde, cette date de baptême était impossible, tout comme le fait qu'il ait rendu hommage à son supposé frère Raymond VII en 1223 pour sa terre d'Altun : ce ne serait qu'en 1224 qu'il aurait fait valoir ses droit et envoyé un cartel de défi à son frère cadet, Raymond VII, usurpateur du comté de Toulouse[6]. Comme le souligna de Barrau « le faussaire qui composa les actes trouvés au château d'Estaing ne fut pas assurément bien adroit et il connaissait bien peu l'histoire de l'époque où il voulait faire jouer un si grand rôle à Déodat d'Estaing[7]. »

C'est donc seulement au XVIIIe siècle qu'apparurent ces documents, présentés comme d'authentiques pièces du XIIIe siècle, permettant à la famille d'Estaing de revendiquer une "noblesse ancestrale"[8]. La tradition familiale, tout comme le titre présenté à l'appui, reposaient en réalité sur un extrait de la Chronique de Guillaume Le Breton[9], où il est fait référence à un certain Pierre Tristan, mais sans qu'à aucun moment le nom d'Estaing (latinisé ou non) n'apparaisse. Paul Durrieu puis Henri Stein démontrèrent ce que ce dernier qualifia de supercherie évidente[8], arguant qu'aucun lien ne pouvait être fait entre cet énigmatique Déodat d'Estaing, dit Tristan, et ce Pierre Tristan, le véritable héros de cet épisode de la bataille de Bouvines. Selon Durrieu, « le faussaire, adoptant dans le texte de Guillaume Le Breton la forme ablative et erronée Petro Tristanno, prétendit y faire une correction nécessaire et lire Petro de Stagno. Le malheur est que les manuscrits portent bien Petrus Tristanides[8] », bien loin d'un hypothétique Petro de Stagno, ou Déodat d'Estaing, dit Tristan, remettant en cause les anciennes études généalogiques (antérieures à 1919), comme celle d'Hippolyte de Barrau, qui nous racontait toute l'histoire, mais reprenait la version issue des faux[10].

Principales personnalités[modifier | modifier le code]

Châteaux[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J.-B. Rietstap (1861) p. 630
  2. Base Mistral-Mérimée Château d'Estaing lire en ligne
  3. de Barrau (1853) p. 503.
  4. a et b de Barrau (1853) p. 505.
  5. de Barrau (1853) p. 516-517.
  6. a et b de Barrau (1853) p. 518-519.
  7. de Barrau (1853) p. 519
  8. a, b et c Henri Stein (1919) p. 135, note 3
  9. Delaborde (1882) p. 282
  10. de Barrau, (1853) p. 504-505.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]