Famille Wertheimer

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La famille Wertheimer est une famille européenne d'origine juive qui s'est ramifiée en plusieurs branches, entre l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie, le Royaume-Uni et la France.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'origine des Wertheimer[modifier | modifier le code]

La famille Wertheimer établie dans l'Empire austro-hongrois comprend notamment le grand-rabbin Samson Wertheimer.

Les Wertheimer d'Angleterre[modifier | modifier le code]

À partir de 1898, John Singer Sargent réalise la série des Portraits de la famille Wertheimer de Londres.

Les Wertheimer de France[modifier | modifier le code]

Les Wertheimer de France, à l'origine, sont des industriels alsaciens.

Lehmann Wertheimer (8 janvier 1797-23 juillet 1866 Obernai) marchand de bestiaux, fils d’un boucher d’Ottrott est le père de Jacques (18 mars 1827-12 novembre 1903), commerçant à Obernai. La famille occupe une place importante dans la communauté juive de la ville.

De son mariage avec Régine Weyl, Jacques a trois fils. En 1870, lors de l’annexion de l’Alsace-Moselle, alors qu’Émile demeure avec ses parents et devient allemand comme eux, les deux autres fils, Julien et Ernest (13 septembre 1852 -14 octobre 1927) choisissent la France.

En 1874, Ernest entre chez un fabricant de cravate, Dreyfus & Kaufmann, puis crée sa propre affaire en 1892.

En 1898, il rencontre Émile Orosdi, propriétaire des cosmétiques Bourjois qui cherche un associé et il prend 50 % de la société. La société se développe. En 1909, Ernest est fait chevalier de la Légion d'honneur.

Il a de son mariage avec Mathilde Bollack deux fils, Paul et Pierre, qui entrent dans la société et la développent à l'international. Dans les années 1910, la Bourjois Inc est créée aux États-Unis.

En 1909, Ernest Wertheimer et Émile Orosdi accordent un prêt de 800 000 francs aux Galeries Lafayette de Théophile Bader pour l'achat d'un immeuble voisin.

Les deux frères, Paul et Pierre, sont mobilisés pendant la Première Guerre mondiale.

En 1918, ils entrent, grâce à leurs cousins Fribourg, au capital de la SECM (Société d’emboutissage et de construction mécanique), créée en 1916 par Félix Amiot pour construire des avions, et qui est nationalisée en 1929, les actionnaires touchant de grosses indemnités.

Présentés par Théophile Bader à Gabrielle Chanel, ils s’associent en 1924 dans Les Parfums Chanel pour la fabrication du No 5. Les Wertheimer ont 70 % du capital, Chanel 10 % et Adolphe Dreyfus et Max Grumbach 20 %. Dès 1928, les difficultés surgissent entre Coco Chanel et les Wertheimer. Celle–ci se considére comme spoliée, les Wertheimer s’enrichissant sur son dos. En 1934, elle prend un jeune avocat pour la défendre, Maître René de Chambrun.

La même année, pour éviter un scandale financier, l'État revend aux anciens actionnaires la SGA (Société générale aéronautique) qui avait remplacé la SECM.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille se réfugie aux États-Unis. Sous Vichy, l’aryanisation des biens juifs frappe non seulement leur participation dans la SECM mais également celles qu'ils ont dans Bourjois et Chanel. Félix Amiot se porte acquéreur à la demande de la famille et joue le rôle d’homme de paille. Coco Chanel dénonce aux autorités allemandes la fausse aryanisation de Bourjois et réclame l'entière propriété des parfums Chanel, qu'elle n'obtient finalement pas.

À la fin de la guerre, leurs biens leur seront restitués aux Wertheimer. La guerre avec Coco Chanel continue et ne se termine qu’en 1948.

Pierre, qui a pris la nationalité mexicaine rachète à la mort de son frère sa part dans Bourjois, et fait un procès à Félix Amiot pour récupérer la participation Wertheimer dans la SECM qui vient de toucher d’importantes indemnités de guerre, et que ce dernier s'était appropriée un peu rapidement. Cette participation ainsi que celle dans les CAN (Chantiers aéronautiques de Normandie) sont revendues en 1948.

En 1954, Pierre Wertheimer rachète la maison de couture Chanel après l'échec qu'a subi Coco dans sa tentative de retour dans la mode.

Au décès de Pierre en 1965, c'est son fils unique Jacques, âgé de 56 ans, qui prend la direction du groupe. D'une personnalité fantasque, hypocondriaque et collectionneur d'art, il s'y intéresse peu et en est écarté en 1974 au profit de son fils Alain.

Jacques est l'époux d'Éliane Fischer, dont il a eu Alain et Gérard. Le couple se sépare en 1952 et Éliane se remarie avec un avocat international, Maître Didier Heilbronn, d'où un fils, Charles Heilbronn. Elle reprend des études de droit aux États-Unis et travaille dans le cabinet de Samuel Pisar à Paris. Ils conseillent activement Alain lorsqu'il prend la direction du groupe.

Famille[modifier | modifier le code]

Ernest Wertheimer (13 septembre 1852-14 octobre 1927) épouse Mathilde Bollack d'où :

  • Paul Wertheimer (22 juin 1883-28 décembre 1948) a de son mariage avec Madeleine Bollack, Antoine et Jeanine (1911-2003) femme de Claude Bernheim, petit-cousin d’Antoine Bernheim, qui commence sa carrière en 1951 chez Bourjois.
  • Pierre (8 janvier 1888-24 avril 1965) a de son mariage avec Germaine Revel, Jacques (18 août 1911-6 février 1996) qui épouse Éliane Fisher d’où Alain né en 1949 et Gérard né en 1950. Pierre a aussi une fille d’une liaison extra-conjugale.

Arthur Fribourg d'Arlon en Belgique a épousé Esther Bollack, sœur de Mathilde d'où Jules et René Fribourg, propriétaire de Continental Grain, une des quatre grandes sociétés mondiales de négoce de céréales, vendue en 1999 à Cargill. Le groupe devient alors ContiGroup Companies, Inc

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Alain Wertheimer et son frère Gérard sont copropriétaires de la maison de haute couture Chanel. Ils possèdent également les cosmétiques Bourjois jusqu'en 2015, la lingerie Eres et une participation dans les Éditions de La Martinière. La famille est aussi propriétaire de vignobles du Bordelais : Château Rauzan-Ségla à Margaux et Château Canon à Saint-Émilion, ainsi que Holland & Holland et les couverts Guy Degrenne[1]. Ils sont propriétaires aussi d’une grande propriété en Sologne (La Presle) d'environ 1400 hectares.

Les Wertheimer sont classés par le magazine économique Bilan comme les plus riches exilés fiscaux français domiciliés en Suisse, avec une fortune estimée en 2013 entre 6,4 et 7,3 milliards d'euros[2]. La fortune de la famille Wertheimer est estimée à 16,5 milliards d'euros par le magazine Challenges pour les années 2015 et 2016[3]. En 2019, leur fortune s'établit à 50 milliards d'euros et les place en 2e position du palmarès Challenges des fortunes de France notamment à la suite d'un versement de dividendes en 2017 de 3,4 milliards d'euros issus de la société Chanel[4].

Ils résident dans plusieurs de leurs résidences, principalement à Genève, New-York, Paris et Deauville[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « La galaxie des Wertheimer », Challenges, no 397,‎ , p. 46
  2. Les 300 plus riches de Suisse, Bilan, classement 2014.
  3. « Alain et Gérard Wertheimer et leur famille - Challenges », sur www.challenges.fr (consulté le )
  4. Eric Treguier, « Chanel: les dividendes des frères Wertheimer », Challenges,‎ (lire en ligne)
  5. « Comment les Wertheimer, propriétaires de Chanel, gèrent leur fortune » (consulté le )
  6. Voir, Bruno Abescat & Yves Stavidrès. Derrière l'empire Chanel... La fabuleuse histoire des Wertheimer. L'Express, 2005.